jeudi 28 janvier 2021

Emile Zola. Germinal (1885). Edition originale sur papier ordinaire sans mention (tirage du premier mille). Exemplaire broché tel que paru. Rare dans cette condition.


Emile ZOLA.

GERMINAL.

Paris, G. Charpentier et Cie, 1885

1 volume in-18 (18,7 x 11,8 cm), broché de (4)-591 pages. Couverture jaune imprimée. Brochage intact, sans manques, couvertures restées fraîches sans taches ni rousseurs, le dos n'est pas fendu. Intérieur non coupé (volume jamais lu) avec les inévitables rousseurs intrinsèques à cette édition, parfois fortes.

Edition originale sur papier ordinaire sans mention (tirage du premier mille).

Il a été tiré 150 exemplaires sur papier de Hollande et 10 exemplaires sur papier du Japon.

Germinal est le treizième roman de la série des Rougon-Macquart. Il a été écrit d'avril 1884 à janvier 1885. Il paraît d'abord en feuilleton entre novembre 1884 et février 1885 dans le Gil Blas. Il sort en librairie en mars 1885. 


Fils de Gervaise Macquart et de son amant Auguste Lantier, le jeune Étienne Lantier s'est fait renvoyer de son travail pour avoir donné une gifle à son employeur. Chômeur, il part dans le Nord de la France à la recherche d’un nouvel emploi. Il se fait embaucher aux mines de Montsou et connaît des conditions de travail effroyables. Il trouve à se loger dans une famille de mineurs, les Maheu, et tombe amoureux de l'une des filles, la jeune Catherine. Celle-ci est la maîtresse d'un ouvrier brutal, Chaval, et bien qu'elle ne soit pas insensible à Étienne, elle se refuse à passer d'amant en amant. Lorsque la Compagnie des Mines, arguant de la crise économique, décrète une baisse de salaire, Lantier pousse les mineurs à la grève. Il parvient à vaincre leur résignation et à leur faire partager son rêve d'une société plus juste et plus égalitaire. Lorsque la grève éclate, la Compagnie des Mines adopte une position très dure et refuse toute négociation. Affamés par des semaines de lutte, les mineurs durcissent leur mouvement. Les soldats rétablissent l'ordre, mais la grève continue. Lors d'un mouvement de rébellion, de nombreux mineurs défient les soldats, qui se mettent à tirer sur les manifestants : Maheu, l'ouvrier chez qui Étienne avait pris pension, est tué en premier par les soldats. Les mineurs se résignent à reprendre le travail. C'est alors que Souvarine, un ouvrier anarchiste, sabote la mine. De nombreux mineurs meurent dans l'effondrement des galeries. Étienne, Catherine et Chaval, son amant, sont bloqués dans la mine. Chaval provoque Étienne, qui le tue. Il devient enfin l’amant de Catherine, qui meurt dans ses bras avant l'arrivée des sauveteurs. Étienne sort vivant de cet enfer. Il repart pour vivre à Paris où il veut consacrer ses efforts à l'organisation syndicale et politique des ouvriers pour améliorer leur condition. Il est persuadé que les ouvriers vaincront l'injustice. Malgré leur retour au travail, les ouvriers sont, eux aussi, conscients de l'injustice de la situation et de leur victoire prochaine.





"On sort de la lecture de Germinal, comme le Dante sortait des cercles les plus pénibles de l'Enfer, la sueur au front, la pâleur de l'épouvante aux joues, le cœur étreint d'une débordante pitié, sans oser se retourner en arrière pour jeter un dernier regard à ce que l'on vient de voir. Mais il y a entre l'impression causée par la lecture du livre du splendide et farouche Florentin et celle du roman de Zola, toute la différence qui sépare l'implacable réalité de la fantaisie même géniale. Germinal est plus près de nous que l'Enfer; nous. sentons mieux les souffrances peintes par l'auteur des Rougon-Macquart que les tortures les plus monstrueuses combinées par le Dante. L'Italien est sublime, il a fait une œuvre immortelle et gigantesque ; mais les mineurs, nous les avons vus, nous les connaissons, et si l'envie nous en prend, nous pouvons descendre avec eux dans leur Enfer pour subir l'horreur et le frisson de leur existence, - ils sont plus près de nous. Aussi monte-t-il de ce livre formidable, de ce morceau d'humanité souffrante, de ces abimes béants, un cri d'affreuse et pénétrante angoisse, la plainte lugubre de milliers d'êtres broyés par un travail de damnés, livrés par un sort inexorable à l'éternelle nuit, à l'éternelle servitude, à l'éternelle douleur sous ses formes les plus diverses. Cette œuvre, telle qu'elle est, est une des plus saisissantes, des plus puissances, qui soient sorties de la plume du. maître romancier. C'est aussi un des plus vigoureux et des plus justes cris de douleur qui aient retenti depuis longtemps en faveur des déshérités et des souffrants. Ce cri prend même, vers l'a fin, des allures menaçantes qui doivent faire réfléchir, faire penser au soulagement de plus en plus nécessaire des races opprimées. [...] A côté du roman magistral il y a l'œuvre de haute justice et de souveraine pitié qui ira réveiller les assoupissements égoïstes du bien-être dans lequel sont trop disposés à s'engourdir ceux qui ne manquent de rien, oubliant trop ceux qui manquent de tout." (Le Livre, 10 avril 1885).




Bel exemplaire broché, tel que paru, d'une émouvante simplicité.

Prix : 1.100 euros

mercredi 27 janvier 2021

Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone]. Les Nouveaux Mémoires d'un homme de qualité (1774). Edition originale rare. Bel exemplaire en condition d'époque.


RÉTIF DE LA BRETONNE [RESTIF DE LA BRETONE] (Nicolas-Edme).

Les nouveaux mémoires d'un homme de qualité. Par M. le M ... de Br ..

Imprimé à La Haie, et se vend à Paris, chés la Veuve Duchesne, De Hansy, 1774

2 parties reliées en 1 volume in-12 (17,3 x 10,5 cm) de (2)-ij-212-(4) et (4)- puis paginé 5 à 208-(4) pages. Collationné complet.

Reliure de l'époque plein veau brun marbré, dos lisse orné aux petits fers dorés, pièces de titre de maroquin rouge, filet à froid en encadrement des plats, tranches rouges, doublures et gardes de papier marbré. Belles reliures d'époque très bien conservées. Légers frottements aux reliures, légères marques d'usage. Intérieur frais avec quelques anciennes mouillures peu visibles.

Édition originale.






Cet ouvrage a été imprimé à seulement 750 exemplaires selon Rétif lui-même (Revue de ses ouvrages, 1784), ce qui en fait l'un des plus rares.

"Restif fit les Nouveaux Mémoires d'un homme de qualité à la fin de l'année 1773 et au commencement de 1774. Rétif s'est servi d'un manuscrit de M. Marchand, le censeur du Pornographe, que lui avait présenté Nougaret. Rétif trouva l'ouvrage fort sec et décida, selon ses termes, de "l'animer un peu". Rétif y ajouta donc des histoires de sa façon (Histoire de Zoé et plusieurs autres - qui servirent ensuite à plusieurs Contemporaines).

Rétif ajouta les Beaux Rêves, qu'on trouve dans quelques exemplaires (ils ne se trouvent pas dans le présent exemplaire). Ces deux "Beaux rêves" forment 50 pages paginées séparément avec une page de titre particulière à la page 23 et intitulée : "La Thèse de médecine soutenue en enfer". On trouve également dans certains exemplaires, à la fin de la deuxième partie "Le secret d'être aimé après quarante ans, et même à tous les âges de la vie, fut-on laid à faire peur" (paginé 209 à 222). Par ailleurs, à la suite de la première partie, on trouve une épître à Madame + + + (Madame Poissonnier selon Lacroix), également absente du présent exemplaire. Ces petites pièces ajoutées se trouvent rarement dans les exemplaires (voir notre autre exemplaire complet de toutes les pièces ajoutées).

Rétif de la Bretonne n'avait pas bonne opinion de cet ouvrage qu'il dénigrait comme l'une de ses plus médiocres productions.

Provenance : De la bibliothèque Fleury (avec ex libris gravé à l'eau-forte).










Références : Rives-Childs, pp. 221-223 ; Lacroix, p. 118-123.

BEL EXEMPLAIRE D'UN LIVRE RARE DE RETIF DE LA BRETONNE.

Prix : 1.950 euros



mardi 26 janvier 2021

Paris, par Emile Zola. Ultime volet de la trilogie "Les Trois Villes" (Lourdes - Rome - Paris). Edition originale. Un des 300 exemplaires sur papier de Hollande. Superbe exemplaire relié à l'époque en maroquin par David. Rare dans cette condition.

Emile ZOLA.

PARIS. Les trois villes.

Paris, Bibliothèque-Charpentier, Eugène Fasquelle éditeur, 1898

1 volume in-18 (19 x 14 cm) de (4)-608 pages.

Reliure strictement de l'époque plein maroquin rouge vermillon, dos à nerfs janséniste, auteur et titre doré, millésime doré en queue "Paris 1898", double-filet doré sur les coupes, doublure de maroquin en encadrement sertie de huit filets dorés concentriques, centre de la doublure et gardes de moire vermillon, tranches dorées sur témoins (reliure signée DAVID). Reliure très fraîche. A noter deux légères éraflures sombres au bas du premier plat. Légères ombres au maroquin. Intérieur très frais. Sans le premier plat de couverture imprimée.

Edition originale.

Un des 300 exemplaires sur papier de Hollande.

Il a été tiré en outre 30 exemplaires sur papier du Japon (et 1 exemplaire sur papier rouge).


Les Trois Villes
est un cycle romanesque écrit par Émile Zola entre 1893 et 1898. Il suit directement le cycle précédent du romancier : Les Rougon-Macquart. Son héros, l'abbé Pierre Froment, sert de fil rouge aux trois romans, Lourdes, Rome et Paris, dans lesquels Zola s'interroge sur la place de la religion dans la société moderne, mais aussi sur la confrontation entre une bourgeoisie rayonnante face à un monde ouvrier misérable.


Un voyage dans les Pyrénées conduit Zola à Lourdes en 1891, où il observe effaré « un monde de croyants hallucinés ». Il annonce son projet sur la ville miraculeuse en juillet 1892, dans le périodique Gil Blas, « sans intention malveillante ». Sous la conduite du baron Malet et sous celle de M. de Lacvivier, le 25 août 1892, Zola visita la Grotte, le magasin des cierges, le bureau des envois de l’eau de Lourdes, puis le rosaire, la Crypte et la Basilique. Ces deux notables inspirèrent le personnage du baron Suire dans Lourdes et sont directement nommés dans Mes voyages ; Lourdes, Rome. Puis repart pour le centre de pèlerinage, voyage à l'issue duquel il décide de scinder l'œuvre à venir en deux romans, avec Rome. À l'automne, il rajoute Paris, « la part du socialisme qui ouvre vers le XXe siècle » aux deux premiers, concevant finalement un nouveau cycle portant sur la place du religieux dans la société française de la fin du XIXe siècle. Il écrit : « Ma trilogie, qui contiendra le bilan religieux, philosophique et social du siècle, sera moins pessimiste que le reste de mon œuvre, et animée d'un souffle d'idéal et d'espoir ». Lourdes paraît le 25 juillet 1894, après avoir été publié en feuilleton dans Gil Blas. L'intrigue expose cinq journées d'un pèlerinage mettant en scène l'abbé Pierre Froment, personnage fil rouge du cycle. Le roman peint tout à la fois la souffrance des pèlerins dans leur foi et « le besoin de surnaturel persistant chez l'homme malgré les conquêtes de la science ». Il dénonce aussi les escroqueries à la guérison, les rivalités entre les différents courants du clergé, les Pères de la grotte assimilés à de nouveaux marchands du temple. Les réactions à la publication de Lourdes sont immédiates, la polémique lancée par Mgr Ricard est reprise et alimentée par la droite catholique. Elle aboutit à la mise à l'Index du roman et de toute l'œuvre d'Émile Zola. Cependant, le livre remporte un succès énorme, vendu à cent vingt mille exemplaires en un mois, troisième roman de Zola le plus vendu au 1er mars 18985. Le second volume des Trois Villes, Rome, place l'action dans la ville sainte, où Pierre Froment est venu défendre son livre, La Rome nouvelle contre une éventuelle mise à l'Index. Il s'y mêle une histoire d'amour sous une forme mélodramatique, puisque les deux amants Dario et Benedetta meurent victimes du poison des Borgias, des tableaux sans concessions du Pape et de son clergé, mais aussi de belles descriptions d'une Rome tridimensionnelle (antique, religieuse et moderne en pleine construction). C'est l'occasion pour Zola de dresser le bilan d'un « néochristianisme » qui tente d'assimiler la modernité d'une conscience universelle en évolution, au carrefour des XIXe et XXe siècles. Comme toujours, le romancier s'est très sérieusement documenté, voyageant pendant six semaines à Rome et en Italie fin 1894. Mais malgré sa demande, il ne fut pas reçu par le Pape Léon XIII. Rome est publié simultanément en feuilleton dans Le Journal à Paris et dans La Tribuna à Rome à partir de décembre 1895 jusqu'à mai 1896. Le volume est en librairie le 8 mai 1896. Les réactions sont partagées, avec une nouvelle polémique logiquement issue des milieux de la droite cléricale et conservatrice. Sa presse ne trouve aucun intérêt dans le roman, et dresse la liste des invraisemblances qui gâteraient l'ouvrage. Zola est même accusé de plagiat à l'occasion d'une campagne visant à lui barrer une fois de plus l'entrée de l'Académie française, et il se doit de répondre par un article très documenté en exposant toutes ses sources. Mais déjà, le romancier pense à clore sa trilogie.


L'idée de Paris est venue à Zola en septembre 1892. Le contexte anarchiste des années 1892-1894 avec leurs attentats, mais aussi la révélation du Scandale de Panama, qui met en cause une part du monde politique républicain et la sphère financière, inspirent l'écrivain. Pierre Froment est donc toujours le personnage principal. Ayant perdu toute foi, il décide de se consacrer à la charité envers les plus pauvres, sans succès. Il s'oppose à son frère chimiste et anarchiste, concepteur d'un nouvel explosif surpuissant, qui veut changer le monde par l'usage de la terreur et de la violence. Le héros comprend alors la nécessité d'un renouvellement organisationnel de la société pour combattre la misère. Zola brosse aussi le tableau du Paris de l'argent, de la politique et du plaisir, en opposition à l'extrême pauvreté qui pousse à l'anarchie. Rédigé de janvier à août 1897, le roman est d'abord publié dans Le Journal d'octobre 1897 au 9 février 1898. La parution de l'ouvrage tombe en pleine affaire Dreyfus, au moment où Zola publie J'Accuse...!. Le romancier décide de décaler la parution de Paris au 1er mars 1898, à la demande de son éditeur, Charpentier. Comme il était possible de s'y attendre, la réaction de la presse de droite conservatrice est d'autant plus hostile que des personnalités d'extrême droite, comme Édouard Drumont se sont reconnus au fil des chapitres. La critique véhémente du livre se conjugue au lynchage médiatique consécutif à la condamnation de Zola. À gauche, Jaurès affirme que « Paris est une protestation hardie contre toutes les puissances de mensonge et de servitude ». Léon Blum quant à lui, écrit : « Jamais M. Zola n'a développé avec plus de lucidité et de force sa vision optimiste de l'humanité en marche ».


Cette trilogie aujourd'hui éclipsée et délaissée au profit des Rougon-Macquart constitue selon Zola lui-même, un "bilan religieux, philosophique et social du siècle, [qui] sera moins pessimiste que le reste de mon œuvre, et animée d'un souffle d'idéal et d'espoir."


Superbe exemplaire en maroquin de l'époque, condition rare et toujours désirable pour les éditions originales de Zola.

Prix : 1.800 euros



lundi 25 janvier 2021

Hugues Rebell. La Nichina. Mémoires inédits de Lorenzo Vendramin (1897). Edition originale sur papier de Hollande (59 ex.). Très bel exemplaire dans une fine reliure de l'époque en maroquin à coins.



Hugues REBELL.

LA NICHINA. Mémoires inédits de Lorenzo Vendramin.

Paris, Mercure de France, 1897

1 volume in-18 (19 x 13,5 cm) de (2)-484-(4) pages.

Reliure de l'époque demi-maroquin vert sombre à larges coins, dos à faux-nerfs orné d'un fleuron doré au centre de chaque caisson, roulettes dorées, nerfs décorés à froid se prolongeant sur les plats, filets dorés sur les plats, tête dorée, doublures et gardes de papier peigne, tranches ébarbées. Les plats de couverture n'ont pas été conservés. Reliure parfaitement conservée et d'excellente facture. La reliure n'est pas signée.

Edition originale.

Un des 59 exemplaires sur papier de Hollande (après 15 ex. sur Japon et 15 ex. sur Chine).



Georges Grassal de Choffat, dit Hugues Rebell, est né à Nantes en 1867 et mort à Paris le 6 mars 1905. Il était d'une riche famille d'armateurs et de banquiers. En 1887 il hérite de la fortune de son père (500.000 francs). Rebell va alors consacrer cette fortune à ses passions : les livres rares, le luxe, et surtout les femmes. « Un bel esprit, fin, curieux, très raffiné, note Paul Léautaud. Un curieux individu, aussi, sorte de sadique, de corrompu à l'excès. » Plein de morgue, se présentant « dans l'attitude de l'aristocrate heureux et dédaigneux » (Remy de Gourmont), il ne se fait pas que des amis. En politique, il est passionnément monarchiste et réactionnaire. Une réputation en grande partie méritée d'auteur érotique voire pornographique l'a poursuivie jusqu'à aujourd'hui. On lui doit des textes dans cette thématique comme Les Nuits chaudes du Cap (1902) ou encore des livres sur la flagellation comme Le fouet à Londres (1905). D'autres livres curiosa lui sont encore attribués. Il devait épouser la fille de Félicien Rops, Claire Rops, mais se projet avorta en 1895. En 1894, les parents d'une mineure qu'il avait séduite le font chanter et lui font perdre ainsi une grande partie de sa fortune. Hugues Rebell avait beaucoup voyagé, très épris de l'Italie de la Renaissance, des femmes, etc. En 1900, il a fait un dernier voyage en Espagne. Mais, harcelé par ses créanciers, miné par l'arthrite, il est désormais pauvre et presque mourant. Il engage des collaborateurs : Gustave Le Rouge, avec qui il projette une histoire romancée la flibuste ; Jean de Mitty, qui travaille au Journal d'un valet de chambre, sur-titré Au service de l'empereur ; Marius Boisson tient la plume pour deux recueils de nouvelles publiés chez Carrington, Femmes châtiées et Cinq histoires vécues, et un roman signé "Jean de Villiot", Gringalette. Pour fuir les huissiers, il quitte son appartement du boulevard des Batignolles pour un immeuble sordide du 10 rue des Francs-Bourgeois. Il ne sort plus guère que la nuit. Il y meurt âgé de 38 ans seulement d'une péritonite en 1905, ruiné mais au milieu de ses livres précieux dont il refusait de se séparer. En 1900, il avait répondu à l'Enquête sur la monarchie de Charles Maurras et s'était montré en faveur du nationalisme intégral et de la restauration monarchique.

En 1892, il loue un appartement au palais Veniere à Venise et commence à écrire les poèmes de son premier livre important, Les Chants de la pluie et du soleil, ainsi que son roman La Nichina. Il poursuit en 1893 à Naples et termine à Munich. La Nichina, achevé à Mantoue, est publié en 1896 et remporte un gros succès de librairie. Ce roman, situé dans l'Italie de la Renaissance chère à l'auteur, serait un livre à clefs, dans lequel la Nichina serait la demi-mondaine Valtesse de La Bigne, maîtresse d'Édouard Detaille, d'Henri Gervex et de plusieurs banquiers, et le sous-secrétaire d'État à l'intérieur Louis-Numa Baragnon.

Nichina, une belle courtisane vénitienne, raconte, dans un salon, les aventures de sa vie. Avant d'accéder au respect et à la gloire, elle n'a pas hésité à se livrer aux pratiques les plus viles, à côtoyer les êtres les plus infâmes. En relatant le triomphe de Nichina, c'est à la femme immorale que Rebell rend hommage. Sans doute l'une des rares qu'il traite avec un égard véritable. La Nichina est aussi le premier des grands romans italiens de Rebell, que la Renaissance fascine. Pour faire rebondir sans cesse l'intrigue, il a recours au personnage du moine paillard, qui éructe et flatule à la demande, trousse les jeunes filles et se montre avide de bonne chère. Une fois de plus, Rebell règle ses comptes avec la religion, dont il a lui-même tant souffert et qu'il combattra toute sa vie (Mercure de France, Présentation de l'édition de 1994).

Très bel exemplaire sur grand papier de cet ouvrage recherché d'Hugues Rebell.

VENDU

samedi 23 janvier 2021

Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone]. L'Andrographe [L'Anthropographe] ou Idées d'un honnête-homme, sur un Projet de Règlement, proposé à toutes les Nations de l'Europe, pour opérer une Réforme générale des mœurs, et par elle, le bonheur du Genre-humain. Avec des notes historiques. Très bon exemplaire dans sa première reliure de l'époque.


Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretonne]

L'Andrographe ou Idées d'un honnête-homme, sur un Projet de Règlement, proposé à toutes les Nations de l'Europe, pour opérer une Réforme générale des mœurs, et par elle, le bonheur du Genre-humain. Avec des Notes historiques et justificatives. Recueillies par N.-E. Rétif-de-la-Bretone, éditeur de l'ouvrage. Première partie. [suivi de :] Seconde partie contenant les notes.

A La-Haie, chés Gosse et Pinet, et se trouve à Paris, chés la d(a)me Veuve Duchesne et Belin, et Mérigot-jeune, 1782

2 parties reliées en 1 volume in-8 (20,7 x 13,5 cm. Hauteur des marges : 201 mm) de (1)-475-(1) pages. Pagination continue.


Reliure de l'époque pleine basane caramel marbrée, dos lisse orné, pièce de titre et tomaison. Mors fendus (les plats restent solidement attachés), quelques épidermures sur les plats, la partie haute du plat supérieur épidermé (frotté), dos frotté, coins et coupes frottés, coiffes usées. Les gardes volantes et doublures sont un étonnant et superbe papier dominoté montrant un motif en trompe l'œil. Intérieur très frais. Une rousseur courant dans la marge inférieure de quelques feuillets. Reliure s
olide et décorative typique de son époque (vers 1790-1795). NDLR : Nous n'avons pas souhaité toucher à cette reliure d'époque, remarquable par son papier décoré en doublure et gardes, afin de laisser les soins d'un travail de restauration professionnelle à l'acquéreur. La fraîcheur intérieure du volume justifie ce travail.

Edition originale.






Notre exemplaire est en 476 (i.e. 478 la dernière n'étant pas paginée et donnant une liste des ouvrages de l'auteur) pages mal paginées à la fin (il y a 2 pages paginées 472). Lacroix signale des exemplaires en 492 pages (les pages 477 à 492 son un Supplément au Pornographe et Suite de la note [Q]. Mais Rives-Childs précise que ce supplément signalé par Paul Lacroix n'a rien à faire avec l'Andrographe. C'est une suite normalement ajoutée à la troisième édition du Pornogaphe de 1776 et c'est par une simple coïncidence que la pagination de ce supplément se trouve conforme à la fin de l'Andrographe et c'est ce fait seulement qui a permis à Restif de l'ajouter comme s'il appartenait à ce volume.

Cet ouvrage devait tout d'abord porter le titre de l'Anthropographe, ou l'Homme réformé, titre qui se trouve en tête du texte après l'introduction et au commencement de la seconde partie. C'est le tome IV des Idées singulières, et "le complément du troisième volume (les Gynographes) ; l'homme et la femme ne pouvant être réformés l'un sans l'autre".







"Les journalistes n'ont point parlé de ce quatrième volume que l'auteur ne leur a point envoyé, mais il est bien supérieur aux deux premiers, par l'importance de la matière." (Rétif de la Bretonne, Revue des ouvrages, p. CCXLIII.). L'ouvrage, commencé en 1776 et repris en 1780, fut achevé en 1781, durant l'impression des Contemporaines (Ibid., p. CCXXXIV).

Tabarant avait le pressentiment que l'Andrographe "ne circula que par le colportage. Il est des plus rares." Le livre a-t-il été saisi, supprimé, mis à l'index ?" se demande Paul Lacroix. Rives-Childs ne tranche pas sur ces points malgré ses propres recherches.

"C'est surtout dans l'Andrographe que Restif a donné pleine carrière à ses théories socialistes." (Rives-Childs).











Au verso du titre, on lit cet avis de l'éditeur (Rétif de la Bretonne) : « Les puristes, ces ennemis immortels de tout bien, m'ont reproché d'avoir composé le Pornographe. Je leur déclare ici que je m'en applaudis ; c'est un projet utile, honnête, et le Gouvernement ne commettrait aucune indécence, en le réalisant : il n'y a rien d'indécent, pour la Divinité, pour la Nature et pour les corps politics (sic) ; Dieu et la Nature ont fait l'anus et la bouche, sans s'avilir ; ils ont réglé les fonctions des parties secrètes, etc. Les corps politics peuvent en faire autant. Comme auteur, je n'ai pas traité une matière insolite ; Philon, qui valait bien nos puristes, a fait un livre de Meretricis mercede, et Philon avait des mœurs pures. Les écrivains utiles ont toujours de la peine et du temps à perdre, pour répondre aux sots et aux mal-intentionnés ; c'est un mal nécessaire. »

Référence : J. Rives Childs, Restif de la Bretonne. Témoignages et Jugements. Bibliographie, p. 281-282. P. Lacroix, Bibliographie des ouvrages de Rétif de la Bretonne, p. 207-212 ; Tabarant, le Vrai visage de Rétif de la Bretonne, p. 275-276).



Très bon exemplaire en condition d'époque.

Prix : 2.600 euros