mardi 27 septembre 2022

Mémoires de Monsieur d'Artagnan, Capitaine Lieutenant de la première Compagnie des Mousquetaires du Roi. Contenant quantité de choses particulières et secrètes qui se sont passées sous le règne de Louis le Grand. Rare édition de 1704 (Amsterdam, Pierre Rougé), 4 tomes reliés en 2 volumes in-12. C'est de cette édition que s'est servi Alexandre Dumas père pour donner ses Trois Mousquetaires en 1844. Bel exemplaire.


[COURTILZ DE SANDRAS, Gatien].

Mémoires de Monsieur d'Artagnan, Capitaine Lieutenant de la première Compagnie des Mousquetaires du Roi. Contenant quantité de choses particulières et secrètes qui se sont passées sous le règne de Louis le Grand.

A Amsterdam, chez Pierre Rougé, 1704 [titre à la sphère armillaire].

4 tomes reliés en 2 forts volumes in-12 (15 x 9,5 cm - Hauteur des marges : 145 mm) de (10)-456-(16) ; 440-(16) ; 478-(16) et 442-(22) pages. Bien complet du portrait de d'Artagnan en frontispice du premier tome.

Reliure demi-maroquin rouge à grain fin écrasé vieux rouge, dos à faux-nerfs, titre, tomaison et millésime dorés au dos ; plats, doublures et gardes de papier peigne coordonnés aux tranches marbrées de même. Impression sur papier fin. Légers frottements aux reliures néanmoins très bien conservées, intérieur très frais avec quelques feuillets plus ou moins teintés ou légèrement roussis. Reliure de très bonne facture exécutée vers 1850-1860.


Nouvelle édition.

C'est sur cette édition de 1704 (Amsterdam, Pierre Rougé) qu'Alexandre Dumas père a puisé son inspiration pour son roman le plus célèbre Les Trois Mousquetaires publié en 1844. 








Le d’Artagnan historique, celui campé par Courtilz de Sandras et celui de Dumas qui s’en est inspiré ont quelques points communs : tous trois cadets de Gascogne, montant à Paris pour « prendre du service », devenant des mousquetaires courageux et fidèles. Charles Ogier de Batz naît vers 1612 à Castelmore près de Lupiac en Gascogne. Il entre vers 1633 dans la compagnie des mousquetaires, prend le nom de sa mère, d'Artagnan, et le titre de comte. En 1646, les mousquetaires sont licenciés et d’Artagnan entre au service de Mazarin parmi ses « gentilshommes ordinaires ». Sa fidélité au ministre et au roi pendant les troubles de la Fronde lui valent quelques missions délicates, qui révèlent son tact et son humanité, ainsi que des rétributions, comme la charge de capitaine des petits chiens du Roi courant le chevreuil… Lorsque les mousquetaires sont reconstitués, il devient lieutenant puis capitaine-lieutenant de la première compagnie en 1667. Maréchal de camp en 1672, il meurt au siège de Maastricht l’année suivante. (notice Musée de l'Armée).

Gatien Courtilz de Sandras (1644 (?) -1712) suit une carrière militaire entre 1660 et 1679, passant notamment par les mousquetaires gris. Puis il se fait écrivain, rédigeant des mémoires apocryphes, notamment sur d'Artagnan, Mr de Rochefort, mais aussi des chroniques scandaleuses et des ouvrages politiques. Son œuvre reflète les ambitions et les frustrations de l’aristocratie encore féodale tenue en bride par l’Absolutisme. Sa liberté de ton le mènera d’ailleurs à la Bastille où il séjournera de 1693 à 1699. Dumas s’est largement inspiré de ces pseudo–mémoires pour écrire les Trois mousquetaires, Courtils lui fournissant les personnages d’Athos, de Porthos, d’Aramis ou de Milady et de nombreuses anecdotes. (notice Musée de l'Armée).








A propos du véritable d'Artagnan nous avons le témoignage de Madame de Sévigné qui écrit dans une lettre datée du 27 novembre 1664 adressée à M. de Pomponne : "[...] Il faut que je vous conte ce que j’ai fait. Imaginez-vous que des dames m’ont proposé d’aller dans une maison qui regarde droit dans l’Arsenal, pour voir revenir notre pauvre ami [Nicolas Fouquet]. J’étois masquée, je l’ai vu venir d’assez loin. M. d’Artagnan étoit auprès de lui ; cinquante mousquetaires derrière, à trente ou quarante pas. Il paroissoit assez rêveur. Pour moi, quand je l’ai aperçu, les jambes m’ont tremblé, et le cœur m’a battu si fort, que je n’en pouvois plus. En s’approchant de nous pour rentrer dans son trou, M. d’Artagnan l’a poussé, et lui a fait remarquer que nous étions là. Il nous a donc saluées, et a pris cette mine riante que vous connoissez. Je ne crois pas qu’il m’ait reconnue ; mais je vous avoue que j’ai été étrangement saisie, quand je l’ai vu rentrer dans cette petite porte. Si vous saviez combien on est malheureuse quand on a le cœur fait comme je l’ai, je suis assurée que vous auriez pitié de moi ; mais je pense que vous n’en êtes pas quitte à meilleur marché, de la manière dont je vous connois. [...]" ; puis encore dans une lettre du 11 décembre de la même année 1664 : "[...] Cependant M. Fouquet est allé dans la chambre de M. d’Artagnan : pendant qu’il y était, il a vu par la fenêtre passer M. d’Ormesson, qui venait de reprendre quelques papiers qui étaient entre ies mains de M. d’Artagnan. M. Fouquet l’a aperçu ; il l’a salué avec un visage ouvert, et plein de joie et de reconnaissance ; il lui a même crié qu’il était son très-humble serviteur. [...] À onze heures, il y avait un carrosse prêt, où M. Fouquet est entré avec quatre hommes, M. d’Artagnan à cheval avec cinquante mousquetaires. Il le conduira jusqu’à Pignerol, où il le laissera en prison sous la conduite d’un nommé Saint-Mars, qui est fort honnête homme, et qui prendra cinquante soldats pour le garder.

D'après la chronologie avérée de d'Artagnan on sait que celui-ci apporta une lettre de Louis XIV au comte de Bussy Rabutin, cousin de ladite Madame de Sévigné et gouverneur du Nivernais, à la Charité sur Loire, à la date du 29 mars 1652.

Ces Mémoires de d'Artagnan ont été publiés pour la première fois en 1700. Seul le premier volume, paru tout d'abord et sans tomaison, porte la date de 1700, les volumes suivants portant souvent la date de 1701 ou 1702. Le texte de Gatien Courtilz de Sandras connut un assez grand nombre d'éditions attestant de son succès, et ce malgré l'interdiction de l'ouvrage et les saisies des exemplaires.

L'édition de 1704 donnée sous l'adresse de Pierre Rougé à Amsterdam en 4 tomes in-12 est très rare, d'après les dénombrements que nous avons pu effectuer dans les dépôts publics, plus rare certainement que la première édition de 1700-1701. Elle est imprimée sur un papier très fin et très fragile (ici très bien conservé) et d'une typographie assez petite (probablement des caractères de l'officine des derniers Elzévier de Leyde).

Cette édition est importante dans l'histoire littéraire quand on sait que c'est sur cette édition de 1704 qu'Alexandre Dumas père s'est penché pour rédiger ses Trois Mousquetaires (1844) et sa suite Vingt ans après (1845). "Lors d’un voyage à Marseille où son ami poète Joseph Méry réside, Dumas cherche quelque lecture, ne pouvant rester oisif. À la bibliothèque, on lui prête « Mémoires de M. d’Artagnan », une édition de 1704. Quelle ne fut sa fascination pour l’ouvrage ! Sur la route de Paris, Dumas ne lâche pas le livre d’une page, si bien que la bibliothèque de Marseille attend toujours qu’il le rapporte !".


L'éditeur supposé de cette édition de 1704, à savoir "Pierre Rougé", n'existe pas. Il semble que ce soit pour cette édition que le portrait gravé de d'Artagnan ait été fait, les premières éditions de 1700-1701 n'en possédant pas. Il y aura encore des éditions datées 1712 et 1715. Certains bibliographes indiquent cette édition de 1704 comme véritable seconde édition (la première en 4 tomes) et donnent comme imprimeur Jean Elzévier de Leyde (mais il faut lire plutôt Abraham II Elzévier qui imprima à Leyde jusqu'à sa mort en 1712).

Bel exemplaire de cette édition rare des Mémoires de d'Artagnan, le plus célèbre des Mousquetaires du roi grâce à Alexandre Dumas père.

Prix : 2.500 euros

vendredi 23 septembre 2022

Le Cabinet Satyrique ou Recueil Parfait des vers piquans et gaillards de ce temps. Tiré des secrets cabinets des sieurs de Sigognes, Regnier, Motin, Berthelot, Maynard, et autres des plus signalés Poètes de ce siècle. 1666 [Leyde, Hackius]. Superbe exemplaire relié par Trautz-Bauzonnet. De la bibliothèque du bibliophile dauphinois Auguste Génard. Bijou bibliophilique.


[COLLECTIF] [MM. Sigognes, Régnier, Motin, Berthelot, Maynard, Du Bellay, Ronsard, de l'Espine, de la Ronce, etc.]

LE CABINET SATYRIQUE ou Recueil Parfait des vers piquans et gaillards de ce temps. Tiré des secrets cabinets des sieurs de Sigognes, Regnier, Motin, Berthelot, Maynard, et autres des plus signalés Poètes de ce siècle. Dernière édition, revue, corrigée et de beaucoup augmentée

1666, S. l. n. n. [Marque à la sphère, Leyde, Hackius]

2 tomes reliés en 1 volume in-12 (127 mm | Hauteur des marges : 124 mm) de 351-(9) et 343-(5) pages.

Reliure plein maroquin vermillon, dos à nerfs richement orné aux petits fers dorés, triple-filet doré en encadrement des plats, double-filet sur les coupes, tranches dorées sur marbrure, jeu de filets et roulettes dorées en encadrement intérieur des plats, doublure et gardes de papier peigne (reliure signée TRAUTZ-BAUZONNET, vers 1870). Exemplaire parfaitement conservé.

Très jolie édition imprimée par les Hackius de Leyde qui se joint à la collection des Elzévier.


Dans l'Avertissement, l'imprimeur déclare quelle a été son intention de rassembler en bon ordre toute la poésie satyrique française. Et il ajoute : "Je t'avertis aussi, curieux lecteur, qu'ayant ce présent livre tu n'as que faire de rechercher le recueil des vers satyres, les Satyres du sieur Regnier, pour avoir ce mélange qui est en suite, les Muses gaillardes, ny les Satyres Bastardes (d'Angoulevent)." Les Satyres de Regnier sont en effet réimprimées dans leur entier dans leur ordre à la fin du tome II (pp. 193 à 323).

"Le Cabinet satyrique porte peut-être au sommet l'érotisme littéraire du XVIIème siècle français" (Dictionnaire des Œuvres érotiques, pages 77 et78).








On trouve dans ce recueil moult culs, cons, vits ou autres cocus. On peut y lire les vers les plus gaillards et les plus libres de la poésie française de la fin du XVIe siècle au début du XVIIe siècle. Les histoires de veuves, de jeunes jouvencelles, de vieillards libidineux et aultres valets coquins ou coquines servantes justifiées tant par devant que par derrière ...


Provenance : de la bibliothèque du bibliophile dauphinois Auguste Génard (1819-1908) avec son ex libris doré sur fond rouge "au dauphine pâmé". Ce précieux volume était le n°365 de la vente de 1882 (il fut adjugé 300 francs or). Sa très riche bibliothèque fut mise aux enchères en de nombreuses vacations entre 1882 et 1886. « Collection importante de beaux livres en fort belle condition d’exemplaires et de reliures. Catalogue très bien fait, et rédigé avec un soin digne d’éloges, par M. Albert Ravanat, libraire de Grenoble. Cette vente aurait pu, en temps opportun, donner un résultat plus brillant et aurait dû avoir alors un succès grand et mérité. Mais l’époque était mal choisie, l’esprit des amateurs et des libraires de Paris était en Angleterre où l’on exposait la deuxième partie de la bibliothèque Beckford, c’est-à-dire une vente de cinq cent mille francs de livres précieux ! » (Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire. Paris, Léon Techener, 1883, p. 20). Auguste Genard est decedé le 4 mai 1908 à Grenoble. Lire à propos de ce bibliophile l'article de M. Jean-Paul Fontaine, Histoire de la Bibliophilie, Auguste Genard (1819-1908), maître gantier à Grenoble (en ligne, publié le 15 août 2022).

Références : Willems, Les Elzévier, n°1750 (p. 471). "Cette édition assez jolie (...) sort positivement de l'officine des Hackius à Leyde. Elle est copiée textuellement sur celle de Paris, Ant. Lestoc, 1620 (...) Mais elle contient de plus toutes les satires de Regnier, imprimées à part et dans leur ordre à la fin du volume (...) Les beaux exemplaires de ce livre sont rare et fort recherchés." (Willems, 1705) ; Catalogue de la librairie Morgand (plusieurs numéros concernant cette édition alors très représentée : en maroquin citron de Trautz-Bauzonnet (350 francs) ; en maroquin de Cuzin (450 francs) ; en vélin époque (400 francs) ; Librairie Théophile Belin (année 1891, n°379, marqué 350 francs), relié par Trautz-Bauzonnet en maroquin rouge (il semble s'agir de notre exemplaire, la reliure et la hauteur des marges correspond) : "Jolie édition de ce livre rare, sortie de l'officine des Hackius de Leyde. C'est une copie textuelle de l'édition de Paris, Ant. Lestoc, 1620, in-12, dont elle donne l'avertissement, mais elle contient de plus toutes les Satyres de Regnier imprimées à la fin du second volume".









Superbe exemplaire de ce bijou bibliophilique parfaitement établi par l'un des plus prestigieux relieur du XIXe siècle.

Prix : 4.500 euros

mercredi 21 septembre 2022

La Bible illustrée dite de Royaumond (1686) avec 267 vignettes gravées à l'eau-forte à mi-page. Exceptionnel exemplaire relié à l'époque en maroquin décoré à la Du Seuil. Bel exemplaire très bien conservé. Rare dans cette luxueuse condition.

ROYAUMOND ou ROYAUMONT, Prieur de Sombreval (i.e. Le Maistre de Sacy ? Nicolas Fontaine ?).

L'Histoire du vieux et du nouveau testament, avec des explications édifiantes, tirées des Saints Pères pour régler les mœurs de toutes sortes de conditions, dédiée à Monseigneur le Dauphin, par le Sieur de Royaumond Prieur de Sombreval. Edition nouvelle, enrichie de figures en taille-douce.

Suivant le copie imprimée à Paris, chez Pierre Le Petit, imprimeur-libraire, 1686 [A Amsterdam chez la Veuve de Schippers, 1686]

2 parties reliées en 1 fort volume in-12 (16,8 x 10,5 cm - Hauteur des marges : 160 mm) de (14)-656-(6) pages, y compris un frontispice gravé à l'adresse de la Veuve de Schippers, la page de titre (avec vignette à l'eau-forte), l'épître à Monseigneur le Dauphin (signée Royaumond), l'Avertissement, l'Approbation des Docteurs (octobre 1669), le corpus "Bible", la Table et le Privilège du Roi (achevé d'imprimer à la date du 28 décembre 1669). Collationné complet. Une figure est tirée tête-bêche. Deux autres figures sont recouvertes d'un tirage contrecollé (d'origine).

Reliure strictement de l'époque plein maroquin vieux rouge, dos richement orné aux petits fers dorés, plats décorés à la Du Seuil, roulette dorée sur les coupes et en encadrement intérieur des plats, doublures et gardes de papier peigne, tranches dorées sur marbrure. Exemplaire d'une belle fraîcheur absolument non restauré.

Nouvelle édition.

267 vignettes à l'eau-forte à mi-page (7,5 x 5,7 cm environ). 183 figures pour l'Ancien Testament et 84 figures pour le Nouveau Testament.









Cette Bible populaire a été réimprimée de très nombreuses fois depuis 1669 jusqu'au XIXe siècle. Les éditons illustrées sont recherchées pour la beauté des vignettes. Il existe des tirages au format in-4. Nous avons ici un exemple d'édition portative faite sur l'édition de Paris à Amsterdam par la Veuve de Schippers. Donnée au Sieur de Royaumond (ou Royaumont) elle est désormais donnée à Le Maistre de Sacy ou encore à Nicolas Fontaine. Ces deux auteurs, jansénistes, ont probablement donné ce texte alors qu'ils étaient emprisonnés à la Bastille. 








Si cette Bible en images n'est pas rare, les exemplaires reliés à l'époque en beau maroquin décoré, comme ici, le sont incontestablement. C'est ce qui doit faire rechercher ces exemplaires d'exception, surtout lorsqu'ils sont parfaitement conservés.

Le tirage des cuivres est très bien venu, net et contrasté, pour la grande majorité des vignettes.

Nous n'avons pu répertorier actuellement (21 sept. 22) aucun exemplaire de cette édition relié en maroquin d'époque décoré à la Du Seuil.

Bel et rare exemplaire en maroquin d'époque décoré à la Du Seuil.

Prix : 3.900 euros