mercredi 13 novembre 2019

Emile Zola. Le rêve. Les Rougon-Macquart, histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second empire. 1888. Edition originale. Un des 250 exemplaires sur Hollande. Reliure de l'époque signée en maroquin.


Emile Zola.

Le rêve. Les Rougon-Macquart, histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second empire.

Paris, G. Charpentier et Cie, 1888

1 volume in-18 (18,7 x 12,5 cm) de 310 pages.

Reliure demi-maroquin rouge à larges coins, tête dorée, non rogné (tranches ébarbées), dos à nerfs, auteur, titre et millésime dorés (reliure de l'époque signée POUGETOUX). Légers frottements sur les mors, sans conséquence. Exemplaire très bien établi à l'époque en reliure signée (les couvertures jaunes n'ont pas été conservées). Intérieur parfait.


Edition originale.

Un des 250 exemplaires sur papier de Hollande.

Il a été tiré en outre 25 exemplaires sur papier du Japon.

Le Rêve est le seizième volume de la série Les Rougon-Macquart. Zola y aborde le thème de la religion, mais de façon beaucoup moins violente et polémique qu’il ne l’avait fait dans La Conquête de Plassans ou La Faute de l'abbé Mouret. Cette fois-ci, il s’intéresse à la foi populaire et au renouveau du mysticisme dans la société française de la seconde moitié du XIXe siècle.


L’histoire se passe dans le Val-d'Oise, dans une ville appelée Beaumont-sur-Oise (Zola s’est largement inspiré de Cambrai pour décrire cette ville). La description de Beaumont-sur-Oise est précise, avec la ville haute ancienne et la ville basse plus moderne. La ville est accessible par la gare du Nord. L’héroïne est Angélique Rougon, fille de Sidonie Rougon et d’un père inconnu (elle est née quinze mois après le décès du mari de sa mère). Dès sa naissance, elle a été placée par la sage-femme à l’Assistance publique, puis confiée à une nourrice dans la Nièvre, à une fleuriste, et enfin aux Rabier, une famille de tanneurs qui la maltraitent. Une nuit de Noël, elle décide de fuir les Rabier et est recueillie par un couple de brodeurs, les Hubert, qui l’ont découverte transie, adossée à un pilier de la cathédrale de Beaumont. Cette famille très pieuse (ils confectionnent des broderies pour les vêtements et ornements ecclésiastiques) vit dans une toute petite maison adossée à la cathédrale. Angélique, qui est devenue la pupille des Hubert, montre beaucoup d’application et de goût pour la broderie. En même temps elle lit, et découvre la Légende dorée, un ouvrage qui va changer sa vie d’adolescente. Elle s’identifie aux martyres, rêve d’avoir le même destin glorieux qu’elles, guettant par la fenêtre l’apparition qui va changer sa vie. Cette apparition se présente finalement sous la forme d’un charmant jeune homme, Félicien, peintre verrier qu’elle identifie à saint Georges descendu de son vitrail. L’amour naît en eux, mais leurs familles s’opposent à leur mariage : d’un côté, Hubertine Hubert, sa mère adoptive, qui s’est mariée malgré l’interdiction de sa mère et estime en avoir été punie par le fait qu’elle ne peut avoir d’enfant, ne veut pas d’un mariage dicté par la passion ; même chose pour le père de Félicien, Monseigneur d’Hautecœur, entré dans les ordres à la suite du décès de sa femme et devenu évêque. Finalement, voyant qu’Angélique se consume peu à peu devant cette interdiction, les deux familles consentent au mariage. Mais Angélique meurt à la sortie de l’église, après avoir donné à Félicien son premier et dernier baiser.



Bel exemplaire en condition d'époque sur beau papier de Hollande.

Prix : 1.600 euros




samedi 9 novembre 2019

Morvan de Bellegarde ou Jacques du Rosel. Conduite pour se taire et pour parler, principalement en matière de religion. 1696. Peu commun.


[Attribué à Jean-Baptiste Morvan de Bellegarde et Jacques du Rosel].

Conduite pour se taire et pour parler, principalement en matière de religion.

A Paris, chez Simon Benard, 1696

1 volume in-12 (17 x 10 cm) de (12)-285-(2) pages.

Reliure plein veau brun de l'époque usagée. Large manque cuir arraché au second plat, manque de cuir en haut et en bas du dos, coiffes arrachées, coins et coupes usés, pièce de titre absente. Reliure néanmoins solide. Intérieur assez frais, imprimé sur beau papier. Quelques petits travaux de vers sans gravité. Quelques taches et salissures.

Edition originale rare.


Cet ouvrage a été achevé d'imprimer le 20 décembre 1695. Le nom de l'auteur n'est pas dévoilé. L'ouvrage se compose de deux parties, la première donnant lieu aux différents principes et prescriptions pour parler ou se taire à bon escient, plus particulièrement lorsqu'il est question de religion. Des défauts des diverses personnes : des jeunes personnes, des personnes avancées en âge, des Grands, du Peuple, des Savants, des Ignorants. A chaque fois l'auteur apporte les remèdes à ces défauts. La seconde partie est un Soliloque ou Réflexions particulières sur les Passions déréglées des hommes, qui sont les auteurs et les approbateurs de la Nouveauté en matière de religion (pp. 217 à 270). Attribué soit à M. Jean-Baptiste Morvan de Bellegarde (1648-1734), soit au jésuite Jacques du Rosel (1643-1697), cet ouvrage a été oublié pendant près d'un siècle avant d'être plagié (il faut l'écrire ainsi) par l'abbé Dinouart qui en donne une édition publiée en 1771 sous le titre : L'art de se taire, principalement en matière de religion. 


Le Journal des Savants pour l'année 1696 en donne le compte rendu suivant : Il n'y a rien de plus important pour la conduite de la vie, que de parler & de se taire à propos. L'Auteur engagé par les prières d'un homme de considération à traiter ce sujet, établit d'abord des principes. Les plus nécessaires sont qu'il faut se taire lorsque l'on n'a rien à dire qui vaille mieux que le silence : Qu'il n'y a pas moins de faute à se taire quand on est obligé de parler, qu'à parler quand on devrait se taire : Qu'en général il y a moins de danger à se taire qu'à parler : Que jamais l'homme ne se possède mieux que quand il se tait. II apporte ensuite les différentes espèces de silence, qui sont qu'il y en a un prudent & un artificieux, un complaisant & un moqueur ; un spirituel & un stupide ; un silence d’approbation & un silence de mépris. En faisant l'application de ces principes, il donne des règles de se taire & de parler par rapport aux matières dont on parle ou dont on se tait & par rapport aux personnes qui se taisent, ou qui entreprennent de parler. Les plus importantes matières sont celles de la Religion, & ce sont aussi les seules auxquelles l'auteur s'arrête. Les personnes sont les jeunes & les avancés en âge, les grands & le peuple, les savants & les ignorants. II examine dans le reste du livre ce qui leur convient d'observer, soit pour parler ou pour garder le silence. Comme il est homme de méditation & de raisonnement, accoutumé à s'entretenir seul dans la retraite & dans le silence, il a mis à la fin ses réflexions fur les passions déréglées des hommes, qui introduisent des nouveautés en matière de Religion, & de ceux qui les favorisent.


Il existe une seconde édition de 1697, une contrefaçon hollandaise la même année que l'édition originale. Une autre édition a été donnée au début du XVIIIe siècle.

Cet ouvrage ne se trouve pas facilement si l'on en croit son absence des catalogues de libraire présents en ligne (novembre 2019). L'exemplaire mérite donc une habile restauration de la reliure.


Peu commun. A restaurer.

Prix : 200 euros

vendredi 8 novembre 2019

Domenico Margiotta. Le Palladisme. Culte de Satan-Lucifer dans les triangles maçonniques (1895). Peu commun. Satanisme chez les francs-maçons ...


Domenico Margiotta.

Le Palladisme. Culte de Satan-Lucifer dans les triangles maçonniques par Domenico Margiotta, docteur es-lettres et Philosophie, chevalier de l'ordre pontifical du Saint-Sépulcre, etc.

H. Falque, éditeur, Grenoble, 1895 (de l'imprimerie A. Mollaret à Voiron)

1 volume in-8 broché (20,5 x 13,5 cm) de 345 pages. Illustration hors-texte, portraits. Couverture jaune imprimée en noir et rouge. Quelques petites déchirures en bordure de couverture et en haut du dos, brochage encore solie. Bon papier.

Edition originale.


Domenico Margiotta (1858-?) est un ancien franc-maçon. Né à Palmi (royaume des Deux-Siciles), il se pare, dans ses ouvrages, de nombreux titres maçonniques : Ex-Secrétaire de la Loge Savonarola, de Florence; ex-Vénérable de la Loge Giordano Bruno, de Palmi ; Ex-Souverain Grand Inspecteur Général, 33" degré, du Rite écossais ancien et accepté Ex-Souverain Prince de l'Ordre (33* ."., 90" .'., 95° .".), du Rite de Memphis-Misraïm ; Ex-Membre Effectif du Souverain Sanctuaire de l'Ordre Oriental de Memphis et Misraïm, de Naples ; Ex-Inspecteur des Ateliers Misraïmites des Calabres et de la Sicile ; Ex-Membre d'Honneur du Grand Orient National d'Haïti et son Garant d'Amitié près le Souverain Sanctuaire de Naples ; Ex-Membre actif du suprême Conseil fédéral de Naples (Rite écossais ancien et accepté); Ex-Inspecteur Général de toutes les Loges maçonniques des 3 Calabres ; Ex-Grand-Maître advitam de l'Ordre Maçonnique Oriental de Misraïm ou d'Égypte (90 .".), de Paris ; Ex-Commandeur de l'Ordre des Chevaliers Défenseurs de la Maçonnerie Universelle ; Ex-Membre d'Honneur ad vitam du Suprême Conseil Général de la Fédération italienne, de Palerme ; Ex-Inspecteur permanent et souverain délégué au Grand Directoire Central de Naples pour l'Europe (Haute-maçonnerie universelle). Il aurait également été Docteur ès-lettres et philosophie. Il désigne l'évêque et auteur antimaçonnique Amand-Joseph Fava comme ayant provoqué son retour à la foi catholique de son enfance. Ses livres ont repris les accusations de Léo Taxil (notamment sur les pratiques palladiques et sur Albert Pike qui en aurait été l'initiateur) et ont violemment accusé le maître maçon italien Adriano Lemmi, ancien Grand-Maître du Grand Orient d'Italie, de satanisme et de sorcellerie, accusations qui ont été dénoncées par la suite comme étant sans fondement. Il s'en prend également à l'homme d'État italien Francesco Crispi dans un autre ouvrage pamphlétaire.


Bon exemplaire de ce livre peu commun.

Prix : 180 euros


Louis Jacolliot. Le spiritisme dans le monde. L'initiation et les sciences occultes dans l'Inde et chez tous les peuples de l'antiquité. 1879.


Louis Jacolliot.

Le spiritisme dans le monde. L'initiation et les sciences occultes dans l'Inde et chez tous les peuples de l'antiquité.

Paris, A. Lacroix et Cie, 1879

1 volume in-8 (22,5 x 14 cm) de 364 pages.

Reliure de l'époque demi-chagrin marron. Quelques marques et frottements estompés, reliure néanmoins très bien conservée. Intérieur parfait, sans rousseurs.

Il existe plusieurs exemplaires catalogués dans les fonds publics sous la date de 1875, chez le même éditeur, avec le même nombre de pages. Notre exemplaire serait une réimpression strictement conforme (justification et pagination) à l'édition originale. Cependant nous avons pu constater que les deux tirages sortent de presses différentes. Le tirage de 1879 sort des presses de l'imprimerie Jules Moureau à Saint-Quentin, tandis que le tirage de 1875 sort des presses de Eugène Heutte à Saint-Germain. Cet ouvrage a encore été réédité en 1892 (sans date) chez Marpon et Flammarion.


Ce volume est divisé en quatre parties : Première partie : La doctrine des Pitris et les sciences occultes dans l'Inde. Deuxième partie : Doctrine philosophique des initiés de l'Inde sur la cause première et le rôle des esprits dans le monde. Troisième partie : Comparaison de la doctrine des Pitris avec celle de la Kabale hébraïque, de la philosophie de Platon, de l'école d'Alexandrie, de Philon, des Perses et du Christianisme. Quatrième partie : Phénomènes et manifestations extérieures produits par les sectateurs des Pitris ou initiés des pagodes de l'Inde. Conclusion : Le spiritisme devant la science. Les notes de M. W. Crookes.


Louis Jacolliot (1837-1890) était bourguignon de naissance. Né à Charolles (Saône-et-Loire), il fut d’abord avocat, puis juge en Inde et à Tahiti (1865-1869). Il vécut dans d'autres pays d'Asie. Il a écrit de nombreux articles sur la culture indienne. Au cours de son séjour en Inde, il recueillit des mythes sanscrits, qu'il popularisa par la suite. Entre autres choses, il affirma que les écrits hindous (ou "tablettes sanscrites” non spécifiées) racontaient l'histoire d'une terre appelée Rutas, engloutie dans l'océan Indien. Toutefois, il plaça ce continent perdu dans l'océan Pacifique et le relia au mythe de l'Atlantide. Sa "découverte" de Rutas présente des similitudes avec l'histoire du continent perdu de Mu. Ses œuvres sont seulement citées dans le livre de Helena Blavatsky, Isis dévoilée, mais il a également influencé ses spéculations sur la Lémurie. C'est dans son ouvrage Les Fils de Dieu qu'apparaît pour la première fois le nom d'Asgartha. Parmi les œuvres de Jacolliot, figure une traduction de la Manu Smriti, qui a été jugée non fiable par de nombreux savants, dont Ann-Marie Etter. Le linguiste Julien Vinson est également très critique et juge que la durée du séjour en Inde – seulement trois ans – rend impossible qu'il ait pu apprendre non seulement le sanskrit et le tamoul, mais aussi l'histoire, la culture et la mythologie indiennes. Louis Jacolliot fut maire de Saint-Thibault-des-Vignes (Seine-et-Marne) de 1887 à 1890 et mourut au cours de son mandat.


Bon exemplaire de ce très intéressant ouvrage.

Prix : 250 euros


jeudi 7 novembre 2019

J.-K. Huysmans. En ménage. 1881. Edition originale reliée à l'époque par Canape. Bel exemplaire finement établi en maroquin.


J.-K. Huysmans.

En ménage.

Paris, G. Charpentier, 1881

1 volume in-18 (19 x 12,5 cm) de 348 pages.

Reliure de l'époque à la bradel signée CANAPE maroquin à larges coins marron, dos lisse, auteur, titre et millésime dorés, tête dorée, non rogné (relié sur brochure), les deux plats de couverture conservés en parfait état. Reliure en superbe état, intérieur très frais, sans rousseurs.

Edition originale sur papier d'édition.

Il n'a été tiré que 10 exemplaires sur Hollande et 2 exemplaires sur Chine.


Voici le compte rendu enthousiaste et sévère donné par Octave Uzanne dans sa revue bibliographique Le Livre, en date du 10 mars 1881 : "Dans la petite chapelle de M. Zola, M. J.-K. Huysmans est un des premiers officiants. S'il suit les traditions du maître, même s'il les exagère, il ne le fait pas aveuglément et apporte dans sa manière une personnalité d'écrivain qu'on ne saurait nier tout en désapprouvant le rendu. - M. Huysmans n'a pas cette puissance de piocheur, cet entraînement de bœuf à la charrue, ce talent même si l'on veut qu'on trouve dans l'oeuvre de M. Zola ; mais, par contre, il a plus de vécu, plus d'idées d'art, plus de jeunesse cahotée, plus de documents sortis de lui-même que l'auteur de Nana. - Il a plus vu qu'on ne lui a fait voir, il a touché comme saint Thomas, et ce romantique d'hier s'est converti au naturalisme d'aujourd'hui, apportant dans ses convictions nouvelles quelques-unes des bonnes qualités de ses adorations d'autrefois. En ménage est donc un livre qui se ressent de la dualité de l'écrivain, - on ne saurait voir là qu'une série de photographies littéraires très exactes, reliées par une mince affabulation. - Le jeune littérateur André est sganarellisé par sa femme, la quitte, reprend sa vie de garçon, revient aux anciennes maîtresses, aux amours de passage, sent son impuissance et le vide de son être, et retourne un jour à sa femme comme il est revenu à des collages vagues et désabusants. C'est peu de chose, on le voit ; mais cette pauvreté de canevas importe peu à l'auteur qui dresse son objectif de photographe sur tout ce qu'il voit et que nous voyons tous les jours, et il nous faut, bon gré mal gré, contempler cet album de provincial aussi ennuyeux que la réalité nue ; - en toute franchise M. Huysmans n'est qu'un croquiste de natures mortes, - c'est la chair et non l'esprit de piètres héros qui parle, et dans la note même qu'il veut nous montrer, nous préférerons toujours Aristide Froissart, le merveilleux chef d'oeuvre de Gozlan, tout fourmillant de vie et d'esprit, aux lents abrutissements du Desgenais Cyprien et d'André, ce romantique crevé sans apparence de caractère ou d'originalité. Qu'on lise néanmoins cette manière de roman qui, selon nous, est plus sincère que les dernières œuvres de M. Zola. - Puisse cette opinion être agréable à M. Huysmans, dont toute l'ambition se borne peut-être à chausser les souliers éculés de son chef de file ! - Pour tous les amis du naturalisme, En ménage sera évidemment une oeuvre remarquable et applaudie, un chef-d'oeuvre d'optique ; pour nous, cette littérature marque zéro au thermomètre des belles-lettres, car, si jamais un Edison quelconque inventait une machine à décrire, une daguéréotypie de la rue et des bouges, un phonographe spécial, l'art de MM. Huysmans et consorts cesserait d'être, comme cesseront d'être la gravure sur bois ou le métier de taille-doucier, grâce aux progrès de l'héliogravure qui nous débarrassera à jamais des maladresses de l'interprétation. - Toute littérature qui part de l'oeil et non du cerveau ou du coeur n'est pas plus une littérature, que la sténographie n'est un style." (Octave Uzanne, article signé L.D.V. pour Louis de Villotte, pseudonyme d'Octave Uzanne).

Peu de temps avant la parution d’En ménage, Huysmans écrivait à son ami Théodore Hannon (lettre du 10 février 1881) : Je suis très inquiet avec mon damné volume. Il est si différent, si bizarre, si intimiste, si loin de toutes les idées de Zola, que je ne sais vraiment si je ne vais pas faire un vrai four. C’est du naturalisme assez neuf, je crois. Mais dame, le terre à terre de la vie et le dégoût de l’humaine existence ne seront peut-être que peu goûtés par ce sacré public. Enfin c’est poivré en diable et ça attaque tout ce qui est respectable, donc j’ai des atouts. En ménage divisa la critique et resta l’un des romans préférés de son auteur.


"Dans son troisième roman, Huysmans est en ménage. Il fait le ménage, balaie la littérature de son temps qui s’adonne aux fioritures du romanesque. La cohorte pressante des naturalistes, au sein de laquelle il se montre un combattant zélé, s’applique à débarrasser le roman contemporain de ses joliesses, à démembrer la fiction divertissante et bien-pensante. 1881, c’est juste un an après le couronnement du mouvement avec Le Roman expérimental. Zola le proclame à tue-tête : il faut sortir du roman romanesque, l’avenir est à la tranche de vie, au document, à la fiche. Dans En ménage, J.-K. Huysmans poursuit son exploration des marges de la société française. À travers la figure d’un peintre et d’un écrivain tous deux en proie au déclassement social, à des difficultés amoureuses et à la difficulté de créer, il pose la question du statut de l’artiste moderne. Juste un an après le couronnement zolien du Roman expérimental sur la scène littéraire, Huysmans pressent les difficultés de l’esthétique naturaliste et, de l’intérieur,la met en procès." (Jérôme Solal Dans Revue d'histoire littéraire de la France 2009/3 (Vol. 109), pages 605 à 620, extrait)


« Voici En ménage, la dernière oeuvre du jeune romancier. Ce n'est qu'une page de la vie, la plus banale et la plus poignante. Une nuit, en rentrant, un mari trouve sa femme en flagrant délit d'adultère (...). Je ne connais pas de sujet plus profondément humain, dans sa simplicité. Nos joies et nos souffrances tiennent là (...). Ce que personne ne veut voir c'est que si le romancier va à la bête dans l'homme, l'artiste est un sensitif des plus délicats et un merveilleux ouvrier de la langue. » (Emile Zola).


Référence : Clouzot, p. 155

Bel exemplaire finement établi par Canape père à l'époque.

Prix : 700 euros


lundi 4 novembre 2019

Valmont de Bomare. Reliure aux armes. 1776. Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle, contenant l'histoire des animaux, des végétaux et des minéraux, celle des corps célestes, des météores et des autres principaux phénomènes de la nature ; avec l'histoire et la description des drogues simples tirées des trois règnes, le détail de leurs usages dans la médecine, dans l'économie domestique et champêtre, et dans les arts et métiers, etc. Bel exemplaire.


[RELIURE AUX ARMES] Jacques-Christophe Valmont de Bomare.

Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle, contenant l'histoire des animaux, des végétaux et des minéraux, celle des corps célestes, des météores et des autres principaux phénomènes de la nature ; avec l'histoire et la description des drogues simples tirées des trois règnes, le détail de leurs usages dans la médecine, dans l'économie domestique et champêtre, et dans les arts et métiers, etc. Par Valmont de Bomare, démonstrateur d'histoire naturelle avoué du gouvernement, censeur royal, directeur des cabinets d'histoire naturelle, de physique, etc. de S. A. S. M. le Prince de Condé (à Chantilly), etc. Troisième édition, revue et considérablement augmentée par l'auteur.

A Lyon, chez Jean-Marie Bruyset, 1776

9 volumes in-8 (17,6 x 11,5 cm) de plus ou moins 600 pages par volume (collationné complet).


Reliure pleine basane fauve marbrée de l'époque, dos à nerfs ornés aux petits fers dorés, tranches rouges mouchetées, armoiries au centre des plats (non identifiées). Quelques minimes accidents aux reliures (quelques coins frottés ou émoussés, quelques extrémités de coiffes abîmées, petites usures sans conséquences). Ensemble resté très frais, intérieur pratiquement sans rousseurs. Quelques cicatrices de mouillures marginales sans conséquences.

Troisième édition.


Fils d’un avocat au parlement de Normandie, Valmont de Bomare (1731-1807) commence ses études chez les jésuites de sa ville natale et fait de rapides progrès dans la langue grecque. Son père le destine au barreau mais les inclinations du jeune Valmont le portent à l’étude de la nature. Il commence par apprendre l’anatomie sous le chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu de Rouen, Claude-Nicolas Le Cat, et s’adonne ensuite à la pharmacie et à la chimie. Monté, en 1750, à Paris où il est accueilli par Buffon, Daubenton, Réaumur, Nollet, Rouelle, D'Holbach, D'Alembert et Diderot, qui l’aideront à suivre la carrière à laquelle il se destinait, il se consacre, pendant plusieurs années, à l’étude des sciences naturelles. Il nourrit pour ce domaine une telle passion qu’il conçoit dès ce moment l’idée de donner des cours d’histoire naturelle. Il communique ce projet au marquis d’Argenson, alors ministre de la Guerre, qui lui donne la commission de voyager au nom du gouvernement. Valmont visite les principaux cabinets de l’Europe, examine les ateliers métalliques, les gisements des mines et la profondeur de leurs excavations, pour rassembler les éléments et les matériaux de ses leçons. Il propose à son retour, en 1756, un cours sur les différentes branches de l’histoire naturelle, cours renouvelé jusqu’en 1788. En 1767, il devient membre de la Société royale d’agriculture de Paris. En 1769, il accepte la direction du cabinet de physique et d’histoire naturelle du prince de Condé à Chantilly. Son premier ouvrage est le Catalogue d’un cabinet d’histoire naturelle, ébauche du Dictionnaire universel d’histoire naturelle (1764), auquel l’Europe fait le meilleur accueil, sans approche nouvelle, mais avec le mérite de la clarté et de la compréhension, à propos duquel Michaud a écrit : « On doit à la publication de ce Dictionnaire la marche rapide de l’histoire naturelle. Il a singulièrement contribué à en propager le goût et l’étude. Il a servi de type à tous les ouvrages de ce genre qui ont paru depuis, sans que leurs auteurs aient payé à Valmont de Bomare le tribut de reconnaissance qu’ils lui devaient. Son livre a sur les leurs le mérite de l’unité ; il est dicté par le même esprit : sa pensée, toujours noble, toujours hardie, porte le cachet de la loyauté, d’une sage philosophie. S’il lui échappa quelques erreurs, elles sont moins de son fait que de celui de son temps. Il a débrouillé le chaos ; il a ouvert la marche, il a imprimé le mouvement ; et sans lui, nous attendrions peut-être encore les découvertes importantes qui ont signalé l’aurore du dix-neuvième siècle. Ceux qui sont venus après lui sont bien loin d’avoir rendu les mêmes services. Leurs dictionnaires sont verbeux ; les articles n’y sont point en harmonie les uns avec les autres ; et en général, les objets microscopiques y occupent une place disproportionnée avec les êtres les plus grands de la création. » Un grand nombre de sociétés savantes, dont les académies de Caen, de La Rochelle et de Rouen, l’admirent dans leur sein. Il eut même de pressantes invitations pour donner des cours en Russie et au Portugal mais il refusa toutes ces offres, ne pouvant se résoudre à quitter son pays. En 1793, il fut appelé à l’Institut comme membre associé et, peu après, il fut nommé professeur d’histoire naturelle à l’École centrale et censeur des études au lycée Charlemagne, fonctions qu’il remplit avec le plus grand zèle jusqu’à sa mort. Il fut inhumé au cimetière du Père-Lachaise. 



Provenance : Exemplaire relié à l'époque aux armes d'un amateur issu de la noblesse de France dont les armoiries poussées sur l'ensemble des 9 volumes sur chaque face n'ont pas été référencées par OHR. L'identification reste donc à faire. Le propriétaire était marquis.


Bel exemplaire bien conservé dans une reliure aux armes d'un marquis de l'époque.

Très rare en reliure armoriée de l'époque.

Prix : 2.950 euros


mardi 29 octobre 2019

Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone]. La Vie de mon père (1788). Troisième édition. Bel exemplaire en reliure de l'époque.


Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretonne]

La Vie de mon père. Par l'auteur du Paysan perverti. Troisième édition.

A Neufchatel, et se trouve à Paris, chés la Veuve Duchesne, 1788

2 parties en 1 volume in-12 (16,7 x 10,4 cm - Hauteur des marges : 163 mm) de (2)-232 et 222-(4) pages. 14 figures hors-texte + vignette-portrait en médaillon sur chaque page de titre.

Reliure de l'époque pleine basane marron d'Inde granité, dos lisse orné aux petits fers dorés, pièce de titre de maroquin rouge, doublures et gardes de papier marbré. Quelques restaurations à la reliure (extrémité de la coiffe supérieure, mors, quelques frottements et fissures sans gravité le long d'un mors. Intérieur frais. Cicatrices de mouillure ancienne en marge de quelques feuillets, sans aucune gravité.

Troisième édition.


Il n'existe pas à proprement parler de "seconde édition" de La vie de mon père. Il existe deux tirages de l'édition datée 1779 (le premier sorti des presses à la fin de l'année 1778 et le suivant, quasi identique, sorti quelques mois plus tard). En réalité cette "troisième édition" n'est véritablement que la seconde. Les gravures sont les mêmes que celles de la première édition (premier et deuxième tirage). On trouve, à la page 197 de la deuxième partie, pour la première fois, la curieuse notice généalogique sur sa famille. C'est une plaisanterie de Rétif faisant remonter ses origines familiales à l'empereur Pertinax. Rétif nous dit dans Mes inscripcions qu'il commença à travailler sur cette nouvelle édition le 21 juillet 1785. 


La Vie de mon père a été composé en 1778 immédiatement après la mise en vente du Nouvel Abeilard, parut à la Saint-Martin [novembre], sous la date de 1779. C'est de ce petit ouvrage, qu'un homme en place a dit : "Je voudrais que le Ministère fit tirer cent mille de ces petites parties, pour les distribuer gratis à tous les chefs de villages." (Revue des ouvrages, p. CLXXXV.)


"Débarrassé du Nouvel Abeilard, en me rappelant ce que mon père avait souvent raconté devant moi, pendant mon enfance, de son séjour à Paris et de Miss Pombellins, il me vint une idée vive, lumineuse, digne du Payan-Paysane pervertis ! Je réfléchis sur tous les traits sortis de la bouche d'Edme Retif et je composais sa vie. Je ne revis pas ce petit ouvrage, je le livrai à l'impression, en achevant de l'écrire. Aussi, tout y est-il sans art, sans apprêt ; la mémoire y a tenu lieu d'imagination. A la seconde et à la troisième édition, je n'ai fait que corriger quelques fautes de style ou replacer quelques traits oubliés. Cette production eut un succès rapide, ce qui doit étonner ! Elle n'était fait ni pour les petits-maîtres, ni contre les femmes, ni pour dénigrer la philosophie : les bonnes gens seuls la pouvait acheter. Apparemment, ils donnèrent le ton pour la première fois. C'est dans la Vie de mon père que j'ose inviter les prêtres au mariage." (Monsieur Nicolas, tome X, p. 234).


"Cet ouvrage, le plus estimable des miens et celui dont le succès a été le plus général, me fut inspiré tout à coup, en finissant l'impression du Nouvel Abeilard, à laquelle j'avais travaillé sans relâche, je mis la main à la plume avec ardeur et je l'écrivis tout d'un trait, car je ne fus occupé d'autre chose, tant que l'impression dura." (Mes ouvrages, p. 149).



"Avec La Vie de mon père, Restif de la Bretonne s'est fait le nouveau Plutarque d'un simple paysan de la région de Tonnerre, un homme de bien dur à la tâche, juste dans ses jugements et ses actions et aux saines mœurs patriarcales. Jamais, dans la littérature française, la classe laborieuse n'avait encore été célébrée de manière aussi fervente. Car si Rétif de la Bretonne parfois enjolive et ne résiste pas à une certaine sentimentalité bien dans le goût de son temps, cette peinture d'une paysannerie française heureuse émeut par son authenticité et la finesse de ses détails. Mais La Vie de mon Père est un ouvrage profondément nostalgique. Le monde rural cher au souvenir de son auteur, c'est en effet un âge d'or qu'il oppose à la corruption des mœurs parisiennes et dont il fait mélancoliquement sentir qu'il est déjà révolu. Il y a chez lui quelque chose de la psychologie des Romains de la décadence qui regrettaient les vertus de la République, et là encore, Restif de la Bretonne était bien de cette génération prérévolutionnaire qui appelait à leur restauration." (Présentation, édition Garnier).


Référence : J. Rives Childs, Restif de la Bretonne. Témoignages et Jugements. Bibliographie. p. 250 ; P. Lacroix, Bibliographie de Restif de la Bretonne, p. 155.

Bel exemplaire en reliure de l'époque de cette édition rare.

Prix : 2.250 euros



lundi 28 octobre 2019

Léon Courbouleix. Le cantique des cantiques (vers 1935). 1/20 ex. sur Japon impérial avec suite et dessins originaux. Rare et superbe.


Léon Courbouleix (illustrateur)

Le cantique des cantiques. Texte et illustrations gravés à l'eau-forte par Léon Courbouleix.


[imprimé par et chez Léon Courbouleix, s.d. (vers 1935 ?)

1 volume in-folio non paginé, en feuilles, composé de 38 feuillets dont 8 frontispices à l'eau-forte hors-texte (un pour chaque chant), 8 vignettes en tête de chaque chant (15 x 10 cm), 1 eau-forte tirée sur le premier plat de couverture, 40 bandeaux à l'eau-forte (15 x 3 cm), 8 lettrines décorées. Toutes les eaux-fortes sont tirées en sanguine. Le texte et les lettrines sont gravées à l'eau-forte également, calligraphiés par l'artiste, certaines rehaussées de rouge. Couverture rempliée encore protégée par son papier cristal d'origine. Etui et chemise cartonnée de l'éditeur-artiste (étiquette de titre avec petits manques).

Unique édition de ce célèbre texte spirituel et érotisant donnée par cet artiste-éditeur.

Tirage total à 310 exemplaires.

Celui-ci, un des 20 exemplaires de tête sur Japon impérial (Japon fort) contenant une suite en noir des 8 hors-texte (suite tirée en noir sur papier Japon blanc fin) et 2 dessins originaux (1 dessin hors-texte pleine page et 1 vignette de début de chant 15 x 10 cm). Exemplaire numéroté et signé par l'artiste.


L'artiste graveur Léon Courbouleix est bien connu des bibliophiles pour ses ouvrages imprimés à la presse à bras dans ses ateliers. Il a publié clandestinement plusieurs ouvrages illustrés plus qu'érotiques (Le Mariage de Suzon, Les vacances de Suzon). Le cantique des cantiques est en tous points remarquable.


L'histoire et l'interprétation de ce texte biblique est complexe et source de polémiques religieuses qui se poursuivent encore selon les confessions. Bien qu'inclus dans la Septante, le Cantique des Cantiques n'est retenu dans le canon juif qu'au ier siècle de l’ère chrétienne. La Mishna évoque les vives discussions au sujet de son intégration dans ce canon. Il a pu y trouver sa place à la suite de l'interprétation allégorique de Rabbi Akiva pour qui le Cantique des Cantiques est une déclaration symbolique de l'amour entre Dieu (YHWH) et son peuple, Israël : « le monde entier ne vaut pas le jour où le Cantique des cantiques a été donné à Israël, car tous les ketoubim sont chose sainte, mais le Cantique des cantiques est chose très sainte ». La tradition juive est donc en faveur d’une lecture allégorique du Cantique. Selon des exégètes juifs, le Cantique était un poème exprimant l’amour de l’Éternel pour Israël, qui « y découvraient une esquisse allégorique de l’histoire d’Israël depuis l’exode hors d'Égypte jusqu’à l’arrivé du Messie. C’est en raison de ces prétendues allusions à l’exode, que le Cantique est lu dans la synagogue au huitième jour de la fête du pain sans levain ». Il fait partie des Ketouvim (autres écrits) dans le Tanakh — la Bible hébraïque — et des Livres poétiques dans l'Ancien Testament — la première partie de la Bible chrétienne. On considère qu'il fait partie de la littérature sapientiale (de sagesse), ce qui est sans doute l'une des raisons pour laquelle on a voulu le relier au roi Salomon. Cependant, malgré la présence de certains archaïsmes dans le texte, la langue et le style sont assez tardifs et font penser à l'époque perse ou même hellénistique (IIIe s. av. J.-C.). Le Cantique des Cantiques revêt la forme d'une suite de poèmes, de chants d'amour alternés entre une femme et un homme (ou même où plusieurs couples s'expriment), qui prennent à témoin d'autres personnes et des éléments de la nature. C'est l'un des livres de la Bible les plus poétiques. Sa composition est attribuée à un compilateur du ive siècle av. J.-C. qui y aurait fondu différents poèmes. On a même avancé l'hypothèse que le Cantique des Cantiques ait pu avoir été rédigé par une femme, comme le pense par exemple l'exégète André La Cocque, étant donné la large place qui y est laissée aux personnages féminins et le fait qu'il y parle d'amour et jamais de mariage. On retrouve des parallèles à de nombreuses expressions du Cantique dans la littérature du Proche-Orient ancien, notamment dans les poèmes d'amour égyptiens. Le cadre géographique et social est suggéré par quelques noms propres (Jérusalem, Tirça, le Liban, Galaad (actuelle Jordanie)...), mais de telles références ne permettent pas de fixer avec certitude la date et le lieu de rédaction du Cantique des Cantiques. Le livre a d'abord été rejeté à cause de son caractère profane dont témoignent les nombreuses images érotiques comme « tes seins sont comme deux faons, jumeaux d'une gazelle » ou « ta poitrine comme les raisins mûrs ». Les exégètes chrétiens se sont souvent montrés perplexes devant ce livre. L’humaniste Sébastien Castellion avait des doutes quant à l’inspiration divine du livre à cause de son caractère sensuel, ce qui lui attira les foudres de Jean Calvin. Néanmoins, il le conserva dans sa traduction de la Bible. André La Cocque ou Gianni Barbiero, avancent l'hypothèse d'une interprétation du Cantique comme un rêve : les termes employés y font beaucoup référence à un vocabulaire onirique : ce serait un rêve éveillé de la fiancée qui se remémore les moments passés avec son bien-aimé.





Léon Courbouleix interprète ici à merveille ce long poème sensuel.

Superbe livre d'artiste.

Très rare sur Japon avec dessins originaux et suite.


Prix : 1.150 euros