jeudi 20 septembre 2018

Le Sopha de Crébillon Fils illustré par Louis Icart (1935). Magnifique livre illustré moderne coté et recherché. 1 des 35 ex. sur Hollande. Broché. Rare.


CREBILLON FILS - ICART, Louis (illustrateur)

LE SOPHA. Illustré de vingt-trois eaux-fortes originales en couleurs de Louis ICART.

Le Vasseur et Cie, Paris, 1935 [imprimerie Coulouma à Argenteuil]

1 volume in-4 (24,5 x 19,2 cm), broché de 342-(1) pages. 23 eaux-fortes dont 21 hors-texte en couleurs. Couverture de papier crème avec le titre imprimé en rouge sur le premier plat. Quelques légères rousseurs à la couverture et dans le corps d'ouvrage, sans incidence sur la qualité de l'ensemble. Emboîtage cartonné de l'éditeur (légères usures). Bel exemplaire, très frais.

PREMIER TIRAGE DES EAUX-FORTES ORIGINALES DE LOUIS ICART.

TIRAGE A 517 EXEMPLAIRES.

CELUI-CI, 1 DES 35 EXEMPLAIRES SUR HOLLANDE VAN GELDER.



Les exemplaires du tirage à 440 ex. sont sur vélin de Rives. Les 22 premiers exemplaires sont sur Japon impérial.

Notre exemplaire ne contient pas la suite en noir de toutes les planches avec remarques gravées à la pointe sèche.



Les eaux-fortes originales en couleurs de Louis Icart ont été tirées en taille-douce sur les presses de A. Porcabeuf et Cie à Paris.



Le Sopha fut rédigé par Crébillon fils en 1737 et publié pour la première fois en 1740. De nombreuses rééditions se succédèrent montrant l’engouement pour ce type de littérature. Ce fut un succès de scandale. Le conte adopte un récit cadre oriental qui renvoie aux Mille et une nuits et s’affirme comme une réflexion sur les aléas du désir et de l’amour. Le narrateur, Amanzéï, est transformé en sopha et ne retrouvera sa forme humaine que « quand deux personnes se donneraient mutuellement et sur [lui] leurs prémices ». À l’intention du sultan Schah-Baham, qui s’ennuie, et de la sultane, il raconte les scènes dont il a été le témoin en faisant défiler sept couples. Le dernier, formé de deux adolescents (Zéïnis et Phéléas) dont les jeunes cœurs jouissent innocemment du plaisir qu’ils se donnent, remplit la condition permettant de le libérer. La virtuosité de Crébillon consiste à broder à l’infini sur le même thème sans jamais répéter exactement les mêmes notes. Les différents épisodes – dont le plus long (9 chapitres) est celui de Zulica – de ce roman qui « conjugue vitriolage psychologique, satire politique et mise en abyme des pouvoirs de la fiction et du langage », sont autant d’occasions de ridiculiser l’hypocrisie sous ses différentes formes (respectabilité mondaine, vertu, dévotion). Le Sopha circulait déjà sous le manteau bien avant sa publication officielle en 17421, nonobstant les défenses qui lui avaient été faites. Après sa publication, l’auteur est exilé par le cardinal de Fleury à 30 lieues de Paris le 7 avril 1742 en raison du cynisme de l’ouvrage et de son libertinage, mais surtout parce que certains croient reconnaître Louis XV dans le personnage ridicule et amusant du sultan Schah-Baham. Crébillon prit alors le chemin de l’Angleterre, sans en informer son père qui demanda de ses nouvelles au chancelier d’Aguesseau, qui lui répondit le 31 mai. Crébillon parvint à faire valoir pour sa défense que l’ouvrage aurait été commandé par Frédéric II de Prusse et n’aurait été publié qu’à la suite d’une indiscrétion et contre sa volonté. Rappelé le 22 juillet, il s’empressa de rentrer en France. Avec le Sopha, Crébillon obtint un nouveau succès de scandale. Lorsqu’il fut introduit auprès du public anglais par Lord Chesterfield, qui avait donné les trois cents exemplaires, que lui avait envoyés Crébillon, à vendre chez l’éditeur White, le succès en fut énorme ; Walpole lui-même le trouva admirable. Hogarth a trouvé le moyen de le représenter dans son Mariage à la mode (1745), enfoncé dans un coin du canapé. Le Sopha a eu une influence sur les Bijoux indiscrets de Diderot, où la bague de Mangogul joue le même rôle d’objet voyeur que le sopha crébillonien, et les Liaisons dangereuses de Laclos où Mme de Merteuil lit un chapitre du Sopha pour se disposer à la venue de Belleroche.



Cette édition moderne illustrée avec talent par Louis Icart est sans doute une des plus belles versions du XXe siècle de texte érotique. Elle est très recherchée et se trouve rarement sur le marché des beaux livres illustrés.



BEL EXEMPLAIRE TEL QUE PARU DU TIRAGE RARE SUR HOLLANDE.

Prix : 1.900 euros


Saint-Pierre-Martinique 1635-1902 par Charles L. Lambolez (1905). Annales des Antilles françaises - Journal et Album de la Martinique - Naissance, vie et mort de la cité créole - Livre d'or de la charité. Par Coeur Créole (C.L.L.). Eruption volcanique de la montagne Pelée. Ouvrage illustré de 60 gravures. Rare ouvrage de référence.



CŒUR CRÉOLE [C.L.L = Charles L. LAMBOLEZ]

1635 - 1902. SAINT-PIERRE-MARTINIQUE. Annales des Antilles françaises - Journal et Album de la Martinique - Naissance, vie et mort de la cité créole - Livre d'or de la charité. Par Coeur Créole (C.L.L.). Ouvrage illustré de 60 gravures.

Berger-Levrault, Paris, Nancy, 1905

1 volume in-8 (25,5 x 16,5 cm), broché de 509 pages. Nombreuses reproductions de photographies, gravures anciennes, etc. Brochage solide, papier couché au kaolin (papier très lourd), quelques petites accidents sur les bords de la couverture (haut du dos touché sans conséquence). Complet.

ÉDITION ORIGINALE RARE.

Voici le détail des chapitres : 1. Les origines de la colonisation française dans le golfe du Mexique. 2. L’œuvre de Du Parquet. Bases solides de la colonisation de la Martinique. Sérieux progrès au Fort Saint-Pierre. Le brillant avenir de la cité créole se dessine. 3. Précis de l'histoire de la Martinique. 4. Quelques célébrités de la colonie (Madame de Maintenon, l'impératrice Joséphine Tascher de La Pagerie, etc. 5. Nos calamités à travers les siècles, jusqu'au cataclysme de la cité créole. La deuxième partie de l'ouvrage traite de la catastrophe du mois de mai 1902 (éruption volcanique de la montage Pelée). Histoire très complète de la catastrophe. Rapports officiels. Supplément au journal de la catastrophe. etc.

Ce volumineux ouvrage a été rédigé peu de temps après l'éruption volcanique de la montage Pelée de mai 1902.

Ce volume a été offert comme prix d'excellence en classe de première à l'élève Marcel Girard au collège d'Auxerre en 1920 (avec étiquette imprimée du collège d'Auxerre).

Volume rare, aucun exemplaire à vendre actuellement sur les sites spécialisés.

BON EXEMPLAIRE DE CET OUVRAGE DE RÉFÉRENCE.

Prix : 450 euros

mardi 18 septembre 2018

Bussy-Rabutin. Lettres et Nouvelles Lettres (1727). Rare contrefaçon de l'édition de 1720-1727. 7 volumes en reliure de l'époque. Une des plus intéressantes correspondances privées couvrant la première partie du règne de Louis XIV (de 1666 à 1692).


BUSSY-RABUTIN, [Roger de Rabutin, comte de Bussy, dit]

LES LETTRES DE MESSIRE ROGER DE RABUTIN, COMTE DE BUSSY, Lieutenant Général des Armées du Roi, et Mestre de Camp Général de la Cavalerie française et étrangère. Nouvelle édition. [Première-Quatrième partie].

Suivi de :

NOUVELLES LETTRES DE MESSIRE ROGER DE RABUTIN, COMTE DE BUSSY, Lieutenant Général des Armées du Roi, et Mestre de Camp Général de la Cavalerie française et étrangère. Avec les réponses.

Sur l'imprimé A Paris, Chez Florentin Delaulne, 172



7 volumes in-12 (16 x 9,5 cm) de (4)-374-(2), (4)-295, (6)-550, (8)-491-(4), (10)-448, (8)-386 et (6)-384 pages. Nous pouvons fournir la collation détaillée sur demande.

Reliure pleine basane fauve de l'époque, dos à nerfs richement ornés, pièces de titre et tomaison de maroquin rouge, tranches rouges. Coiffes et coins avec usures et manques aux extrémités, intérieur collationné complet. Papier parfois bruni sans gravité. Quelques rousseurs. Pourtour de quelques pages de titre bruni. Le titre au dos a été mal doré "RABATIN" au lieu de "RABUTIN".

RARISSIME CONTREFAÇON DE L'EDITION DE 1720-1727 PARUE CHEZ LA VEUVE DELAULNE.



Détail des volumes : Tome I : Outre un Avertissement, ce volume contient les lettres I à CXLIV. Soit 144 lettres. Tome II : Ce volume contient les lettres I à CXI. Soit 111 lettres. Tome III : Ce volume contient les lettres I à CCCXXXIII. Soit 333 lettres. Tome IV : Ce volume contient les lettres I à CCCLXXI. Soit 371 lettres. Tome V : Outre un Avertissement, ce volume contient les lettres I à CCCXXV. Soit 325 lettres. Tome VI : Ce volume contient les lettres I à CCLXX. Soit 270 lettres. Tome VII : Ce volume contient les lettres I à CCXIX. Soit 219 lettres. Sur l'ensemble des 7 volumes ce sont donc 1773 lettres écrites par le comte de Bussy-Rabutin ou adressées à lui qui sont rassemblées dans cette édition (identique en tous points à celle de 1720-1727). 

Quelques remarques sur cette édition : A noter qu'on ne trouve de réclame qu'en fin de cahiers de 4 ou 8 feuillets, ce qui contrairement à la pratique dans les Pays-Bas (Amsterdam ou La Haye) où tous les feuillets comportent habituellement une réclame pour le feuillet suivant, indiquerait ici une impression française. La mention "sur l'imprimé" présente sur les titres indique de façon claire une contrefaçon de l'impression de Paris chez Florentin Delaulne. D'ailleurs en 1727 Florentin Delaulne est décédé et la véritable édition de Paris, 1727 porte l'adresse : Veuve Delaulne. L'ensemble des 7 volumes est parsemé d'ornements gravés (fleurons, bandeaux, culs-de-lampe), leur étude serait intéressante pour déterminer de quelle ville et de quel atelier typographique sortent ces volumes (Lyon ? Rouen ?). Une comparaison avec la véritable édition Delaulne de 1720 indique un texte identique avec de faibles différences dans la justification de quelques lignes. La pagination est identique.



On trouve un très grand nombre de lettres dans cette riche correspondance de Bussy-Rabutin. Exilé sur ses terres de Bourgogne à Bussy pendant près de dix-sept années à cause de son libertinage et surtout à cause de son Histoire amoureuse des Gaules qui circula en manuscrit et imprimée pendant toute la seconde moitié du XVIIe siècle, pour la plus grande fureur de Louis XIV qui ne lui pardonna jamais d’avoir chansonné les amours du Roi, Bussy-Rabutin se livre ici dans son intimité. Mais ce qu’il y a de plus remarquable sans aucun doute dans cette correspondance, c’est qu’on y trouve aussi les réponses des nombreux correspondants du comte, fait rare dans l’édition des correspondances anciennes qui sont parvenues jusqu'à nous. On y retrouve notamment la plus célèbre de ses correspondantes, la marquise de Sévigné, Marie de Rabutin Chantal. On sait que c’est le fils de Roger de Rabutin qui édita en partie avec le Père Bouhours la correspondance de Bussy (1697-1709). C’est également le fils de Roger de Rabutin qui communiqua les manuscrits des premières lettres publiées de la marquise de Sévigné, quelques années plus tard.



Provenance : Ex libris gravé du Marquis de Girard. Ex libris manuscrit du Marquis de Girard dans tous les volumes (biffé sur la page de titre). Girard, Pierre-Maurice-Emmanuel de, marquis de Pézennes (1718-17..) (Meyer-Noirel, G0118). 



Localisation : nous n'avons trouvé aucun exemplaire de cette contrefaçon datée 1727 dans les dépôts publics.

BON EXEMPLAIRE DANS UNE RELIURE DE L'EPOQUE DE CETTE CONTREFAÇON RARE.

Prix : 950 euros



Charles Milon. L'Eventail. Poème en quatre chants (1780). Exemplaire de la bibliothèque Octave Uzanne. Rare.


Charles Milon (ou Millon)

L'éventail, ou Zamis et Delphire, poème en quatre chants ; par M. Milon.

A Londres, et se trouve à Paris, chez la Veuve Duchesne, 1780

1 volume in-8 (19,5 x 12,5 cm) de (6)-36 pages. Frontispice gravé à l'eau-forte par Boulland.

Reliure de l'époque plein veau brun, dos lisse orné en long à la grotesque, pièce de titre de maroquin rouge, tranches rouges. Reliure usagée (mors, coiffes, coins) qui reste solide. Intérieur très frais imprimé sur beau papier de Hollande fort.

Édition originale.

Exemplaire provenant de la bibliothèque de l'homme de lettres Octave Uzanne (1851-1931), avec son ex libris gravé par Aglaüs Bouvenne.


Ce poème est dédié à son Altesse sérénissime Madame la Duchesse de Bourbon "protectrice des arts". L'auteur explique dans son Avertissement qu'il a eu l'idée de ce petit poème en l'honneur de l'éventail, ce "sceptre de Vénus", cette "arme divine", en lisant un poème intitulé L'Eventail par le poète anglais Gay. Mais ce n'est pas une traduction qu'il donne ici mais une adaptation au goût français du moment. Outre le poème en quatre chants on trouve quelques notes historiques en bas de page sur l'éventail.


Ce volume a servi d'outil de travail à Octave Uzanne pour la publication de son propre Eventail (Paris, Quantin, 1882) à la fin de l'année 1881. Uzanne a placé sous le faux-titre de son Éventail un mot de Sylvain Maréchal (l'homme sans dieu) : "L'éventail d'une belle est le sceptre du monde." Passé l'avant-propos, on trouve en tête du volume une épître dédicatoire à Madame Louise ***, dont le titre est suivi de ces vers signés Milon : ... La pomme fut décernée à Cypris. Offrant cet Eventail je dis comme Pâris : Il est pour la plus belle. MILON. Obscur Milon ! Qui est-il ? C. Milon ? Milon de Liège ? Nous avons répertorié plusieurs éditions de ce texte écrit à la manière des Dorat, des Lambert et autres écrivains de la femme, de ses heures et de ses ornements dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Celle-ci est la première. Il y a une édition datée 1781 (Paris, Maestricht, Veuve Duchesne) ; une autre en 59 pages datée 1782 (Paris, Liège, Lemarié). Cette dernière édition étant marquée "seconde édition" sur le titre et Milon étant désigné comme "Milon, de Liège". Charles Millon ou Milon (1754-1839) fut écrivain et professeur de philosophie. Le Mercure de France du samedi 17 août 1782 consacre une longue notice à cet ouvrage et à son auteur : "L'auteur de cet opuscule, qui se dit fort jeune, et dans la préface et dans son poème, ne prétend pas du moins en imposer au public sur le motif qui l'a déterminé à courir les risques de l'impression. Il avoue qu'il a ambitionné son suffrage. Cette sincérité ne saurait lui nuire ; elle est bien préférable au charlatanisme de ceux qui veulent faire croire qu'ils se sont vus contraints par leurs amis, ou par des personnes à qui ils sont obligés d'obéir ; cette coquetterie littéraire est trop usée, et en même temps trop ridicule. L'essai poétique que nous annonçons est une imitation de l’Éventail de Gay, Poème en trois chants, plein de longueurs et vide d'action, comme presque tous les ouvrages anglais de ce genre. M. Milon y a fait plusieurs additions ; et le poème, qui n'était déjà que trop long, a un chant de plus. Avec un goût plus mûr, l'auteur eût réduit le tout à un seul. On sent aussi que son style n'est point fait. Il est toujours diffus et souvent prosaïque. La description de l'éventail est très faible. (...)Tout l'ouvrage n'est pas aussi défectueux (...) mais il y a peu de morceaux bien travaillés, les meilleurs manquent de précision. Ce n'est pas qu'on ne rencontre souvent des vers très agréables. (...) L'auteur, en conseillant aux femmes le goût de la simplicité dans la parure, a eu occasion de rendre hommage à une Princesse aussi chérie que respectée, et que l'on peut louer sans flatterie (Madame la Duchesse de Bourbon) (...) Nous n'étendrons pas plus loin et nos citations et notre critique. Nous ne voulons point affliger l'auteur, et encore moins le décourager. C'est pour l'animer à mieux faire que nous avons fait mention de son ouvrage. Les jeunes versificateurs, encore pleins des illusions d'un Art dont ils ne connaissent que les charmes sans en soupçonner les difficultés, et vivement éblouis par le phosphore de la gloriole littéraire, attachent beaucoup d'importance à leurs moindres essais, et n'ont rien tant à coeur que d'obtenir une mention quelconque dans les ouvrages périodiques. Ce désir, qui tient beaucoup à l'émulation, doit paraître tout simple dans un débutant. Il y a une sorte d'équité à parler d'un ouvrage qui, sans être bon et sans avoir assez d'importance pour mériter l'attention du public, annonce néanmoins dans l'auteur quelques dispositions et un goût pour les lettres qui ne peut être blâmable, pourvu qu'il soit bien dirigé, et qu'il ne devienne pas une prétention ridicule. Les jeunes écrivains, abstraction faite du plus ou moins de talent, sont intéressants aux yeux d'un vrai littérateur par une qualité bien précieuse, c'est qu'ils sont enthousiastes de bonne-foi, et qu'ils ne connaissent point l'esprit de parti. Aussi l'auteur de cet article se fera-t-il un devoir d'avoir toujours beaucoup d'égards pour ses jeunes confrères."


Exemplaire de travail pour Octave Uzanne, et conservé comme tel dans sa bibliothèque. Ce livre n'a figuré dans aucune des deux premières ventes Uzanne (mars 1894 et avril 1899). Une étiquette du libraire Edouard Rouveyre (collée au contre plat du volume) nous permet de penser que ce volume a été acheté par Uzanne chez ce jeune libraire avec qui il avait par ailleurs publié ses premiers ouvrages (Les Caprices d'un Bibliophiles en 1878, mais surtout Du Mariage par un philosophe du XVIIIe siècle, avec une préface par Octave Uzanne, publié à la librairie ancienne et moderne Edouard Rouveyre, en 1877, mais aussi le Bric-à-Brac de l'amour en 1879, Le Calendrier de Vénus en 1880 et Les Surprises du Coeur en 1881). La bibliophilie d'Octave Uzanne était double, d'une part des exemplaires contenant des textes rares, pour son travail d'écrivain et d'essayiste, souvent dans des reliures d'époque usagées ou très simplement reliés ; d'autre part une bibliophilie résolument moderniste avec des exemplaires de livres modernes, de livres d'art et d'artistes, d'éditions originales de ses amis, soit cartonnés artistiquement mais simplement par Carayon, Pierson et autres, soit superbement reliés par les meilleurs artisans comme Petrus Ruban, Carayon, Meunier, etc, pour ce qui concerne les exemplaires uniques avec pièces ajoutées. Cette dichotomie bibliophile se perçoit aisément pour peu qu'on se plonge un peu dans le détail des catalogues de vente de quelques parties de sa bibliothèque. 


Bon exemplaire de ce petit ouvrage rare provenant de la bibliothèque d'Octave Uzanne.

Prix : 390 euros


vendredi 14 septembre 2018

Eliphas Lévi. L'Assomption de la Femme ou le Livre de l'Amour (1841). Edition originale très rare. Exemplaire non rogné en condition d'époque.


LÉVI (Éliphas) - [Abbé Constant]

L'Assomption de la Femme ou Le Livre de l'Amour. Par l'abbé Constant.

Paris, Aug. Le Gallois, chez Pilout, 1841 [Imprimerie de Pommeret et Guénot]

1 volume in-12 (16,8 x 11 cm) de XXVIII-252 [i.e. 152] pages.

Cartonnage bradel de l'époque demi-percaline rouge, plats de papier marbré, non rogné (relié sur brochure). Papier vélin fin dépourvu de rousseurs. Reliure en très bon état. Légers frottements.

Édition originale.



L'abbé Alphonse Constant, plus connu sous le pseudonyme d'Eliphas Lévi, est né en 1816 et mort en 1875 à Paris. Il fut professeur d'Hébreu au Petit Séminaire St Sulpice et s'est occupé d'art (de peinture particulièrement) puis de politique : de ce dernier chef il subit même quelques mois de prison. En 1848, il quitte définitivement la soutane et épouse Mlle Noémie Cadiot, qui est connue comme romancière, sculpteur et journaliste sous le nom de Claude Vignon. Cette union, peu heureuse, fut annulée au bout de quelques années, et en 1875 après la mort de l'abbé Constant, sa veuve épousa Maurice Rouvier; député de Marseille, et plus tard Ministre et président du Conseil. Dans les dernières années de sa vie, l'abbé Constant dut demander ses moyens de subsistance à un petit commerce de fruiterie. Son pseudonyme, Eliphas Lévi Zaed est la traduction en hébreu francisé de ses trois noms : Alphonse, Louis, Constant, mot à mot. (Caillet). Eliphas Lévi est considéré comme le rénovateur de l'occultisme en France au XIXe siècle.



Cet ouvrage, l'un des premiers de l'auteur, devait être intitulé l’Évangile de l'amour ; mais ce titre ayant effrayé l'imprimeur (un procès fait à l’Évangile du peuple du même auteur et publié seulement quelques mois plus tôt avait valu à son auteur 8 mois de prison et 300 francs d'amende) il lui avait substitué celui de L'Assomption de la femme. La Confession qui précède le texte et qui occupe les XXVIII premières pages a fait l'objet d'auto-censure par l'auteur. "Évangile veut dire bonne nouvelle apportée à la femme par un ange" écrit Epliphas Lévi en tête du texte. "La nouvelle que l'ange apportait à la femme était celle de son affranchissement par l'intelligence et l'amour." Le reste du volume est une revue du Cantique des Cantiques accompagné des commentaires mystiques de l'auteur. "Qu'elle me baise [la femme] du baiser de sa bouche ! car tes mamelles sont plus délicieuses que le vin. [...] Ainsi les jeune filles l'ont tendrement aimée [comme les jeunes colombes se caressent entre elles, ainsi vous vous aimez dans votre adolescence, jeunes filles pures et naïves ! Et dans les tendres embrassements d'une délicate amitié vous rêvez d'autres caresses plus tendres encore, des affections plus intimes, un épanchement plus délicieux. [...] O femme ! tous les bons coeurs doivent t'aimer ! [La société où nous vivons n'est pas la société des justes, car elle n'aime pas la femme : la femme est élevée pour la servitude, et on l'exerce de bonne heure à feindre et à se cacher. On la vend au mariage sans consulter son coeur ; et un homme souvent brutal, presque toujours détesté, la rient à la chaîne, ne l'aime pas et lui défend d'aimer personne. [...] Car Ève et Marie ne sont qu'un même symbole, et c'est celui que l'antiquité nous présentait sous la figure de Pandore. Pandore ouvre par curiosité la boîte fatale de la science où sont renfermés tous les maux : c'est Ève qui cueille et goûte le fruit défendu. Mais, au fond de la boîte, Pandore garde et apporte aux humains l'Espérance : c'est Marie qui descend du ciel, enceinte du Verbe incarné. Ainsi tout a commencé par la femme, et par elle tout doit finir. [...]"



Eliphas Lévi s'explique sur l'Assomption de la femme dans une lettre du 30 mai 1862 adressée à l'un de ses élèves : "Marie est la personnification humaine de Chocmah, la sagesse divine ou la Sainte Schechinah, la lumière manifestée par reflet. Elle est le côté féminin du Verbe fait chair, et participe par assomption à toutes les gloires de Jésus-Christ. Le femme élève l'homme : mais l'homme élève la femme. Tel est le mystère de l'assomption de Marie entraînée dans l'ascension de Jésus-Christ par le lien d'amour qui ne saurait être rompu entre le fils et la mère de l'humanité qui croit en Dieu. A ce titre elle est élevée au dessus des anges non par ses propres forces, mais par le mérite de son fils. Exaltation toute divine et à laquelle la chair ne participe en rien. L’Évangile dit peu de choses sur Marie, et son Assomption est une tradition en dehors des Écritures. Cette Assomption peut être considérée comme dogmatique et comme légendaire. [...] Les légendes sont des fleurs qui se fanent au souffle glacé de la critique. L'Assomption de la femme est un des grands mystères de l'humanité. C'est la sanctification de l'amour, et toute la lumière de ce mystère divin est caché dans le Cantique des cantiques, cet admirable poème où Salomon s'écrie : Quoe est illa quoe procedit sicut aurora consurgens, innixa super sponsum ? Quelle est cette beauté qui monte dans le ciel appuyée sur son bien-aimé comme l'aurore qui annonce le lever du soleil ? Marie est une double aurore : celle du lever et celle du déclin. Son amour seul est vivant dans le catholocisme moderne." (extrait de La Philosophie Kabalistique et Occulte d'Eliphas Lévi, Tome 1, Lettres aux étudiants, Daath Gnostic Publishing, 2018 (4e édition).



Très bon exemplaire de cet ouvrage très rare.

VENDU

mercredi 12 septembre 2018

Marquis d'Argenson. Les Loisirs d'un Ministre d'Etat (1787). Essais dans le goût de Montaigne. Bel exemplaire.


René Louis, Marquis d'Argenson

Les Loisirs d'un Ministre d'Etat, ou Essais dans le goût de Montagne [Montaigne] : Composés en 1736, par l'auteur des Considérations sur le Gouvernement de France.

A Amsterdam, 1787

2 parties en 1 volume in-12 (17 x 10,5 cm) de 240 et 240 pages.

Reliure de l'époque plein veau marbré fauve, dos à nerfs orné, tranches rouges, gardes et doublures de papier bleuté. Infimes frottements à la reliure et une petite piqûre de vers sur un mors, sans aucune gravité. Reliure très fraîche, intérieur très frais, proche de l'état de parution.


Édition donnée par le fils de l'auteur, Antoine-René de Voyer d'Argenson, marquis de Paulmy, sur les manuscrits de son père. René Louis de Voyer de Paulmy, 2e marquis d'Argenson, est un homme d'État et écrivain français né à Paris le 18 octobre 1694 et mort au château de Segrez à Saint-Sulpice-de-Favières (actuel département de l'Essonne) le 26 janvier 1757. Il fut Secrétaire d'État aux Affaires étrangères de Louis XV de 1744 à 1747, mais il est surtout connu pour ses travaux littéraires et historiques, en particulier ses Mémoires et son Journal. Ses Essais à la façon de Montaigne ont été composés vers 1736 et publiés en 1785 (première édition parue sous le titre d'Essais), firent l'objet d'une nouvelle édition sous le titre Loisirs d’un ministre d’État en 1787. C'est un recueil de portraits et d'anecdotes sur des personnages contemporains qui, sous des dehors de bonhomie et de laisser-aller, ne manque pas de finesse. L'auteur se déclarait en faveur des philosophes et était ami de Voltaire.


"Le marquis d'Argenson est un précurseur des Physiocrates, d’Adam Smith et des économistes classiques, auxquels il a légué la maxime Laissez-faire. Partisan de la liberté du commerce, critique envers les réglementations étatiques sur l’industrie et l’agriculture, le marquis d’Argenson a marqué, dans l’histoire de la pensée économique, un jalon important, initiant un mouvement libéral qui s’épanouira avec les Physiocrates et Turgot, puis, au cours du XIXe siècle, avec toute l’école française d’économie." (André Alem, Le marquis d'Argenson et l'économie politique au début du XVIIIème siècle, Institut Coppet, 2015).


Bel exemplaire.

Prix : 390 euros


mardi 11 septembre 2018

Albert Dubout. Code de la route et de la circulation. Maurice Gonon, 1955. 1 des 20 exemplaires sur chiffon Rives BFK avec suite en noir au trait et suite en couleurs. Exemplaire signé "sympathiquement" par l'artiste. Très rare tirage de tête.


Albert DUBOUT.

CODE DE LA ROUTE ET DE LA CIRCULATION. Illustrations de Dubout.

Maurice Gonon, éditeur, 1955

1 volume in-4 (26,5 x 19,5 cm), broché de 231-(1) pages. 65 aquarelles dont une planche double, 24 pleine page, 40 in-texte. Emboîtage plein papier toilé jaune et vert de l'éditeur. Exemplaire en bel état. Première de couverture présentant une légère insolation format encadrement (voir photo), sans gravité. Quelques légers frottements et marques à l'emboîtage qui reste très frais.


Tirage total à 2.070 exemplaires


Celui-ci, 1 des 20 exemplaires de tête sur chiffon Rives BFK avec 2 suites sur Rives BFK également (1 suite en noir du trait, 1 suite mise en couleurs).

Exemplaire portant le numéro 1 (au composteur).


Exemplaire de dédicace signé autographe par Dubout "Sympathiquement Dubout".

Il manque l'aquarelle originale annoncée à la justification pour les 20 exemplaires de tête.


Édition originale.


Toute la verve de Dubout au service des affres de la conduite automobile ...


Superbe ouvrage, tel que paru, dédicacé par l'artiste, du tirage à 20 ex. avec deux suites.

Prix : 950 euros


lundi 10 septembre 2018

Affaire du collier de la reine Marie-Antoinette (1786). Recueil de 19 pièces et mémoires au format in-4. Reliure de l'époque. Cagliostro, Comtesse de La Motte-Valois, Rétaut de Villette,


COLLECTIF. [CARDINAL DE ROHAN, COMTESSE DE LA MOTTE-VALOIS, COMTE DE CAGLIOSTRO, RETAUT DE VILLETTE, FAGES, LE GUAY D'OLIVA, VAUCHER, LOQUE, BETTE D'ETIENVILLE, ETC.]

[AFFAIRE DU COLLIER DE LA REINE MARIE-ANTOINETTE. RECUEIL DE PIÈCES.]

1. Mémoire pour Dame Jeanne de Saint-Remy de Valois épouse du Comte de La Motte.

De l'imprimerie de Cellot, 1786

(1)-46 pages.

2. Mémoire pour le Comte de Cagliostro, accusé ; contre M. le Procureur Général, accusateur ; en présence de M. le Cardinal de Rohan, de la Comtesse de La Motte, et autres Co-assusés.

De l'imprimerie de Lottin l’aîné, 1786 (février 1786).

(3)-51 pages.

3. Requête au Parlement, [...], par le Comte de Cagliostro, [...] le 24 février 1786.

De l'imprimerie de Lottin, Février 1786

7 pages.

4. Recueil de pièces authentiques, secrètes et intéressantes, pour servir d'éclaircissement à l'affaire concernant le Cardinal Prince de Rohan.

s.l.n.d. (1786)

32 pages.


5. Mémoire pour la demoiselle Le Guay d'Oliva, fille mineure, émancipée d'âge, accusée, contre le Procureur Général, en présence de M. le Cardinal-Prince de Rohan, de la Dame de La Motte-Valois, du sieur de Cagliostro, et autres tous co-accusés.

A Paris, chez P. G. Simon et Nyon, 1786

(1)-46 pages.

6. Défense à une accusation d'escroquerie. Mémoire à consulter et consultation.

De l'imprimerie de L. Cellot, s.d. (1786)

30 pages.

7. Second Mémoire à consulter et Consultation pour Jean-Charles de Bette d'Etienville, bourgeois de Saint-Omer, en Artois ; détenu ès prisons du Châtelet, de Paris, accusé.

De l'imprimerie de Cailleau, (Paris, 1786)

(1)-29 pages.

8. Mémoire pour le sieur de Bette d'Etienville servant de réponse à celui de M. de Fages.

A Paris, de l'imprimerie de Cailleau, 1786

(1)-30 pages.


9. Mémoire pour M. le Baron de Fages-Chaulnes, garde du corps de Monsieur, Frère du Roi, accusé, contre les sieurs Vaucher et Loque, marchands bijoutiers, accusateurs, et encore contre Monsieur le Procureur-Général.

A Paris, de l'imprimerie de Prault, s.d. (1786)

(1)-30 pages.

10. Réponse pour la Comtesse de Valois-La Motte, au mémoire du Comte de Cagliostro.

A Paris, de l'imprimerie de Cellot, 1786

48 pages.

11. Second mémoire pour la Demoiselle Le Guay d'Oliva. Analyse et résultat des récolements et confrontations.

A Paris, chez P. G. Simon et Nyon, s.d. (1786)

35 pages.

12. Requête au Parlement, par M. le Cardinal de Rohan.

S.l.n.d. (1786)

35 pages

13. Mémoire pour les sieurs Vaucher, horloger, et Loque, bijoutier, accusateurs. Contre le sieur Bette-d'Etienville, le Baron de Fages-Chaulnes, et autres accusés. En présence de M. le Procureur Général.

A Paris, de l'imprimerie de Prault, 1786

80 pages.

14. Mémoire pour Louis-René-Edouard de Rohan, Cardinal de la Sainte Eglise Romaine, évêque et prince de Strasbourg, landgrave d'Alsace, prince-état d'Empire, grand aumonier de France, commandeur de l'Ordre du Saint-Esprit, Proviseur de Sorbonne, etc., accusé, contre M. le Procureur Général, en présence de la Dame de La Motte, du sieur de Villette, de la Demoiselle D'Oliva, et du Comte de Cagliostro, co-accusés.

A Paris, de l'imprimerie de Lottin, 1786

112 pages.


15. Sommaire pour la Comtesse de Valois-La Motte, accusée, contre M. le Procureur Général, accusateur, en présence de M. le Cardinal de Rohan, et autres co-accusés. 

A Paris, de l'imprimerie de L. Cellot, 1786

49 pages

16. Réflexions rapides pour M. le Cardinal de Rohan, sur le Sommaire de la Dame de La Motte.

De l'imprimerie de Cl. Simon, s.d. (1786)

24 pages.

17. Requête pour le sieur Marc-Antoine Rétaux de Villette, ancien gendarme, accusé, contre M. le Procureur Général, accusateur, en présence de M. le Cardinal Prince de Rohan, de la Dame de La Motte-Valois, du sieur Cagliostro, de la Demoiselle d'Oliva et autres co-accusés.

A Paris, de l'imprimerie de Simon & Nyon, 1786

14 pages.

18. Requête à joindre au Mémoire du Comte de Cagliostro. 

De l'imprimerie de Lottin, Mai 1786

8 pages.

19. Arrêt du Parlement du 31 mai 1786.

A Paris, de l'imprimerie de Caude Simon, 1786

20 pages.

Soit un ensemble de 19 pièces imprimées au format in-4.

2 volumes in-4 (24,5 x 18,5 cm), reliures pleine basane fauve de l'époque, dos à nerfs, pièces de titre et tomaison de maroquin vert. Reliure solides avec quelques petits défauts d'usage (coiffes, coins, épidermures sur les plats, petites galeries de vers). Intérieur du premier volume très frais. Le deuxième volume présente des mouillures marginales claires sans gravité (l'intégrité du papier n'est pas touchée). Collationné complet des pièces énumérées. Les pièces imprimées qui ne comportent pas de page de titre ne doivent pas en avoir.

Résumé de l'affaire :

L'enfance de la comtesse de La Motte avait été des plus misérables. Depuis Henri II, la lignée était descendue au plus bas. Son père avait épousé une paysanne, qu’il laissa bientôt veuve. Jeanne était envoyée mendier sur les chemins par sa mère, en demandant « la charité pour une pauvre orpheline du sang des Valois ». Une dame charitable, la bonne marquise de Boulainvilliers, étonnée par cette histoire, prit des renseignements, et vérifications faites, entreprit les démarches pour lui obtenir une pension du roi, et lui fera donner une bonne éducation dans un couvent situé près de Montgeron.

En 1780, Jeanne épouse à Bar-sur-Aube, un jeune officier d’apparence fort recommandable, Nicolas de La Motte, qui sert dans les gardes du corps du comte d’Artois, second frère du roi. Le ménage, peu après, se délivre de sa propre autorité le titre de comte et comtesse de La Motte. Jeanne ne se fait plus désormais appeler que comtesse de La Motte-Valois. À cette date, elle fait un voyage à Saverne, rejoindre Mme de Boulainvilliers qui lui présente son ami le cardinal Louis de Rohan-Guéménée, auquel elle fait appel financièrement pour sortir de la misère avec laquelle elle continue de se débattre plus ou moins. C’est là aussi qu’elle rencontre le mage Giuseppe Balsamo, qui se fait appeler comte de Cagliostro. Celui-ci gravite aussi autour du cardinal de Rohan, en lui soutirant de l’argent en échange de prétendus miracles. Il changerait, entre autres, le plomb en or et la silice en diamant !  

Profitant de ce que Versailles est largement accessible au public, Mme de La Motte tente de se mêler à la Cour. Elle parvient à convaincre le cardinal qu’elle a rencontré la reine Marie-Antoinette et qu’elle en est même devenue l’amie intime. Et l’amant de Mme de La Motte, Marc Rétaux de Villette (un ami de son mari), possédant un utile talent de faussaire, imite parfaitement l’écriture de la reine. Il réalise donc pour sa maîtresse de fausses lettres signées Marie-Antoinette de France (alors qu’elle ne signait, bien sûr, que Marie-Antoinette, les reines de France ne signaient que de leur prénom, et en tout état de cause, Marie-Antoinette n’était pas de France mais de Lorraine d’Autriche...). La comtesse va ainsi entretenir une fausse correspondance, dont elle est la messagère, entre la reine et le cardinal dont le but serait de les réconcilier.

La reine et le cardinal ont, en effet, un vieux contentieux : en 1773 le cardinal, qui était alors ambassadeur de France à Vienne, s’était aperçu que l'Impératrice Marie-Thérèse, la mère de Marie-Antoinette, jouait un double jeu et préparait en sous main le démantèlement de la Pologne, de concert avec la Prusse et la Russie. Il avait écrit une lettre à Louis XV pour l’en avertir, lettre qui avait été détournée par le duc d’Aiguillon, ministre des Affaires Étrangères, qui l’avait remise à la comtesse du Barry, favorite de Louis XV, détestée par Marie-Antoinette. La comtesse l’avait lue publiquement dans un dîner, et circonstance aggravante, le ton de cette lettre était ironique et très irrespectueux envers l’Impératrice (le cardinal la dépeignait notamment, « tenant d’une main un mouchoir pour essuyer les larmes qu’elle versait à propos du démantèlement de la Pologne, et de l’autre main un couteau pour couper sa part du gâteau »...).

D’autre part, la vie dissolue du cardinal à Vienne, ses dépenses effrénées, ses maîtresses affichées, ses parties de chasse fastueuses en tenue laïque, avaient scandalisé la pieuse Marie-Thérèse horrifiée de voir un représentant du Roi Très-Chrétien et surtout un prince de l’Eglise se comporter de cette façon. On l’avait même vu un jour couper à cheval une procession de la Fête-Dieu. L’Impératrice avait demandé à Versailles le rappel de cet ambassadeur peu convenable et l’avait obtenu.

Depuis ces épisodes, la reine, fidèle à la mémoire de sa mère, était plus qu’en froid avec le cardinal. Ce dernier se désespérait de cette hostilité. La comtesse de La Motte fit espérer au cardinal un retour en grâce auprès de la souveraine. Ayant de gros besoins d’argent, elle commença par lui soutirer au nom de la reine 60 000 livres (en deux versements), qu’il était trop heureux d’accorder tandis que la comtesse lui fournissait des fausses lettres reconnaissantes, de plus en plus bienveillantes, de la reine, annonçant la réconciliation espérée, tout en repoussant indéfiniment les rendez-vous successifs demandés par le cardinal pour s’en assurer.

Or, le comte de la Motte a très opportunément découvert qu’une prostituée, Nicole d’Oliva, opérant au Palais Royal, s’est forgé une jolie réputation due à sa ressemblance étonnante avec Marie-Antoinette. Ses clients l’ont d’ailleurs surnommée la petite reine. Mme de La Motte la reçoit et la convainc de bien vouloir, contre une généreuse somme, jouer le rôle d’une grande dame recevant en catimini un ami, dans le but de jouer un tour.

Le 11 août 1784, le cardinal se voit donc enfin confirmer un rendez-vous au Bosquet de Vénus à onze heures du soir. Là, Nicole d’Oliva, déguisée en Marie-Antoinette, le visage enveloppé d’une gaze légère, l’accueille avec une rose et lui murmure un « Vous savez ce que cela signifie. Vous pouvez compter que le passé sera oublié ». Avant que le cardinal ne puisse poursuivre la conversation, Mme de La Motte apparaît, signalant que les comtesses de Provence et d’Artois, belles-soeurs de la reine, sont en train d’approcher. Ce contretemps abrège l’entretien. Le lendemain, le cardinal reçoit une lettre de la « reine », regrettant la brièveté de la rencontre. Le cardinal est définitivement conquis, sa reconnaissance et sa confiance aveugle en la comtesse de La Motte deviennent plus que jamais inébranlables.

Jusqu’ici, la comtesse de la Motte se bornait, on le voit, à l’abus de confiance d’assez petite envergure. Mais, désormais toute-puissante sur l’esprit du cardinal, et jouant sur la réputation de passion de la reine pour les bijoux, Mme de La Motte va entreprendre le coup de sa vie, en escroquant cette fois le cardinal pour la somme fabuleuse de 1,6 million de livres. Le 28 décembre 1784, se présentant toujours comme une amie intime de la reine, elle rencontre le bijoutier qui lui montre le collier. Tout de suite elle imagine un plan pour entrer en sa possession. Elle déclare au joaillier qu’elle va intervenir pour convaincre la reine d’acheter le bijou, mais par le biais d’un prête-nom. De fait, le cardinal de Rohan reçoit bientôt une nouvelle lettre, toujours signée « Marie-Antoinette de France », dans laquelle la reine lui explique que ne pouvant se permettre d’acquérir ouvertement le bijou, elle lui fait demander de lui servir d’entremetteur, s’engageant à le rembourser en versements étalés dans le temps – quatre versements de 400 000 livres – et lui octroyant pleins pouvoirs dans cette affaire.

En outre la comtesse s’est ménagé la complicité de Cagliostro, dont le cardinal est fanatique (il ira jusqu’à déclarer « Cagliostro est Dieu lui-même! »). Devant le cardinal, le mage fait annoncer par un enfant médium un oracle dévoilant les suites les plus fabuleuses pour le prélat s’il se prête à cette affaire. La reconnaissance de la reine ne connaîtra plus de bornes, les faveurs pleuvront sur la tête du cardinal, la reine le fera nommer par le roi premier ministre. Le 1er février 1785, convaincu, le cardinal signe les quatre traites et se fait livrer le bijou qu’il va porter le soir même à Mme de La Motte à Versailles. Devant lui, elle le transmet à un prétendu valet de pied portant la livrée de la reine (qui n’est autre que Rétaux de Villette). Pour avoir favorisé cette négociation, l’intrigante bénéficiera même de cadeaux du joaillier.

Immédiatement les escrocs ont démonté le collier et commencé à revendre les pierres. Rétaux de Villette a quelques ennuis en négociant les siennes. Leur qualité est telle, et, pressé par le temps, il les négocie si en-dessous de leur valeur, que des diamantaires juifs soupçonnent le fruit d’un vol et le dénoncent. Il parvient à prouver sa bonne foi et part à Bruxelles vendre ce qui lui reste. Le comte de La Motte part de son côté proposer les plus beaux diamants à deux bijoutiers anglais de Londres. Ceux-ci, pour les mêmes raisons que leurs collègues israélites, flairent le coup fourré. Ils envoient un émissaire à Paris: mais aucun vol de bijoux de cette valeur n’étant connu, ils les achètent, rassurés. Les dernières pierres sont donc vendues à Londres.

Pendant ce temps, la première échéance est attendue par le joaillier et le cardinal pour le 1er août. Toutefois, l’artisan et le prélat s’étonnent de constater qu’en attendant, la reine ne porte pas le collier. Mme de La Motte les assure qu’une grande occasion ne s’est pas encore présentée, et que d’ici-là, si on leur parle du collier, ils doivent répondre qu’il a été vendu au sultan de Constantinople. En juillet cependant, la première échéance approchant, le moment est venu pour la comtesse de gagner du temps. Elle demande au cardinal de trouver des prêteurs pour aider la reine à rembourser. Elle aurait, en effet, du mal à trouver les 400 000 livres qu’elle doit à cette échéance. Mais le bijoutier va précipiter le dénouement. Ayant eu vent des difficultés de paiement qui s’annoncent, il se rend directement chez la première femme de chambre de Marie-Antoinette, Mme Campan, et évoque l’affaire avec elle. Celle-ci tombe des nues et naturellement va immédiatement rapporter à la reine son entretien avec Boehmer. Marie-Antoinette, pour qui l’affaire est incompréhensible, charge le baron de Breteuil, ministre de la Maison du Roi, de tirer les choses au clair. Le baron de Breteuil est un ennemi du cardinal de Rohan. Découvrant l’escroquerie dans laquelle le cardinal est impliqué, il se frotte les mains, et compte bien lui donner toute la publicité possible.

La prétendue comtesse, sentant les soupçons, s’est entre-temps arrangée pour procurer au cardinal un premier versement de 30 000 livres. Mais ce versement, d’ailleurs dérisoire, est désormais inutile. L’affaire va éclater aux yeux de la Cour ébahie. Le roi est prévenu le 14 août. Le 15 août, alors que le cardinal – qui est également grand-aumônier de France – s’apprête à célébrer en grande pompe la messe de l'Assomption dans la chapelle de Versailles, il est convoqué dans les appartements du roi. Il se voit sommé d’expliquer le dossier constitué contre lui. Le naïf prélat est atterré de comprendre qu’il a été berné depuis le début par la comtesse de La Motte. Il envoie chercher les lettres de la «reine». Le roi explose: « Comment un prince de la maison de Rohan, grand-aumônier de France, a-t-il pu croire un instant à des lettres signées Marie-Antoinette de France! ». La reine ajoute: « Et comment avez-vous pu croire que moi, qui ne vous ai pas adressé la parole depuis 15 ans, j’aurais pu m’adresser à vous pour une affaire de cette nature ? ». Le cardinal tente de s’expliquer. « Mon cousin, je vous préviens que vous allez être arrêté. », lui dit le roi. Le cardinal supplie le roi de lui épargner cette humiliation, il invoque la dignité de l’Église, le souvenir de sa cousine la comtesse de Marsan qui a élevé Louis XVI. Le roi est assurément ébranlé par cet appel à la clémence, mais se reprend devant les larmes de la reine. Il se retourne vers le cardinal: « Je fais ce que je dois, et comme roi, et comme mari. Sortez. » (Cf. Funck-Brentano, op. cit.)

Le cardinal quitte le cabinet du roi et repasse, chancelant et « pâle comme la mort », dans la galerie des Glaces. Au moment où le cardinal paraît, le baron de Breteuil lance : « Qu’on arrête Monsieur le cardinal ! ». La stupéfaction et le scandale sont immenses.

Le cardinal est emprisonné à la Bastille. Il commence immédiatement à rembourser les sommes dues, en vendant ses biens propres, dont son château de Coupvray (à la fin du XIXe siècle, les descendants de ses héritiers continueront de rembourser sporadiquement par fractions les descendants du joaillier). La comtesse de La Motte est arrêtée, son mari s’enfuit à Londres avec les derniers diamants, Rétaux de Villette étant déjà en Suisse. On interpelle aussi Cagliostro et Nicole d’Oliva. Le roi laisse au cardinal le choix de la juridiction qui aura à se prononcer sur son cas: ou bien s’en remettre directement au jugement du roi, ou être traduit devant le Parlement de Paris. Ce qui s’avère fort malhabile de la part de Louis XVI: le cardinal décidant de mettre l’affaire dans les mains du Parlement qui est toujours, plus ou moins, en fronde contre l’autorité royale.

Le 22 mai 1786, le procès s’ouvre devant le Parlement, qui le 30 rend son verdict. Le cardinal est acquitté. La prétendue comtesse de La Motte, condamnée à la prison à perpétuité à la Salpétrière, après avoir été fouettée et marquée au fer rouge sur les deux épaules du « V » de « voleuse » (elle se débattra tant que l’un des « V » sera finalement appliqué sur son sein). Son mari est condamné aux galères à perpétuité par contumace, et Rétaux de Villette est banni. Enfin, Nicole d’Oliva et Cagliostro sont mis hors de cause, Cagliostro étant cependant invité à quitter le territoire français dans les plus brefs délais.

Marie-Antoinette est au comble de l’humiliation. Elle prend l’acquittement du cardinal comme un camouflet. De la part des juges, cet acquittement signifie qu’on ne saurait tenir rigueur au cardinal d’avoir cru que la reine lui envoyait des billets doux, lui accordait des rendez-vous galants dans le parc de Versailles et achetait des bijoux pharaoniques par le biais d’hommes de paille en cachette du roi. C’était sous-entendre que de telles frasques n'auraient rien eu d'invraisemblable de la part de la reine. Et c’est bien dans cet esprit que le jugement fut rendu, et pris dans l’opinion.

La reine obtient donc du roi qu’il exile le cardinal de Rohan à l'abbaye de la Chaise-Dieu, l’une des abbayes en commende du cardinal, après l’avoir démis de son poste de grand aumônier. Il restera trois mois dans cette abbaye, après quoi il ira sous des cieux plus cléments, à l’abbaye de Marmoutier près de Tours. Ce n’est qu’au bout de trois ans, le 17 mars 1788, que le roi l’autorisera à retrouver son diocèse de Strasbourg.

On ne saurait mieux résumer le résultat de cette affaire que par l'exclamation d'un magistrat du Parlement de Paris au lendemain du verdict : "Un cardinal escroc, la reine impliquée dans une affaire de faux ! Que de fange sur la crosse et le sceptre ! Quel triomphe pour les idées de liberté !"...

Bien que Marie-Antoinette ait été, d’un bout à l’autre, absolument étrangère à toute cette affaire, l’opinion publique ne voulut pas croire à l’innocence de la reine. Accusée depuis longtemps de participer, par ses dépenses excessives, au déficit du budget du royaume, elle subit à cette occasion une avalanche d’opprobres sans précédent. Les libellistes laissèrent libre cours aux calomnies dans des pamphlets où la reine se faisait offrir des diamants pour prix de ses amours avec le cardinal. Bien pire, Mme de la Motte, parvenue à s'évader de La Salpêtrière, publie à Londres un immonde récit, dans lequel elle raconte sa liaison avec Marie-Antoinette, la complicité de celle-ci depuis le début de l'affaire et jusqu'à son intervention dans l'évasion.

Par le discrédit qu'il jeta sur la Cour dans une opinion déjà très hostile, ce scandale aura indirectement sa part de responsabilités dans la chute de la royauté quatre ans plus tard et dans le déclenchement de la Révolution. "Cet évènement me remplit d'épouvante", écrit Goethe dans sa correspondance, "comme l'aurait fait la tête de Méduse". Peu après, développera-t-il : "Ces intrigues détruisirent la dignité royale. Aussi l’histoire du collier forme-t-elle la préface immédiate de la Révolution. Elle en est le fondement...", (Cf. Le Grand Cophte (1790), pièce inspirée à Goethe par l’histoire de Cagliostro). 

L'ensemble des pièces imprimées relatives à l'affaire du collier ont fait l'objet de tirages au format in-8 et in-4. Les pièces imprimées au format in-4 sont les plus recherchées et forme une collection intéressante.

Bon exemplaire de cet ensemble relatif à l'affaire du collier de la reine Marie-Antoinette.

Prix : 1.350 euros