samedi 29 février 2020

Balzac - Musset - Sand - Gautier - Gavarni - Bertall - Nerval - Etc. Le Diable à Paris. Paris et les Parisiens. Hetzel, 1845-1846. Premier tirage. Edition originale. Bel exemplaire en condition d'époque enrichi d'un dessin original de Gavarni (Bourgeois). Rare et recherché dans cette condition.


BALZAC, [H. de], GAUTIER, T., MUSSET, A. de, NODIER, C. SAND, G., etc. (GAVARNI, illustrateur). ‎ BERTALL (illustrateur).

‎Le Diable à Paris. Paris et les Parisiens. Mœurs et coutumes, caractères et portraits des habitants de Paris, tableau complet de leur vie privée, publique, politique, artistique, littéraire, industrielle, etc., etc. Texte par MM. George Sand, P.-J. Stahl, Léon Gozlan, P. Pascal, Frédéric Soulié, Charles Nodier, Eugène Briffault, S. Lavalette, De Balzac, Taxile Delord, Alphonse Karr, Méry, A. Juncetis, Gérard de Nerval, Arsène Houssaye, Albert Aubert, Théophile gautier, Octave Feuillet, Alfred de Musset, Frédéic Bérat. Précédé d’une Histoire de Paris par Théophile Lavallée. Illustrations : Les Gens de Paris - série de gravures avec légendes par Gavarni ; Paris Comique - vignettes par Bertall, etc.

Paris, J. Hetzel, 1845-1846

2 volumes grands in-8 (27 x 19 cm) de (4)-XXXII-380 et (4)-LXXX-364 pages. Frontispice au premier volume + 99 planches (Gavarni) au premier volume. 112 planches au deuxième volume dont 108 par Gavarni et 4 par Bertall. Collationné complet. 212 planches au total.

Reliure strictement de l'époque demi-chagrin aubergine, dos à faux-nerfs ornés de filets dorés en encadrement des caissons (5 filets), plats de toile chagrinée lie de vin, doublures et gardes de papier jonquille, tranches dorées. Reliures fraîches. Légères décolorations sur les plats, sans conséquence. Intérieur très frais, avec très peu de rousseurs (très claires quand il y en a). Beau papier vélin blanc satiné.


Dessin original signé Gavarni
pour Le Diable à Paris


Edition originale.

Premier tirage des illustrations de Gavarni.

Exemplaire enrichi du dessin original à l'encre de Chine par Gavarni du "Bourgeois" (série Les gens de Paris - Bourgeois -1. volume 2 - légende du bois gravé par Porret : Ne lui parlez pas des artistes). Dessin en très bel état. Insolations dans les marges et anciens points de colle sur la feuille du dessin (qui est volant).




L'un des plus beaux livres illustrés de cette période. Non seulement on y trouve des textes de Balzac (Philosophie de la vie conjugale à Paris - Ce qui disparaît de Paris - Histoire et Physiologie des boulevards de Paris - Les petits métiers de Paris - Un espion à Paris - Une marchande à la toilette - Un Gaudissart de la rue Richelieu) ; de Musset (Mademoiselle Mimi Pinson) ; de George Sand (Coup d’œil général sur Paris - Les mères de famille dans le beau monde - Relation d'un voyage chez les sauvages de Paris - ), de Théophile Gautier (Feuillets de l'album d'un jeune rapin) ; Gérard de Nerval (Histoire véridique du canard), ainsi que des textes de Charles Nodier, Octave Feuillet, Alphonse Karr, etc. Environ 800 vignettes dans le texte, la plupart par Bertall, viennent rythmer le texte d'une façon très amusante et réaliste aussi. On trouve également de nombreuses planches par Bertall à la façon des bandes dessinées d'aujourd'hui (Paris comique - Tiroir du diable). Enfin les 211 planches des séries de Gavarni illustrent "en grand" tous les types de parisiens et de parisiennes de ce temps. Ce livre est tout à la fois une réussite visuelle et textuelle. Il a paru en livraisons entre 1844 et 1845. Il coûtait 32 francs. Un grand plan de Paris était offert aux souscripteurs (il manque à la plupart des exemplaires et manque ici aussi).




Le Diable à Paris entre dans la catégorie alors florissante depuis le début des années 1840 des Physiologies. Curmer avait publié ses Français peints par eux-mêmes en 1840-1841. Hetzel publie ici son pendant plus compact, centré uniquement sur Paris et les parisiens. A noter que la souscription à l'ouvrage complet dû s’essouffler ; en effet il restait des feuilles du deuxième volumes uniquement ; feuilles qui furent reliées et proposées à la vente sous le titre de "Tiroir du diable". L'ouvrage complet fut cependant réédité par Hetzel, avec quelques différences dans l'illustration, en 1868.



Bel exemplaire joliment relié à l'époque, resté très frais, en premier tirage, et enrichi d'un dessin original de Gavarni pour cet ouvrage.

Prix : 1.750 euros

lundi 24 février 2020

François-Claude de Chauvelin. 1766. Mémoire politique sur la Cour de Turin (Duché de Savoie). Manuscrit inédit. Bel exemplaire de ce précieux document politique et diplomatique.


[CHAUVELIN (François-Claude de)]. [M. de VIRY].

[MANUSCRIT]. Mémoire politique sur la Cour de Turin.

1766

1 volume in-4 (22,5 x 17,5 cm) de (2)-151 pages.

Reliure strictement de l'époque plein parchemin vert. Pièce de titre au dos (avec manque). Excellent état de la reliure. Intérieur très frais d'une écriture constante et parfaitement lisible.

Manuscrit inédit (rédigé et remis en 1766)


2 documents autographes par le Comte de Viry (1810).


La première page du Mémoire est précédée d'un faux-titre où il est écrit : "Ce mémoire a été fait et remis dans l'année 1766".


Une ancienne notice de vente aux enchères publiques est contrecollée au verso du premier plat et indique : "Manuscrit d'une bonne écriture dont l'auteur, le Marquis de Chauvelin, fut ambassadeur à la cour de Turin en 1753. On y a joint une note et une lettre autographe signée de M. de Viry, sénateur, du 3 mai 1810 (2 pages in-4) qui apprécie sévèrement le mémoire de Chauvelin : "Ce mémoire ne respire qu'haine et vengeance contre le comte de Viry qui, à la suite de quelques discussions très vives qu'il avait eu avec cet ambassadeur de France relativement à ses intrigues et à ses dettes à Turin, demanda en 1765 son rappel à M. le Duc de Choiseul avec qui les négociations qui avaient précédé le traité de Paris de 1763 lui avaient donné des rapports très intimes, et tous les gens instruits des affaires de ce temps, savent la grande part que le comte de Viry eût à ce traité pendant son ministère à Londres."


Ce mémoire, resté inédit (inconnu à la Bnf et aux différents dépôts publics, aussi bien à l'état de manuscrit, qu'à l'état d'imprimé), se divise en trois parties. La première partie contient le tableau fidèle de la Cour de Turin, les caractères de la famille Royale et des personnes qui ont part à l'administration et l'organisation intérieure du gouvernement. La seconde partie contient le système suivi et invariable du Cabinet relativement à la politique extérieure, l'appréciation des forces de l'état et les alliances de ces mêmes forces. La troisième et dernière partie donne "avec une vraie défiance" des lumières de l'auteur, et avec "la déférence légitime" qu'il doit "à ceux que la confiance du Roi (Louis XV) rend les juges de mes opinions, les idées que j'ai conçues et réfléchies, sur le système que la France doit se former, relativement à la Cour de Turin, sur le moyen de s'en servir utilement dans certaines circonstances, de gêner et de retarder ses progrès dans d'autres ; enfin de la contenir dans les justes bornes qu'exigent la sûreté de nos frontières, le soin de notre considération dans l'Europe, et la balance de l'Italie, dont il n'est que trop facile que le Roi de Sardaigne devienne l'arbitre."


Texte d'un grand intérêt pour l'histoire des relations diplomatiques et politiques entre la France et la Cour de Turin, la Maison de Savoie, les Républiques de Gênes, l'Angleterre (ennemie de la France), l'Espagne (alliée de la France) et la cour d'Autriche. Le but ultime étant, selon les mots même de l'auteur, de tout mettre en oeuvre pour protéger les intérêts des Princes de Bourbon dans cette région.


François-Claude de Chauvelin (1716-1773) servit en Italie et en Flandre et devint ambassadeur à Gênes et à Turin. De 1749 à 1753, il fut lieutenant-général du roi de France à Gênes. Ambassadeur à la Cour de Turin de 1753 à 1765, il fut commandant-en-chef des troupes du roi en Corse de mai 1768 à juillet 1769. Il fut correspondant de Voltaire. Il passa ses derniers jours à la cour, dans l'intimité de Louis XV. Il mourut d'apoplexie à la table de jeu du roi.


Chauvelin fut en contact étroit à la Cour de Turin avec le père du comte de Viry (celui qui écrit la note et la lettre jointe à cet exemplaire). Chauvelin n'est pas tendre avec de Viry. Il écrit : "Le Comte de Viry avait sans contredit de la capacité, de l'expérience, et de l'habitude des affaires ; mais parvenu trop tard au ministère, il portait trop souvent l'exactitude minutieuse d'un commis subalterne, sur des objets où il aurait fallu le coup d’œil tranchant et décisif d'un homme d'état accoutumé et rompu aux formes, il y assujettissait trop la substance des affaires. Dépourvu d’ailleurs d'usage du monde, et dominé par une âcreté bilieuse qui le tourmentait presque sans relâche, il était souvent brusque, amer, pointilleux, ensuite sa timidité naturelle lui exagérait les suites des écarts qu'il s'était permis, il les désavouait, il les interprétait, il faisait succéder des assurances suspectes d'amitié et de confiance à une conduite sèche et désobligeante. Les disgrâces d'un langage bas et embrouillé rendaient encore ce mélange plus désagréable. Dans ses accès d'humeur, il se refusait avec amertume aux demandes les plus légitimes et les plus simples [...]" (l'auteur poursuit encore sur plus d'une page ce portrait peu flatteur).


Ce mémoire manuscrit a été confié à Monsieur le comte de Viry (Justin de Viry (1737-1813), fils de Joseph-Marie-François-Justin de Viry (baron, diplomate et homme politique du royaume de Sardaigne, puis au service de la France). Il rend ce mémoire manuscrit accompagné d'une note destinée à éclairé le lecteur potentiel (peut-être en en vue d'une publication qui n'a pas eu lieu). Le comte Viry meurt seulement trois ans après la rédaction de cette note et le renvoi de ce mémoire manuscrit à celui qui lui avait prêté.

D'une lecture facile, l'auteur se livre en toute franchise en dépit du caractère officiel d'un tel document destiné à être remise au Roi de France.

Provenance : Henry du Rosnel, avec son ex libris ovale armorié ; Alfred Werlé (1908, quatrième vente de sa bibliothèque, cote n°9.924 de sa bibliothèque, avec son étiquette à ses initiales) ; Artine Artinian, avec son ex libris (Maupassant / Mon souci).

Bel exemplaire.

Précieux manuscrit politique et diplomatique, du plus grand intérêt pour l'histoire des relations entre la France, l'Italie (Duché de Savoie) et les autres royaumes de l'Europe (Espagne, Angleterre, Autriche) à cette date.

Prix : 7.000 euros

dimanche 23 février 2020

Guy de Maupassant. Imprudence, nouvelle illustrée d'aquarelles d'après les croquis d'Henriot (1899). Tirage unique à 100 exemplaires. "Parce que, une femme, c'est une liaison, c'est un amour qui vous attache à elle, tandis que cent femmes c'est de la saleté [...]" (G. de Maupassant)


Guy de MAUPASSANT / HENRIOT (illustrateur)

IMPRUDENCE. Aquarelles originales d'après Henriot.

1899, Aux dépens d'un Ami des Livres, Paris, Imprimeries Lemercier. [A. Conquet].

1 volume in-8 (25,5 x 17,5 cm) de XXXI pages. Chaque page étant illustrée d'un ou plusieurs dessins d'après les croquis d'Henriot, aquarellés à la main (environ 75 dessins reproduits et aquarellés). Papier Japon.

Reliure de l'époque demi-veau vert pistache, dos lisse richement orné aux petits fers et pastilles de maroquin mosaïqué de diverses couleurs, relié sur brochure. La couverture est datée 1899 est conservées (les deux plats - en excellent état). Bien complet de la suite sur Chine (en noir) reliée in fine. Complet. Reliure signée G. CARAVON (pour E. CARAYON, ce qui ne fait aucun doute). Reliure passée (dos viré au caramel ... coins frottés/usés, couleur des plats passée) néanmoins encore décorative et solide). Intérieur parfait.


Tirage unique à 100 exemplaires sur Japon.

Celui-ci marqué "offert" et paraphé par l'éditeur (A. Conquet).





Cette nouvelle de Maupassant, qui décrit de façon satirique l'usure d'un couple qui pour retrouver le feu des débuts se retrouvent dans un cabaret galant anciennement fréquenté par le mari, homme couvert de maîtresses et qui en fait finalement la confidence à sa femme largement avinée. Si le texte de Maupassant ne manque pas de piquant, l'illustration humoristique donnée ici par Henriot constitue la première illustrée de ce texte méconnu du célèbre auteur de Boule de suif et de la Maison Tellier. Ce texte avait paru initialement en 1885 dans la presse (Gil Blas, sous le pseudonyme de Maufrigneuse) puis dans le recueil intitulé Monsieur Parent (1886).









L'histoire de cette édition bibliophilique tirée à très petit nombre nous a été révélée par un exemplaire unique que nous possédons par ailleurs et dans lequel l'illustrateur Henriot explique sa mise en œuvre. Henriot écrit : "En l'an 1899, j'avais dessiné en hâte la charmante nouvelle de Guy de Maupassant. Ces illustrations ne devaient pas être reproduites, surtout mal. Le Bibliophile qui avait acheté chez Conquet ce manuscrit enluminé eut le toupet de le faire reproduire, sans même consulter l'auteur, qui s'y serait opposé absolument. Le titre vrai de ce plagiat en librairie ne devrait donc pas être "Imprudence" mais "Impudence !" Nesles-la-Vallée, Juillet 1926. [signé Henriot]." L'impudent bibliophile dont il est ici question est M. Albert Bélinac, célèbre pour avoir réuni une bibliothèque d'éditions modernes habillées de somptueuses reliures décorées. On retrouve d'ailleurs l'exemplaire unique constitué des dessins originaux de Henriot au catalogue de sa bibliothèque vendue par A. Durel en 1909 ainsi qu'un des 100 ex. sur Japon (n°290 et n°291 du catalogue). Nous avons bien du mal à être du même avis que l'illustrateur Henriot. L'impression et le coloris à la main de cette suite de petits dessins est du plus bel effet et rend tout à fait parfaitement les dessins originaux de l'artiste. Sans doute y-a-t-il sous cette colère d'autres raisons (financières ?) que nous ignorons et qui expliqueraient plus justement cet avis au lecteur.

"[...] je voudrais... je voudrais être prise pour ta maîtresse... na... et que les garçons, qui ne savent pas que tu es marié, me regardent comme ta maîtresse, et toi aussi... que tu me croies ta maîtresse, une heure, dans cet endroit-là, où tu dois avoir des souvenirs... Voilà !... Et je croirai moi-même que je suis ta maîtresse... Je commettrai une grosse faute... Je te tromperai... avec toi... Voilà !... C'est très vilain... Mais je voudrais... ne me fais pas rougir... Je sens que je rougis... Tu ne te figures pas comme ça me... me... troublerait de dîner comme ça avec toi, dans un endroit pas comme il faut... dans un cabinet particulier où on s'aime tous les soirs... tous les soirs... C'est très vilain... Je suis rouge comme une pivoine. Ne me regarde pas... [...] Vers le milieu du dîner, Henriette était grise, tout à fait grise, et Paul, en gaieté, lui pressait le genou de toute sa force. Elle bavardait maintenant, hardie, les joues rouges, le regard vif et noyé. - Oh ! voyons, Paul, confesse-toi, tu sais je voudrais tout savoir ? - Quoi donc, ma chérie ? - Je n'ose pas te le dire. - Dis toujours... - As-tu eu des maîtresses... beaucoup... avant moi ? Il hésitait, un peu perplexe, ne sachant s'il devait cacher ses bonnes fortunes ou s'en vanter. Elle reprit : - Oh ! je t'en prie, dis-moi, en as-tu eu beaucoup ? - Mais quelques-unes. - Combien ? - Je ne sais pas, moi... Est-ce qu'on sait ces choses-là ? - Tu ne les as pas comptées ?... - Mais non. - Oh ! alors, tu en as eu beaucoup ? - Mais oui. - Combien à peu près... seulement à peu près. - Mais je ne sais pas du tout, ma chérie. Il y a des années où j'en ai eu beaucoup, et des années où j'en ai eu bien moins. - Combien par an, dis ? - Tantôt vingt ou trente, tantôt quatre ou cinq seulement. - Oh ! ça fait plus de cent femmes en tout. - Mais oui, à peu près. - Oh ! que c'est dégoûtant ! - Pourquoi ça, dégoûtant ? - Mais parce que c'est dégoûtant, quand on y pense... toutes ces femmes... nues... et toujours... toujours la même chose... Oh ! que c'est dégoûtant tout de même, plus de cent femmes ! Il fut choqué qu'elle jugeât cela dégoûtant, et répondit de cet air supérieur que prennent les hommes pour faire comprendre aux femmes qu'elles disent une sottise : - Voilà qui est drôle, par exemple ! s'il est dégoûtant d'avoir cent femmes, il est dégoûtant également d'en avoir une. - Oh non, pas du tout ! - Pourquoi non ? - Parce que, une femme, c'est une liaison, c'est un amour qui vous attache à elle, tandis que cent femmes c'est de la saleté, de l'inconduite. Je ne comprends pas comment un homme peut se frotter à toutes ces filles qui sont sales... - Mais non, elles sont très propres. [...]" (extrait)




Provenance : Exemplaire de la bibliothèque de Auguste Zakrzewski (ex libris armorié gravé en relief), journaliste et plubiciste polonais réfugié en France à partir de 1863. On lit dans Carteret, Trésor du Bibliophile : "Ce seigneur, grand propriétaire terrien en Ukraine, était un bibliophile aussi aimable que distingué ; très érudit, il avait une grande passion pour les lettres françaises. Il forma par nos soins une bibliothèque assez importante et variée qui fut dispersée au cours de la révolution russe (1917)."



Belle provenance pour ce très beau livre illustré par l'aquarelle rare.

Prix : 1.500 euros


vendredi 21 février 2020

Hector et François Chaussier. Contre-poisons etc (1819). Consultations médico-légales etc (1811). Observations légales etc (1790). Très bel exemplaire finement relié à l'époque.


Hector Chaussier. François Chaussier.

[Toxicologie - Médecine légale]. Recueil de trois ouvrages de Chaussier père et fils.

1. Hector Chaussier (Chaussier fils). CONTRE-POISONS, ou moyens reconnus les plus efficaces dans les différents cas d'empoisonnement, mis à la portée des personnes étrangères à l'art de guérir : suivis de l'indication des secours à donner aux noyés, aux asphyxiés, aux enfants naissants, et aux personnes mordues par des animaux enragés et serpents ; à celles piquées par des insectes venimeux ; et des précautions à prendre dans les cas de mort apparente. Par H. Chaussier. Troisième édition.

A Paris, chez l'auteur, et chez Bergerat, Méquignon père, Treuttel et Wurtz, Corréard, etc. 1819 [de l'imprimerie stéréotype Herhan]

(4)-2-2-III-196 pages.

2. [François Chaussier]. CONSULTATIONS MÉDICO-LÉGALES sur une accusation d'empoisonnement par le sublimé corrosif, ou Muriate de Mercure suroxydé ; Suivies d'une Notice sur les moyens de reconnaître et de constater l'existence de ce poison.

A Paris, chez Didot, 1811

XVII-(1)-167 pages.

3. [François Chaussier]. OBSERVATIONS CHIRURGICO-LÉGALES, sur un point important de la juridiction criminelle. Lues à la séance publique de l'Académie des Sciences de Dijon, le 20 décembre 1789. Par le professeur Chaussier.

A Dijon, chez l'auteur (rue Musette, n°587) et se trouve à Paris, chez Barrois le jeune, 1790

62-(1) pages.

3 ouvrages reliés en 1 volume in-8 (20 x 13 cm).

Reliure de l'époque (1820) pleine basane fauve racinée, dos lisse richement orné, pièce de titre de maroquin rouge, tranches marbrées, doublures et gardes de papier caillouté. Excellent état de l'ensemble. La reliure est très fraîche. L'intérieur est très frais.



Le premier ouvrage est signé par l'auteur (signature autographe). Ce premier texte est ici dans sa troisième édition (la première édition date de 1818, un an auparavant). L'auteur, Hector Chaussier (né en 1775), fils du célèbre professeur François Chaussier (1746-1828), dijonnais, dédie cet ouvrage à son père dans cette édition corrigée, comme le fruit de ses savantes leçons et un témoignage de profond respect. L'épilogue indique que cet ouvrage avait paru en 1818, au même moment que celui de Monsieur Orfila qui avait paru trois mois avant, traitant du même sujet. Hector Chaussier explique que la ressemblance entre les deux ouvrages était si grande que même les erreurs étaient communes aux deux ouvrages. Cependant Hector Chaussier se défénd d'avoir copié sur M. Orfila, pour la simple et bonne raison que son texte est antérieur de trois mois à celui de M. Orfila.



Le deuxième ouvrage est de François Chaussier. Il est en édition originale. Le faux-titre manque. Il s'agit de l'exposé d'un cas pratique (Pierre Bridon) d'empoisonnement survenu en mars 1810. C'est un des premiers ouvrages de médecine légale pratique. On y trouve les constations du médecin légiste Chaussier quant au fait d'empoisonnement avec les étapes pour parvenir à identifier les causes criminelles du décès. 



Le troisième et dernier ouvrage, enfin, imprimé en 1790 (édition originale - probablement à Dijon chez Frantin ou Causse), est le discours lu par François Chaussier à l'Académie des sciences de Dijon (20 décembre 1789) à propos de la médecine légale. Elle établit les règles à suivre lors d'une expertise de médecine légale. Le médecin (les chirurgiens) doit s'astreindre à suivre une formule ou méthode constante et immuable dans la rédaction des rapports. La visite du blessé ou décédé doit toujours être faite en présence de deux témoins, et le rapport doit toujours être écrit sur le lieu même de la visite. A la fin du discours, le docteur Chaussier énonce une liste de 12 articles à suivre pour la bonne exécution de l'expertise de médecine légale. Ce petit livret est à la base de tous les préceptes futurs énoncés touchant à la médecine légale. Cette impression provinciale (Dijon) est importante dans l'histoire de la médecine légale et est devenue fort rare (probablement imprimée à petit nombre).

C’est à la demande des Etats de Bourgogne, que François Chaussier publia en 1785 une instruction populaire portant sur ma morsure des animaux enragés : « Méthode de traiter les morsures des animaux enragés, et de la vipère ; suivie d’un précis sur la pustule maligne » (avec Joseph Enaux 1726-1798). En 1789, il publia une étude sur les muscles du corps humain, dans laquelle il proposait une classification plus rationnelle que celle jusqu’alors enseignée : « Exposition sommaire des muscles du corps humain suivant la classification et la nomenclature méthodiques adoptées au cours public d'anatomie de Dijon » ; cet ouvrage connut une réédition en 1797 : cette nomenclature n’a pas été conservée. C’est également, en 1789, qu’il lut à l’Académie de Dijon un mémoire « Sur un point important de la jurisprudence criminelle » (Observations chirurgico-légales sur un point important de la jurisprudence criminelle, lues à la séance publique de l'Académie des sciences de Dijon, le 20 décembre 1789, par M. le professeur Chaussier ) dans laquelle il démontrait le rôle que pouvait jouer le médecin pour éclairer la justice ; cet ouvrage fut remarqué et Chaussier, ouvrit, l’année suivante à Dijon, un cours de Médecine Légale. Chaussier fut l'éditeur principal des articles consacrés à la Pharmacie par l'Encyclopédie méthodique. En 1799, parurent « Les tables synoptiques » qui furent un grand succès : François Broussais les déclara "remarquables par la précision, la netteté et l’étendue des vues" ; elles constituent, en réalité, un résumé de physiologie, de pathologie et de thérapeutiques des divers appareils anatomiques du corps humain. Entre 1824 et 1827, il sortit plusieurs ouvrages de médecine légale: « Manuel médico-légal des poisons, précédé de considérations sur l'empoisonnement », « Recueil de mémoires, consultations, et rapports sur divers objets de médecine légale », « Mémoire médico-légal sur la viabilité de l'enfant naissant, présenté à Mgr le garde des sceaux, ministre de la Justice ». Chaussier constitue, assurément, une des belles figures de la Médecine et selon Réveillé-Parise". Chaussier restera dans les fastes de la Science ; son nom a droit de cité dans l’étroite enceinte où se trouvent inscrits ceux des médecins illustres ; il a enrichi la science et honoré son pays …".



Ensemble très intéressant touchant à plusieurs domaines de la toxicologie et de la médecine légale primitive.

Superbe exemplaire finement relié à l'époque.

VENDU

mardi 18 février 2020

Sappho. Quatorze burins par Espérance (Sylvain Sauvage), éditions du Raisin (Imprimerie Nationale, 1944). Tirage à 150 exemplaires. Bel exemplaire.


ESPÉRANCE [i.e. Sylvain SAUVAGE]

Sappho. Quatorze burins par Espérance (Sylvain Sauvage).

Les Éditions du Raisin, s.d. [Imprimerie Nationale, décembre 1944]

1 volume in-folio (33 x 25 cm), en feuilles, sous couverture imprimée à rabats sur papier chiné, non paginé (14 burins en deux états + feuillets de texte (vers en grec et en français), feuillet de titre, de justification de tirage et d'achevé d'imprimer. Excellent état. Emboîtage de l'éditeur (quelques usures).

Tirage unique à 150 exemplaires.

Celui-ci porte le numéro XII (imprimé) et est sur papier chamois.



La maquette typographique est de Maurice Darantière (imprimeur renommé à Dijon). Le tirage de ce livre a été terminé par l'Imprimerie Nationale le 22 décembre 1944. Les 14 burins ont été gravés par Espérance (Sylvain Sauvage). Ils ont été tirés sur la presse à bras de Raymond Haasen. Le passage du texte grec au texte français a été réalisé par Rolande Canudo. Ces fragments éoliens de Sappho ont été composés à la main à Paris à l'Imprimerie Nationale en caractères grecs et italiques de Claude Garamond.



Le trait de Sylvain Sauvage (1888-1948) est pur et ample. On pourrait trouver quelques similitudes avec celui de Jean Cocteau dans la forme, mais il en est très éloigné dans le fond. Il y a ici une parfaite maîtrise du trait dépouillé poussée jusqu'à la sensualité lesbienne la plus poétique. Ce livre n'est finalement que courbes propices à toutes les imaginations. L'exemplaire de la bibliothèque nationale porte la signature de Sylvain Sauvage.


"Ce livre illustré est le plus délicat, le plus poétique, à mon avis de tous ces ouvrages illustrés." (Edith Mora, Sappho, histoire d'un poète, p. 460, éd. Flammarion, 1966).


Superbe livre d'artiste publié par l'imprimerie nationale. Rare.

Prix : 800 euros


lundi 17 février 2020

Guillaume-Thomas Raynal. Réponse à la censure de la faculté de théologie de Paris contre l'Histoire Philosophique et Politique des établissements et du commerce des européens dans les deux Indes. 1782. Bel exemplaire en condition d'époque.


[Guillaume-Thomas Raynal].

Réponse à la censure de la faculté de théologie de Paris contre l'Histoire Philosophique et Politique des établissements et du commerce des européens dans les deux Indes. Par M. l'abbé Raynal.

Londres, 1782 [probablement imprimé en France, en Province]

1 volume in-8 (20 x 13 cm) de 205-(1) pp. Les pp. III à XIII sont un "Avis au peuple". Le dernier feuillet non chiffré contient l'errata.

Reliure strictement de l'époque plein veau brun marbré à l'acide, dos à nerfs orné aux petits fers dorés, pièce de titre de maroquin rouge, tranches rouges, doublures et gardes de papier marbré. Excellent état de conservation, reliure et intérieur très frais.

Edition originale.


Ce volume a probablement été imprimé en province, en France contrairement à l'adresse de Londres qui est indiquée. La signature des cahiers n'indique pas une impression hollandaise.


L'Histoire Philosophique et Politique des établissements et du commerce des européens dans les deux Indes de l'abbé Raynal paraît en 1770. Les éditions se succèdent pour aboutir à l'édition de 1780 (troisième édition) qui est interdite et censurée par la faculté de théologie de Paris. L'abbé Raynal prenait des libertés avec la religion et la monarchie (la religion y est traitée de la manière la plus matérialiste qui soit et l'esclavage y est dénoncé de manière très ouverte). La Faculté de théologie de Paris repère ainsi les articles : De l'homme et de la loi naturelle - De la religion juive - De Jésus-Christ - De l'établissement de la religion chrétienne - Des martyrs - Des prophéties et des miracles - De l'église - De la morale - Sur le gouvernement (de l'origine de la puissance souveraine) - Des remèdes que l'auteur propose contre la tyrannie. On trouve à la fin du volumes une Lettre de la Veuve Bourguignon à M. G... ; etc., ainsi qu'une Lettre de l'abbé Raynal à l'auteur de La Nymphe de Spa.


Cette censure de la faculté de théologie de Paris eut pour principe de mettre en avant un résumé clair et concis des pensées de l'abbé Raynal, ce qui évita à de nombreux lecteurs l'investissement des volumes de l'ouvrage entier. Ces passages "subversifs" furent ainsi mis en évidence et pour ainsi dire sous les yeux de tous, plus facilement. C'est ainsi fait que dans la Préface de cette Réponse, le rédacteur de ladite Préface se félicite de cette mise à l'index terriblement utile à la diffusion des idées de l'abbé Raynal. Raynal, une fois la condamnation de la troisième édition de son ouvrage prononcée, avait du s'enfuir en Suisse, puis à la cour de Frédéric II de Prusse et celle de Catherine II de Russie. Il revint en France en 1784 mais était interdit de séjour à Paris. Il s'établit à Toulon puis à Marseille et continua à œuvrer pour la propagation de son ouvrage principal devenu immortel.


"[La faculté de théologie de Paris] qui sentant mieux que personne l'utilité de ce livre, et voulant soulager la partie la plus pauvre des hommes qui n'aurait jamais pu se le procurer, a pris le parti, sous prétexte d'en faire la censure, de nous en extraire le meilleur, et de le rendre public en vertu de son privilège. Ainsi, grâce à ses soins, nous aurons le suc des pensées de l'abbé Raynal, sans être obligé d'acheter dix gros volumes in-octavo [...] et pour la commodité de ceux qui ne savent pas lire [...] les curés ne manqueront pas d'en faire la lecture aux prônes & dans leurs sermons". (extrait de l'Avis au Peuple).


"Les prêtres ne sont point ce qu'un vain peuple pense ; Notre crédulité fait toute leur science." (épigraphe).


Bel exemplaire. Rare en condition d'époque aussi désirable.

Prix : 1.100 euros