jeudi 13 juin 2024

Emile ZOLA Théâtre. Thérèse Raquin. Les Héritiers Rabourdin. Le Bouton de Rose. Paris, G. Charpentier, 1878 (imprimé par G. Chamerot à Paris) 1 fort volume in-18. Reliure de l'époque à la bradel demi-maroquin à larges coins signée Emile Rousselle. Un des 75 exemplaires numérotés sur papier de Hollande. Exemplaire portant la grande signature autographe d'Emile Zola (sans dédicace) en haut du faux-titre. Bel exemplaire.


Emile ZOLA

Théâtre. Thérèse Raquin. Les Héritiers Rabourdin. Le Bouton de Rose.

Paris, G. Charpentier, 1878 (imprimé par G. Chamerot à Paris)

1 fort volume in-18 (19,6 x 12,5 cm) de VIII-516-(1) pages.

Reliure de l'époque à la bradel demi-maroquin à larges coins, dos lisse orné d'un fleuron doré avec date en queue. Exemplaire relié sur brochure, non rogné. Les deux plats de couvertures ont été conservés (petit manque angulaire dans l'angle supérieur du premier plat). Petite tache d'encre en bordure du premier plat (au niveau du coin supérieur). Légères rousseurs éparses pour certains feuillets seulement, notamment au début et à la fin du volume (reliure signée Emile Rousselle).

Edition en partie originale. Première édition du Théâtre d'Emile Zola.

Un des 75 exemplaires numérotés sur papier de Hollande.

Exemplaire portant la grande signature autographe d'Emile Zola (sans dédicace) en haut du faux-titre.


Si cette édition est peu recherchée sur papier ordinaire (selon Clouzot) elle doit l'être sur grand papier. Il n'y a eu que 2 exemplaires sur papier de Chine et 75 exemplaires sur papier de Hollande ; le tout constituant le tirage en grand papier.

Cette édition est la première édition du Théâtre d'Emile Zola. Elle rassemble trois pièces : Thérèse Raquin, drame en quatre actes, représentée pour la première fois à Paris sur le théâtre de la Renaissance le 11 juillet 1873 ; Les héritiers Rabourdin, comédie en trois actes, représentée pour la première fois à Paris, sur le théâtre Cluny le 3 novembre 1874 ; Le bouton de rose, comédie en trois actes, représentée pour la première fois à Paris sur le théâtre du Palais-Royal le 6 mai 1878.









Qui mieux que Zola lui-même peut nous parler ce ces trois pièces ?

Il écrit en tête de ce volume (Paris, 1er juin 1878, soit moins d'un mois après la première représentation du Bouton de rose) : "Les trois pièces que je réunis dans ce volume n’ont eu aucun succès. Thérèse Raquin a été jouée neuf fois ; les Héritiers Rabourdin, dix-sept ; le Bouton de rose, sept. Le public de la première représentation a écouté Thérèse Raquin jusqu’au bout, dans une stupeur pleine de malaise, et, s’il n’a protesté que par deux ou trois coups de sifflet timides, c’est, m’a-t-on dit plus tard, que je l’avais rendu malade. On a laissé passer les Héritiers Rabourdin sans trop les bousculer ; pour cette fois, le mépris suffisait sans doute. Quant au Bouton de rose, il a soulevé de telles clameurs, de telles huées, un déchaînement de fureur si tempétueux, que l’artiste, chargé de dire mon nom, a dû le lancer au petit bonheur, dans l’orage. Une partie de la salle hurlait : « Pas l’auteur ! pas l’auteur ! » Mon nom aurait été une indécence, que les honnêtes gens qui étaient là ne se seraient pas fâchés avec une indignation de pudeur plus vigoureuse. Et je ne parle pas de la critique. J’ai collectionné précieusement tous les articles publiés, j’ai créé pour chaque pièce un dossier, que j’ai mis à mûrir dans mon grenier. Un jour, je compte en secouer la poussière et faire un petit travail. Certaines citations, avec le temps, pourront prendre de l’intérêt. Voilà les faits. J’ai voulu les constater et dresser moi-même le procès-verbal. Lorsque j’ai commencé à écrire mes romans, il y a eu contre eux, dans le public et dans la presse, des violences pareilles. Pendant dix années, on m’a traité en paria : ni talent d’aucun sorte, ni même de la simple honnêteté. Je me contentais de sourire, je me sentais le plus fort, parce que je travaillais et que je savais nettement où je voulais aller. On ne tue pas un livre. On peut chercher à l’enterrer sous le silence ou sous le scandale, mais il ressuscite à son heure, il a quand même le succès qu’il doit avoir. Malheureusement, au théâtre, les conditions changent. Une pièce sifflée est une pièce tuée. Il faut des circonstances extraordinaires pour qu’elle soit reprise un jour dans de bonnes conditions, et qu’un nouveau public casse le jugement du premier, s’il y a lieu. C’est pourquoi la lutte au théâtre est si difficile, si pleine de périls, lorsqu’on veut y apporter des idées neuves. La moindre blessure reçue devient mortelle. Une foule, toute une salle de quinze cents à deux mille spectateurs, vous ferme brutalement la bouche. Il n’y a qu’à s’incliner. On n’a pas à compter sur les réflexions du lendemain, la conquête lente des esprits, le mouvement de prosélytisme que détermine un livre original. Si l’on n’a pas du coup pris le public en masse, il faut renoncer à l’accoutumer, à le séduire tête par tête. Une seule protestation est possible : publier la pièce sifflée et attendre. C’est à quoi je me décide, je publie mes pièces sifflées et j’attends. Elles sont trois, les trois premiers soldats d’une armée. Lorsqu’il y en aura une vingtaine, elles sauront se faire respecter. Ce que j’attends, c’est une évolution dans notre littérature dramatique, c’est un apaisement du public et de la critique à mon égard, c’est une appréciation plus nette et plus juste de ce que je suis et de ce que je veux. J’ai beaucoup d’entêtement et de patience. On a bien fini par lire mes romans, on finira par écouter mes pièces."

A la suite de cet échec curisant au théâtre de ses adaptations théâtrales, Emile Zola fera adapter ces autres romans par d'autres auteurs.

Cet édition est intéressante car elle contient en édition originale, outre ce texte de présentation, une préface pour chaque pièce.








Le plus intrigant dans notre exemplaire est la présence de la signature d'Emile Zola, seule, apposée en haut du faux-titre. Point de dédicace. Point de place pour une dédicace même en petits caractères même. Alors pourquoi cette signature uniquement et en grande taille ? Nous avons déjà croisé d'autres exemplaires d'ouvrages d'Emile Zola portant uniquement sa signature. Ici, la présence de cette signature est intrigante au plus haut point. Nous pensons que cette signature a été demandée par le libraire de la librairie Auguste Fontaine, à savoir à cette adresse M. Emile Rondeau successeur.

Références : Clouzot, Guide du Bibliophile, p. 279

Provenance : ce volume porte le cachet de la librairie Auguste Fontaine (Paris, 19 Boulevard Montmartre). D'après l'historique de cette librairie on trouve l'information suivante : "À la mort d’Auguste Fontaine (en février 1882) son fils Paul lui succéda, secondé par un parent proche Emile Fontaine qui avait été le collaborateur de son père. N’ayant que peu de penchant pour la bibliophilie, Paul Fontaine ne conserva que peu d’années la maison paternelle et, en 1888, il la céda à Monsieur Rondeau. Émile Rondeau avait fait ses premières armes chez Hetzel en qualité de secrétaire de Jules Hetzel père (J.P. Stahl), puis chez Victor Havard. A l’époque à laquelle il prit la direction de la librairie, les passages ainsi que le Palais Royal n’avaient plus le même éclat que jadis. Une opération immobilière démolit la partie du passage des Panoramas où se situait la librairie qui fut transférée au 19 boulevard Montmartre en 1894." Cette date de 1894 pour le tampon nous permet de mieux situer ce volume dans le temps. La reliure est signée par le relieur Emile Rousselle. D'après le Dictionnaire des relieurs de Fléty, Emile Rousselle prit sa retraite en 1895. La reliure ne peut donc pas être plus récente que 1895. On ne dédicace par un grand papier à un libraire (ou très rarement) sauf ... sauf si c'est le libraire qui en fait la demande ! Emile Rondeau aurait-il fait la demande à Zola qui se serait contenté de signer l'exemplaire ? C'est une possibilité. Les libraires adorent les grands papiers donc cela irait aussi dans ce sens. Peut-être Emile Rondeau a-t-il demandé à Emile Zola (qu'il devait connaître par ses relations de librairie) une dédicace qu'il n'a finament jamais obtenue hormis cette signature en grand. A quelle date ? Soit dès 1888 ou même un peu avant ? Soit vers 1894 ? En tous cas c'est le seul indice que nous avons dans ce volume pour avoir une idée de sa provenance. Ce qui est certain c'est que ce volume a passé entre les mains du libraire Emile Rondeau entre 1878 et 1895 et dans celles d'Emile Zola qui a signé ce volume de façon magistrale, pour lui ou pour quelqu'un d'autre.

Bel exemplaire, sur grand papier de Hollande, signé par Emile Zola et relié par Emile Rousselle.

Prix : 3.800 euros

mercredi 12 juin 2024

Maurice de GUERIN | Adolphe GIRALDON, illustrateur | Charles MAURRAS, préfacier LE CENTAURE ET LA BACCHANTE. Préface de Charles Maurras. Illustrations de Adolphe Giraldon. Plon Nourrit et Cie, imprimeurs éditeurs, Paris, 1925. Tirage unique à 331 exemplaires. Celui-ci, un des 275 exemplaires sur papier à la cuve d'Arches. Exemplaire auquel a été joint une des 10 suites d'états décomposés des bois sur Japon mince. Bel exemplaire.



Maurice de GUERIN | Adolphe GIRALDON, illustrateur | Charles MAURRAS, préfacier

LE CENTAURE ET LA BACCHANTE. Préface de Charles Maurras. Illustrations de Adolphe Giraldon.

Plon Nourrit et Cie, imprimeurs éditeurs, Paris, 1925

1 volume petit in-4 (25 x 18 cm) en feuilles de 62-(1) pages, illustrations en couleurs dans le texte (ornements et illustrations dans le texte), sous couverture imprimée à rabats en papier caramel beurre salé. Avec 1 volume de suite (décompositon en plusieurs planches des différentes illustrations et ornements). Etui pleine toile titré au dos sur pièce de cuir noir. Excellent état de conservation. Très frais.

Tirage unique à 331 exemplaires.

Celui-ci, un des 275 exemplaires sur papier à la cuve d'Arches.

Exemplaire auquel a été joint une des 10 suites d'états décomposés des bois sur Japon mince.

(il a été tiré également 10 suites d'états décomposés des bois sur Chine). Les 30 exemplaires sur Japon ont également une double suite d'états décomposés des bois sur Japon et sur Chine.






Maurice de Guérin (1810-1839) a composé Le Centaure et La Bacchante en 1835. Mort à 28 ans, il n'a d'ailleurs jamais achevé La Bacchante. Le poème s'arrête quand survient un serpent ; la morsure a lieu, mais non tous les effets. Selon Delphine Bouit : "Maurice de Guérin n’est pas vraiment un poète romantique français. Il ne peut pas être rattaché aux poètes romantiques allemands, mais il s’est nourri de la tradition classique allemande." L'auteur devait publier un troisième poème intitulé L'Hermaphrodite terminant ainsi ce triptyque singulier.

"Ce qui étonne, emporte et émerveille, dans cette poésie guérinienne, c’est la force qui émane de ses évocations. Nous sommes le centaure Macarée qui se coule dans le fleuve ; nous sommes la bacchante Aëllo qui s’aventure sur la haute montagne ; nous vivons leur course et leur repos comme notre vie ordinaire." (Bouit Delphine, « Le centaure, la bacchante et le serpent », Sigila, 2013/2 (N° 32), p. 95-105.











Né à Marseille, Adolphe Giraldon (1855-1933) a conçu de nombreux décors de reliures industrielles ou pour des amateurs. Son style typique de l'Art nouveau est très reconnaissable. Il a été l'élève, collaborateur et ami du peintre Luc-Olivier Merson. Il collabore à L'Estampe moderne, Paris-Noël et à L'Illustration. Le Centaure et la Bacchante, de Maurice de Guérin, gravé sur bois en couleur par Rita Dreyfus, chez Plon-Nourrit, 1925, est porté par un style appartenant à la grèce antique et à l'Art Déco remplaçant dès lors l'Art Nouveau qui l'avait porté jusque là.



Bel exemplaire de ce joli livre illustré, avec une des rares suites des décompositions des bois sur Japon mince.

Prix : 850 euros

lundi 10 juin 2024

QUINDECIM MATRIMONII GAUDIA | LES QUINZE JOYES DE MARIAGE. Trente-deux (i.e. 30) eaux-fortes de Jean Traynier. 1 volume in-4 en feuilles sous couverture, étui et emboîtage. Tirage unique à 39 exemplaires seulement tous imprimés sur papier vélin de Lana à la forme. Avec suite, croquis, dessins originaux et cuivre. Très rare. Parfait état.


Jean TRAYNIER, illustrateur | Anonyme [Antoine de La Sale].

QUINDECIM MATRIMONII GAUDIA | LES QUINZE JOYES DE MARIAGE. Trente-deux (i.e. 30) eaux-fortes de Jean Traynier.

Fenêtre ouverte sur l'esprit, Paris, 1949 [achevé d'imprimer le 26 octobre 1948]

1 volume in-4 (28,5 x 19,5 cm), en feuilles de 145 pages. 15 eaux-fortes dans le texte et hors-texte (dont deux sur double-page). 15 têtes de chapitres à l'eau-forte. Texte imprimé en noir et sanguine, orné de nombreux ornements gravés sur bois par l'artiste. Couverture rempliée décorée à froid sur le premier plat. Etui et emboîtage neuf en parfait état.

Tirage unique à 39 exemplaires seulement tous imprimés sur papier vélin de Lana à la forme.

Celui-ci, un des 15 exemplaires auxquels il a été ajouté une suite en bistre avec remarques, une suite des départs de chapitre, un cuivre et un croquis.

Notre exemplaire contient les pièces suivantes (plus de pièces qu'annoncé) :

- 8 feuillets de suite pour les départs de chapitres imprimés en sanguine (15 eaux-fortes)

- 15 feuillets de suite pour les eaux-fortes pleines pages ou à mi-page tirées en bistre, avec remarques érotico-humoristiques.

- 1 grand croquis original (double-page) dessiné sur calque

- 1 petit croquis original dessiné sur calque

- 1 croquis original 3/4 de page dessiné sur papier

- 1 croquis original 3/4 de page dessiné sur papier

- 1 dessin original à l'encre de chine 1/2 page sur papier et signé par l'artiste (inédit non retenu)

- 1 cuivre original 9 x 9 cm (verni et non rayé) non utilisé (non retenu) pour le tirage définitif du livre

Tirage réalisé aux dépens de quelques bibliophiles sur les presses de Pierre Gaudin pour la typographie, maître-imprimeur A. de Clerck pressier. Les eaux-fortes de Jean Traynier ont été tirées sur les presses à bras de Paul Prévoté sous la direction de l'artiste.



Les Quinze joies de mariage est un texte satirique français en prose publié anonymement au milieu du XVe siècle et attribué à Antoine de La Sale, qui présente un tableau plein d'humour et d'acuité des querelles et tromperies conjugales : la satire misogyne voisine avec une analyse impitoyable de l'aveuglement des époux placés dans des situations quotidiennes et concrètes. L’auteur parodie un texte de dévotion populaire, les Quinze joies de la Vierge, et énumère en quinze tableaux les « joies », c’est-à-dire les affreux malheurs de l’homme pris dans la « nasse » du mariage, présenté comme la source de tous les maux domestiques, érotiques et autres, et surtout comme l'origine du malheur suprême de tout être humain : la perte de la liberté. Le ton est nettement misogyne et anti-féministe et s’inscrit dans une tradition médiévale qui remonte à saint Jérôme (notamment son Adversus Jovinianum) où les machinations et ruses féminines font le malheur de l’homme ; mais le mari est présenté comme un balourd sans imagination, « métamorphosé en âne sans qu'il soit besoin d'aucun enchantement », aussi coupable que son épouse, et qui a bien cherché son malheur : « Dieu n'a donné froid qu'à ceux qu'il sait assez chaudement emmitouflés pour pouvoir le supporter. » Le texte offre un tableau vivant et enjoué des pièges de la conjugalité, sans désir de corriger les mœurs, mais en jetant un regard ironique, toujours amusé. L’intérêt du texte tient en particulier à ce que chacun des quinze tableaux, mi-narratifs mi-satiriques, dans une langue proche de la langue parlée, est en soi une petite nouvelle avec de nombreux dialogues vifs et réalistes. L'aiguillage de la vérité générale vers la scène fictive est opéré par des adverbes comme le fréquent « à l'aventure » (par hasard en moyen français), qui signalent un changement de régime discursif au début de chaque tableau.
















Jean Traynier donna en 1947 (à peine deux ans plus tôt) une très belle édition illustrée de manière très libre (Aux dépens d'un bibliophile et de ses amis, 1947​). Pourquoi donner une nouvelle illustration pour ce même texte en un si court lapse de temps ? Nous ne savons pas. Si le style est identique (et aussi l'impression typographique et des eaux-fortes) notons que cette édition imprimée à très petit nombre (39 exemplaires seulement) n'entre pas dans la catégorie des curiosa purs et durs même si quelques compositions légères viennent agrémenter ce récit cocasse des joies et peines de l'union matrimoniale.

Très bel exemplaire en parfait état.

Prix : 1.150 euros