mardi 19 mai 2020

Alfred Delvau, Paul Arène, Alphonse Daudet, Jean du Boys, Jules Renard. Le Parnassiculet Contemporain. Recueil de vers nouveaux précédé de l'Hôtel du Dragon-Bleu et orné d'une très-étrange eau-forte (1872). Bel exemplaire relié à l'époque.


Collectif. [Paul Arène, Alphonse Daudet, Jean du Boys, Alfred Delvau, Jules Renard]

Le Parnassiculet Contemporain. Recueil de vers nouveaux précédé de l'Hôtel du Dragon-Bleu et orné d'une très-étrange eau-forte. Deuxième édition augmentée de neuf pièces inédites non moins surprenantes que les premières, attribuées aux mêmes auteurs et découvertes après leur mort.

Paris, Librairie Centrale J. Lemer, 1872

1 plaquette in-12 (19 x 12,5 cm) de 52 pages. Frontispice à l'eau-forte tiré sur papier de Chine contrecollé (légère mouillure visible au verso et à peine en marge basse au recto). La couverture illustrée d'un dragon, imprimée en sépia et rouge (couverture très fragile en parchemin végétal) n'a pas été conservée. Intérieur frais imprimé sur beau papier de Hollande.

1 des 500 exemplaires sur Hollande.

Il a été tiré en outre 10 exemplaires sur papier de Chine et 20 exemplaires sur papier de diverses couleurs.


La première édition de ce recueil de poésies date de 1867. On y trouve des textes de Paul Arène, Alphonse Daudet, Jean du Boys, Alfred Delvau, Jules Renard, aucun n'est signé. Ce recueil est une parodie publiée en réaction au mouvement parnassien de Catulle Mendès et à la sortie du Parnasse Contemporain qui venait de paraître chez Lemerre. L'étrange-eau-eau-forte (par Delor) représente une femme nue alanguie sur le sol, ivre des fumées d'opium sortant d'un narguilé placé à côté d'elle, un chat noir hirsute épiant la scène. Les neuf pièces inédites qu'on trouve à la fin ne sont pas signées.






Bel exemplaire relié à l'époque avec la très-étrange eau-forte en bel état, sans rousseurs.

Prix : 300 euros

dimanche 26 avril 2020

Rarissime pamphlet dirigé contre Octave Uzanne et les Bibliophiles Contemporains (1894). Bel exemplaire en couverture d'époque. Introuvable ... sauf ici !


[ANONYME]

L'OCTAVE DE LA SOCIÉTÉ DES BIBLIOPHILES CONTEMPORAINS.

Athènes, chez Alexandros Koulos, Imprimeur de Périclès, 100, Cul de Sac du Luc (près l'Acropole), 10008008014 [1894].

1 plaquette in-4 (29 x 22,5 cm), de 2 feuillets, 10 pages et 1 feuillet + 1 feuillet de titre calligraphié à l'encre au début et 1 feuillet à la fin portant l'étiquette imprimées dans un encadrement à l'encre.

Couverture souple en papier marbré, pièce de titre jaune calligraphiée et collée sur le premier plat. Très bon état. Papier chandelle de médiocre qualité, bruni et cassant, mais très bien conservé.

TIRAGE A 160 EXEMPLAIRES.

EXEMPLAIRE OFFERT PAR L'AUTEUR à Monsieur Eugène Amédée Jacob (bibliophile).



 





Compte tenu de la très médiocre qualité du papier utilisé. Document tapé à la machine à écrire (la première Remington a été introduite en France en 1891). Plaquette de peu de pages ... destinée à ne pas être pieusement conservée comme ici. Les exemplaires parvenus jusqu'à nous en bon état de ce document doivent se compter sur les doigts d'une seule main !

Violent pamphlet dirigé contre Octave Uzanne. On joint à ce rarissime exemplaire échappé aux affres du temps, un exemplaire de la réédition commentée donnée en 1997 par Fathi Glamallah (L'Octave, pamphlet bibliophilique dirigé contre Octave Uzanne, Alluyes, William Théry, 1997. Tirage  226 exemplaires).

La Société des Bibliophiles Contemporains fondée par Octave Uzanne à la fin de l'année 1889 va mal en 1894. Le Président-Fondateur n'est plus en odeur de sainteté pour une partie non négligeable des membres de cette petite chapelle bibliophilique, aussi dénommée Académie des Beaux Livres. Certains accusent Octave Uzanne d'agir à sa guise, en despote, sans tenir compte de l'avis des membres. Octave Uzanne finira par jeter l'éponge et demandera la dissolution de cette assemblée cette même année. Plusieurs ouvrages de qualité auront néanmoins vu le jour pendant les quelques années d'activité de cette société de bibliophiles esthètes, sous la direction d'Octave Uzanne, principal animateur et promoteur de l'esprit qui l'a fait vivre.







Provenance : de la bibliothèque de Eugène-Amédée Jacob, bibliophile, notaire à Angerville, membre des Bibliophiles Contemporains d'Octave Uzanne, comme il se doit pour recevoir ce pamphlet. C'est probablement Eugène-Amédée Jacob qui a personnalisé son exemplaire avec un titre calligraphié à l'encre noire et une étiquette sur le premier plat. Par ailleurs il a collé dans son exemplaire une étiquette de vente de ce pamphlet au prix de 65 francs, provenant d'un catalogue de libraire et encadrée d'un fragment de carte au monogramme d'Octave Uzanne (imprimée cuivre sur papier rouge), et contrecollée au contreplat.

BEL EXEMPLAIRE, DE LA PLUS GRANDE RARETÉ.

Prix : 1.000 euros

samedi 25 avril 2020

Guillaume Grivel. L'Isle inconnue, ou Mémoires du chevalier des Gastines. 1784-1787. 6 tomes en 4 volumes in-12. 12 figures gravées à l'eau-forte. Utopie sociale et politique. Robinsonnade. Très bon exemplaire.


Guillaume GRIVEL.

L'Isle inconnue, ou Mémoires du chevalier des Gastines. Recueillis et publiés par M. Grivel, des Académies de Dijon et de La Rochelle.

A Paris, et se trouve à Bruxelles, chez B. Le Francq, 1784 [tomes I à IV]

A Paris, chez Moutard, 1787 [tomes 5 et 6]

6 tomes reliés en 4 volumes in-12 (16,2 x 10 cm) de XVI-188-(2), (2)-173-(2), (2)-190-(2), (2)-198-(2), VIII-412 et (4)-533 pages. 12 figures hors-texte à l'eau-forte. 1 tableau dépliant.

Exemplaire anciennement relié, aujourd'hui dérelié, corps d'ouvrage intacts. Les plats (souples) sont les gardes d'origine en papier à la colle dans les tons de bleu tandis que les dos ont été recouverts du même papier d'origine. Pièces de titre manuscrites sur papier d'époque. Tranches rouges. Ensemble parfaitement solide. L'intérieur des volumes est resté très frais. Quelques anciennes mouillures marginales sans aucune gravité. Collationné complet.


Les 4 premiers tomes (2 premiers volumes) sont une contrefaçon donnée par l'imprimeur-libraire belge B. Le Francq de l'édition originale donnée par Moutard en 1783. Cette contrefaçon est jolie et imprimée sur beau papier et en beaux caractères. Les 2 derniers volumes sont en édition originale et faussement attribués au fils de l'auteur dans l'avertissement placé en tête du cinquième tome.




L'ouvrage de Grivel est à la fois une utopie économique et politique qui suit le mouvement physiocratique, et une robinsonnade à la française. Cet ouvrage a fait l'objet de nombreuses études et publications scientifiques récentes.


"L'Isle inconnue ou Mémoires du chevalier Des Gastines est en ce sens un rêve politique fortement ancré dans la réalité sociale de la fin du XVIIIe siècle mais intimement lié sous bien des aspects au genre utopique classique. En effet, si l'on considère la définition que donne Raymond Trousson de l'utopie – un récit qui comporte une portée institutionnelle, c'est à dire la description d'un gouvernement imaginaire où tout est réglé pour le bonheur commun – le texte de L'Isle inconnue de Guillaume Grivel (1735-1810) appartient de plein droit au genre utopique. [...] Cette utopie est importante dans l'histoire du genre utopique parce qu'elle propose dans sa forme la plus achevée un modèle politique particulier, celui de l'utopie libérale. Il faut comprendre les termes d'"utopie libérale" au sens d'un système économique et politique imaginaire basé d'abord et avant tout sur la propriété privée des moyens de production. Dans ce genre de textes, la recherche du profit et l'accumulation de capital sont vécues comme positives. [...] Pourtant, l'oeuvre de Grivel n'est pas l'apologie d'une société ultra-individualiste. La société qu'il décrit est proche d'une doctrine sociale préférée par l'Eglise catholique, celle d'une solidarité de proximité: la famille, les amis, le voisinage, la corporation . . . . S'il exclut un système de transferts sociaux nationalisé, rejetant l'idée de l'Etat pourvoyeur, il combine habilement efficacité économique et "justice sociale." La charité devient une vertu grâce à laquelle la société permet de réconcilier le droit inaliénable de propriété et l'idéal de fraternité. L'absence de toute intervention de l'Etat permet aussi de respecter la liberté de chaque individu. Les utopistes libéraux sont très modernes dans le sens où ils ont compris très vite les limitations de l'Etat pour le bonheur de l'homme." (Denis D. Grélé, Utopie et libéralisme à la fin du XVIIIe siècle : le cas Grivel, extrait).





"Guillaume Grivel a élevé le thème de Robinson à l'Utopie dans son roman L'île inconnue... On retrouvera l'idée dans L'Île mystèrieuse de Jules Verne, lequel en tirera de brillants effets". (Versins)




"On y retrouve toutes les idées à la mode sur des sujets aussi divers que la société naturelle, l'agriculture, la propagation de l'espèce humaine; la liberté du commerce, le luxe, le fléau destructeur de la guerre; le mariage, l'allaitement maternel, l'emmaillotement, l'éducation physique et morale des enfants, etc. Tome IV, chapitre sur les règlements politiques et les lois fondamentales de la société quant à la propriété, l'impôt, le régime successoral, etc." (INED)


L'auteur avait prévu de faire paraître un Catéchisme du Citoyen, avec des articles d'économie politique (avis imprimé à la fin du dernier volume), ouvrage qui a paru sous pseudonyme en 1788.


Cet ouvrage connut un certain succès compte tenu des rééditions successives, notamment au sein de la célèbre collection des Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques... éditée par Charles-Georges-Thomas Garnier (tomes VII, VIII et IX) en 1787.


Très bon exemplaire, resté très frais.

Prix : 850 euros


mardi 21 avril 2020

Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone]. Les Parisiennes ou XL Caractères généraux pris dans les moeurs actuelles propres à servir à l'instruction des personnages du sexe. 1787. Edition originale très rare. Très bel exemplaire très bien établi au milieu du XIXe siècle.


Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone].

Les Parisiennes, ou XL Caractères généraux pris dans les Moeurs actuelles, propres à servir à l'instruction des Personnages du Sexe : Tirés des Mémoires du nouveau Lycée des moeurs. I. Volume : Les Jeunes filles et les filles à marier. II. Volume : Les Nouvelles Mariées : Les Mariées depuis 3 ans. III. Volume : Les Épouses à imiter - à fuir. IV. Volume : Les Jeunes Mères et Mères de Grands enfants.

A Neufchâtel, et se trouve à Paris, chés Guillot, 1787

4 volumes in-12 (16,8 x 10,3 cm) de 300, 388, 392 et 380-(4) pages. 20 estampes hors-texte (probablement en grande partie d'après les dessins de Binet sur les directives précises de Rétif lui-même).

Reliure demi-maroquin bleu nuit à grain long, dos lisses ornés de roulettes dorées en guise de faux-nerfs, pièce de titre de maroquin rouge et millésime de maroquin rouge mosaïqué en queue des dos, plats de papier moiré bleu nuit également, doublures et gardes de papier marbré. Très belles reliures décoratives et solides. Probablement exécutées vers 1850 bien que le style des reliures rappellent plus l'époque post Premier Empire (1815-1820 ?). Collationné complet. Les estampes sont d'un très beau tirage.

Édition originale.





"Les vingt gravures numérotées, mais sans légendes, dont l'ouvrage est orné, sont anonymes ; on n'y reconnaît pas le crayon de Binet. On peut croire aussi qu'elles ont été gravées par un artiste bien inférieur à Berthet et à Le Roy. Cependant elles sont très-singulières ; elles offrent des têtes de femmes si variées et si piquantes, qu'on peut les prendre pour des portraits. Il faut en attribuer la composition au caprice de Restif, qui, sans savoir dessiner, faisait exécuter ses esquisses ou ses données par les dessinateurs qu'il employait. M. Monselet remarque, dans cette dernière figure qui représente le Jugement de Paris, que « Vénus s'y montre nue, avec une paire de lias et des jarretières, mais elle est en grande coiffure poudrée »." (Lacroix)






"L'Avant-propos des Parisiennes expose l'origine de l'ouvrage. On agitait devant une mère de famille la question de savoir si les femmes devaient être instruites et même savantes : tout le monde fut pour l'affirmative, excepté la mère de famille : « Si l'on voulait m'en croire, dit-elle, les femmes ne sauraient que la morale, si ce n'est un peu de musique. La raison que j'en donne, c'est que la frivolité la plus ridicule et même la plus coupable est moins nuisible aux femmes que la science. » Là-dessus, on convient de créer un Musée, un Lycée, dans lequel il n'y aura que des femmes, et où l'on ne parlera que morale. Les huit dames qui composent ce Lycée s'engagent à raconter tous les mois deux histoires ayant pour base un caractère de femme. Les séances commencent le 30 novembre 1785 et durent jusqu'au printemps. La première séance est consacrée à la rédaction des statuts du Lycée des Mœurs. Les anecdotes, que chaque dame raconte à son tour, sont entremêlées de discours moraux. [...] L'ouvrage, comprenant 40 caractères, avec 8 discours, finit à la page 308 du tome IV. La présidente du Lycée des Mœurs propose alors de remplacer les séances par la lecture de bons livres de morale tendant au même but. On devine que Restif n'a pas perdu l'occasion de proposer, pour ces lectures choisies, quelques-uns de ses livres, les plus décents du moins. « Telle est aujourd'hui la matière des séances du Lycée des Mœurs, très-supérieur à tous ces Lycées frivoles, où les hommes et les femmes vont perdre leur temps à entendre d'inutiles discours, qui font, de leurs auditeurs dans les deux sexes, des superficiels orgueilleux, au lieu de superficiels sans conséquence, qu'ils étaient auparavant. ». " (Lacroix)






« M'étant aperçu que je n'avais pas encore donné aux femmes, dans les quatre volumes précédents [les Françaises) , tous les préceptes pratiques nécessaires, je composai ceux-ci, dans lesquels j'enseigne aux femmes les moyens de conserver le goût des hommes, par leur caractère et leur propreté; pour cet article-ci, je leur mets le doigt dessus, en leur disant : Lavez-vous, comme une musulmane. Je leur recommanderai volontiers de s'abluer, après chaque déjection, grosse ou menue, et je le fais d'une manière couverte. Ces quatre volumes, tant au moral qu'au physique, sont réellement un livre classique pour les personnes du sexe. » (Rétif, Monsieur Nicolas)




Rétif était très fier de ses Parisiennes, il écrit : « Ce sont ici les Caractères, au nombre de 42, mis en action, avec 22 nuances, qui les portent à 64. Jamais on n'avait encore donné aux femmes des conseils aussi clairs, aussi adaptés aux épouses, aussi faits pour les femmes de notre âge, qui ont oublié tout ce qui convient à leur sexe, pour ne s'occuper que de ce qui convient au nôtre. Cet ouvrage est un chef-d'oeuvre. Aussi M. Butel-Dumont, homme très sévère, disait-il que, s'il était ministre, il en ferait réimprimer 50 mille pour les faire distribuer par tout le royaume, afin d'y rétablir les bonnes mœurs. » (in Les Contemporaines, à la fin du tome XXIV, seconde édition).




"M. Henri Cohen supposait que les vingt gravures numérotées sans légendes, et non signées, furent "probablement de Binet". Or les renseignements que Mes Inscripcions nous fournissent à ce propos prouvent que non seulement Binet fit quelques dessins des Parisiennes, mais aussi Richomme, graveur en taille-douce, Aze et Berthet" (Rives-Childs)

"c'est un des meilleurs ouvrages de Restif" selon Cubières-Palmézeaux

Cet ouvrage de Rétif est devenu très rare ; il ne fut jamais réimprimé ni contrefait.

Provenance : Bertrand Hugonnard-Roche (avec ex libris tiré sur Japon contrecollé dans chacun des volumes, au contreplat).

Références : Lacroix, Rétif de la Bretonne, pp. 247-250 ; ouvrage coté 300 francs en maroquin de Chambolle-Duru (XIXe s.) chez le libraire Auguste Fontaine (1875) ; Rives-Childs, Bibliographie des ouvrages de Rétif de la Bretonne, 302.

Très bel exemplaire finement établi au milieu du XIXe siècle.

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