jeudi 11 avril 2024

Emile Zola. Nana (1882). Première édition illustrée de 66 compositions gravées sur bois, dont 14 en tête de chapitre et 52 à pleine page, d’après les compostions d’André Gill, Bertall, Georges Bellenger, Bigot, Georges Clairin, J. Audy et G. Nielsen. Bel exemplaire relié à l'époque pour E. CAZALS



Emile ZOLA.

NANA par Emile Zola. Edition illustrée par André Gill, Bertall, G. Bellenger, Bigot, Clairin, etc.

Paris, C. Marpon et E. Flammarion, 1882 (imprimerie de Martinet à Paris)

1 fort volume in-4 (27,8 x 19,5 cm) de (4)-456 pages. Illustrations hors-texte et bandeaux.

Reliure strictement de l'époque demi-chagrin bleu nuit, plats de percaline bleue nuit. Exemplaire très frais avec quelques rares rousseurs mais papier de belle qualité et resté bien blanc pour l'immense majorité des feuillets. Les couvertures imprimées illustrées n'ont pas été conservées.

Première édition illustrée.

Tirage ordinaire (bon papier).

Il a été tiré 100 exemplaires numérotés sur papier de Hollande (non mentionnés dans notre exemplaire).



Edition populaire parue en 57 livraisons et ornée de 66 compositions gravées sur bois, dont 14 en tête de chapitre et 52 à pleine page, d’après les compostions d’André Gill, Bertall, Georges Bellenger, Bigot, Georges Clairin, J. Audy et G. Nielsen.




















Nana, neuvième roman des Rougon-Macquart, a été publié sous forme de feuilleton dans Le Voltaire du 16 octobre 1879 au 5 février 1880, puis en volume chez Georges Charpentier, le 14 février 1880.

Née en 1852 dans la misère du monde ouvrier, Anna Coupeau, dite Nana, est la fille de Gervaise Macquart et de Coupeau dont l’histoire est narrée dans L'Assommoir. Le début du roman la montre dans la gêne, manquant d’argent pour élever son fils Louis qu’elle a eu à l’âge de seize ans d'un père inconnu ; elle se prostitue, faisant des passes pour arrondir ses fins de mois. Ceci ne l’empêche pas d’habiter un riche appartement où l’un de ses amants, un riche marchand de Moscou, l’a installée. Son ascension commence avec un rôle de Vénus qu’elle interprète dans un théâtre parisien : elle ne sait ni parler ni chanter, mais l'habit impudique qui cache si peu de son corps de déesse affole tous les hommes. Elle se met un moment en ménage avec un homme qu’elle aime, le comédien Fontan. Mais celui-ci est violent et finit par la battre, la tromper et la mettre à la porte. Elle se met alors à côtoyer la prostituée Satin, avec qui elle entretiendra une liaison (Satin s'installera chez Nana, dans l'hôtel que lui a acheté le comte Muffat). Après avoir épuisé toutes ses économies, elle acceptera la manne financière proposée par Muffat qui désire par-dessus tout en faire sa maîtresse exclusive. Celui-ci met sa fortune à ses pieds, lui sacrifie son honneur et demande en retour la fidélité. Mais cette liaison le mènera au bouleversement total de son être, de ses convictions dévotes, de son comportement probe et de ses principes intègres. Il s’abaissera à une humiliation inhumaine et une complaisance révoltante, contraint d’accepter les moindres caprices de Nana qui lui fait subir les pires infamies, jusqu’à lui faire accepter la foule d’amants qu’elle fréquente, y compris Satin (même si Nana se borne à dire que « cela ne compte pas »), alors que cela représente l'humiliation suprême pour Muffat. Nana atteint le sommet de sa gloire lors d’un grand prix hippique auquel assistent Napoléon III et le tout-Paris. Une jument, nommée Nana en son honneur par son amant le comte Xavier de Vandeuvres, remporte la course. Tout l’hippodrome scande alors « Na-na », dans un délire tournant à la frénésie. Puis le déclin s'amorce. Le comte de Vandeuvres, accusé de tricherie devant la victoire suspecte car trop improbable de sa pouliche, se suicide en mettant le feu à ses écuries. Philipe Hugon est emprisonné après que ses vols dans la caisse de sa caserne ont été découverts. Son frère Georges tente de se suicider chez Nana, après avoir compris qu'elle couchait aussi avec Philippe depuis plusieurs mois. Le comte Muffat se retrouve ruiné et endetté. Accablée de dettes contractées malgré la ruine de ses amants, comprenant qu'elle ne peut pas continuer une telle fuite en avant, elle quitte Paris après avoir vendu aux enchères tous ses biens. Plus personne ne sait rien d’elle pendant plusieurs mois, jusqu’au moment où elle regagne la capitale pour aller au chevet de son fils atteint de la petite vérole. Son fils la contamine et elle tombe à son tour très malade. La nouvelle de son retour se propage comme une traînée de poudre et ses anciens courtisans accourent dans son antichambre. Et c'est son ancienne rivale, Rose Mignon, qui finalement l'assiste dans son trépas, à ses propres risques et périls. Elle qui quelques mois avant affolait encore tous les hommes de Paris meurt défigurée par la maladie, au moment où s'achève brutalement le Second Empire avec la déclaration de guerre à la Prusse.

La publication de Nana fit scandale. L'édition populaire illustrée qui paraît deux ans après la première édition en librairie permet une diffusion massive de ce texte qui devint rapidement l'un des textes phares du chef de file de l'école naturaliste.

Référence : Reverzy, Éléonore. « Littérature publique. L'exemple de Nana », Revue d'histoire littéraire de la France, vol. vol. 109, no. 3, 2009, pp. 587-603.

Bel exemplaire relié à l'époque.

VENDU

mardi 9 avril 2024

D. A. F. de SADE, (Marquis de Sade) | Sylvain SAUVAGE, illustrateur. Ernestine (suivi de La double épreuve), avec dix eaux-fortes par Sylvain Sauvage. Paris, Au Cabinet du Livre, Jean Fort éditeur, 1926. Un des 500 exemplaires sur Arches teinté. Très bon exemplaire.


D. A. F. de SADE, (Marquis de Sade) | Sylvain SAUVAGE, illustrateur

Ernestine (suivi de La double épreuve), avec dix eaux-fortes par Sylvain Sauvage.

Paris, Au Cabinet du Livre, Jean Fort éditeur, 1926

1 volume grand in-8 (26 x 17 cm) broché de (2)-IV-158-(1) pages. Avec 10 eaux-fortes dont un frontispice en couleurs et deux vignettes d'en-tête, les autres sont des hors-texte imprimés en noir. Vignette illustrée ovale sur la page de titre. Très bon état. Couverture légèrement insolée sans gravité. Petites fissures du papier au bas du dos. Intérieur en excellent état. Imprimé sur beau papier de cuve teinté très épais.

Première édition illustrée par Sylvain Sauvage.

Tirage à 582 exemplaires.

Celui-ci, un des 500 exemplaires sur Arches teinté.


Le volume s'ouvre sur une courte notice dédiée à Maurice Heine par Pascal Pia qui présente les deux textes : Ernestine et La double épreuve. Ces deux textes ont paru pour la première fois en 1799 chez le libraire Massé dans un recueil de nouvelles intitulé Les Crimes de l'Amour, Nouvelles héroïques et tragiques. Ces nouvelles ne contiennent pas de scènes scabreuses ou de violence dignes de ce qu'a pu produire Sade. On ne relève qu'une seule scène libre dans Ernestine, la voici : "Tout précipite alors les perfides projets d'Oxtiern... il saisit cette malheureuse, et, sans effroi pour l'état où elle est, il ose consommer son crime, il ose faire servir à l'excès de sa rage la respectable créature que l'abandon du ciel soumet injustement au plus affreux délire. Ernestine est déshonorée sans avoir recouvré ses sens." La double épreuve n'en contient pas plus. En voici un extrait qui donne le ton de ces textes : "Madame de Dolsé se coucha dans une grande agitation ; tant de délicatesse, de soins, de galanterie, de la part d’un homme quelle idolâtrait, achevaient de plonger ses sens dans une sorte de délire, qu’elle n’avait jamais éprouvé ; et comme après des choses aussi éclatantes, il lui paraissait impossible que celui qui l’occupait uniquement ne brûlât pas du même sentiment, elle se livra sans défense à une passion qui ne paraissait plus lui offrir que des délices, et qui lui préparait pourtant bien des maux." Pia profite de sa courte notice pour donner le testament du divin marquis.















La charmante illustration Art Déco de Sylvain Sauvage s'adapte parfaitement au texte.

Nous avons ici une très jolie publication par l'éditeur semi-clandestin Jean Fort. L'édition est ici tout ce qu'il y a de plus officielle. Le volume sort de l'imprimerie Kapp à Vanves pour le compte de Jean Fort. Les eaux-fortes ont été tirées sur les presses de André Routy, imprimeur en taille-douce à Malakoff.

Très bon exemplaire de ce joli livre.

Prix : 350 euros

mercredi 27 mars 2024

Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretonne]. Le Pied de Fanchette, ou le Soulier couleur de rose. Par N.-E. Restif-La-Bretone. Cinquième édition en partie originale. Très bel exemplaire, joliment relié sur brochure, de cette édition de la plus grande rareté.


Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne | Restif de la Bretonne

Le Pied de Fanchette, ou le Soulier couleur de rose. Par N.-E. Restif-La-Bretone. Cinquième édition.

A Paris, chez Cordier et Legras, Imprimeurs-Libraires, rue Galande, N°50. An VIII. (1800)

3 parties reliées en 3 volumes in-18 (15,5 x 10 cm) de 174, 180 et 180 pages. Gravure en frontispice de chaque partie (avant la lettre, la console est restée vierge), anonymes, possiblement (probablement) d'après Berthet.

Reliure bradel demi-maroquin vert sombre à grain long et petits coins, gracque encadrant les plats, non rognés (reliés sur brochure). Dos légèrement éclaircis. Excellente conditon.

Cinquième édition et dernière édition, en partie originale.



Cette ultime édition du Pied de Fanchette, paru pour la première fois en 1769 et plusieurs fois réimprimé dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, est très augmentée de plusieurs chapitres et de nouvelles notes de l'auteur.

"Ce petit roman, qui eut beaucoup de succès, dit Restif de la Bretonne dans la Revue des ouvrages de l'Auteur (1784), est l'histoire de la jeune marchande de la rue Saint-Denis (Mme Lévêque), à laquelle il est dédié. Il est inutile de rien dire de l'intrigue : elle est fort commune ; mais ce qui la singularise, c'est que tous ces événements sont occasionnés par le joli pied de l'héroïne, et ces événements sont très multipliés. Les trois premiers chapitres, qui sont une espèce de préface, ont été très goûtés. Cependant feu M. Fréron refusa de l'annoncer, comme étant un peu libre. On l'a contrefaite plusieurs fois, en province."


C'est dans cet ouvrage que, pour la première fois, [Restif] fait éclater sa passion fanatique pour les jolis pieds de femme et pour les jolies chaussures. Le pied de Fanchette est réellement le héros du livre : son pied, le pied mignon, qui fera tourner tant de têtes, était chaussé d'un soulier rose, si bien fait, si digne d'enfermer un si joli pied, que mes yeux, une fois fixés sur ce pied charmant, ne purent s'en détourner ... Beau pied ! dis-je tout bas, tu ne foules pas les tapis de Perse et de Turquie ; un brillant équipage ne te garantit pas de la fatigue de porter un corps, chef-d'oeuvre de Grâces ; tu marches en personne, mais tu vas avoir un trône dans mon coeur." (in Paul Lacroix, Bibliographie et iconographie de tous les ouvrages de Rétif de la Bretonne, pp. 85-88)

Cette passion pour les pieds des femmes et pour bien d'autres choses encore a été l'objet d'une thèse de doctorat intitulée : Le fétichisme : Restif de la Bretonne fut-il fétichiste ? Cette thèse fut présentée et publiquement soutenue devant la Faculté de médecine de Montpellier le 22 février 1913 par Louis Barras.




Dans quelques passages des ouvrages de Rétif de la Bretonne on prend notre auteur en flagrant délit de masturbation à l'intérieur d'une mule de femme ...

"Substitut du corps et du sexe, objet fétiche, topos romanesque permettant à l'intrigue de progresser, point de départ et aboutissement du récit, foyer dé la représentation picturale, marque du symbolique et de l'imaginaire, le pied de Fanchette est le lieu de tous les possibles." (Didier Masseau, in Etudes Françaises, La chaussure ou le pied de Fanchette, Volume 32, numéro 2, automne 1996)

Dans le Catalogue d'une belle collection de livres (J. Lemonnyer, Bruxelle, 1875, n°890) on donne description d'un exemplaire de cette cinquième édition (demi-reliures) avec la mention "Très-rare".

Très rare cette cinquième édition l'est sans conteste. On n'en trouve aucun exemplaire conservé à la Bibliothèque nationale de France.

A propos de cette ultime édition, Rives-Childs écrit : "Cette édition est fort augmentée. Le tome Ier renferme quatre ou cinq notes très curieuses où Restif se plaint de l'ingratitude de ses contemporains." (on voit bien ici que Rives-Childs s'est trompé puisque ses notes se trouvent à la fin de la troisième partie et ne concernent que la troisième partie. Le tome II a été renforcé d'un chapitre XXXV qui roule sur la chaussure des femmes. Cette partie est encore grossie du chapitre XLII et d'un épilogue nouveau dont Marie-Antoinette fait tous les frais. Enfin Restif termine cette édition par ses éternelles doléances en deux pages et demie. Quoique dénommée "cinquième édition", une quatrième édition est inconnue.


Le Journal typographique et bibliographique annonce cette cinquième édition le 15 thermidor an VIII (3 août 1800) : "L'auteur du Pied de Fanchette, en publiant une cinquième édition augmentée d'anecdotes cureuses et amusantes, n'a rien négligé pour qu'elle fût plus correcte que les précédentes. L'impression en est très soignée (le papier vergé utilisé est en effet de belle qualité ainsi que les caractères typographiques).






Les 3 figures non signées placées chacunes en frontispice sont de belle qualité. Bien que non signées elles pourraient être attribuées à Berthet. L'explication des figures est imprimée au verso des faux-titres.



Localisation des exemplaires : sauf erreur de notre part, il n'y a pas d'exemplaires répertoriés au Catalogue Collectif des Bibliothèques de France, pas plus qu'à la Bibliothèque nationale de France. Cependant un exemplaire est présent dans les collections de la bibliothèque de Fontainebleau (cote A-768).

Références : Paul Lacroix, Bibliographie et iconographie de tous les ouvrages de Rétif de la Bretonne, Paris, Auguste Fontaine, 1875, p. 92, n°5 ; Rives-Childs, Bibliographie de Rétif de la Bretonne, p. 204, n°6 ; Pougens, Bibliothèque française, n°6, p. 190 ; Pierre Testud, in Rétif de la Bretonne et la création littéraire, Droz, 1977, note 65 p. 665 "Nous citons ici les renseignements donnés par J. Rives Childs (p. 204) faute d'avoir pu nous-même consulter cette édition, qui manque à la B.N., au British Museum et aux bibliothèques françaises de province."








Très bel exemplaire, joliment relié sur brochure, de cette édition de la plus grande rareté.

VENDU