mercredi 31 octobre 2018

Emile Zola. La Débâcle (1892). Edition originale. 1 des 330 exemplaire sur papier de Hollande relié à l'époque par Victor Champs. Superbe exemplaire en jolie reliure signée de l'époque parfaitement conservée.


ZOLA (Emile).

La Débâcle.

Paris, Bibliothèque-Charpentier, 1892 [Imprimeries Réunies May et Motteroz, Paris]

1 volume in-12 (19,5 x 13 cm) de 636 pages.

Reliure de l'époque bradel demi-percaline à larges coins, dos lisse, pièce de titre de cuir marron, fleuron doré au centre du dos, millésime doré en queue du dos, tête dorée, non rogné, relié sur brochure, plats et dos de couverture imprimée en jaune conservés (reliure signée V. CHAMPS). Très bel exemplaire d'une remarquable fraîcheur, relié strictement à l'époque par Victor Champs, l'un des maîtres du cartonnage bradel de l'époque comme de la reliure de luxe. A noter une acidification de la marge extérieure du titre en contact avec le papier acide de la couverture, idem pour le verso du dernier feuillet et le faux-titre, sinon exemplaire immaculé, superbe.

Édition originale.

Celui-ci, 1 des 330 exemplaire sur papier de Hollande.



Il a été tiré en outre 33 exemplaires sur Japon, qui avec les Hollande constituent les seuls grands papiers pour ce titre.

La Débâcle est le dix-neuvième volume de la série des Rougon-Macquart, dont il constitue la conclusion historique. Le premier roman (La Fortune des Rougon) évoquait le coup d’État du 2 décembre 1851, qui mit en place le Second Empire ; celui-ci a pour cadre la déroute de l’armée française devant les Prussiens à Sedan pendant la guerre franco-allemande de 1870, et donc la chute de l’Empire, remplacé le 4 septembre 1870 par la Troisième République. Jean Macquart, déjà personnage principal de La Terre, a repris du service dans l’armée, après ses désillusions dans le monde paysan. Incorporé dans le 106e de ligne, il est caporal et ses hommes le respectent pour son bon sens, son dévouement et sa saine conception de l’autorité. Il assiste impuissant à l’effondrement de l’Empire et à la déroute de ses armées, que Zola attribue à l’incompétence de l’état-major, au manque de préparation des troupes et au rôle néfaste joué par l’impératrice Eugénie auprès de Napoléon III. C’est aussi l’histoire d’une amitié qui finira en drame entre Jean Macquart et l’un de ses soldats, l’intellectuel Maurice Levasseur. Le premier veut une France où règnent l’ordre et la sagesse ; le second souhaite mettre fin aux injustices et rêve de révolution. Ces divergences idéologiques ne les empêchent pas de s’aimer et de se respecter, chacun sauvant la vie de l’autre. Une fois la guerre finie, tous deux participent à la Commune, mais dans des camps différents. Lors de la Semaine sanglante, le versaillais Macquart blesse mortellement d’un coup de baïonnette un communard ; il s’aperçoit par la suite que c’est Levasseur. Jean Macquart, qui était sur le point d’épouser Henriette, sœur de Levasseur, quittera Paris et l’armée. On le retrouve ensuite dans Le Docteur Pascal, vivant en Provence et marié à une paysanne du nom de Mélanie Vial. Un peu comme dans Germinal, le roman se termine par une note d’espoir. Alors que Paris brûle et que Jean vient de perdre à la fois son meilleur ami et la jeune femme qu’il aimait, il a la sensation d’une aurore qui se lève, après la chute de la branche pourrie qui constituait l’Empire : « C’était le rajeunissement certain de l’éternelle nature, de l’éternelle humanité, le renouveau promis à qui espère et travaille, l’arbre qui jette une nouvelle tige puissante, quand on a coupé la branche pourrie, dont la sève empoisonnée jaunissait les feuilles… et Jean, le plus humble et le plus douloureux, s’en alla, marchant à l’avenir, à la grande et rude besogne de toute une France à refaire. » (source : Wikipédia).

Bel exemplaire sur grand papier en condition d'époque quasi parfaite.

Prix : 1.800 euros

mardi 30 octobre 2018

La Naissance Miraculeuse de la Chapelle de Bethleem en France fondée en l'Abbaye Royale de Saint-Pierre et Saint-Paul de Ferrières en Gâtinais (diocèse de Sens). Reliure de l'époque en parchemin. Très rare.


MORIN, Dom. Guillaume

LA NAISSANCE MIRACULEUSE DE LA CHAPELLE DE BETHLEEM EN FRANCE, fondée en l'Abbaye Royale de Saint-Pierre et Saint-Paul de Ferrieres en Gâtinais, au diocèse de Sens. Avec plusieurs Chartes des premiers Rois etc. Le tout recherché par Dom Guill. Morin, parisien religieux de ladite Abbaye. Dédiée à la Reine.

A Paris, Chez Gilles Blaisot, Imprimeur, 1610

1 volume in-12 (152 x 92 mm) de 2 pages de titre, 3 feuillets non chiffrés (épître à la Reine datée du 1er jour de Janvier 1610 et des vers (stances) à l'honneur du Bethleem des Français), 169-(3) pages.

Reliure de l'époque plein parchemin souple. Manque de parchemin en pied. Solide reliure. Traces d'anciennes mouillures sans gravité et peu visibles. Un coin de page découpé (pp. 35/36) sans atteinte au texte. Complet. Une belle vignette gravée sur bois dans un encadrement occupe le verso du titre daté 1610. L'autre titre, placé devant, est identique à l'autre mais porte la date de 1613.



ÉDITION ORIGINALE RARE.

Ferrières était le siège d’une célèbre abbaye bénédictine, fondée peut-être par Clovis. Son existence est attestée dès le début du VIIe siècle, elle aurait alors été fondée par des disciples de saint Colomban. Dans le Dictionnaire des abbayes et monastères publié en 1856 par l'abbé Migne, elle est décrite comme ayant été fondée en 630 par le duc Wandelbert sous le nom de Bethleem Ferrariæ qui signifie Bethléem de Ferrières. Selon la tradition, le premier sanctuaire édifié en ce lieu commémorait la vision miraculeuse des saints évangélistes Savinien et Potentien qui, la nuit de Noël, ont vu en songe la crèche de Bethléem. Dom Morin, Grand Prieur de Ferrières (depuis 1610) et auteur de cet ouvrage, cite un certain nombre de miracles, qui tendent à prouver que les pèlerins ne sont pas toujours déçus : Les témoins interrogés, touchant les miracles opérés par la miséricordieuse puissance de Notre-Dame de Bethléem, racontèrent qu'ils en avaient vu plusieurs, et qu'ils étaient même si fréquents que les gens ne sortaient plus de leur maison pour constater ces faits. […] Jean Moschefol assura pareillement que sa femme ayant mis au monde un enfant mort, le voua à Notre-Dame de Bethléem. Puis, l'ayant porté sur l'autel de la chapelle, se mit à prier et à conjurer la Vierge Marie de ressusciter son enfant. Or, une demi-heure s'était à peine écoulée qu'on s'aperçut que cet enfant vivait. Aussitôt on le baptisa et il vécut plus de dix ans. Mais les miracles recensés ne concernent pas que des enfants : L'an 1411, Pierre du Cymetière chargé par le roi Charles VI, de faire exécuter un arrêt du conseil privé par les habitants d'Orléans, fut saisi par ceux-ci et jeté dans la prison de la Tour-Neuve. Espérant peu du côté des hommes, et se souvenant des éclatants miracles qu'on disait opérés à Ferrières, il fit vœu en l'honneur de Notre-Dame de Bethléem. Or, à peine eut-il formulé son serment, que, soudain, une muraille s'ouvre devant lui, et le prisonnier s'évade au grand étonnement des Orléanais qui regardaient le fait comme impossible.  Morin a agrandi l'église en ajoutant les deux chapelles latérales. A sa mort, le 21 mai 1628, les moines ont déposé son corps dans cette chapelle qu'il avait fait édifier. Sur sa pierre tombale, il est représenté vêtu de la coule, large robe que les moines revêtent pour les offices. En haut, dans chaque angle, se trouvent les armes de sa famille.



Notre exemplaire a cette particularité de posséder les deux pages de titre, celle de l'édition originale de 1610 et celle de remise en vente de 1613, chez le même libraire. Il y a sur la page de titre datée 1613 un ex dono manuscrit de l'auteur (ex dono aucthoris) et un ex libris d'un frère de la Congrégation de St Maur à l'abbaye de Fleury située à Saint-Benoît-sur-Loire (Loiret). Il s'agit très probablement du premier possesseur de ce volume à qui l'auteur en aura fait don entre 1613 et son décès en 1628.

Référence : Seule la Bnf (Arsenal) semble posséder un exemplaire de cet ouvrage (absent des autres bibliothèques au CCfr) ; Jean Hubert, Nouveau recueil d'études d'archéologie et d'histoire, de la fin du monde, 1985, p. 282 et suiv. : "[...] Petit livre poétique et pieux plein d'une naïveté charmante.".



TRÈS BON EXEMPLAIRE CE RARE OUVRAGE.

Prix : 950 euros


vendredi 26 octobre 2018

Prostitution / Bordels. Histoire d'une mère maquerelle au XVIIIe siècle d'après sa correspondance : Correspondance de Madame Gourdan dite la Petite Comtesse, par Octave Uzanne (1883). Rare tirage de luxe sur Japon (1/15) relié plein veau glacé noir. Triple état du frontispice dont le "bon à tirer".


UZANNE (Octave).

CORRESPONDANCE DE MADAME GOURDAN DITE LA PETITE COMTESSE. Pour servir à l'histoire des moeurs du siècle, et principalement de celles de Paris. Nouvelle édition augmentée de lettres inédites, de notes, suivie de la description de sa maison et des diverses curiosités qui s'y trouvent, et précédée d'une étude-causerie sur les sérails du XVIIIe siècle par Octave Uzanne.

A Bruxelles, Chez Henry Kistemaeckers, 1883 [imprimé à Bruxelles chez A. Lefèvre]

1 volume in-8 (23 x 15 cm) de (4)-LVIII-277-(3) pages. Frontispice à l'eau-forte ici en 3 états par Mordant.

Reliure de l'époque plein veau glacé noir, dos à nerfs janséniste, nerfs marqués à froid avec prolongements sur les plats terminés par un petit fleuron (à la manière des reliures du XVe siècle), tête dorée, roulette dorée en encadrement intérieur des plats, doublures et gardes de papier peigne, couvertures conservées. Impression en rouge et noir. Bel exemplaire malgré quelques éraflures superficielles sur les plats de la reliure. Intérieur très frais.

Édition originale.

Tirage à 777 exemplaires.

Celui-ci, 1 des rares 15 exemplaire de luxe sur Japon.

Notre exemplaire porte le numéro 1.



Le frontispice est en trois états : en bistre avant la lettre avec remarque, en noir avant la lettre avec remarque, en noir avant la lettre avec remarque et mention de "Bon à tirer" signé par le graveur (Mordant) avec cette remarque au crayon : tirer le fond très sourd.

« Cette petite excursion bibliographique en Belgique avait pour but de placer chez Kist[emaeckers] une étude assez complète sur les couvents de plaisir et les maisons de tolérance d'avant la Révolution. La correspondance plus ou moins authentique de la maman Gourdan, a fourni le prétexte désiré, et le bibliophile [Octave Uzanne] préfaça ce livre avec quelque plaisir et intérêt. » Octave Uzanne, in Notes pour la Bibliographie du XIXe siècle, Quelques-uns des Livres Contemporains en exemplaires choisis, curieux ou uniques, Tirés de la Bibliothèque d'un Ecrivain et Bibliophile Parisien [Octave Uzanne], n°443.

L'histoire de la mère maquerelle Gourdan serait plaisante à conter ici dans son entier. Son établissement de plaisir voir le jour en 1774 à l’angle de la rue Saint-Sauveur et de la rue des Deux-Portes. Marguerite Gourdan édicte, à l’usage de ses pensionnaires, un règlement en vingt articles, agrémenté, en complément, d’Instructions pour une jeune demoiselle qui veut faire fortune avec les charmes qu’elle a reçus de la nature. En dehors de la direction de son établissement et de l’arrangement des parties fines soit chez elle, soit dans les petites maisons de la noblesse, elle procure en appareilleuse consommée des femmes aux hommes, des jeunes gens aux « sodomistes » et des « succubes » (jouant le rôle passif dans les ébats amoureux féminins) aux « tribades ». Les lesbiennes les plus renommées se recommandent toutes auprès de Marguerite Gourdan pour avoir de jeunes et jolies filles, expérimentées ou débutantes. Parmi celles-ci, Mme de Fleury, femme de l’avocat général et ancien Procureur royal René-Nicolas de Maupeou et fondatrice de la « secte Anandryne ». Parmi les clients célèbres de Marguerite Gourdan, on trouve encore Christian IV de Palatinat-Deux-Ponts, le prince de Conti, le marquis de Fitz-James, le chevalier de Coigny, le duc de Chartres, le duc de Mazarin, le duc de Grammont, le marquis de Romcy, le marquis de Nesle, le duc de Fronsac, le fermier général Dangé, le marquis de Genlis, le duc de Luynes, le marquis César de Talaru, M. de Montaigu, M. de Moudran, le marquis de Duras, le duc de la Trémoille, le chevalier de Piis, le négociant Émery, le banquier Pexiotte. Parmi les ecclésiastiques, on trouve le père Élysée, le père Bernard, le séminariste M de Calonne, le professeur en théologie Adrien Aubert, l’aumônier François de Clugny, le docteur en Sorbonne Pierre-Gallon Francesqui, le grand-vicaire Joachin de Gobriacle, l’archidiacre Jean Mongin, le chapelain de la Reine, M. de Saint-Mery, ou le chapelain du Roi, Gaspard Bardonnet, le chanoine Joseph-Marie Mocet, le prévôt Pierre-Joseph Artaud, l’abbé Grisel, l’abbé de Voisenon, l’archidiacre Jean-Baptiste d’Aguesseau, le père Honoré Regnard, l’évêque jésuite de Sisteron Lafiteau, l’archevêque de Toulouse Loménie de Brienne, l’abbé Tencin, Lany, ancien maître des ballets de l’Opéra, en dehors de sa liaison avec Mlle Lachassaigne danseuse de ce théâtre ou le bibliothécaire des Petits-Pères de la place des Victoires, aiment à se faire fouetter chez Marguerite Gourdan. Le 6 septembre 1775, un arrêt du Parlement décrète la prise de corps Marguerite Gourdan, pour avoir recueilli chez elle la femme d’un gentilhomme de province et favorisé son goût pour le libertinage. Marguerite Gourdan n’attend pas l’application du Décret de prise de corps. Cinq jours après la prononciation de cette sentence, c’est-à-dire le 11 septembre 1775, la Petite-Comtesse licencie son personnel, ferme son établissement et prend la fuite. Elle parvient à rouvrir son établissement mais la situation a changé. Les mœurs plus austères du roi Louis XVI, nouvellement couronné, imposent à la paillardise une trêve dont Marguerite Gourdan est la première à souffrir, et ce à tel point qu’elle fait faillite au cours du mois de mai 1778. Une fois de plus, elle réussit à se tirer du péril, mais de jour en jour, les affaires vont diminuant et la publicité se fait de plus en plus rare autour du blason de la Petite-Comtesse. Peu de temps après, Marguerite Gourdan meurt dans une chambre à coucher au premier étage de son domicile de la rue des Deux-Portes-Saint-Sauveur. (source : Wikipédia).

Provenance : ancienne collection Bertrand Hugonnard-Roche avec son chiffre à l'encre au verso de la garde blanche, BHR, 2012.

Bel exemplaire du tirage le plus désirable et très bien relié à l'époque.

Prix : 850 euros


mercredi 24 octobre 2018

Emile Zola. Fécondité. (1899). Edition originale. 1 des 50 exemplaires sur Japon. Bel exemplaire broché, tel que paru, non coupé. Rare. " [...] tous les égouts de la grande ville roulaient des petits cadavres. [...]".


ZOLA (Emile)

FÉCONDITÉ. LES QUATRE ÉVANGILES.

Paris, Librairie Charpentier et Fasquelle, 1899

2 volumes in-18 réimposés in-8 (24 x 17,5 cm), brochés, couverture papier décoré imprimée en rouge, exemplaire à l'état proche du neuf, entièrement non coupé (jamais lu).

ÉDITION ORIGINALE.

CELUI-CI, 1 DES 50 EXEMPLAIRES SUR JAPON.

Il a été tiré en outre 250 exemplaires sur papier de Hollande.

Les Quatre Évangiles est le dernier cycle romanesque conçu par Émile Zola de 1898 à sa mort en 1902. Il est inachevé puisque seuls les trois premiers romans de la série, Fécondité, Travail et Vérité ont été publiés. Justice, le dernier projet du romancier, n'a été qu'ébauché.


Fécondité, le premier opus du nouveau cycle, est un roman dans lequel Zola expose ses thèses natalistes. Zola avait exposé ses thèses natalistes dans un article en 1896. Il y évoquait le projet d'un roman sur ce thème, provisoirement intitulé Le Déchet dans lequel il se proposait de s'élever contre la limitation volontaire des naissances qui provoquait selon lui « une tragédie morale et sociale ». La natalité était en effet à la veille de la Revanche, une problématique nationale. Le roman est basé sur une opposition stricte et rigoureuse entre le couple Froment et leur douze enfants, incarnant le bonheur, et ceux qui se limitent volontairement à une petite progéniture, voire ceux qui la refusent totalement. À ceux-là, la déchéance sociale et les malheurs de la vie. Il expose toute une série de problématiques liées à la dénatalité comme l'abandon des enfants et leur traitement par l'Assistance publique, la contraception, l'avortement, l'infanticide, qu'il met en scène dans des épisodes mélodramatiques. Le roman est publié en feuilleton dans L'Aurore de mai à octobre 1899, puis en volume le 12 octobre chez Fasquelle, en pleine tempête issue du nouvel épisode de l'affaire Dreyfus après la nouvelle condamnation du capitaine. C'est la valeur morale de l'œuvre qui est remarquée, plus que ses qualités littéraires, bien que fortement critiqué par la droite nationaliste. Le livre fut remarqué par Sigmund Freud, qui le rangea parmi les dix ouvrages les plus intéressants qu'il ait lus. (source : Wikipédia).

"Le dernier degré de l’horreur était franchi, il ne pouvait descendre plus bas. C’était bien l’enfer suprême de la maternité. Il se rappelait ce qu’il avait vu chez Mme Bourdieu, la maternité coupable et clandestine, les servantes séduites, les épouses adultères, les filles incestueuses venant accoucher en secret, sans nom, de tristes êtres ignorés qui tombaient à l’inconnu. Puis ici, chez la Bouche, c’était le crime hypocrite, le fœtus étouffé avant d’être, ne naissant que mort, ou par la violence expulsé, encore incomplet, expirant au premier souffle d’air. Puis, ailleurs, partout, c’était l’infanticide, le meurtre avoué, l’enfant né viable étranglé, coupé en morceaux parfois, plié dans un journal, oublié sous une porte. Le chiffre des mariages n’avait pas décru, la natalité avait baissé d’un quart, et tous les égouts de la grande ville roulaient des petits cadavres. Dans ces bas-fonds de la déchéance humaine, il sentait maintenant l’obscure infamie, le vent de tant de drames, de tant d’assassinats cachés, lui passer sur la face. Et l’épouvante, c’était que cette femme, cette basse et lâche assassine parlait haut, semblait convaincue de sa mission, lui disait des vérités qui le bouleversaient. La maternité ne tombait à cette folie meurtrière que par l’abomination sociale, la perversion de l’amour, l’iniquité des lois. On salissait le divin désir, la flamme immortelle de la vie, et il n’était plus que le rut qui engrosse au hasard les femelles qui passent. Le tressaillement des mères, au premier coup de l’enfant, devenait un frisson de terreur, la crainte de mettre au jour le fruit redouté d’un malentendu, le besoin de le détruire dans son germe, comme une herbe mauvaise dont on ne veut pas. Un cri d’égoïsme montait, plus d’enfant, rien qui vienne détruire les calculs d’argent ou d’ambition ! Mort à la vie de demain, pourvu que la jouissance d’aujourd’hui soit ! Toute la société agonisante le poussait, ce cri sacrilège, qui annonçait la fin prochaine de la nation." (extrait du chapitre V).

BEL EXEMPLAIRE TEL QUE PARU DU RARE TIRAGE SUR JAPON.

Prix : 1.200 euros


mardi 23 octobre 2018

Les Pyrénées Monumentales et Pittoresques par Gorse (Luchon, vers 1850-1860). 32 lithographies de Luchon et ses environs (Eaux-Bonnes, Eaux-Chaudes, etc.). Très bon exemplaire.


GORSE, Pierre.

Les Pyérénées monumentales et pittoresques. Dessinées d'après nature et lithographiées par Gorse. 1ère Partie : Luchon et ses environs.

Se Vend chez Lafon, Libraire à Luchon, s.d. (vers 1850-1860). Lithographies par Becquet Frères, Rue des Noyers, 37, Paris.

1 volume in-folio à l'italienne (39 x 27,5 cm) de 32 lithographies dont 1 titre et 6 sur double-pages.

Cartonnage éditeur pleine toile bleu nuit, premier plat titré or dans un encadrement rocaille doré, titre doré au dos, filets à froid en encadrement des plats. Petites usures aux coiffes et aux coins sinon très bien conservé, intérieur frais, quelques rousseurs aux verso ou dans les marges, sans atteinte aux lithographies tirées sur fond teinté ou sur Chine appliqué.



Voici la liste des vues présentes dans le présent Album : 1. Titre. Pavillon de la Buvette (Luchon). Planche simple sur fond teinté. 2. Vue Générale de Bagnères-De-Luchon prise au-dessus du village de Barcugnas. Planche double sur Chine appliqué. 3. Allées d'Etigny à Luchon (Haute-Garonne). Planche simple sur fond teinté. 4. Les Chalets à Luchon. Planche simple sur fond teinté. 5. Etablissement thermal à Luchon. Planche simple sur fond teinté. 6. Vue de Luchon. Planche simple sur fond teinté. 7. Cascade du Lac d'Oo. Planche simple sur fond teinté. 8. St. Béat. Vue prise de la route d'Espagne. Planche simple sur fond teinté. 9. Cirque de la Vallée du Lys. Planche simple sur fond teinté. 10. Cascade du Coeur. Vue prise près de la première hôtellerie. Planche simple sur fond teinté. 11. Cascade d'Enfer. Vallée du Lys. Planche simple sur fond teinté. 12. Gouffre infernal. Vallée du Lys. Planche simple sur fond teinté. 13. Hospice de Luchon. Chemin de Vénasque. Planche simplet sur fond teinté. 14. Cascade du Parisien. Planche simple sur fond teinté. 15. Cirque du Port de la Glère. Planche simple sur fond teinté. 16. Port de Venasque. Vue prise à côté des Lacs. Planche simple sur fond teinté. 17. Port de Venasque et Maladetta. Planche simplet sur Chine appliqué. 18. Vue prise du Col d'Aspin (Hautes-Pyrénées). Planche double sur Chine appliqué. 19. Cirque de Gavarnie (Hautes-Pyrénées). Planche double sur fond teinté. 20. Vue Générale de Bagnères-De-Bigorre (Hautes-Pyrénées). Planche double sur fond teinté. 21. Cauterets. Vue prise de la promenade du Mamelon Vert. Planche simple sur fond teinté. 22. Pont d'Espagne. Près Cauterets. Planche simplet sur fond teinté. 23. Lac de Gaube. Près Cauterets. Planche simple sur fond teinté. 24. Panorama des Pyrénées. Vue prise de la Place Royale à Pau. Planche double sur fond teinté. 25. Château d'Henri IV à Pau. Vue prise du Parc. Planche double sur fond teinté. 26. Vue Générale des Eaux-Bonnes. Prise du chemin d'Aas. Planche simple sur fond teinté. 27. Vallée de Laruns. Vue prise de la promenade horizontale, aux Eaux-Bonnes. Planche simplet sur fond teinté. 28. Cascade Valentin, aux Eaux-Bonnes. Parcourant 62 mètres dans sa chute. Planche simple sur fond teinté. 29. Vue des Eaux-Bonnes. Prise de la Promenade horizontale. Planche simple sur fond teinté. 30. Cascade de Discoo, aux Eaux-Bonnes. Vue prise du chemin de Laressec. Planche simple sur fond teinté. 31. Route des Eaux-Chaudes. Dans la Gorge du Hourat. Planche simple sur fond teinté. 32. Vue des Eaux-Chaudes. Planche simple sur fond teinté.



Sous ce titre "Les Pyrénées Monumentales et Pittoresques" a paru chez Lafon à Luchon dans les années 1850-1860 plusieurs albums composés d'un nombre variables de lithographies (entre 20 et 40 lithographies par album). La plupart de ces albums ayant été démembrés pour vendre les jolies lithographies à la pièce, les albums parvenus jusqu'à nous intacts et complets de toutes les lithographies d'origine sont devenus rares.



Pierre Gorse (1816-1875) était originaire de Gironde. Il s'est fixé à Pau et a fixé de nombreux panoramas de la région des Hautes-Pyrénées et Haute-Garonne. Il profite de l'engouement pour la lithographie pittoresque dès le début des années 1850. Il devient le spécialiste de la lithographie en camaïeu. cette technique consiste en un passage de noir pour le trait et les ombres et un passage de blanc pour nuages, eaux, névés et hautes lumières sur une feuille préalablement imprimée d’un aplat bistre. Gorse effile à l’excès les cimes, joue sur des éclairages irrationnels, comme c’est le cas pour les recueils sur Pau, Cauterets, Luchon et leurs environs. Il publie aussi des planches de costumes et coutumes faisant travailler de nombreux éditeurs : Lafon, Barreau, Sarthe à Luchon ; Ribaut, Monguillet, Bassy à Pau ; Sanchette à Laruns et surtout Becquet à Paris.

Très bon exemplaire.

Prix : 2.000 euros


lundi 22 octobre 2018

Docteur Rozier. Des habitudes secrètes, ou de l'Onanisme chez les femmes (1825). Edition originale.


Docteur Rozier

Des habitudes secrètes, ou de l'Onanisme chez les femmes ; lettres médicales, anecdotiques et morales, à une jeune malade et à une mère, dédiées aux mères de famille, et aux maîtresses de pension ; par feu M. le Docteur Rozier. Deuxième édition.

A Paris, chez Peytieux, libraire (de l'imprimerie d'A. Béraud), 1825

1 volume in-8 (20,5 x 13 cm) de XII-311-(1)-(3) pages.

Cartonnage bradel plein papier marbré imprimé, pièce de titre en cuir rouge dorée au dos, tranches rognées mouchetées (reliure moderne signée des Ateliers Laurenchet). Joli cartonnage parfaitement réalisé par un atelier spécialiste du genre et dont le résultat est toujours excellent. Quelques faibles rousseurs aux premiers et derniers feuillets, intérieur très frais. Cette édition ne contient pas d'illustrations.

Edition originale portant la mention fictive de "deuxième édition" (tous les exemplaires rencontrés à cette date de 1825 portent cette mention).


L'auteur donne une suite de lettres adressées à une demoiselle, exposant différents cas tirés de la littérature médicale et de l'expérience de l'auteur, qui ne font que reprendre ceux déjà exposés par Tissot. Il y présente de façon dramatique les maladies et pathologies qu'encourent les filles s'adonnant à la masturbation, résumées dans la seconde lettre : "Les personnes livrées à l'égarement de la solitude... présentent plus ou moins promptement les symptômes de la consomption dorsale ; elles n'ont point dès l'abord de fièvre ; cependant, quoiqu'elles conservent de l'appétit, leur corps maigrit et se consume ; il leur semble que des fourmis leur descendent de la tête le long de l'épine. La marche, de simples promenades même, surtout dans des routes difficiles, les essoufflent, les affaiblissent, leur occasionnent des sueurs, des pesanteurs de tête et des bruits d'oreilles; il survient des maladies du cerveau et des nerfs, de la stupidité et de l'imbécillité..." (pp. 4-5), et la liste continue. (notice de l'exemplaire vendu chez ADER NORDMANN en 2013, troisième édition de 1830).


En résumé la masturbation féminine provoque la mort à plus ou moins brève échéance. Le corps de celle qui s'adonne ainsi régulièrement à cette terrible habitude secrète finit par dépérir et d'atroces souffrances seront le résultat des quelques instants de plaisirs volés à cette solitude coupable. NDLR : Que n'avons-nous connu de femmes tant et si bien vivantes pourtant ultérieurement à la solitude des boudoirs conjugaux !


Cette édition de 1825 est absente du catalogue de la BIUM Santé (consulté en ligne le 22 octobre 2018). Pouillet dans son Essai médico-philosophique sur les formes, les causes, les signes, les conséquences et le traitement de l'onanisme chez la femme, paru en 1884 signale cet ouvrage de 1825 par Rozier comme étant alors presque introuvable (voir Préface, note, p. 8).

Le Docteur Rozier qu'on nous annonce mort sur la page de titre ne figure pas dans la Biographie Universelle de Michaud (1825). On ne sait à priori rien de lui. La Bibliographie de la France publiée par Pillet pour l'année 1825 signale que la première édition de cet ouvrage "lui est inconnue" (et pour cause puisque visiblement elle n'existe pas - n°722).


On trouve à la fin du volume un court aperçu du traitement médical ... qui ne manque pas de sel ! Ainsi outre saignées et autres lavements intensifs (on ne sait jamais) ... le docteur Rozier propose quelques remèdes éprouvés tels la peau de lièvre, de lapin ou de chat sauvage mort, préparée, dont on aura conservé le poil (oui c'est mieux avec du poil), peau qui sera placée à nu, à même la peau de la jeune femme (ou vieille - pas de sélection arbitraire des onanistes femelles) sur l'épigastre (le creux de l'estomac) ou pardessus le linge de corps. D'autres remèdes sont à base de plante et plus facile à mettre en oeuvre par les onanistes végétariennes (voire vegan). Ainsi soit-il !

"Ce livre a été écrit pour éclairer les familles. La tâche a été remplie avec une grande convenance de style, avec un charme que le talent porte rarement sur de pareils sujets." (extrait de la Gazette des des Tribunaux).

Bel exemplaire de ce livre rare en édition originale.

Prix : 690 euros


jeudi 18 octobre 2018

Victor Hugo. Histoire d'un Crime. Premier volume. 1 des 10 exemplaires sur papier du Japon (broché). Exemplaire à relier de ce rarissime tirage de tête.


Victor Hugo

Histoire d'un Crime. Déposition d'un témoin. I. Première journée. - Le Guet-apens. II. Deuxième journée. - La Lutte.

Paris, Calmann Lévy, Ancienne Maison Michel Lévy frères, 1877 [imprimerie Albert Quantin]

1 volume in-8 (23,5 x 16 cm), broché, couvertures saumon imprimées, non rogné. Exemplaire débroché, à relier. Petits manques de papier sur les bords des plats de couverture, le papier saumon du dos est irrécupérable. Intérieur frais malgré quelques pâles rousseurs.

Edition originale du premier volume seul.

Celui-ci, 1 des 10 rarissimes exemplaires sur Japon (il porte le numéro 10 au composteur).



Le tirage de luxe de cet ouvrage a été de 10 ex. sur Japon, 20 ex. sur Chine et 40 ex. sur Hollande (Cf. Clouzot, Guide du Bibliophile français, XIXe siècle, p. 151).


"Rappel des circonstances de l'écriture d'Histoire d'un crime, écrit au lendemain du coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte le 2 décembre 1851, et publié 25 ans plus tard, en 1877, au lendemain de la crise du 16 mai. Histoire d'un crime est la reconstitution, heure par heure, des événements qui se sont déroulés pendant les quatre jours qu'il a fallu au coup d'état pour réussir (du 2 au 5 décembre), quatre jours au cours desquels les députés de la Montagne ont tenté d'organiser une résistance armée dans les faubourgs. - nuit du 1er au 2 décembre : l'organisation du coup d'état /Le guet apens/ - 3 décembre : les barricades ; la mort de Baudin faubourg St Antoine /La Lutte / - 4 décembre ; les barricades se multiplient, et sont pratiquement toutes abattues en fin de journée /Le massacre/ - 5-6 décembre : fin du combat, recul, solitude, dernière séance du comité de résistance /La victoire / Le 11 décembre, Hugo part en exil vers Bruxelles ; le 14, il commence la rédaction d'Histoire d'un crime, et s'y consacre activement pendant quelques mois. Le 11 janvier 1852, il écrit à sa femme "Ce sera de l'histoire, et on croira lire du roman". Le livre avance, mais Hugo écrit qu'il "ne voit pas encore urgence à l'achever". Avril : il écrit sans cesse, et l'on s'attend à la parution imminente de son "Coup d'État du 2 décembre". En mai, sans expliquer pourquoi, il interrompt la rédaction, et se consacre à celle de son pamphlet contre "Napoléon le Petit", publié en août 1852. Pourquoi cette soudaine interruption ? D'après les lettres écrites à Adèle, il semble avoir succombé sous une avalanche de documents qui lui parvenaient, et l'obligeaient à refaire sans cesse des retouches. D'autre part, beaucoup d'ouvrages sur le coup d'état paraissent à cette époque (8 entre 52 et 53). Hugo renonce donc à achever Histoire d'un crime ; qu'il ressortira de ces tiroir 25 ans plus tard, en 1877. Le 16 mai 1877, le Maréchal Mac Mahon, président de la République, contraint le président du Conseil Jules Simon à démissionner; ses adversaires parlent de 1/2 coup d'état. Mac Mahon imposera ensuite le duc de Broglie à la présidence du Conseil, et demandera la dissolution de la chambre des députés. Dès le 26 mai, Hugo commence à mettre en ordre son manuscrit de l'histoire du 2 décembre, se remet au travail, et donne les premiers chapitres à son imprimeur le 5 septembre. Très sensible aux coïncidences de l'histoire, Hugo a donc profité de l'opportunité que lui offrait le contexte politique de 1877 pour ressortir son vieux manuscrit et le publier...deux semaines avant les élections législatives d'octobre 1877. C'est d'ailleurs grâce à ce contexte que le livre obtient un si grand retentissement. Les ventes sont excellentes, les éditions sont écoulées sitôt sorties des presses ; plus de 100 000 exemplaires vendus en 15 jours. Le premier volume d'Histoire d'un crime parait le ler octobre 1877 ; dans Le Rappel daté du 3 octobre, on peut lire: "Histoire d'un crime a été mis en vente hier matin et à dix heures il n'en restait plus un seul exemplaire chez l'éditeur Calmann Lévy. En moins de deux heures, tout avait été enlevé. Bien que le tirage fût à un nombre considérable d'exemplaires, le chiffre des demandes envoyées par lettres ou par dépêches dépassait ce nombre de plus du double." Dans Le Temps du 7 octobre, on peut lire : "Ce matin a paru l'édition à deux francs du livre de Victor Hugo, l'Histoire d'un crime. Plus de 50 000 exemplaires étaient déjà enlevés avant midi." Ce chiffre est peut-être un peu au-dessus de la réalité, du moins si l'on se fie à celui indiqué par Victor Hugo : "On a mis en vente hier l'édition à deux francs de l'Histoire d'un crime. On en a vendu 22 000 avant midi." Le succès de l'ouvrage s'amplifie de jour en jour, peut-être en partie grâce à la presse qui multiplie les articles. Le 11 octobre, Hugo rapporte dans ses Carnets l'état des ventes: "Calmann Lévy me dit que l'Histoire d'un crime se vend à 10 000 exemplaires par jour. Il y a 70 000 exemplaires vendus à cette heure. Le tirage ne peut suffire. On n'a plus le temps de satiner le papier." Le second volume de l'Histoire d'un crime, dont la publication était initialement prévue pour la date symbolique du 2 décembre 1877, n'est disponible que le 14 mars 1878. Dans son numéro du 11 mars, Le Rappel en annonce la parution : "Le second volume de l'Histoire d'un crime, dont la publication a été retardée par les incidents de la politique, paraîtra jeudi prochain 14 mars. L'édition grand in-8° sera seule mise en vente jeudi. Les nécessités d'un tirage tout à fait exceptionnel n'ont pas permis de publier ce jour là l'édition in-18° à deux francs. L'édition populaire paraîtra le mardi 19 mars." Le 20 mars, Le Rappel signale la sortie de l'édition à deux francs du tome II, et fait un bilan de la vente du premier volume : "Aujourd'hui mardi, en vente, dans toutes les librairies, l'édition à deux francs du tome second de l'Histoire d'un crime. Le tome premier a été vendu, dans cette édition in-16°, à 165 000 exemplaires, divisés en 110 éditions, à 1 500 exemplaires par édition. Pour épargner aux acheteurs l'inconvénient d'avoir lu deux volumes dans des éditions différentes, le tome second ne portera pas d'indication d'édition. Le premier tirage du tome second a été fait à 100 000 exemplaires qui étaient retenus d'avance par les libraires de Paris et des départements. Mais l'imprimerie Quantin ne discontinue pas le tirage, pour qu'il n'y ait pas interruption dans la vente." Comme le premier, le second volume d'Histoire d'un crime connaît un immense succès, dont la presse se fait largement l'écho." (extrait de Laurence Oliviéri : La réception dans la presse de Histoire d'un crime. Compte rendu de la communication au Groupe Hugo en mai 1987).


Exemplaire à relier du plus rare tirage pour ce titre.

Prix : 990 euros

Pierre Leroux. Malthus et les économistes, ou y aura-t-il toujours des pauvres ? (1849). Socialisme utopique, politique et philosophie pour trouver une solution pacifique aux problèmes du prolétariat. Peu commun.


Pierre Leroux

Malthus et les économistes, ou y aura-t-il toujours des pauvres ? Par Pierre Leroux. Nouvelle édition.

Boussac, Imprimerie de Pierre Leroux, 1849

1 volume in-12 (17 x 11,5 cm) de IV-344 pages.

Reliure de l'époque demi-veau caramel. Reliure frottée. Intérieur frais. Quelques coupures de presses relatives à Pierre Leroux et à son imprimerie de Boussac contrecollés sur les premières gardes. La reliure est marquée BOUSSAC (doré en pied).

Edition originale en librairie de ces articles parus, pour la première fois dans la Revue Sociale de novembre 1845 à mai 1846, sous le titre « De la recherche des biens matériels ». Dans cet ouvrage "Pierre Leroux critique la loi de Malthus, en conteste la scientificité et s’oppose à la limitation des naissances. Il considère qu’il faut davantage se préoccuper de l’agriculture et de la question de l’augmentation des ressources que de se soucier de réduire la population." (Bibliothèque virtuelle - Les premiers socialismes Service commun de la documentation - Université de Poitiers).

La Préface de ce volume est signée par Jules Leroux, frère de Pierre Leroux, et datée de Boussac, le 6 avril 1849. C'était Jules Leroux qui dirigeait l'imprimerie de son frère à Boussac. Les deux frères, figures importantes du socialisme utopique, ont imprimé à Boussac 12 numéros de la Revue Sociale (ou Solution pacifique du problème du prolétariat) entre 1845 et 1850.



Pierre Leroux est issu du milieu pauvre du Paris des années de l'Empire. Il doit à une bourse la possibilité de suivre des études secondaires. Il renonce à intégrer Polytechnique pour aider sa mère devenue veuve à élever ses trois frères. Il devient maçon, apprenti imprimeur chez son cousin. A partir de 1824 il s'engage dans le combat politique libéral contre la monarchie. Les articles qu'il publie sont remarqués. A partir de 1830 il rejoint les rangs des Saint-Simoniens mais s'en écarte très rapidement au bout d'un an, ses idéaux de liberté n'étant pas compatibles avec ceux de ce mouvement. En 1834 c'est lui qui forge le néologisme "Socialisme". Pour lui le socialisme désigne l'idéal d'une société « qui ne sacrifiera aucun des termes de la devise liberté, égalité, fraternité ». Pierre Leroux souhaite un socialisme républicain, c'est-à-dire qui fasse toute sa place à la liberté tout en prenant l'idéal d'égalité dans son sens le plus exigeant, le sens social. Bien que contre les églises, la religion est au coeur de ses théories, avec une lecture de l’Évangile particulièrement ouverte sur toutes les autres religions. En 1843, Leroux obtient un brevet pour créer une imprimerie à Boussac (Creuse), que George Sand, « la voisine de Nohant », lui avait sans doute fait découvrir lors d'une excursion au site des Pierres Jaumâtres. Leroux s'installe à Boussac, fait venir sa famille, ses proches, puis, au fil des mois, des disciples séduits par ses théories et le mode de vie de la communauté. On s'adonne à l'agriculture mettant en application le Circulus, théorie écologiste avant la lettre, selon laquelle les êtres vivants se nourrissent des dépouilles et des déchets les uns des autres. Cette loi inspire toute la doctrine évolutionniste de Leroux, disciple de Lamarck et de Geoffroy Saint-Hilaire, qu'il s'agisse de l'évolution des espèces ou de celle des civilisations. En toutes choses, « les vivants se nourrissent des morts » (Anthologie, p. 249), ce qui condamne le volontarisme autant que le fixisme. Leroux continue en parallèle son travail de typographe et d'animateur de revue. Après Le Globe, la Revue encyclopédique, la Revue indépendante, fondé en 1841, il crée La Revue sociale lancée en octobre 1845. En 1848 il est initié Franc-maçon à Limoges à la loge "Les Artistes réunis" du Grand Orient de France. En février 1848, Leroux proclame la République à Boussac. Nommé maire de la commune par le gouvernement provisoire, il est élu le 4 juin député de la Seine comme candidat des démocrates-socialistes à l'Assemblée constituante de 1848. Il est réélu lors des élections législatives du 13 mai 1849 représentant de la Seine à l'Assemblée législative. Il combat pour un socialisme mutualiste et associationniste. Il prend la défense des insurgés de juin 48. Sa position est résumée par son discours du 30 août 1848 : « Il ne s’agit pas de faire intervenir l’État dans les relations sociales ; mais entre l’intervention de l’État dans les relations sociales et la négation de toute médiation et de tout droit tutélaire de sa part, il y a un vaste champ où l’État peut marcher et doit marcher, sans quoi, il n’y a plus d’État, il n’y a plus de société collective, et nous retombons dans le chaos. L’État doit intervenir pour protéger la liberté des contrats, la liberté des transactions mais il doit intervenir aussi pour empêcher le despotisme et la licence, qui, sous prétexte de liberté des contrats, détruiraient toute liberté et la société tout entière. Deux abîmes bordent la route que l’État doit suivre ; il doit marcher entre ces deux abîmes : inter utrumque tene. ». Après le coup d'État du 2 décembre 1851, Leroux s'exile à Londres, puis dans l'île de Jersey où Hugo est son voisin. Leurs promenades sur la plage de Samarez ont laissé des traces dans l'œuvre de Hugo. Leur amitié se termina par une brouille, mais les œuvres du philosophe et du poète méritent, elles aussi, d'être rapprochées. Revenu en France en 1860 à la faveur de la loi d'amnistie de 1859, Leroux publie un long poème philosophique en deux volumes (1863-64) La Grève de Samarez. Il meurt à Paris en avril 1871. La Commune délègue deux de ses représentants à ses obsèques. Pierre Leroux laisse un corpus de plus de 12.000 pages !



A la question soulevée par Pierre Leroux en 1849 : y aura-t-il toujours des pauvres ? En 2018 (169 années plus tard), nous avons la réponse. Il est probable qu'en 2187 la réponse soit la même.

Bon exemplaire de ce livre peu commun.

VENDU



mardi 16 octobre 2018

Nicolas-Toussaint Des Essarts (ou Desessarts). Les Crimes de Robespierre et de ses principaux complices. Leur supplice, la mort de Marat, son apothéose, le procès et supplice de Charlotte Corday (An V - 1797).


Nicolas-Toussaint Des Essarts

Les Crimes de Robespierre et de ses principaux complices ; leur supplice ; la mort de Marat ; son apothéose ; le procès et le supplice de Charlotte Corday.

A Paris, chez Des Essarts, libraire, An V (1797) (de l'imprimerie de Delance, rue de la Harpe)

3 tomes reliés en 1 volume in-18 (13,5 x 8,5 cm) de (3)-126, 120 et 99-(8) pages. 4 portraits-frontispices en médaillon (Robespierre, Couthon, Charlotte Corday et Marat).

Reliure demi-cuir à coins du XIXe siècle très usagée (probablement une reliure anglaise). Intérieur avec des rousseurs. Papier de médiocre qualité. Complet.

Le premier tome contient le précis historique de la vie et des crimes de Robespierre. Le second tome contient le précis historique de la vie et des crimes de Couthon, Saint-Just, Payan, Henriot, Dumas, Fleuriot-Lescot, Coffinhal. Le troisième et dernier tome contient les crimes de Marat, le supplice de Charlotte Corday et l'apothéose de Marat et son jugement au tribunal de l'opinion publique.


L'auteur de ce texte dirigé contre Robespierre et ses complices, ainsi que contre Marat, était un libraire installé rue du Théâtre Français, au n°9, au coin de la Place, à Paris. On trouve d'ailleurs 5 pages de catalogue du fond de sa librairie reliés à la fin du volume. Il y vendait entre autres nouveautés à la mode des éditions des classiques et modernes (Racine, Voltaire, etc.). Nicolas-Toussaint Des Essarts (1744-1810) était natif de Coutances dans la Manche. Avocat de profession, il fut membre de la première assemblée électorale de Paris (octobre 1790). Devenu libraire il fut également l'auteur de plusieurs ouvrages juridiques et littéraires. On luit doit ce puissant Anti-Robespierre. "Je vais tracer l'histoire du plus hypocrite, du plus lâche et du plus féroce des montres qui ait paru sur la scène du monde pour le malheur de l'humanité. La postérité pourra-t-elle croire que la France ait gémi pendant dix-huit mois sous la verge de fer du plus vil des scélérats, sous l'exécrable tyrannie de Robespierre ? [...] Français ! hommes de toutes les nations ! ayez le courage de lire cette épouvantable histoire. Mettez ces leçons terribles du crime entre les mains de vos enfants, pour qu'elles inspirent à la postérité la plus reculée l'horreur de l'anarchie. [...]" (extrait de la préface par Des Essarts).


Robespierre fut condamné sans procès et guillotiné l'après-midi même du 10 thermidor (28 juillet 1794), sous les acclamations de la foule, en compagnie de vingt et un de ses amis politiques, dont Saint-Just et Couthon ainsi que son frère, Augustin Robespierre. Les vingt-deux têtes furent placées dans un coffre en bois, et les troncs rassemblés sur une charrette. On jeta le tout dans une fosse commune du cimetière des Errancis (aussi appelé cimetière de Monceau) et l’on répandit de la chaux, afin que le corps du « tyran » Robespierre ne laissât aucune trace. Le lendemain et le surlendemain, quatre-vingt-trois partisans de Robespierre furent également guillotinés. Une épitaphe posthume est imaginée par un anonyme à son sujet : Passant, ne t'apitoie pas sur mon sort  // Si j'étais vivant, tu serais mort.


Cette édition complète en 3 tomes et ornée de 4 portraits des protagonistes de l'histoire semble assez rare. Il existe une édition portant le titre "La vie et les crimes de Robespierre etc." parue chez l'auteur et de l'imprimerie de Delance, portant la date de 1797 an V., avec mention de seconde édition. Cette seconde édition ne contient que le premier tome de notre édition (uniquement les crimes de Robespierre) sans les parties consacrée aux complices (Couthon, St Just, etc), à Marat et Charlotte Corday. Il existe encore d'autres éditions à la même date.

Exemplaire de travail de cet ouvrage passionnant.

Prix : 345 euros


lundi 15 octobre 2018

Victor Hugo. Les Orientales. Eugène Renduel, 1834. Bel exemplaire dans une jolie reliure romantique.


Victor Hugo

Les Orientales. Œuvres complètes de Victor Hugo. Poésie. III.

Paris, Eugène Renduel, 1834 [imprimerie de Plassan, rue de Vaugirard]

1 volume in-8 (21,3 x 13,3 cm) de 368 pages.

Reliure strictement de l'époque demi-veau aubergine, dos à quatre faux-nerfs décoré en long, grand fer rocaille au centre, filets et roulettes dorés aux extrémités, plats de papier marbré, gardes et doublures de papier moucheté. Légers frottements. Reliure très fraîche. Intérieur très frais malgré quelques rares rousseurs. Reliure non tomée, avec le nom de l'auteur en haut du dos et le titre "Les orientales" en pied.

Volume des "Orientales" seul, faisant partie de la première édition collective des œuvres de Victor Hugo publiée en 27 volumes entre 1832 et 1842.



Les Orientales ont paru pour la première fois en 1829 au format in-8 chez Gosselin. Cette première édition avait été tirée à 1.250 exemplaires en tout, répartis en 4 tranches fictives de 300 exemplaires environ.

"L'auteur de ce recueil n'est pas de ceux qui reconnaissent à la critique le droit de questionner le poète sur sa fantaisie, et de lui demander pourquoi il a choisi tel sujet, broyé telle couleur, cueilli à tel arbre, puisé à telle source. L'ouvrage est-il bon ou est-il mauvais ? Voilà tout le domaine de la critique. [...] A voir les choses d'un peu haut, il n'y a en poésie ni bons ni mauvais sujets, mais de bons et de mauvais poètes. D'ailleurs, tout est sujet ; tout relève de l'art ; tout à droit de cité en poésie. [...] L'art n'a que faire des lisières, des menottes, des bâillons ; il vous dit : Va ! et vous lâche dans ce grand jardin de poésie, où il n'y a pas de fruit défendu. L'espace et le temps sont au poète. Que le poète donc aille où il veut en faisant ce qui lui plaît : c'est la loi. Qu'il croie en Dieu ou aux dieux, à Pluton ou à Satan, à Canidie ou à Morgane, ou à rien ; qu'il acquitte le péage du Styx, qu'il soit du sabbat ; qu'il écrive en prose ou en vers, qu'il sculpte en marbre ou coule en bronze ; qu'il prenne pied dans tel siècle ou dans tel climat ; qu'il soit du midi, du nord, de l'occident, de l'orient ; qu'il soit antique ou moderne, que sa muse soit une Muse ou une fée, qu'elle se drape de la colocasia ou s'ajuste la cotte-hardie. C'est une merveille. Le poète est libre. [...] Si donc aujourd'hui quelqu'un lui demande à quoi bon ces Orientales ? qui a pu lui inspirer de s'aller promener en Orient pendant tout un volume ? que signifie ce livre inutile de pure poésie, jeté au milieu des préoccupations graves du public [...] il répondra qu'il n'en sais rien, que c'est une idée qui lui a pris ; et qui lui a pris d'une façon assez ridicule, l'été passé, en allant voir coucher le soleil. [...]" (extrait de la préface datée de janvier 1829).



CLAIR DE LUNE

La lune était sereine et jouait sur les flots.
La fenêtre enfin libre est ouverte à la brise,
La sultane regarde, et la mer qui se brise,
Là-bas, d’un flot d’argent brode les noirs îlots.

De ses doigts en vibrant s’échappe la guitare.
Elle écoute… Un bruit sourd frappe les sourds échos.
Est-ce un lourd vaisseau turc qui vient des eaux de Cos,
Battant l’archipel grec de sa rame tartare ?

Sont-ce des cormorans qui plongent tour à tour,
Et coupent l’eau, qui roule en perles sur leur aile ?
Est-ce un djinn qui là-haut siffle d’une voix grêle,
Et jette dans la mer les créneaux de la tour ?

Qui trouble ainsi les flots près du sérail des femmes ?
Ni le noir cormoran, sur la vague bercé,
Ni les pierres du mur, ni le bruit cadencé 
Du lourd vaisseau, rampant sur l’onde avec des rames.

Ce sont des sacs pesants, d’où partent des sanglots.
On verrait, en sondant la mer qui les promène,
Se mouvoir dans leurs flancs comme une forme humaine…
La lune était sereine et jouait sur les flots.

2 septembre 1828.



Bel exemplaire dans une remarquable reliure typique du style romantique.

VENDU



vendredi 12 octobre 2018

Mirabeau. Le Libertin de qualité ou Ma conversion. 10 gravures originales de G. de Sainte-Croix. (1955). 1 des 324 ex. sur Lana à la forme. Superbe.


MIRABEAU (Honoré Gabriel Riqueti, marquis de)

Le Libertin de qualité ou Ma conversion. Gravures originales de G. de Sainte-Croix.

Le Panorama des Mœurs, Editions Vialetay, 1955

1 volume in-8 (22,5 x 14,5 cm), en feuilles, sous étui et emboîtage décoré de l'éditeur. 172 pages. 10 eaux-fortes hors-texte en couleurs. Excellent état de l'ensemble. Rares rousseurs.

Tirage limité à 451 exemplaires.

Celui-ci, 1 des 324 exemplaires sur Lana à la forme.



Le Libertin de qualité a été publié pour la première fois en 1783 (sous le titre de Ma conversion). L'attribution à Mirabeau est restée incertaine. Louis Perceau penche positivement pour une oeuvre du grand Mirabeau. Perceay ne décrit pas moins de 17 éditions de ce texte libertin jusqu'en 1912.



"Ma déesse était en cornette... Sacredieu, qu'elle avait d'appas ! Son lit à la turque, de damas jonquille, semblait assorti à son teint (car celui du jour était répandu sur dix mouchoirs qui invoquaient la blanchisseuse) ; un sourire qu'elle grimace me fait apercevoir qu'elle ne dort point. Enfin je grimpe sur l'autel. - Bandais-tu ? Hélas ! il fallait bien bander de misère, ou renoncer à Julie, et à cette bourse devenue nécessaire ; car le maudit brelan m'avait arraché les derniers louis qui fussent en ma possession. Que parlais-je de possession ? - J'en ai sacredieu bien une autre. Regarde, mon cher ami, c'est pour toi que je n'abaisse pas la toile. Je parcours des mains et des pieds les vieux charmes de ma dulcinée. De la gorge, je lui en prêterais au besoin. Des bras longs et décharnés ; des cuisses grêles et desséchées ; une motte abattue ; un con flétri et dont l'ambre qui le parfume affaiblit à peine l'odeur naturelle ... Enfin, n'importe : je bande ; je ferme les yeux ; j'arpente ma haridelle et j'enfourne. [...] le diable m'emporte !" (extrait)



L'illustration donnée ici par Gaston de Sainte-Croix est libertine tout en restant dans les bornes de la décence. Les cuivres ont été tirés par Georges Leblanc sur presse à bras. La mise en couleurs a été réalisée dans l'atelier de François Wills. La maquette de l'ouvrage a été réalisée par Henri Jonquières.



Bel exemplaire de cette charmante édition "officielle" (non clandestine) proposée par Vialetay.

Prix : 220 euros