mercredi 22 mai 2024

Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone]. [Paysanne pervertie]. La Paysane pervertie, ou les Dangers de la ville (1784). Bel exemplaire très bien établi au milieu du XIXe siècle par le relieur Charles Petit, successeur de Simier. Bien complet des 38 figures d'après Binet.


Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone].

[Paysanne pervertie]. La Paysane pervertie, ou les Dangers de la ville ; Histoire d'Ursule R**, soeur d'Edmond, le Paysan, mise au jour d'après les véritables lettres des personnages : etc. Par l'auteur du Paysan perverti.

Imprimé à La Haie [La Haye], et se trouve à Paris chés la d.me Veuve Duchesne, libraire, 1784

8 parties en 4 volumes in-12 (16,9 x 10,5 cm | hauteur des marges : 163 mm) de 344, 320, 320 et 344-8-[clxix à ccxliv]-(12)-(8) pages. 38 figures hors-texte dont 8 frontispices.

Reliure demi-maroquin vert sombre à coins, dos à nerfs, fleurons dorés aux dos, filets à froid sur les nerfs et encadrant les nerfs, millésime doré en queue des dos, tête dorée, doublures et gardes de papier peigne (reliure signée de Charles Petit, successeur de Simier, exécutée entre 1847 et 1873). Reliures très fraîches, intérieur très frais collationné complet.



Edition originale rare avec les premiers titres soumis à la censure.

Exemplaire bien complet des 38 figures d'après Binet.

Exemplaire bien complet des pages additionnelles à la fin du tome IV y compris des 8 pages d'Avis sur la Paysanne pervertie.













Ouvrage composé en 30 jours par Rétif, dans le mois de septembre 1780, pour servir de suite et de complément à son Paysan perverti paru en 1776, la Paysane pervertie connut quelques déboires avec la censure qui ne lui permit pas de voir le jour avant 1784. "C'est l'ouvrage de prédilection de l'auteur qui a beaucoup plus pensé que le Paysan perverti" (Revue des ouvrages, p. ccxxxivj). La censure exigea que les titres fussent changés. De Paysane pervertie elle devient "Dangers de la ville" seulement (de nouveaux titres et faux-titres recollés sur les premiers émis). Rétif trembla tout 1785 de voir encore sa Paysane suspendue à chaque instant. Les exemplaires s'écoulèrent cependant. Aucune autre édition de la Paysane ne vit le jour (seules 2 contrefaçons circulèrent entre 1785 et 1786). Les 38 estampes de la Paysane étaient déjà achevées au mois de juin 1783 et annoncées au public au commencement de 1784. 2 figures (qui manquent souvent) n'ont été livrées qu'après la mise en vente de l'ouvrage (elles sont bien présentes dans notre exemplaire - figures III bis et VIII bis).

La Paysane pervertie a été imprimée à 3.000 exemplaires mis en vente par la Veuve Duchesne. Peu d'exemplaires portent encore le titre censuré de Paysane pervertie.

"La Paysane approfondit les caractères qui n'étaient qu'esquissés dans le Paysan : Fanchon, Pierre, Gaudet d'Arras surtout, y sont parfaitement achevés [...] Ces deux ouvrages, qui n'en sont réellement qu'un seul, sont peut-être la plus utile production qu'on ait mise au jour depuis le commencement du siècle." (Rétif de la Bretonne, Mes ouvrages, p. 34-35).










"Je n'ai jamais rencontré une nature aussi violemment sensuelle. Il est impossible de ne pas s'intéresser à la variété des personnages, des femmes surtout, qu'on voit passer sous ses yeux, et à ces nombreux tableaux caractéristiques qui peignent d'une manière si vivante les mœurs et les allures des Français de la classe populaire. Pour moi qui ai eu si peu l'occasion de penser au-dehors et d'étudier les hommes dans la vie réelle, cette oeuvre a une valeur inappréciable." (Schiller).

"Jamais écrivain ne posséda peut-être à un aussi haut degré que Rétif les qualités précieuses de l'imagination. " (Gérard de Nerval).

Références : Paul Lacroix, Rétif de la Bretonne, pp. 224-232 ; Rive-Childs, pp. 289-291

Bel exemplaire établi vers 1850-1870 par Charles Petit successeur de Simier.

Prix : 4.500 euros

mardi 21 mai 2024

William Shakespeare, le Songe d'une Nuit d'été, imagé de 12 pochoirs par Umberto Brunelleschi (Georges Guillot, 1947). Un des 410 exemplaires sur Rives blanc. Bel exemplaire en feuilles sous emboîtage éditeur. Un des plus beaux illustrés de cet artiste.


SHAKESPEARE, William | BRUNELLESCHI, Umberto (illustrateur)

Le Songe d'une Nuit d'été, illustré de gouaches en couleurs de Brunelleschi.

Georges Guillot, Paris, 1947

1 volume in-4 (28 x 22,5 cm), en feuilles, de 114-(1)-(1) pages et 12 illustrations hors-texte pleine page (26,7 x 20,7 cm) reproduction au pochoir à la gouache des gouaches originales de l'artiste (le rendu est quasi identique à la gouache originale de l'artiste). Couverture rempliée imprimée en bleu sur le premier plat. Texte imprimé en rouge et noir en gros caractères. Emboîtage cartonné bleu de l'éditeur (bon état).

Tirage à 492 exemplaires.

Celui-ci, un des 410 exemplaires sur Rives blanc avec l'état définitif des estampes.

Il est amusant de noter que notre exemplaire porte le n°452 et dernier numéro (au composteur).

Il a été tiré 40 exemplaires d'artistes réservés.





Cet ouvrage a été réalisé par Solange et Georges Guillot éditeurs, 7, rue Perronet à Paris. Il a été imprimé pour la typographie sur les presses de Joseph Zichieri maître imprimeur. Le coloris des gravures a été exécuté entièrement au pochoir par Jean et Paulette Monnier à Paris. Achevé d'imprimer le 10 décembre 1947.

Le Songe d'une nuit d'été de William Shakespeare est ici magnifié par le talent de l'illustrateur Umberto Brunelleschi (1879-1949). C'est ici le mode de reproduction des gouaches orginales de l'artiste (pochoirs) et la taille des compositions qui donnent à ce livre une élégance et une grace très particulière. Les pochoirs reproduisent si parfaitement les gouaches originales qu'on pourrait s'y tromper.






Umberto Brunelleschi est né à Montemurlo en Italie en 1879. On trouve de lui quelques compositions encore rattachées à l'Art Nouveau et au Symbolisme des années 1895-1910. Il illustre et décore alors des livres avec un grand talent et un style typique. Brunelleschi étudia aux Beaux-Arts de Florence avant de s'installer à Paris vers 1900 (sans doute un peu avant). Il collabore en tant que caricaturiste à de nombreuses publications : Le Rire, L’Assiette au beurre, Les Feuillets d’Art, et expose ses œuvres dans les salons parisiens. De retour en Italie, il se familiarise avec le travail d'illustrateur et contribue à des magazines de luxe tels que Fémina, La Gazette du bon ton, La Guirlande. A partir des années 1920, il devient une des figures de proue de l’art déco italien et crée des costumes pour le Bataclan de 1914 à 1922, les Folies Bergère de 1923 à 1936, le Casino de Paris ou encore la Scala de Milan. Sa renommée est alors internationale. On lui doit également la création des costumes de Joséphine Baker. Après la guerre, il se consacre à l’illustration d’éditions érotiques (Casanova, Musset, etc.). Il meurt en 1949. Son style précis au tracé cloisonné par un trait net et voluptueux se prête particulièrement à la mise en couleurs par les diverses techniques d'impression (pochoir comme photogravure). Umberto Brunelleschi se joue des styles et des influences et fait appel tout aussi bien à l'univers orientaliste qu'à l'univers rieur de la comedia dell'arte.







Le Songe d'une nuit d'été (A Midsummer Night's Dream) est une comédie de William Shakespeare écrite entre 1594 et 1595. La première inscription de la pièce au registre des Libraires date du 8 octobre 1600. En Grèce, deux couples d'amoureux transis, une dispute entre le roi des fées et la reine des fées, Puck et sa potion qui s'en mêle, et une troupe de comédiens amateurs qui prépare une pièce pour le mariage d'un prince, tous vont s'entrecroiser dans cette forêt étrange, un peu magique, le temps d'une nuit du mois de mai, aussi ensorcelante que pourrait en rêver un dormeur lors d'une nuit de la Saint-Jean, selon la tradition anglaise qui accorde à ce jour des facultés d'onirisme toutes particulières;

Magnifique en tous points.

Bel exemplaire très frais.

Prix : 1.350 euros

samedi 18 mai 2024

Rétif de la Bretonne (Nicolas-Edme) [Restif de la Bretone] La Dernière Avanture [Aventure] d'un Homme de Quarantecinq-ans ; Nouvelle utile à plus d'un Lecteur. Première et Seconde Partie. A Genève, et se trouve à Paris, chés Regnault, 1783. 2 parties en 2 volumes in-12 brochés. Edition originale. Avec 4 très jolies estampes d'après Louis Binet. Bel exemplaire très désirable tel que paru, broché non rogné et d'une fraîcheur remarquable.


Rétif de la Bretonne (Nicolas-Edme) [Restif de la Bretone]

La Dernière Avanture [Aventure] d'un Homme de Quarantecinq-ans ; Nouvelle utile à plus d'un Lecteur. Première et Seconde Partie.

A Genève, et se trouve à Paris, chés Regnault, 1783

2 parties en 2 volumes in-12 brochés (18 x 11 cm) de 264 et paginé de (265) à 528. Avec in fine les 8 pages du catalogue du libraire Regnault (le verso du dernier feuillet contient la liste des ouvrages de Rétif de la Bretonne). Couvertures anciennes de papier gris, étiquettes de titre à l'encre aux dos. Exemplaire non rogné, d'une parfaite fraîcheur. 1 gravure en frontispice pour chaque volume et une gravure dans chaque volume soit 4 gravures au total. Belle impression sur beau papier assez fort. Les estampes sont d'un excellent tirage.


Edition originale.

Avec 4 très jolies estampes d'après Louis Binet.








En tête du catalogue du libraire Regnault qui se trouve à la fin du deuxième volume on trouve cette édition de La Dernière Avanture d'un Homme de quarante-cinq ans. Rétif de la Bretonne donne lui-même cette description de son ouvrage : "II parties de près de 300 pages, chacune avec Figures. Ce petit ouvrage, étonnant par sa vérité, encore-plus-que par sa singularité, paraîtra non-seulement amusant, mais très-utile dans son genre. L'épigraphe de la Première Partie, tirée de Properce, en-exprime parfaitement le Sujet : Venit magno foenore tardus amor. On y voit combien l'Amour est dangereus lorsqu'on a-passé l'âge de plaire. Les exemples pareils à celui qu'il renferme, ne sauraient être trop-multipliés, les deux Part. broc. 3 l. 12 s." Il est d'ailleurs amusant de constater que seul cet ouvrage est décrit avec commentaire dans ce petit catalogue du libraire Regnault.

Les 4 estampes sont très jolies. La première est signée par E. Giraud l'aîné (graveur), 1782 d'après le dessin de L. Binet. Idem pour la deuxième figure qui se trouve à la page 50 de la première partie. Le frontispice du second volume est dessinée par Binet et gravée par Pauquet. La quatrième et dernière figure est dessinée par Binet et gravée par Pauquet et se trouve à la page 509.







La première partie renferme une pièce de théâtre intitulée : l'Amour et la Folie, commençant à la page 138 et finissant à la page 172, qui est de Sara Debee, le sujet du roman. "Cette pièce n'est qu'une vraie misère", dit Restif dans la note qui la précède.

Rives-Childs écrit : "Nous savons, par Mes Inscripcions (p. 55, 66 et 81), que Restif commençait la Dernière Aventure au 22 janvier 1782 et qu'il la reprit le 9 février 1782, "résolu de terminer cet ouvrage et de l'imprimer le plus tôt possible, pour être utile à mes semblables." L'impression fut terminée le 21 novembre 1782, et l'ouvrage mis en vente le 27 janvier 1783. A la fin de la Vie de mon père, troisième édition, 1788, nous lisons que la Dernière Aventure fut "composée en 1782, d'après l'histoire de Sara D*** [Debee]. Ce petit ouvrage a eu quelques succès, à cause de sa vérité, et de la chaleur de certaines situations. A paru en janvier 1783."

Rives-Childs poursuit : "Restif composait l'histoire "à mesure que les faits arrivaient. C'est ce qui lui donne l'air d'un Journal. J'étais profondément affecté, en l'écrivant et je regardais son impression comme le complément de mon existence : c'est ainsi que je considère aujourd'hui, celle de Monsieur Nicolas dévoilé." (Mes Ouvrages, p. 152-153). Restif était-il si pénétré des souvenirs de cet épisode de sa vie que, quinze ans plus tard, il replaçait, dans la douzième partie de Monsieur Nicolas, un abrégé de la Dernière Aventure, en substituant aux noms déguisés du roman les noms véritables des personnages. Au reste, l'aventure occupe une grande place dans Mes Inscripcions et Restif y retourne encore dans plusieurs nouvelles (la Fille de mon hôtesse, les Deux Cinquantenaires) qu'on trouve dans le Drame de la Vie. Lacroix considère le livre comme un chef d'oeuvre et le place au-dessus de Manon Lescaut.

"Ce roman est un chef-d'oeuvre ; ce n'est pas un roman, c'est une histoire vraie, racontée naïvement, sincèrement, par celui qui en est le héros. [...] Ce roman, moins soigné de style que Manon Lescaut, me semble bien supérieur, sous le rapport de l'intérêt, du pathétique et de la vérité, au chef-d'oeuvre de l'abbé Prévost." (Lacroix)

Cet ouvrage de Rétif de la Bretonne n'a jamais été réimprimé ni jamais été contrefait.

Références : Rives-Childs n°XXV (pp. 282-283) ; Lacroix n°XXVI (pp. 212-215)

Provenance : étiquette manuscrite contrecollée au verso des premiers plats de couverture "Charriere" (sans plus de précisions). Etiquette imprimée qui indique que ces volumes ont figurés à l'exposition "Dix siècles de livres français" (Lucerne, 9 juillet-2 octobre 1949) sous le n°186 du catalogue.

Bel exemplaire très désirable tel que paru, broché non rogné et d'une fraîcheur remarquable.

Prix : 3.000 euros