mardi 24 novembre 2020

Physiologie du fonctionnaire par Pierre Frelet, avec des illustrations de Georges Pavis (1945). Exemplaire relié plein maroquin décoré par René Kieffer, avec une grande aquarelle originale grivoise et une esquisse originale du fonctionnaire "au bordel". Bel exemplaire.


Aquarelle originale signée G. Pavis


Pierre Frelet. Georges Pavis (illustrateur).

Physiologie du fonctionnaire par Pierre Frelet, fonctionnaire. Illustrations en couleurs de G. Pavis.

A l'Institut Administratif de René Kieffer, 18, rue Séguier. S.d. (1945).

1 volume petit in-4 (22,5 x 16,5 cm) de 110-(1) pages. Illustrations dans le texte rehaussées en couleurs à l'aquarelle au pochoir. 

Reliure plein maroquin chocolat noir 85%, dos lisse, plats ornés à froid d'une plaque de "fonctionnaires en farandole" avec au centre une cocotte en papier dorée au fer. Tête dorée, non rogné. Premier plat de couverture et dos conservés. Reliure signée du relieur-éditeur René Kieffer (avec son étiquette). Dos uniformément passé au chocolat noir 55%. Très bel état. Intérieur comme neuf.

Tirage limité à 900 exemplaires tous sur vélin de cuve.

Celui-ci, portant un numéro de tête, devrait comporter un dessin original et une suite en noir.

Notre exemplaire ne contient pas la suite en noir par contre il contient :

- un grand dessin original signé pleine page "le fonctionnaire au bordel".

- une esquisse au crayon du même dessin (avec variantes).


Esquisse originale
"Au bordel"


Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le fonctionnaire dans toute sa splendeur, sans jamais avoir osé le demander.

René Kieffer, Pierre Frelet et Georges Pavis donnent ici le cadeau idéal pour le départ en retraite de votre (haut) fonctionnaire préféré. Tout y est : la classification des fonctionnaires, le traitement, la retraite, l'avancement, le fonctionnaire au guichet, l'employé des Postes, l'employé des mairies, l'employé du fisc, l'employé des commissariats de police, le poinçonneur du métro, l'administration centrale, le fonctionnaire face au progrès, l'assiduité, le gardien de bureau, le commis, le rédacteur, le chef de bureau, le sous-directeur, le directeur, le fonctionnaire en province, les soirées de la préfecture, les réceptions de la colonelle, etc.








Pierre Frelet a donné plusieurs ouvrages dont Le Temps de la Femme (1924) et Les Bergers du Troupeau (1921). 

Georges Pavis (1886-1977) eut une carrière d'illustrateur et de peintre bien remplie. Il collabora aux journaux satiriques de son temps : Le Rire, La Vie Parisienne, etc. Il illustra de nombreux ouvrages pour l'éditeur-relieur René Kieffer notamment.


Bel exemplaire, en pleine reliure éditeur décorée, augmenté à l'époque d'un très beau dessin original grivois et de son esquisse.

VENDU













lundi 23 novembre 2020

Jost de Villeneuve. Le voyageur philosophe dans un pais inconnu aux habitans de la terre. Par Mr. de Listonai (1761). Utopie lunaire. "A Sélénopolis, les sciences ont fait de grands progrès. C'est le siècle des Lumières parfaitement réalisé." (Soboul)

Mr. DE LISTONAI [i.e. Daniel Jost de Villeneuve].

Le voyageur philosophe dans un pais inconnu aux habitans de la terre. Par Mr. de Listonai.

A Amsterdam, Aux dépens de l'éditeur, 1761

2 volumes in-12 (19,7 x 12,7 cm - Hauteur des marges : 18,8 cm) de XXIV-339-(1) et VI-384 pages.

Cartonnage plein papier caramel au beurre salé du début du XIXe siècle. Etiquettes de titre et tomaison de maroquin rouge, non rogné. Millésime doré en queue des dos, filets dorés. Reliure d'attente probablement exécutée vers 1810/1820. Coins émoussés, coiffes repliées légèrement usées, légères salissures et frottements. Intérieur frais. Légères salissures sur la page de titre du deuxième volume. Impression sur beau papier fort (papier royal). Grandes marges conservées.

Edition originale.



"Ce pays inconnu des terriens est la Lune et l’inversion du point de vue « au clair de terre » permet de réduire certaines certitudes à l’état de préjugés ou réciproquement de fournir une justification de plusieurs préjugés. Un chapitre est consacré aux « causes de tant de lois bizarres, de coutumes singulières, d’usages extravagants ou barbares ». C’est un véritable cabinet de curiosités anthropologiques que le lecteur est invité à visiter. Il découvre des peuples qui pratiquent les sacrifices humains, des enfants qui dévorent leurs parents, des veuves qui se font brûler avec leur époux, des hommes qui mettent les femmes en commun, des femmes qui se prostituent au temple de Vénus... Les cas de superstitions qui seront discutés par Rétif et Nodier sont ici replacés dans une perspective anthropologique plus large qui relativise les us et coutumes à travers le monde et du même coup la frontière entre préjugé et raison. (in, Réhabilitation des préjugés et crise des Lumières, Michel Delon, p. 143-156. Revue Germanique internationale, 1995, La crise des Lumières.)

"Edition originale de cette utopie lunaire. L'auteur, musicographe et auteur d'un opéra comique, fait l'éloge, dans son "Epître à moi-même" en début du vol. 1, de l'amour-propre comme facteur de perfectionnement moral." (Querard II, 791).






Cet ouvrage a parfois été attribué à Thiphaigne de la Roche. Jost de Villeneuve est peu connu. On sait qu'il fut directeur des finances de la Toscane (notice Bnf), et auteur dramatique On lui doit notammen Zéphir et Fleurette, opéra-comique, ballet par Messieurs de Villeneuve et L. [Laujon.] (1750). Le Voyageur philosophe est son principal ouvrage.

"Cette odyssée philosophique est un songe au bout duquel le voyageur se retrouve au bas de son lit. Le pays du rêve, celui des Sélénites (habitants de la lune), permet la comparaison de l'état social et de l'état naturel : dans l'absence du mien et du tien, il n'y a pas de vice, pas de crime, pas de crainte de la mort. A Sélénopolis, les sciences ont fait de grands progrès. C'est le siècle des Lumières parfaitement réalisé." (A. Soboul, Utopies au siècle des Lumières, Hachette, n°034/5).

Référence : Versin, Encyclopédie de l'Utopie, p. 540.)





Exemplaire imprimé sur grand papier (papier fort de Hollande à grandes marges). Ce tirage est dénommé "papier royal" dans le catalogue des livres qui se trouvent chez le libraire Neaulme en 1762.

Bon exemplaire, en grand papier conservé non rogné, de ce chef d'œuvre utopique du XVIIIe siècle.

Prix : 1900 euros



samedi 21 novembre 2020

Les Modes de Paris, Variations du goût et de l'esthétique de la femme (1797-1897) par Octave Uzanne. 100 illustrations en couleurs par François Courboin. Couverture illustrée de George Auriol. Exemplaire de dédicace offert par Octave Uzanne à la comédienne Marguerite Moreno "en souvenir".

Octave UZANNE - François COURBOIN, illustrateur - George AURIOL, illustrateur (couverture)

MONUMENT ESTHÉMATIQUE DU XIXe SIÈCLE - LES MODES DE PARIS - VARIATIONS DU GOÛT ET DE L’ESTHÉTIQUE DE LA FEMME - 1797 - 1897 par Octave Uzanne. Illustrations originales de François Courboin dans le texte et hors-texte, d'après des documents inédits.

Paris, Société française d'éditions d'Art, L. Henry May, éditeur, 1898. [achevé d'imprimer le 8 octobre 1897 sur les presses d'Edouard Creté à Corbeil.].

1 fort volume grand in-8 (25 x 18 cm) de (4)-IV-242-(1) pages. 100 illustrations en couleurs hors-texte (coloriées au patron), nombreux dessins en noir au trait dans le texte. Couver

Reliure postérieure (vers 1920/1930) demi-basane blonde. Couverture illustrée en couleurs par George Auriol conservée (les deux plats), un peu fanée. Quelques épidermures et légères usures à la reliure, sans gravité. Intérieur frais. Reliure modeste mais solide.

Édition originale.

Tirage à 1.100 exemplaires (1.000 ex. sur vélin spécial, 90 ex. sur Japon impérial avec suite avant le coloris et 10 ex. sur Japon avec dessins originaux et aquarelle originale).

Celui-ci, un des 1.000 exemplaires sur vélin spécial, non numéroté et marqué "Offert" de la main d'Octave Uzanne.

Exemplaire de dédicace offert par l'auteur à la comédienne Marguerite Moreno.




Ouvrage très intéressant et dense traitant à fond des modes depuis la fin du XVIIIe siècle (licences du costume et des moeurs sous le Directoire) jusqu'aux modes fin de siècle (1897). Superbe illustration entièrement coloriée à la main (pochoirs) de 100 hors-texte, qui en fait un des plus beaux livres illustrés sur le sujet à cette époque.

Marguerite Moreno, nom de scène de Lucie Marie Marguerite Monceau, est une actrice française née le 15 septembre 1871 à Paris et morte le 14 juillet 1948 à Touzac (Lot). Engagée à la Comédie-Française en 1890, elle côtoie sur scène Charles Le Bargy, Mounet-Sully, Julia Bartet, Coquelin cadet, Paul Mounet. Elle est alors « la muse des symbolistes ». Elle crée Le Voile de Georges Rodenbach en 1893 et dit des vers à la demande de Robert de Montesquiou pour l'inauguration du Monument à Marceline Desbordes-Valmore à Douai en 1896. Le peintre Lucien Lévy-Dhurmer et le sculpteur Jean Dampt fixent ses traits spirituels et sa coiffure en bandeaux typique de la fin de siècle ainsi que son costume de béguine de Bruges dans la pièce de Rodenbach. Confidente de Stéphane Mallarmé, elle ne parvient pourtant pas à le convaincre de monter Hérodiade. Après avoir été la maîtresse de Catulle Mendès, elle épouse en Angleterre, le 12 septembre 1900, l'écrivain et poète Marcel Schwob qu'elle a rencontré en 1895 auquel l'unit une passion dont témoigne une extraordinaire correspondance conservée à la bibliothèque municipale de Nantes. Malade, Schwob meurt en 1905 à l'âge de 37 ans. En 1903, Marguerite Moreno quitte la Comédie-Française et rejoint le théâtre de Sarah Bernhardt, puis plus tard le théâtre Antoine. Pendant sept ans, elle dirige à Buenos Aires la section française du conservatoire. Quand éclate la Première Guerre mondiale, elle s'active à l'hôpital militaire de Nice. Elle s'est remariée en 1908 avec l'acteur Jean Daragon mais elle perd son second époux au début des années 1920. Dès 1915, elle découvre le cinéma et, pendant la période du muet, elle joue notamment dans Vingt ans après d'Henri Diamant-Berger où elle campe la reine Anne d'Autriche « sous un maquillage plâtreux, yeux cernés, bouche en cerise » (1922), donne la réplique à Maurice Chevalier dans Gonzague et Le Mauvais Garçon du même réalisateur (1923), et figure dans Le Capitaine Fracasse d'Alberto Cavalcanti (1929). Sur les conseils de son amie l'écrivain Colette, elle se tourne vers les rôles comiques et, en 1929, elle remporte un grand succès sur scène dans Le Sexe faible d'Édouard Bourdet ; elle y joue « une vieille comtesse slave qui, pour occuper son ennui, lève et paie les beaux garçons » (rôle qu'elle reprendra au cinéma dans la version filmée par Robert Siodmak en 1933). Au début de l'entre-deux-guerres, elle s'installe dans sa propriété du Lot, rénovée pour elle grâce à son cousin Pierre Moreno, un de ses proches, lui aussi comédien et souvent son partenaire). Sa carrière se partage dès lors entre théâtre et cinéma et, selon O. Barrot et R. Chirat, « Moreno accepte tout ce qu’on lui propose. Le rire du spectateur moyen à chacune de ses apparitions lui suffit ». Elle apparait ainsi dans Un trou dans le mur de René Barberis (1930), Tout va très bien madame la marquise de Henry Wulschleger (1936), La Fessée de Pierre Caron (1937) ; mais elle est aussi dirigée, entre autres, par Raymond Bernard (Les Misérables, dans le rôle de la Thénardier, avec Harry Baur et Charles Dullin, 1934), Sacha Guitry (Faisons un rêve, Le Roman d'un tricheur et Le Mot de Cambronne en 1936, Les Perles de la couronne en 1937, Ils étaient neuf célibataires en 1939, Donne-moi tes yeux en 1943), Marcel Pagnol (Regain avec Fernandel en 1937, La Prière aux étoiles en 1941, film inachevé), Christian-Jaque (Carmen en 1942, Un revenant en 1946 avec Louis Jouvet), ou encore Claude Autant-Lara (Douce en 1943). En 1945, aux côtés de Jouvet, elle triomphe au théâtre dans le rôle d'Aurélie de La Folle de Chaillot, écrit pour elle par Jean Giraudoux. Son dernier film, L'assassin est à l'écoute, sort quelques semaines après sa mort en 1948.






« On la trouve laide, on n'est pas laide avec un visage si expressif, si fin en même temps - les yeux, le nez, la bouche sont pleins d'esprit. Elle en a d'ailleurs comme rarement chez une femme. C'est la malice et la satire féminines en personne ». (Paul Léautaud).

On sait peu de choses sur les relations entre Octave Uzanne et Marguerite Moreno, si ce n'est qu'Octave Uzanne était admiratif de Marcel Schwob au point de publier fin 1898 "La porte des rêves" dans une superbe production bibliophilique illustrée dans le plus pur style symboliste par George de Feure. Ce "En souvenir" d'Octave Uzanne à Marguerite Moreno, aussi lapidaire qu'énigmatique laisse supposer une relation suivie entre eux. Le "Mademoiselle" qui précède son nom laisse aussi supposer qu'elle n'était alors pas encore mariée au moment de la dédicace (avant 1900 donc).




Emouvant exemplaire offert à l'actrice et comédienne Marguerite Moreno.

Prix : 850 euros

vendredi 20 novembre 2020

Guy de Maupassant. Pierre et Jean (1888). Première édition illustrée par E. Duez et A. Lynch. Du rare tirage à 50 ex. sur Japon avec triple suite (satin, Japon, vélin) avec remarques. Reliure de l'époque signée Victor Champs.


Guy de Maupassant. Albert Lynch et Ernest Duez (illustrateurs).

Pierre et Jean. Illustré par Ernest Duez et Albert Lynch.

Paris, Boussod, Valadon et Cie, 1888

1 volume grand in-4 (33 x 27 cm) de 170-(1) pages. 18 hors-texte par Albert Lynch et 18 en-tête et culs-de-lampe par Ernest Duez.

Reliure demi-maroquin chocolat à larges coins, dos à nerfs janséniste. Auteur, titre et millésime dorés au dos, tête dorée. Couvertures conservées en parfait état (les deux plats et le dos). Reliure strictement de l'époque signée Victor CHAMPS. Quelques légers frottements sur les coins et coupes. Reliure fraîche. Intérieur très frais. Quelques rousseurs presque uniquement au verso des tirages sur satin contrecollés sur vélin fort.



Première édition illustrée.

Edition de grand luxe tirée à 50 exemplaires sur Japon avec 3 suites de toutes les illustrations (sur satin en bleu, sur Japon en bistre et sur Whatman en mauve) avec remarques. Les illustrations définitives tirées sur Japon dans le texte (E. Duez) et hors-texte (A. Lynch) sont toutes avec remarques.

Avec une grande aquarelle originale signée E. Duez sur le faux-titre (fleurs de pavot).



"Écrit en quelques mois à partir de l’été 1887, Pierre et Jean est le quatrième roman de Maupassant. Il constitue un tournant dans la production romanesque de l’auteur qui verse dans l’analyse psychologique. Prépublié dans La Nouvelle Revue à partir de décembre 1887, il paraît en volume chez Ollendorff, précédé d’une étude sur « Le Roman » (qui ne se trouve pas dans cette édition de luxe). [...] L’intrigue du récit peut paraître banale et est sans doute tirée d’un fait divers : petits boutiquiers parisiens, les Roland se sont retirés au Havre pour profiter de la mer. Leurs fils Pierre, étudiant en médecine, et Jean, futur avocat, viennent les retrouver. L’annonce du décès de Maréchal, un ami de la famille qui lègue tout son héritage à Jean, va être à l’origine d’un drame familial. Pierre comprend que sa mère a été infidèle et que Jean est le fils de Maréchal. L’aîné étant peu à peu dépossédé de l’amour maternel, de celui de Mme Rosémilly, jeune veuve que Jean épousera, puis de tous les avantages que son statut de fils légitime pourrait laisser supposer, il décide de quitter sa famille pour s’engager sur un paquebot transatlantique. [...] Succès littéraire, les critiques étant unanimes dans l’éloge, Pierre et Jean repose certes sur une intrigue ténue et des thèmes déjà abordés dans les contes et nouvelles, comme la bâtardise, la trahison de la femme, ou les conséquences désastreuses d’un legs dans une famille. Mais le roman vaut pour l’analyse psychologique des personnages et les magnifiques descriptions du Havre et de ses alentours, reflets de l’état d’âme du héros, rendues avec une écriture picturale. Il livre également une étude de mœurs sur la petite bourgeoisie de province. « Roman-drame » selon Jules Lemaitre, ayant le « schéma d’une tragédie antique » pour Paul Bourget, Pierre et Jean est aussi un « roman de mœurs » (Antonia Fonyi) tout autant qu’un roman familial, où la vision pessimiste de Maupassant se fait plus sombre que dans ses précédents livres. Comme la plupart des œuvres de Maupassant, Pierre et Jean connut aussitôt de nombreuses traductions et une fortune artistique importante, avec de multiples adaptations sous différents supports." (À propos de l’œuvre, Noëlle Benhamou, Les Essentiels de la littérature, Bibliothèque nationale de France, 2015).








"La fratrie et la bâtardise occupent une place de choix dans les écrits de Maupassant. « Petit roman » ou « longue nouvelle » de neuf chapitres seulement, Pierre et Jean publié en 1888 aborde donc un sujet rebattu, constituant une structure obsessionnelle de l’œuvre maupassantienne. Le lecteur suit les pensées de Pierre Roland, le fils légitime, aux prises avec une enquête de filiation qui l’exclura de sa famille. Roman psychologique, mais aussi roman de la mer, Pierre et Jean peut se lire comme une réécriture de la parabole du fils prodigue." (Pierre et Jean, Les Essentiels de la littérature, Bibliothèque nationale de France, 2015).



« Le romancier d’analyse, le romancier psychologique naissait donc, dans Pierre et Jean, du romancier observateur et du romancier de mœurs. Aussi la qualité du romancier psychologue comporte-t-elle, en Maupassant, une spécification qui oppose vigoureusement cet auteur à Bourget et à Edmond de Goncourt vieillissant par exemple. Maupassant conçoit et pratique l’analyse psychologique de telle façon qu’elle soit non point une satisfaction gratuite pour l’intelligence ou la subtilité chercheuse du lecteur, mais un moyen pour le progrès même de l’œuvre, l’élément moteur de l’action. Dès l’instant où Pierre cesserait de tendre mille prétextes entre son regard et ses vérités intimes, dès l’instant où, selon une démarche inverse mais complémentaire et nécessaire, il cesserait de s’interroger et de se répondre sincèrement, dès l’instant où les passions cesseraient de solliciter, par leur violence même, son clair jugement, et , en retour, de s’exaspérer dans ce jeu qui fait bon marché de leurs mensonges, le roman s’arrêterait, car les événements qui composent la substance du récit ne sont rien que les moments successifs et les effets immédiats de cette partie de cache-cache avec soi-même. Et, de fait, le roman s’arrête au moment où Pierre, en dépit de tant d’efforts pour le travestir, n’a plus rien à apprendre de sa « seconde âme », et où cette âme instinctive goûte enfin un inavouable assouvissement. Il en résulte, second trait de l’originalité de Maupassant, que l’analyste n’est point l’auteur mais le personnage lui-même. Il demeure de bout en bout son propre témoin, et seul le résultat de son observation est confié au lecteur, comme une sorte de prélèvement opéré au plus vif de sa conscience. » (André Vial, Maupassant et l’art du roman, Paris, Nizet, 1954, p. 404-405.)


On joint à notre exemplaire un feuillet publicitaire paru dans Le Livre pour les étrennes (décembre 1888) donnant le détail de cette luxueuse édition. Les exemplaires ordinaires tirés sur vélin teintés étaient vendus 60 francs quand notre exemplaire sur Japon du tirage à 50 ex. avec 3 suites étaient vendus au prix très élevé de 500 francs l'exemplaire. Il a été fait un tirage sur Japon à 150 ex. avec seulement 2 suites (sans la suite sur satin donc) au prix de 200 francs. La reliure d'amateur était proposée à 20 francs.


Les aquarelles d'Ernest Duez et d'Albert Lynch sont fidèlement reproduites par le procédé héliographique développé par la maison Goupil (maison Boussod et Valadon). Albert Lynch avait commencé dans l'illustration du livre aux côtés d'Octave Uzanne pour La Française du Siècle (1885).


"Les aquarelles, dessinées par Albert Lynch, pour Pierre et Jean, sont des chefs d'œuvre de grâce, d'élégance, de finesse, de distinction et de modernité ; il y a plaisir à suivre les progrès de ce très jeune peintre depuis les compositions faites par lui pour les livres d'Octave Uzanne jusqu'aux incomparables tableaux qu'il vient de signer aujourd'hui. L'ouvrage de Maupassant était cependant assez malaisé à illustrer ; sa psychologie serrée, la passion concentrée dans une âme d'Hamlet moderne, prêtaient peu à la manifestation du peintre ; Albert Lynch a revécu le roman au Havre même, et il est parvenu, après un long labeur, à nous donner cette admirable série de tableaux qui méritent de lui faire un nom consacré dans le monde des artistes et des amateurs. [...] MM. Boussod et Valadon ont fait, avec Pierre et Jean, une œuvre d'art véritable, en dépit même de l'héliogravure qui chagrine tant d'amateurs ; il faut espérer que le succès de ce livre les poussera à nous donner fréquemment des ouvrages de cette rare valeur." (Le Livre, Livres d'étrennes pour 1889, livraison de décembre 1888, p. 626).

Bel exemplaire du tirage le plus rare avec trois suites supplémentaires et une aquarelle originale d'E. Duez, sobrement relié à l'époque par Victor Champs.

Prix : 3.000 euros