mercredi 27 octobre 2021

Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone]. Les Provinciales [L'Année des Dames Nationales] ou Histoires des Filles et Femmes des Provinces de France, dont les Aventures sont propres à fournir des sujets dramatiques de tous les genres. 1796 (i.e. 1791-1794). 32 figures hors-texte d'après Binet. Bel exemplaire en condition d'époque du tirage non censuré.

Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretonne].

Les Provinciales [i.e. L'Année des Dames Nationales] : ou Histoires des Filles et Femmes des Provinces de France, dont les Aventures sont propres à fournir des sujets dramatiques de tous les genres. JANVIER-DECEMBRE.

A Paris, Chéz J. B. Garnery, Libraire, rue Serpente, n°17. S.d. (1796) [i.e. 1791-1794] [de l'imprimerie de Rétif de la Bretonne et de Cordier - imprimé en grande partie par lui]

12 volumes in-12 (16,8 x 10 cm) de 3825-(3) pages (pagination continue sur l'ensemble des volumes). La pagination compliquée est conforme aux exemplaires complets.







Reliure de l'époque pleine basane glacée racinée, dos lisse ornés aux petits fers spéciaux, pièces de titre de maroquin rouge, roulette grecque dorée en encadrement des plats, filet doré sur les coupes, tranches mouchetées de rouge, doublures et gardes de papier caillouté. Fine reliure exécutée vers 1796-1800. Excellent état de conservation de l'ensemble. A noter quelques coins légèrement frottés ou émoussés, un petit manque à l'extrémité d'une coiffe en pied. Le relieur quelque peu étourdi a fait plusieurs erreurs de titrage et de dorure (LES PROVENCAL... pour LES PROVINC... ; des fers sont mal agencés) et le titrage est fautif pour décembre (mal titré octobre). Intérieur d'une grande fraîcheur malgré un papier de médiocre qualité avec des différences de tons entre les cahiers et volumes, caractères typographiques de petite taille (voire de très petite taille) et usés (les fameuses têtes de clous de la période révolutionnaire utilisés par Rétif dans son imprimerie privée). Voir détail ci-dessous.






Remise en vente avec de nouveaux titres des volumes imprimés entre 1791 et 1794.

Exemplaire bien complet des 31 gravures requises (+ 1 gravure surnuméraire en tirage avant la lettre - frontispice du mois d'août - placée dans le premier volume p. 263). Il y a donc 43 sujets en tout. Toutes les gravures sont d'un excellent tirage.






Exemplaire de premier état, exceptionnellement non censuré aux pages 942-950, 13e Parisienne, du tome IV. Dans notre exemplaire qui porte bien le titre Les Provinciales, en reliure d'époque non restaurée et les volumes n'ont subi aucune manipulation et il s'avère que le texte original (par trop royaliste) intitulé La Dame du Palais de Reine a bien été conservé.

Les 11 frontispices sont des gravures doubles (le frontispice du premier volume est une gravure simple). Les autres gravures sont des "sujets" simples. Les premiers sujets ont été regravés d'après les figures des Contemporaines. Les gravures seraient d'après Binet.






"Le voila donc terminé, cet Ouvrage, que je ne croyais pas terminer ! Je suis parvenu à le mener à sa fin, à-travers mille-obstacles, mille dangers ! La banqueroute que m'a faite Maradan, l'interrompit dès le 2d Volumes. Je fus ensuite la Victime de 2 Associations ruineuses, ét d'achats de caractères. Pressé de commencer les RESSORTS DU CŒUR-HUMAIN DÉVOILÉS, je mis au Ires Epoques de cet Ouvrage, des fonds, qui auraient avancé l'ANNÉE-DES-DAMES NATIONALES, que je ne voudrais nommer que le KALENDRIÉR DES CITOYÉNNES, le nom de DAMES ne convenant plus. Mais l'Ouvrage était entièrement composé avant la Revoluçion, puisque la dernière NOUVELLE, inscrite sous le porche de la rüe BRETONVILLIÉRS, ILE DE LA FRATERNITÉ, est du 7 juillet 1789. L'impression a duré 6 années entières, fin de 89, 90, 91, 92, 93 et commencement de 1794 ; et les frais l'en montent à près de 30-mille livres, par la grande cherté du papier, etca. Je n'ai pas fait cette dernière SUITE des CONTEMPORAINES comme je l'aurais voulu : Brûlant d'un pur patriotisme, il fut un temps de cette impression, où il fallait le deguiser : Depuis, j'ai souvent été malade, ét la Case a été abandonnée à d'Autres : Que mes Lecteurs m'excusent : J'ai toujours été un Citoyén aimant le but de tout gouvernement sage : Je n'ai jamais cherché à troubler, même en desirant plus vivement que d'Autres la reformacion des abus. Adieu, mon Lecteur Republiquain : Ne vois dans ces NOUVELLES, que des faits vrais, que je ne pouvais corriger, sans leur oter leur utilité. Tu y trouveras des mœurs qui ont été ; aulieu que les Romanciérs ne te donnent que des mœurs factices, enfans de leur imaginacion, ét par conesquent (sic) sans utilité pour les mœurs. L'infâme Robespierre fut executé le 10 Termidore." (p. (3827) du XIIe et dernier volume - orthographe rétivienen conservée).






"L'Année des Dames Nationales illustre la combinaison d'une impression qui commence et se termine à la maison, mais qui a lieu en partie dans une autre imprimerie. Après avoir débuté l'impression sur sa propre presse et suite à un accord conclu avec l'imprimeur Cordier, Rétif compose les formes dans son local rue de la Bûcherie et les apporte chez Cordier pour les faire imprimer. [...] L'entente a cependant fonctionné pendant plus de trois ans et permis à Rétif d'imprimer près de huit volumes sur les douze de L'Année des Dames Nationales. Cette collaboration semble durer de 1790, date à laquelle Cordier acquiert son imprimerie autogérée, jusqu'en 1793, période après laquelle les mentions de Cordier diminuent sensiblement dans le Journal, avant que Cordier ne vende son imprimerie en 1795. L'impression de L'Année des Dames Nationales se poursuit jusqu'en novembre 1794 sur la presse de Rétif. Ce n'est qu'en 1796 que Rétif parvient à vendre une partie de ses exemplaires au libraire Garnery qui les accepte à condition de changer le titre. L'Année des Dames nationales devient alors Les Provinciales, titre jugé plus accrocheur par Garnery. (Fanny Blanchard, Nicolas-Edme Rétif de La Bretonne imprimeur, juin 2014).

Références : Lacroix n°XLII, pp. 368 et suiv. ; Rives-Childs n° XLI, pp.








Provenance : exemplaire de la bibliothèque de Roger Peyrefitte (avec son ex libris) et autre ex libris moderne.

Bel exemplaire de cet ouvrage rare de Rétif de la Bretonne, d'autant plus rare dans cette condition d'époque, dans sa première version non censurée.

VENDU