lundi 12 février 2024

Jean de La Bruyère, Les Caractères de Théophraste traduits du grec avec les Caractères ou les Moeurs de ce siècle. Dixième édition (1699). Dernière édition publiée par le libraire Estienne Michallet. Superbe exemplaire parfaitement établi par le relieur Aguste Petit vers 1870-1880 pour le bibliophile Etienne-Marie Bancel.


LA BRUYERE, Jean de

Les Caractères de Théophraste traduits du grec avec les Caractères ou les Moeurs de ce siècle. Dixième édition.

A Paris, chez Estienne Michallet, 1699

1 fort volume in-12 (163 x 105 mm | Hauteur des marges : 158 mm) de (32)-52-662-XLIV-(6) pages.

Reliure plein maroquin rouge, dos à nerfs orné aux petits fers dorés, triple-filet doré en encadrement des plats, double-filet doré sur les coupes, dentelle dorée en encadrement intérieur des plats, doublures et gardes de papier peigne, tranches dorées sur marbrure (reliure vers 1870-1880 signée A. PETIT). Exemplaire parfait.

Dernière édition publiée par le libraire Estienne Michallet qui meurt quelques semaines plus tard (30 septembre 1699). Cette édition définitive servira de modèle a toutes les éditions suivantes.


La Bruyère a fait publié neuf éditions originales entre 1688 et 1696 par le libraire Estienne Michallet. La neuvième et dernière édition originale a été revue et corrigée par La Bruyère. Les huitième et neuvième édition font le plus du double de la première. La première édition contenait 420 caractères quand la huitième en contenait 1120 en 1694. Pendant 17 ans La Bruyère ajoutera et polira ses maximes et caractères de l'homme de son siècle. C'est d'ailleurs la seule oeuvre de l'auteur, celle de toute une vie. Les Caractères de La Bruyère sont précédés des Caractères du grec Théophraste. Notre édition, la dixième, reprend le texte de la neuvième, avec le Discours prononcé dans l'Académie Française le lundi 15 juin 1693. Le privilège est celui du 24 septembre 1693 registré le 4 mars 1694.

« Ce ne sont point au reste des maximes que j'aie voulu écrire, […] l'usage veut qu'à la manière des oracles elles soient courtes et concises ; quelques-unes de ces remarques le sont, quelques autres sont plus étendues : on pense les choses d'une manière différente, et on les explique par un tour aussi tout différent. » (extrait de la Préface).









L'observation fine et satirique des différents types de caractères et de comportements humains embrassent tous les thèmes à savoir : la nature humaine, la société et ses mœurs, la critique sociale, la morale, la psychologie, la satire, la condition humaine, la vertu et le vice, etc. La Bruyère consacre un long chapitre aux femmes et aux affaires du coeur. La Cour et les Grands ne sont pas épargnés. 

« le philosophe consume sa vie à observer les hommes » (La Bruyère)


Provenance : exemplaire de la bibliothèque du bibliophile Etienne-Marie Bancel (1809-1893) avec son ex libris doré ovale poussé sur fond rouge, dont la bibliothèque principale fut vendue à Drouot par ses soins du 8 au 13 mai 1882 (librairie Labitte expert). Cependant cet exemplaire ne figurait pas au catalogue de cette vente bien que trois éditions des Caractères de La Bruyère étaient présentées (n°82 première édition de 1688 reliée en maroquin par Lortic ; n°83 seconde édition originale de 1688 reliée par Chambolle-Duru et n°84 huitième édition de 1694 reliée par Thibaron-Joly). Notre exemplaire a certainement été vendu après le décès de Bancel lors de la vente (non cataloguée) de la deuxième partie de sa bibliothèque. Bancel avait fait travailler à peu près tous les plus grands relieurs de son temps. Pour plus de détail lire l'article publié par Jean-Paul Fontaine sur son blog Histoire de la Bibliophilie (addenda en ligne aux Gardiens de Bibliopolis publiés aux éditions Hexaèdre).






Superbe exemplaire parfaitement établi par Aguste Petit vers 1870-1880 pour l'un des grands bibliophiles de cette époque.

Prix : 3.800 euros

vendredi 9 février 2024

La Traversée de l'Empereur Charles, traduit de Uhland par F. Svehnée. Compositions de M. Marcel [Marcelle Mousseron]. Préface de M. Victor Champier, Directeur de la Revue des Arts Décoratifs. Librairie J. Rouam et Cie, G. d'Hostingue, Directeur, Paris [Achevé d'imprimer le 24 décembre 1895 par G. Gerin Fils à Dijon]. Un des 991 exemplaires sur papier simili-japon. Exemplaire de dédicace. Art Nouveau et Symbolisme.


MOUSSERON, Marcelle [illustratrice], CHAMPIER, Victor (Préface)

La Traversée de l'Empereur Charles, traduit de Uhland par F. Svehnée. Compositions de M. Marcel [Marcelle Mousseron]. Préface de M. Victor Champier, Directeur de la Revue des Arts Décoratifs.

Librairie J. Rouam et Cie, G. d'Hostingue, Directeur, Paris [Achevé d'imprimer le 24 décembre 1895 par G. Gerin Fils à Dijon].

1 volume 19,5 x 12,5 cm, feuillet replié sur lui-même en accordéon présentant, outre la couverture imprimée encadrée d'un décor fleuri en couleurs, deux pages décorées de feuillages polychrome, une page de justification de tirage (numéroté au composteur), une page de titre, deux pages d'avis au lecteur en fac similé de l'écriture de Victor Champier (Paris, 18 décembre 1895), 16 pages avec encadrement décoré polychrome (coloris en photogravure par gillotage vraisemblalement) avec texte calligraphié au centre de chaque page dans un encadrement, une page d'achevé d'imprimer, une page de détail de la numérotation des exemplaires, deux pages décorées de feuillages polychrome. Très bel exemplaire parfaitement conservé.


D'après le justificatif du tirage, cet ouvrage a été imprimé à 991 exemplaires sur papier simili-japon (numérotés de 9 à 999).

Il a été tiré en outre 8 exemplaires sur Chine, 2 exemplaires sur Japon impérial (tirés en noir et coloriés par l'auteur avec une aquarelle originale), et 3 exemplaires sur Japon impérial (tirés en couleurs avec une aquarelle originale). L'ouvrage ne sera jamaos réimprimé.

Celui-ci, un des 991 exemplaires sur papier simili-japon (numéroté 339 au composteur).

Exemplaire de dédicace offert par l'artiste illustrateur Marcelle Mousseron à ses amis Marguerite, Carmen  et Gaston d'Adhémar, avec l'affectueux hommage de l'auteur.

On joint le rare prospectus de 4 pages reprenant le titre et la justification du tirage, un extrait de la Préface ainsi que deux compositions en couleurs reprises dans l'ouvrage définitif.


Ouvrage illustré dans le plus pur style Art Nouveau et Symboliste. L'artiste, Marcelle Mousseron, n'a laissé aucune trace dans l'histoire de l'art de la fin du XIXe siècle. Victor Champier en fait un éloge marqué dans son avis au lecteur : "Je souhaite à quiconque déroulera d'une main lente et soigneuse, comme il convient, les feuillets de ce petit livre, d'en goûter le charme subtil et délicat que j'y ai trouvé moi-même. La jeune artiste qui a su broder sur le thème d'une vieille légende extraite du "Magasin pittoresque" au hasard de ses lectures, les fantaisistes illustrations dont sont parées chacune de ces pages, possède une qualité rare entre toutes : celle d'émouvoir. Elle communique au moindre de ses dessins une grâce particulière, une naïveté attendrie, je ne sais quel mélancolique abandon les fleurs de notre pays de France, semblent lui avoir murmurer des confidences mystérieuses, et elle leur fait parler un langage d'archaïque poésie dont la saveur étrange pénètre l'âme. [... ] Je le dis ici, en toute franchise : une jeune fille qui fait preuve d'un pareil talent de composition, attestant une originalité si spontanée, est née avec le don divin ; il ne dépend que d'elle de devenir une grande artiste."













On sait donc qu'en 1895 Marcelle Mousseron n'est encore qu'une jeune fille, artiste en devenir. On sait très peu de chose sur cette jeune artiste prometteuse. On sait simplement qu'elle exposa au Salon de Dijon à la même époque. Il semble qu'elle ait été dijonnaise. On ne connaît son nom complet et son prénom que par la dédicace dans notre exemplaire. Nous pensons avoir retrouvé la trace de Marie-Antoinette-Julie-Marcelle Mousseron, décédée peu avant le 25 août 1903, date de ses obsèques annoncés dans le journal Le Bien Public à cette même date. Son père était Emile Mousseron et sa mère était née Mlle Maire. Ses obsèques eurent lieu en l'église de Saint-Julien-Clénay (près de Dijon). Son père Emile Mousseron était pharmacien à Dijon et inventeur d'un sirop et d'une pâte pectorale contre les rhumes et les toux nerveuses (en vente avec succès depuis 15 ans en 1863). Nous avons retrouvé l'acte de décès de Marcelle Mousseron en date du 23 août 1903 à St-Julien près de Dijon. Elle était âgée de 34 ans et est décédée célibataire. Elle était née à Dijon le 8 mars 1869. Elle était auparavant domicilée à Menton (Alpes-Maritimes). Elle est alors déclarée sans profession au moment du décès au domicile de ses parents (acte n°11, état civil numérisé de Saint-Julien, année 1903). Marcelle était donc âgée de 26 ans au moment de la publication du présent ouvrage.

Voici ce qu'on peut lire dans le périodique Polybiblion à propos de cet ouvrage : "Il nous paraît vraiment intéressant de signaler un petit album de 16 planches in-18 ayant pour titre La Traversée de l'empereur Charles (Charlemagne) (Paris, Rouam, petit in-8), et dont le texte est traduit de la ballade connue de Uhland, par F. Soehnée. L'Empereur s'embarque pour la Terre-Sainte à la tête d'une armée « que jamais si grande et si belle ne s'était vue » accompagné de ses douze pairs qui, l'un après l'autre, en pleine tempête, et chacun selon son tempérament, expriment leurs regrets de ne plus se trouver sur le vulgaire « plancher des vaches. » Cependant le roi Charles est assis au gouvernail, silencieux, et, « d'une main sûre, il dirige l'esquif jusqu'à ce que la tempête se calme. » Le texte et les dessins en couleurs ont été lithographiés par l'auteur, Mlle M. Marcel (un pseudonyme probablement). Cette ravissante brochure, qui se déploie d'une seule pièce, charmera tous les âges. Un deuxième album de Mlle Marcel Tribord-Amure (Paris, Rouam, in-8 oblong). Ici, le texte, imprimé et non plus lithographié, est encadré de dessins aussi originaux que ceux de la Traversée. L'auteur tient ce conte maritime d'un maître d'équipage de Menton. « Depuis le premier mot « Alors ! » (en patois alloura) début obligé de tout discours mentonnais, jusqu'à la forme ironique de la péroraison, on s'est appliqué à conserver les tours de phrases et locutions propres au pays. De même pour les dessins, Mlle Marcel a pris sur place tous ses modèles (personnages et sujets divers, jusqu'aux moindres détails, afin de garder à l'ensemble son caractère bien local. » Ces pages, très gracieusement enluminées, forment une contribution curieuse au folklore méditerranéen."

La présente illustration fait penser aux décors Art Nouveau d'un Adolphe Giraldon ou d'un Henri Caruchet. Nous ne savons pas si la jeune Marcelle Mousseron a eu connaissance du travail de ces deux artistes.

Malgré un tirage annoncé assez important les exemplaires de cet ouvrage se trouvent très difficilement en bel état et parfaitement conservés (livre très fragile par nature).

Bel exemplaire, tel que paru.

Prix : 950 euros

jeudi 8 février 2024

La France Galante ou Histoires Amoureuses de la Cour sous le règne de Louis XIV, par Gatien Courtilz de Sandras (1737). Avec 17 figures. Bel exemplaire de ce recueil peu commun contenant La France devenue italienne, les Vieilles Amoureuses, l'Histoire de la Maréchale de la Ferté, le Divorce Royal, les Amours de Monseigneur le Dauphin avec la Comtesse du Rourre.


COURTILZ DE SANDRAS, Gatien

La France Galante ou Histoires Amoureuses de la Cour sous le règne de Louis XIV.

A Cologne, chez Pierre Marteau, sans date (1737)

2 volumes petits in-12 (13,6 x 8 cm. Hauteur de marges : 131 mm. Tome 1 : 1 feuillet de titre imprimé en rouge et noir, 1 feuillet non chiffré d'avis au lecteur et table au verso et 366 pages. Ce premier volume contient en outre 1 frontispice gravé et 12 gravures hors texte. Tome II : 1 feuillet de titre imprimé en rouge et noir, 1 feuillet non chiffré contenant la table du second tiome (fleuron au verso) et 398 pages chiffrées, suit un catalogue de livres de 12 pages non chiffrées. Ce second et dernier volume contient en outre 5 gravures hors texte. Soit 17 gravures sur cuivre hors-texte (non signées - Dubourg ?). Chaque figure a le numéro de page correspondant à son placement et toutes les figures sont correctement placées.

Reliure demi-basane racinée caramel, dos à faux-nerfs avec fleurons dorés, pièce de titre de maroquin rouge, pièce de tomaison de maroquin noir, tranches moucehtées de rouge, doublures et gardes de papier marbré. Reliure exécutée vers 1880-1900. Exemplaire non lavé. Reliures parfaitements conservées. Intérieur frais. Bien complet des figures requises.











Voici le détail de ce que contiennent ces 2 volumes : Tome I : La France Galante, ou Histoires Amoureuses de la Cour ; Suite dde la France Galante, ou les derniers dérèglements de la Cour ; Les Vieilles Amoureuses. Tome II : Histoire de la Maréchale de la Ferté ; La France devenue Italienne, avec les autres désordres de la Cour ; Le Divorce Royal etc. ; Les Amours de Monseigneur le Dauphin avec la Comtesse du Rourre.

La même année 1737 paraît un autre ouvrage similaire intitulé les Amours des Dames illustres de France sous le règne de Louis XIV (2 volumes, chez Pierre Marteau, même format, contenant certaines gravures en commun et d'autres différentes mais également au nombre de 17). Les deux recueils sont complémentaires bien qu'indépendants l'un de l'autre. Notre édition ne contient pas l'Histoire amoureuse des Gaules de Bussy-Rabutin qui occupe l'intégralité du premier volume dans l'autre recueil. Voici le détail de ce que contient l'autre recueil : Histoire amoureuse des Gaules, par le Comte de Bussy-Rabutin, et sans doute le seul texte de lui dans ces deux volumes, avec les Maximes d'amour et une Lettre au Duc de St Aignan - Le Palais Royal ou les Amours de Madame de La Vallière - Histoire de l'amour feinte du Roi pour Madame - La Princesse, ou les amours de Madame - Le Perroquet, ou les amours de Mademoiselle - Junonie, ou les amours de Madame de Bagneux - Les fauses prudes, ou les amours de Madame de Brancas et autres dames de la Cour - La déroute et l'adieu des filles de joie de la ville et faubourgs de Paris, avec leurs noms, leur nombre, les particularités de leur prise, et de leur emprisonnement et la requête à Madame de La Vallière - Le Passe-temps royal ou les Amours de Mademoiselle de Fontange - Les Amours de Madame de Maintenon, sur de nouveaux Mémoires très curieux - Les Amours de Monseigneur le Dauphin avec la Comtesse du Roure. La plupart de ces romans licencieux sont attribués à Gatien Courtilz de Sandras.


















Il n'y a donc pas de texte commun entre ces deux recueils. D'après le catalogue imprimé qu'on trouve à la fin de "La France Galante" on sait que ce recueil était complet en 2 volumes et qu'il a été publié en 1737 tout comme l'autre. Ces deux volumes étaient vendus 12 sols avec figures.

Les histoires galantes qui se trouvent dans ces 2 volumes ont été imprimés séparément dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Ils donnent tous une image des intrigues amoureuses à la cour du roi soleil, on y trouve les amours du roi avec la Montespan, les amours de la Maréchale de la Ferté, la Maintenon, de Fiesque, la Maréchale de Lionne, etc. Tous ces romans sont l'oeuvre du polygraphe Gatien Courtilz de Sandras, mousquetaire et auteur prolifique, notamment des Mémoires de D'Artagnan (1700) qui inspirèrent les Tois Mousquetaires d'Alexandre Dumas. Courtilz de Sandras a donné d'autres mémoires plus ou moins historiques sur divers personnages de la cour de France (Louvois, Rochefort, Montbrun, Colbert, etc.).

Bel exemplaire de ce recueil peu commun, bien complet des figures requises.

Prix : 1.800 euros