mardi 28 mai 2024

Nicolas-Edme RETIF DE LA BRETONNE [RESTIF DE LA BRETONE]. La Fille Naturelle. Première et seconde partie. A La Haye, et se trouve à Paris, chez Humblot et Quillau, 1769. 2 parties reliées en 1 volume in-12. Contrefaçon rare, à la date de l'édition originale. Bel exemplaire conservé dans sa jolie première reliure en basane.


Nicolas-Edme RETIF DE LA BRETONNE [RESTIF DE LA BRETONE]

La Fille Naturelle. Première et seconde partie.

A La Haye, et se trouve à Paris, chez Humblot et Quillau, 1769

2 parties reliées en 1 volume in-12 (17 x 10 cm) de X-(2)-100 et (4)-124 pages.

Reliure strictement de l'époque pleine basane fauve marbrée à l'acide, dos lisse orné aux petits fers dorés, pièce de titre de maroquin rouge, tranches rouges, gardes et doublures de papier peigne. Reliure très fraîche. Intérieur très frais.

Contrefaçon rare, à la date de l'édition originale.


En août 1778, dans sa réponse à Jean-André Engelbrecht, traducteur allemand d’ouvrages français, Restif exprime très-naïvement ses préférences pour ce roman : « La Fille naturelle est un ouvrage attendrissant, dit-il (voy. la 27e lettre, à la fin du tome XIX des Contemporaines, seconde édition), et qui a un mérite, mais qui ne lui sert de rien auprès du lecteur : l’histoire est vraie, et j’en ai été le témoin oculaire. J’en prépare une troisième édition, outre les contrefaçons de province, et comme c’est mon ouvrage favori, je le retravaillerai pour le style et les situations, au point d’en faire un livre digne d’une nation. Malheureusement, les traductions auront toujours toutes mes fautes. »

La Fille naturelle a fourni deux nouvelles aux Contemporaines, sous les titres de la Sympathie paternelle et de la Fille reconnue (voy. Monsieur Nicolas, tome X, p. 2723). Restif en a tiré, en outre, un drame intitulé : la Mère impérieuse, ou la Fille naturelle. (Paul Lacroix, Bibliographie raisonnée des ouvrages de Restif de la Bretonne).








Fils de paysans de l'Yonne, devenu ouvrier typographe à Auxerre et Dijon, Nicolas Restif de La Bretonne s'installe à Paris en 1761 : c'est alors qu'il commence à écrire. Il a une vie personnelle compliquée et est sans doute indicateur de police. Polygraphe, il fait paraître de très nombreux ouvrages touchant à tous les genres, du roman érotique (L'Anti-Justine, ou les Délices de l'amour) au témoignage sur Paris et la Révolution (Les Nuits de Paris ou le Spectateur nocturne, 1788-1794, 8 volumes) en passant par la biographie avec La Vie de mon père (1779) où il brosse un tableau idyllique du monde paysan avant la Révolution avec la figure positive de son père. Il a également touché au théâtre sans grand succès. Cherchant constamment des ressources financières - il mourra d'ailleurs dans la misère -, il écrit aussi de nombreux textes pour réformer la marche du monde. Cependant l'œuvre majeure de Restif de la Bretonne est sa vaste autobiographie, Monsieur Nicolas, en huit volumes échelonnés entre 1794 et 1797. Ce livre fleuve se présente comme la reconstruction d'une existence et expose les tourments de l'auteur/narrateur comme à propos de la paternité - le titre complet est Monsieur Nicolas, ou le Cœur humain dévoilé -, mais témoigne aussi de son temps et constitue une source très abondante de renseignements sur la vie rurale et sur le monde des imprimeurs au XVIIIe siècle. C'est aussi un philosophe réformateur pénétré de rousseauisme qui publie des projets de réforme sur la prostitution, le théâtre, la situation des femmes, les mœurs, et un auteur dramatique.





"On a souvent cité la manière de composer de Restif de la Bretonne, qui exécutait lui-même, sans manuscrit et sans préparation écrite, l’impression d’un roman. Celui de la Fille naturelle serait un exemple remarquable de cette étonnante facilité d’improvisation. Pendant qu’il imprimait, avec l’aide de son apprenti Théodore, La Confidence nécessaire, qu’il avait préparée et composée à loisir, pour le compte d’un libraire ; un autre libraire, nommé Edme Rapenot, lui raconta l’histoire d’un père riche, qui avait fait l’aumône à sa fille naturelle, sans la connaître. « Ce beau trait, dit-il, dans Monsieur Nicolas, tom. X (p. 2723), alluma mon imagination et me fit composer, à l’imprimerie même et sur une casse, La Fille naturelle, en deux parties, qui ne me prirent que six jours, tant la composition que la mise au net : chef-d’œuvre de célérité, peut-être chef-d’œuvre de pathétique... C’est la première fois que je me suis attendri, en composant. »

Ce roman, publié sans annonces, eut pourtant du succès, ou du moins se vendit, puisqu’on en fit quatre éditions (et même bien plus selon les dénombrements fait plus tard par Rives-Childs). Il n’en est pas moins rare. Restif dit pourtant, ailleurs (dans Monsieur Nicolas, tome XVI, p. 4554), qu’il écrivit ou esquissa son livre, avant de le composer typographiquement ; l’idée du roman ne lui fut pas moins inspirée par un récit d’Edme Rapenot : « Je mis aussitôt la plume à la main, dans une chambre isolée de l’imprimerie, où j’étais alors occupé à câser moi-même la Confidence nécessaire. » Il n’y a que quelques parties des tomes XI et XII de Monsieur Nicolas, que l’auteur ait improvisées à la casse, c’est-à-dire en les composant pour l’impression." (Paul Lacroix, ibid.)

« On jugera, par la nature des faits qu’on va lire, qu’ils n’ont pas leur source dans l’imagination de l’auteur. La vérité est au-dessus de la fiction. Montrer le prix de l’homme ; donner une idée de cette volupté si pure et si douce que procure la bienfaisance ; prouver qu’une bonne éducation porte des fruits tôt ou tard ; voilà le but principal que je me suis proposé en publiant cette histoire. Amuser et plaire ne doivent être que le second motif de cet écrivain honnête homme ; c’est à l’amour de la vertu et de l’humanité de conduire sa plume... » (Préface).




Références : Paul Lacroix, Bibliographie raisonnée des ouvrages de Restif de la Bretonne, n°2 (pour l'EO) et n°2 (notre contrefaçon mais avec des noms de libraires différents) (pp. 95-98) ; Rives Childs, Restif de la Bretonne. Temoignages et jugements. Bibliographie, notre contrefaçon correspond au n°2 "contrefaçon décrite pour la première fois par Rives-Childs) "l'encadrement des titres est identique à ceux de la contrefaçon du Paysan perverti par Delaporte" (voir aussi p. 207-209).

Bel exemplaire conservé dans sa jolie première reliure.

Prix : 2.200 euros

mercredi 22 mai 2024

Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone]. [Paysanne pervertie]. La Paysane pervertie, ou les Dangers de la ville (1784). Bel exemplaire très bien établi au milieu du XIXe siècle par le relieur Charles Petit, successeur de Simier. Bien complet des 38 figures d'après Binet.


Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone].

[Paysanne pervertie]. La Paysane pervertie, ou les Dangers de la ville ; Histoire d'Ursule R**, soeur d'Edmond, le Paysan, mise au jour d'après les véritables lettres des personnages : etc. Par l'auteur du Paysan perverti.

Imprimé à La Haie [La Haye], et se trouve à Paris chés la d.me Veuve Duchesne, libraire, 1784

8 parties en 4 volumes in-12 (16,9 x 10,5 cm | hauteur des marges : 163 mm) de 344, 320, 320 et 344-8-[clxix à ccxliv]-(12)-(8) pages. 38 figures hors-texte dont 8 frontispices.

Reliure demi-maroquin vert sombre à coins, dos à nerfs, fleurons dorés aux dos, filets à froid sur les nerfs et encadrant les nerfs, millésime doré en queue des dos, tête dorée, doublures et gardes de papier peigne (reliure signée de Charles Petit, successeur de Simier, exécutée entre 1847 et 1873). Reliures très fraîches, intérieur très frais collationné complet.



Edition originale rare avec les premiers titres soumis à la censure.

Exemplaire bien complet des 38 figures d'après Binet.

Exemplaire bien complet des pages additionnelles à la fin du tome IV y compris des 8 pages d'Avis sur la Paysanne pervertie.













Ouvrage composé en 30 jours par Rétif, dans le mois de septembre 1780, pour servir de suite et de complément à son Paysan perverti paru en 1776, la Paysane pervertie connut quelques déboires avec la censure qui ne lui permit pas de voir le jour avant 1784. "C'est l'ouvrage de prédilection de l'auteur qui a beaucoup plus pensé que le Paysan perverti" (Revue des ouvrages, p. ccxxxivj). La censure exigea que les titres fussent changés. De Paysane pervertie elle devient "Dangers de la ville" seulement (de nouveaux titres et faux-titres recollés sur les premiers émis). Rétif trembla tout 1785 de voir encore sa Paysane suspendue à chaque instant. Les exemplaires s'écoulèrent cependant. Aucune autre édition de la Paysane ne vit le jour (seules 2 contrefaçons circulèrent entre 1785 et 1786). Les 38 estampes de la Paysane étaient déjà achevées au mois de juin 1783 et annoncées au public au commencement de 1784. 2 figures (qui manquent souvent) n'ont été livrées qu'après la mise en vente de l'ouvrage (elles sont bien présentes dans notre exemplaire - figures III bis et VIII bis).

La Paysane pervertie a été imprimée à 3.000 exemplaires mis en vente par la Veuve Duchesne. Peu d'exemplaires portent encore le titre censuré de Paysane pervertie.

"La Paysane approfondit les caractères qui n'étaient qu'esquissés dans le Paysan : Fanchon, Pierre, Gaudet d'Arras surtout, y sont parfaitement achevés [...] Ces deux ouvrages, qui n'en sont réellement qu'un seul, sont peut-être la plus utile production qu'on ait mise au jour depuis le commencement du siècle." (Rétif de la Bretonne, Mes ouvrages, p. 34-35).










"Je n'ai jamais rencontré une nature aussi violemment sensuelle. Il est impossible de ne pas s'intéresser à la variété des personnages, des femmes surtout, qu'on voit passer sous ses yeux, et à ces nombreux tableaux caractéristiques qui peignent d'une manière si vivante les mœurs et les allures des Français de la classe populaire. Pour moi qui ai eu si peu l'occasion de penser au-dehors et d'étudier les hommes dans la vie réelle, cette oeuvre a une valeur inappréciable." (Schiller).

"Jamais écrivain ne posséda peut-être à un aussi haut degré que Rétif les qualités précieuses de l'imagination. " (Gérard de Nerval).

Références : Paul Lacroix, Rétif de la Bretonne, pp. 224-232 ; Rive-Childs, pp. 289-291

Bel exemplaire établi vers 1850-1870 par Charles Petit successeur de Simier.

Prix : 4.500 euros

mardi 21 mai 2024

William Shakespeare, le Songe d'une Nuit d'été, imagé de 12 pochoirs par Umberto Brunelleschi (Georges Guillot, 1947). Un des 410 exemplaires sur Rives blanc. Bel exemplaire en feuilles sous emboîtage éditeur. Un des plus beaux illustrés de cet artiste.


SHAKESPEARE, William | BRUNELLESCHI, Umberto (illustrateur)

Le Songe d'une Nuit d'été, illustré de gouaches en couleurs de Brunelleschi.

Georges Guillot, Paris, 1947

1 volume in-4 (28 x 22,5 cm), en feuilles, de 114-(1)-(1) pages et 12 illustrations hors-texte pleine page (26,7 x 20,7 cm) reproduction au pochoir à la gouache des gouaches originales de l'artiste (le rendu est quasi identique à la gouache originale de l'artiste). Couverture rempliée imprimée en bleu sur le premier plat. Texte imprimé en rouge et noir en gros caractères. Emboîtage cartonné bleu de l'éditeur (bon état).

Tirage à 492 exemplaires.

Celui-ci, un des 410 exemplaires sur Rives blanc avec l'état définitif des estampes.

Il est amusant de noter que notre exemplaire porte le n°452 et dernier numéro (au composteur).

Il a été tiré 40 exemplaires d'artistes réservés.





Cet ouvrage a été réalisé par Solange et Georges Guillot éditeurs, 7, rue Perronet à Paris. Il a été imprimé pour la typographie sur les presses de Joseph Zichieri maître imprimeur. Le coloris des gravures a été exécuté entièrement au pochoir par Jean et Paulette Monnier à Paris. Achevé d'imprimer le 10 décembre 1947.

Le Songe d'une nuit d'été de William Shakespeare est ici magnifié par le talent de l'illustrateur Umberto Brunelleschi (1879-1949). C'est ici le mode de reproduction des gouaches orginales de l'artiste (pochoirs) et la taille des compositions qui donnent à ce livre une élégance et une grace très particulière. Les pochoirs reproduisent si parfaitement les gouaches originales qu'on pourrait s'y tromper.






Umberto Brunelleschi est né à Montemurlo en Italie en 1879. On trouve de lui quelques compositions encore rattachées à l'Art Nouveau et au Symbolisme des années 1895-1910. Il illustre et décore alors des livres avec un grand talent et un style typique. Brunelleschi étudia aux Beaux-Arts de Florence avant de s'installer à Paris vers 1900 (sans doute un peu avant). Il collabore en tant que caricaturiste à de nombreuses publications : Le Rire, L’Assiette au beurre, Les Feuillets d’Art, et expose ses œuvres dans les salons parisiens. De retour en Italie, il se familiarise avec le travail d'illustrateur et contribue à des magazines de luxe tels que Fémina, La Gazette du bon ton, La Guirlande. A partir des années 1920, il devient une des figures de proue de l’art déco italien et crée des costumes pour le Bataclan de 1914 à 1922, les Folies Bergère de 1923 à 1936, le Casino de Paris ou encore la Scala de Milan. Sa renommée est alors internationale. On lui doit également la création des costumes de Joséphine Baker. Après la guerre, il se consacre à l’illustration d’éditions érotiques (Casanova, Musset, etc.). Il meurt en 1949. Son style précis au tracé cloisonné par un trait net et voluptueux se prête particulièrement à la mise en couleurs par les diverses techniques d'impression (pochoir comme photogravure). Umberto Brunelleschi se joue des styles et des influences et fait appel tout aussi bien à l'univers orientaliste qu'à l'univers rieur de la comedia dell'arte.







Le Songe d'une nuit d'été (A Midsummer Night's Dream) est une comédie de William Shakespeare écrite entre 1594 et 1595. La première inscription de la pièce au registre des Libraires date du 8 octobre 1600. En Grèce, deux couples d'amoureux transis, une dispute entre le roi des fées et la reine des fées, Puck et sa potion qui s'en mêle, et une troupe de comédiens amateurs qui prépare une pièce pour le mariage d'un prince, tous vont s'entrecroiser dans cette forêt étrange, un peu magique, le temps d'une nuit du mois de mai, aussi ensorcelante que pourrait en rêver un dormeur lors d'une nuit de la Saint-Jean, selon la tradition anglaise qui accorde à ce jour des facultés d'onirisme toutes particulières;

Magnifique en tous points.

Bel exemplaire très frais.

Prix : 1.350 euros