vendredi 22 novembre 2019

Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone]. La Mimographe ou Idées d'une honnête-femme pour la réformation du théâtre national (1770). Edition originale et unique édition. Bel exemplaire en condition d'époque.


Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone].

La mimographe ou Idées d'une honnête-femme pour la réformation du théâtre national.

A Amsterdam, chez Changuion, libraire, et à La Haye, chez Gosse et Pinet, libraires, 1770

2 parties en 1 volume in-8 (20 x 13 cm) de 466 pages.

Reliure de l'époque plein veau caramel marbré, dos à nerfs orné aux petits fers dorés, pièce de titre de maroquin rouge, tranches rouges, doublures et gardes de papier marbré. Excellent état de conservation de la reliure, intérieur très frais. Infimes marques et frottements à la reliure. Exemplaire bien complet du feuillet de faux-titre qui indique : "Idées singulières. Tome second."


Édition originale et unique édition.

Second volume de la série des "graphes" donnée par Rétif de la Bretonne. Le premier volume, le plus célèbre d'entre les cinq qu'il donnera, à savoir Le Pornographe (traité de réformation de la prostitution) avait paru l'année précédente (1769) et avait connu un beau succès avec une nouvelle édition et les contrefaçons qui suivront.



En tête de la page 297 on lit : Seconde partie. Notes. A cet endroit commencent en effet des notes imprimées en petits caractères serrés. Un errata se trouve imprimé au verso du faux-titre. Selon Rétif lui-même (Monsieur Nicolas) ce volume a été imprimé à 2.000 exemplaires. Il n'a jamais été réimprimé ni contrefait. Ce qui fait dire à Paul Lacroix : "Cet ouvrage est rare, peut-être très-rare." La Mimographe, écrit Paul Lacroix, mérite d'occuper une place dans une collection de livres sur le théâtre, car il renferme beaucoup de détails historiques et de particularités curieuses. Paul Lacroix pense que Rétif a eu peu de part à la compilation des notes et du texte, qui doit revenir très certainement à Nougaret, alors ami de Rétif mais déjà brouillé avec lui au moment de la mise sous presse du volume. Selon Lacroix, Rétif y a pourtant contribué à sa manière, en y ajoutant un roman relatif aux mœurs du théâtre, outre une foule d'idées singulières qui lui appartiennent bien. La Mimographe a été composé par Rétif durant tout l'été 1769. Il l'imprima avec l'aide du prote Michel, comme le Pornographe. Rétif ne gagna rien avec cet ouvrage alors qu'il travailla activement à la casse, sous prétexte, écrit-il dans Monsieur Nicolas, "que c'étaient des changements, et que je devais bien faire mon manuscrit, du premier coup. Je dévorai tout cela. Je pouvais objecter la difficulté de la matière et son importance. Je n'objectai rien; je travaillai six mois, du matin au soir, avec une application dont peu d'hommes sont capables... Ce volume fut beaucoup plus gros que le premier (la première édition du Pomographe) ; les notes en furent plus étendues, plus raisonnées ; l'enveloppe romanesque en est mieux faite. Il y a beaucoup de néologisme, qui n'est pas toujours également heureux." C'est l'enveloppe romanesque dont Rétif est le fabricateur écrit Paul Lacroix ; mais combien de choses curieuses et intéressantes, dans les Notes, sur l'intérieur de la scène, sur les théâtres du boulevard du Temple, sur les acteurs et les actrices, sur le déplacement nécessaire du Théâtre national à Paris, etc. ! 



Références : Lacroix, pp. 104-107 ; Rive Childs, p. 215-216 (qui n'est pas convaincu par la large collaboration de Nougaret à cet ouvrage).

Bel exemplaire relié à l'époque, très bien conservé.

Prix : 1.800 euros

jeudi 21 novembre 2019

Gustave Guiches. La pudeur de Sodome. Félicien Rops. 1/22 exemplaires sur Japon. Frontispice en double état (Japon et Hollande). Tirage des plus rares. Bon exemplaire en condition d'époque.


Gustave Guiches. Félicien Rops.

La pudeur de Sodome. Frontispice gravé à l'eau-forte par Félicien Rops.

Paris, Maison Quantin, 1888

1 volume in-folio (33,5 x 24 cm) de (6)-46-(1) pages. Frontispice à l'eau-forte (vernis mou et pointe sèche) par Félicien Rops.

Cartonnage bradel demi-toile caramel. Pièce de titre absente, dos légèrement frotté par endroits, coins usés, reliure solide. Intérieur frais, relié sur brochure. Les deux plats de couverture en parchemin végétal ont été conservés en très bon état (le premier plat est imprimé du titre en lettres dorées).

Édition originale.

Tirage limité à 325 exemplaires sur papier de Hollande et 22 exemplaires sur papier impérial du Japon.

Celui-ci, un des très rares 22 exemplaires de tête sur papier impérial du Japon, avec deux épreuves du frontispice (sur Japon et sur Hollande).


Cet ouvrage a été dédié à Monsieur Joris-Karl Juysmans par l'auteur (dédicace imprimée placée en tête du texte de l'ouvrage). C'est le troisième ouvrage de l'auteur. Le texte de la Pudeur de Sodome avait paru en février 1888 dans la Revue indépendante.

"Le jeune romancier, auteur de Céleste Prudhommat, a, dans cet ouvrage de pure archéologie littéraire, fait montre d'un puissant talent descriptif et il a su rester biblique avec grandeur, sans rechercher la peinture des aberrations passionnelles de la cité maudite. Félicien Rops a frontispicé ou plutôt culispicé ce livre d'une eau-forte magistrale, qui éclate sous le faux-titre avec une allure énigmatique et un dessin d'une science achevée." (Octave Uzanne, Le Livre, 1888).


Cet ouvrage raconte le récit de deux cités situées au Moyen-Orient, Sodome et Gomorrhe. Ce texte reprend les éléments du récit initial qui provient de l’Ancien Testament. Rops nous plonge en Orient, dans cette époque fantasmée et imaginaire, par les nombreux éléments égyptiannisants de la scène. (Musée Rops à Namur).

"L'oeuvre de Rops est d'une colossale puissance, et tout ce qui surgits de symbole autour de ce Moloch du pharisaïsme est d'une incroyable grandeur" (Gustave Guiches, Au banquet de la vie, 1925).

"Ce sera la plus monstrueuse apologie qui ait été faite de la pudeur !" (Félicien Rops à Gustave Guiches, propos rapportés dans Au banquet de la vie, 1925).


Provenance : cachet encré rouge de collectionneur non identifié (caractère probablement japonais).


Très rare tirage.

Prix : 1.800 euros

mercredi 20 novembre 2019

Pierre Kropotkine. La conquête du pain (1892). Edition originale. Exemplaire de dédicace par l'auteur à son ami et collaborateur Georges Herzig (Le Révolté). Bel exemplaire bien relié. Précieux exemplaire.


[EXEMPLAIRE DE DÉDICACE - OFFERT A GEORGES HERZIG] Pierre Kropotkine.

La conquête du pain. Préface par Élisée Reclus.

Paris, Tresse et Stock, 1892 [imprimerie générale de Châtillon-sur-Seine, Pichat et Pépin].

1 volume in-18 (19,3 x 12,7 cm) de XV-297-(1) pages.

Reliure moderne demi-cuir brun marbré, pièce de titre, fleurons dorés au dos, millésime doré en queue du dos, plats de papier marbré, doublures et gardes du même papier marbré, coins renforcés de parchemin. Reliure parfaitement conservée. Intérieur sain, relié sur brochure, non rogné, papier de médiocre qualité, fragile et uniformément bruni comme tous les exemplaires sur papier ordinaire de l'éditeur Stock (papier des imprimeurs Pichat et Pépin de Châtillon-sur-Seine). Le premier plat de couverture rouge n'a pas été conservé. Le deuxième plat de couverture a été conservé avec quelques petits défauts.

Edition originale sur papier ordinaire.

Il n'a été tiré que 10 exemplaires sur papier de Hollande.

Exceptionnel et précieux exemplaire de dédicace offert par Kropotkine à son ami Georges Herzig : "Amitiés fraternelles".


En 1879, avec Dumartheray et Kropotkine, Georges Herzig fonda à Genève Le Révolté, dont il fut directeur jusqu’à ce que le journal soit repris par Jean Grave. Le 12 septembre 1880, il était présent à Vevey (canton de Vaud) à une réunion des partisans de la Freiheit de Johann Most. Les 9 et 10 octobre, il participa au congrès de la Fédération jurassienne pour la section de propagande de Genève. Du 14 au 20 juillet 1881, il fut délégué au congrès anarchiste de Londres (voir Gustave Brocher), par la Fédération jurassienne. Il participa aussi au congrès de la Fédération jurassienne de juin 1882 et à la réunion internationale de Genève du 12 au 14 août 1882. Il collabora à d’autres organes libertaires, comme le bimensuel L’Avenir (organe ouvrier indépendant de la Suisse romande) de Genève, publié du 8 octobre 1893 au 30 juillet 1894. Avec Louis Bertoni, Eugène Steiger et d’autres, il fut parmi les fondateurs en juillet 1900 du Réveil socialiste anarchiste, auquel il collabora régulièrement et assidûment jusqu’en 1916, puis de 1918 à sa mort ; il peut être considéré comme un de ses meilleurs polémistes. Il fut l’un des 113 signataires du tract « Les antimilitaristes suisses aux travailleurs », appelant à la désobéissance, publié dans le Réveil du 28 avril 1906, avec entre autres son fils Edmond, réfractaire passé à l’étranger. En juillet 1907, il fut l’un des orateurs du meeting contre l’expulsion de Bertoni du canton de Genève, avec Charles Fulpius de la Libre Pensée, le socialiste Adrien Wyss, Louis Avennier, Auguste Bérard, Margarethe Faas-Hardegger. Il collabora aussi, sous le pseudonyme de Georges Sergy (nom de sa femme), à La Voix du Peuple, hebdomadaire de la Fédération des unions ouvrières de Suisse romande, publié à Lausanne puis à Genève de 1906 à 1914. Pendant la guerre, il rédigea le manifeste « Aux soldats de tous les pays », qui fut distribué dans la Suisse entière. Il prit parti pour la tendance interventionniste, et abandonna le Réveil pour écrire dans La Libre Fédération, le périodique lausannois (1915-1919) de Jean Wintsch. Lorsque Bertoni fut emprisonné en 1918-1919, Herzig reprit, avec A. Amiguet, la responsabilité de la partie française du Réveil, et continua d’y écrire jusqu’à sa mort en 1923. (http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article154600, notice HERZIG Georges, Henri [dit Sergy] [Dictionnaire des anarchistes] par Gianpiero Bottinelli, Marianne Enckell, version mise en ligne le 27 mars 2014, dernière modification le 10 décembre 2018.)


La conquête du pain a été écrit directement en français par le Prince Noir, Pierre Kropotkine (1842-1921). C'est sans conteste son ouvrage le plus important. Il influença durablement les milieux anarchistes qui en firent un plan général pour mettre en application leur idéologie. C'est d'abord une série d'articles dans les journaux anarchistes Le Révolté et La Révolte (dirigés par Kropotkine). La première publication comme livre a lieu à Paris en 1892, chez Tresse et Stock, avec une préface d'Élisée Reclus, qui a aussi suggéré le titre. Le livre est immédiatement réédité. Entre 1892 et 1894, il est partiellement publié sous formes d'articles dans le journal de Londres Freedom (liberté), dont Kropotkine est cofondateur. Il a été traduit et réimprimé de nombreuses fois. Dans cet ouvrage, Kropotkine pointe ce qu'il considère comme les défauts des systèmes économiques, du féodalisme et du capitalisme, et comment il croit que ces systèmes prospèrent grâce à et maintiennent la pauvreté et la pénurie, malgré l'abondance de la production grâce aux progrès techniques, par le maintien de privilèges. Il propose à nouveau un système économique décentralisé basé sur l'entraide et la coopération volontaires, affirmant que les tendances pour ce type d'organisation existent déjà, aussi bien dans l'évolution que dans les sociétés humaines. Il traite également des détails de la révolution et de l'expropriation afin qu'elles ne finissent pas de manière réactionnaire.


"Lorsque les socialistes affirment qu’une société, affranchie du Capital, saurait rendre le travail agréable et supprimerait toute corvée répugnante et malsaine, on leur rit au nez. Et cependant, aujourd’hui même on peut voir des progrès frappants accomplis dans cette voie ; et partout où ces progrès se sont produits, les patrons n’ont qu’à se féliciter de l’économie de force obtenue de cette façon. [...] Eh bien, peut-on douter que dans une société d’égaux, où les « bras » ne seront pas forcés de se vendre à n’importe quelles conditions, le travail deviendra réellement un plaisir, un délassement ? La besogne répugnante ou malsaine devra disparaître, car il est évident que dans ces conditions elle est nuisible à la société tout entière. Des esclaves pouvaient s’y livrer ; l’homme libre créera de nouvelles conditions d’un travail agréable et infiniment plus productif. Les exceptions d’aujourd’hui seront la règle de demain. Il en sera de même pour le travail domestique, dont la société se décharge aujourd’hui sur le souffre-douleur de l’Humanité, — la femme." (extrait)


Cet ouvrage est une vision enchantée d'un monde désenchanté par l'humain, mais où ce même humain doit parvenir à réaliser cet idéal de société dont le bénéfice sera une répartition juste et équitable des bienfaits par la révolution et la lutte. Kropotkine conclut : "Pouvant désormais concevoir la solidarité, cette puissance immense qui centuple l’énergie et les forces créatrices de l’homme, — la société nouvelle marchera à la conquête de l’avenir avec toute la vigueur de la jeunesse. Cessant de produire pour des acheteurs inconnus, et cherchant dans son sein même des besoins et des goûts à satisfaire, la société assurera largement la vie et l’aisance à chacun de ses membres en même temps que la satisfaction morale que donne le travail librement choisi et librement accompli, et la joie de pouvoir vivre sans empiéter sur la vie des autres. Inspirés d’une nouvelle audace, nourrie par le sentiment de solidarité, tous marcheront ensemble à la conquête des hautes jouissances du savoir et de la création artistique. Une société ainsi inspirée n’aura à craindre ni les dissensions à l’intérieur, ni les ennemis du dehors. Aux coalitions du passé elle opposera son amour pour l’ordre nouveau, l’initiative audacieuse de chacun et de tous, sa force devenue herculéenne par le réveil de son génie. Devant cette farce irrésistible, les « rois conjurés » ne pourront rien. Ils n’auront qu’à s’incliner devant elle, s’atteler au char de l’humanité, roulant vers les horizons nouveaux, entr’ouverts par la Révolution sociale.".


Précieux exemplaire de dédicace offert par le Prince des anarchistes à son ami et collaborateur Georges Herzig.

Prix : 6.500 euros


mardi 19 novembre 2019

Aline, Reine de Golconde, conte par le Chevalier de Boufflers (1887). Superbe édition bibliophilique pour les Amis des Livres, dirigée par Octave Uzanne. Reliure décorée à la dentelle dorée plein maroquin de Cuzin. Splendide.


Stanislas de BOUFFLERS (Chevalier)

Aline, Reine de Golconde, Conte par le Chevalier Stanislas de Boufflers.


A Paris, Gravé et imprimé pour la Société des Amis des Livres, 1887

1 volume petit in-4 (23 x 15 cm), (8)-IV-29-(2) pages, comprenant 1 faux-titre et justification du tirage (1 feuillet), 1 feuillet de titre gravé avec vignette (imprimé en bleu), 4 pages d'envoi imprimé orné de 2 belles vignettes à l'eau-forte en couleur, 29 pages de texte gravé orné de 1 bel en-tête et 1 belle lettrine à l'eau-forte en couleur, 11 vignettes dans le texte en noir, 1 page pour l'explication technique, 1 page d'achevé d'imprimer. 4 pages pour la liste des membres de la Société des Amis des Livres ont été placées au début du volume.

Reliure de l'époque plein maroquin chocolat ornée d'un large encadrement en dentelle aux petits fers dorés sur chacun des plats, dos à nerfs très orné aux petits fers dorés, double-filet doré sur les coupes, doublure de maroquin poli de même couleur orné d'un large jeu de roulettes en encadrement et filets dorés, doubles-gardes de papier peigne, toutes tranches dorées, le premier plat de la fragile couverture imprimée en bleu à rayures est parfaitement conservé. Très fine reliure non signée (attribuable aux meilleurs maîtres-relieurs de l'époque). Excellent état proche du neuf. Très légère éraflure dans la doublure du second plat.


Tirage unique à 117 exemplaires seulement.

Celui-ci porte le n°109. Tous les exemplaires ont été imprimés sur papier de Hollande à la cuve.

On lit à la fin : "Les Amis des Livres ont confié la Direction de cet ouvrage à leur collègue Octave Uzanne. Les compositions jointes au texte ont été dessinées par Albert Lynch. Les eaux-fortes au lavis gravées par E. Gaujean. Les lettres bâtardes du texte burinées par A. Leclère. Le volume a été achevé d'imprimer pour la Société des Amis des Livres le 25 octobre 1887 sur les presses en taille-douce de la Maison Quantin à Paris."

Ce petit livre est une merveille, un véritable joyau bibliophilique. Octave Uzanne a donc dirigé la mise en train de cette édition de grand luxe pour ses collègues des Amis des Livres. C'est le seul livre dont il dirigea l'exécution artistique pour cette société qui lui laissa le goût amer du trop rigide et du trop convenu. C'est peu de temps après la mise au jour de cette édition qu'il créera fin 1889 l'Académie des Beaux-Livres ou Bibliophiles contemporains. Dans sa revue Le Livre, Octave ne sera pas tendre avec les productions bibliophiliques des Amis des Livres.



Voici comment Octave Uzanne s'exprime au sujet de ce joli conte léger :


« On ne saurait se faire une idée exacte aujourd'hui de l'engouement qu'excita le délicieux conte d'Aline ; Grimm en parle avec enthousiasme. [...] Ce fut une fureur pendant plus de six mois ; d'innombrables copies d'Aline couraient de ruelle en ruelle, de salon en salon, de société en société ; on s'arrachait ces manuscrits, on ne parlait que du conte et de l'auteur. Boufflers eut une vogue qu'il n'avait point cherchée, mais qui n'en fut que plus retentissante et le mit de plain-pied dans le domaine de la galanterie. Toutes les femmes voulurent connaître l'heureux amant de la jolie laitière, cet écrivain simple et charmant qui avait su, par la fraîcheur et la jolie tournure de son style, exciter la curiosité d'un public blasé par les fadeurs de tant de petits romans. [...] » (extrait de la Notice sur la vie et les œuvres de Boufflers, placée en tête des Poésies publiées par Octave Uzanne dans la collection des Petites Poètes du XVIIIe siècle (Paris, A. Quantin, 1886).

On voit donc que ce n'est pas un hasard si Octave Uzanne publie Aline pour les Amis des Livres fin 1887 alors qu'il s'était largement intéressé à l'auteur dès fin 1885 début 1886.


Ce conte en prose, galant voire légèrement licencieux, a été publié pour la première fois en 1761. Deux ans après Candide, un an après La Nouvelle Héloïse, Boufflers donne ce petit bijou littéraire qui fait fureur : cinq éditions paraissent avant la fin de l’année. Ce conte est une douce rêverie, une rêverie qui rassemble certaines idées bien répandues sur le bonheur. Un jour, dans une belle vallée, un adolescent de bonne famille (c’est le narrateur) rencontre une jeune paysanne qui porte un pot de lait à son village. Ce jour-là, ils découvrent l’amour et la volupté, mais le jeune homme quitte sa belle laitière, Aline, pour suivre la voix trompeuse de la gloire. Il retrouvera Aline à trois reprises. La première fois, à l’Opéra à Paris : elle est devenue une femme du monde. La deuxième fois, aux Indes : elle est la reine bienfaisante du royaume prospère de Golconde, connu pour ses diamants. La troisième fois, ils se retrouvent dans un désert au pied d’une montagne où le narrateur se retire, las de ses déboires. Ils sont vieux, elle n’est plus belle : « Nous étions autrefois jeunes et jolis, lui dit-elle, soyons sages à présent, nous serons plus heureux. » (informations extraites du site de Sue Carrell consacré à la correspondance échangée entre la comtesse de Sabran et le chevalier de Boufflers)


« Je tombai aux pieds de la divine Aline : nous nous aimâmes plus que jamais, et nous devînmes l’un pour l’autre notre univers. J’ai déjà passé ici plusieurs années délicieuses avec cette sage compagne ; j’ai laissé toutes mes folles passions et tous mes préjugés dans le monde que j’ai quitté ; mes bras sont devenus plus laborieux, mon esprit plus profond, mon cœur plus sensible. Aline m’a appris à trouver des charmes dans un léger travail, de douces réflexions et de tendres sentiments ; et ce n’est qu’à la fin de mes jours que j’ai commencé à vivre. » (extrait).


Dès 1887 les exemplaires de cette édition ce sont arrachés à prix d'or. On le retrouve somptueusement relié dans les plus riches bibliothèques de la la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Au catalogue Morgand il est très coté (de 200 à 500 francs or selon la reliure - 1500 francs or (prix fou) pour un exemplaire en reliure décorée de Charles Meunier !).


Bien que la reliure de notre exemplaire ne soit pas signée, elle mérite largement tous les honneurs. Le corps d'ouvrage est parfaitement établi, la dorure parfaite, le maroquin de qualité. La finesse des cartons utilisés pour la confection des plats est telle que la doublure en maroquin dut être un exploit d'habileté pour la réaliser avec autant de perfection. On ne peut se résoudre à penser qu'il s'agisse d'un simple oubli de la part d'un relieur aussi doué. Une belle marque d'humilité plus probablement. Ce maître relieur restera connu comme l'excellent praticien qui n'a pas signé son oeuvre.


Splendide exemplaire parfaitement établi en maroquin doublé, à l'époque, par un maître relieur dont l'humilité a retenu la main pour signer son oeuvre.

Prix : 4.500 euros


Léon Milhaud. Les questions ouvrières. Les réponses possibles et pratiques dans les questions ouvrières. 1894. Edition originale. Bel exemplaire.


Léon Milhaud.

Petite encyclopédie sociale, économique et financière. XI. Les questions ouvrières. Les réponses possibles et pratiques dans les questions ouvrières. Par Léon Milhaud, docteur en droit, diplômé de l'école des sciences politiques.

Paris, V. Giard et Brière, 1894

1 volume in-18 (18 x 12 cm) de 202 pages.

Reliure de l'époque demi-toile chagrinée vert sombre. Reliure parfaitement conservée. Intérieur frais malgré un papier jauni de médiocre qualité.

Edition originale.

Ce petit volume était vendu 2 f. 50. "Le but de M. Léon Milhaud est d'exposer les réformes possibles et pratiques, sans s'inféoder ni à l'école libérale, qui enseigne l'abstention de l'état au nom de la liberté, ni à l'école socialiste, qui réclame son intervention au nom d'une prétendue justice sociale." (René Worms, Philosophie des sciences sociales : Méthode des sciences sociales, 1904, p. 32).


"La nécessité de faire des lois et d'accomplir des réformes en faveur des travailleurs de toutes catégories est plus que jamais rappelée, à l'heure actuelle, soit dans la presse, soit au Parlement. Et il faut reconnaître qu'en présence des lacunes de notre législation, la popularité des hommes qui dénoncent les imperfections de l'organisation industrielle moderne n'est pas injustifiée. Mais s'il est bon de faire attention à leurs critiques, il faut également prêter l'oreille aux remèdes qu'ils proposent. Il arrive parfois que quelques-uns d'entre eux, émus par le spectacle des misères de la société contemporaines, se laissent aller à des propositions dangereuses. Dans un pays démocratique comme le nôtre, il importe que les citoyens connaissent les difficultés des problèmes que soulèvent les rapports du capital et du travail. Ce n'est, en effet, que par la connaissance de ces difficultés pratiques et matérielles qu'ils pourront être à même de discerner, dans les harangues des démagogues, les déclamations stériles, qu'ils pourront y opposer une résistance courageuse, et qu'ils sauront au contraire qu'elles sont les idées auxquelles ils doivent consacrer leur sympathie et leur approbation, celles en faveurs desquelles ils doivent employer tous leurs efforts et user de tous leurs droits. Notre but, dans le petit opuscule que nous présentons au public, est précisément de donner un aperçu des principales propositions à l'ordre du jour, de faire connaître les arguments pour et contre elles, les principes qu'elles invoquent, les raisons qui doivent en faire prononcer le rejet ou en hâter l'adoption définitive." (Préface).

Après une introduction donnant un aperçu sur les idées des deux grandes écoles économiques, le volume se divise en deux parties : la première partie donne état des réformes possibles sous l'organisation économique actuelle (accord par l'état de certaines faveurs, répression par l'état de certains abus, correction des imperfections de la législation actuelle, lacunes de la législation actuelle, dispositions législatives réclamées au sujet su salaire, dispositions relatives aux conditions du travail). La deuxième partie contient les réformes possibles pour la transformation de l'organisation économique actuelle.


L'auteur s'élève contre le syndicalisme forcé, défend l'idée de l'assurance obligatoire pour les ouvriers. Il conclut à l'impossibilité de mise en application de la journée de huit heures. Au nom de la défense nationale il se prononce en faveur du rachat des chemins de fer par l'état. Il rappelle à l'école libérale les devoirs de solidarité sociale, et à l'école socialiste, le droit à la liberté. "L'honneur de l'école libérale est de proclamer que le bonheur des hommes ne dépend que d'eux-mêmes, que c'est par leur initiative individuelle, par leurs efforts persévérants qu'ils peuvent réussir et acquérir et à conserver le bien-être. La gloire de l'école socialiste est d'appeler l'attention des favorisés de la fortune sur les malheureux, afin qu'ils n'abusent pas de leur situation privilégiée et qu'ils donnent aux déshérités les moyens de sortir de leur triste condition par le travail." (conclusion). L'auteur, de par sa formation de docteur en droit, place le droit au dessus des deux écoles. Le droit doit être le dernier et meilleur recours pour l'amélioration "juste" de la condition d'ouvrier.

Bel exemplaire d'un livre peu commun et très intéressant.

Prix : 200 euros

Ernest Tarbouriech. La Cité future (1902). Essai d'une utopie scientifique. Edition originale. Exemplaire de dédicace "Hommage socialiste".


Ernest TARBOURIECH.

La Cité Future. Essai d'une utopie scientifique.

Paris, P.-V. Stock, 1902 [imprimerie A. Pichat, Châtillon-sur-Seine].

1 volume in-12 (19 x 12 cm) de 484 pages. Broché. Exemplaire à relier. Usures à la fragile couverture (papier du dos complètement effrité ou manquant, bords avec déchirures, brochage fragile). Intérieur très frais, sans rousseurs, imprimé sur beau papier. Non coupé (jamais lu).

Édition originale.

Exemplaire de dédicace offert par l'auteur : "Hommage socialiste".

Exemplaire sur papier d'édition. Il n' a été tiré que 5 exemplaires sur papiers de Hollande.


Cet ouvrage important contient un programme politique et social novateur basé sur le collectivisme et le socialisme pratique. Loin des idéologies pures, il s'agit ici de créer un nouveau modèle de société. Ernest Tarbouriech (1865-1911) était docteur en droit. Il publia en 1896 un essai sur la responsabilité des accidents dont les ouvriers sont victimes dans leur travail, et il enseigna au collège des sciences sociales de Bruxelles dont il fut l'un des fondateurs. Dreyfusard et militant de la première heure à la Ligue des Droits de l'Homme, il adhère au parti socialiste en 1900. Il fut l'un des intellectuels qui contribua à forger la doctrine socialiste. Il fut un grand défenseur des droits des femmes. En 1910, moins d'un an avant sa mort, il est élu député S.F.I.O. du Jura.

"La Cité future n'est pas une fable, une fiction utopique, mais une réflexion sérieuse et approfondie, appuyée sur la science ainsi que l'indique le sous-titre, une science au service du progrès et du socialisme et non pas seulement garante de la conservation de l'ordre comme chez Jules Strada. Tarbouriech imagine une société collectiviste basée sur six formules : à chacun selon ses besoins, à chacun selon ses forces, chaque individu doit trouver un intérêt dans la prospérité du groupe, hommes et femmes se partagent sur un pied d'égalité les travaux domestiques et la production sociale, le collectivisme sera national : la communauté politique de base reste en effet la nation. Ces principes généraux une fois posés, Tarbouriech examine dans le détail l'organisation à venir de la société collectiviste. En ce qui concerne la grande ville et Paris en particulier, La Cité future affiche un  programme sévère : la société doit être purifiée du miasme urbain. Paris exerce une attraction délétère sur les oisifs "millionnaires traînant leur stupide existence", sur les déchets sociaux qui ne travaillent pas mais mendient et trafiquent, les "chasseurs de pièces de cent sous". (extrait de Les deux Paris, Jean-Pierre A. Bernard, p. 120)


"Les institutions que je me plais à faire fonctionner par la pensée, les règlements que j'expose comme si j'avais sur ma table les Codes Collectivistes, au lieu du recueil des lois bourgeoises, les pratiques administratives dont je parle au présent comme si je vivais en l'an 2000, tout cela n'est pas le produit de mon imagination, ce n'est que l'adaptation à l'économie collectiviste qui triomphera un jour, d'éléments empruntés à la vie contemporaine. Si mon rêve d'avenir mérite de retenir l'attention, ce sera par ses constantes allusions au présent." (dernier paragraphe de la Cité future).

La Cité future sera réimprimé en 1910 avec mention de seconde édition, seul tirage avec celui de 1902.


Bon exemplaire avec envoi autographe de l'auteur. A relier.

Prix : 550 euros

lundi 18 novembre 2019

Idylles de Berquin (1775) sur papier fort de Hollande avec les 24 figures de Marillier. Superbe exemplaire parfaitement établi vers 1880 par Canape-Belz.


Arnaud BERQUIN - Illustrations de MARILLIER

IDYLLES, par M. Berquin.

[A Paris, Ruault, 1775]. De l'imprimerie de Quillau, 1775.

2 parties en 1 volume in-12 (145 x 100 mm - Hauteur des marges : 140 mm) de 1 titre-frontispice, VI-(1)-53-(1) et  (4)-67-(1) pages. Avec 24 figures par Marillier, gravées par Gaucher, de Ghendt, Le Gouaz, Delaunay, Lebeau, Maquelier, Née et Ponce.

Reliure plein maroquin bleu nuit, dos à nerfs orné aux petits fers dorés, grand décor aux petits fers et filets en encadrement sur les plats, double-filet doré sur les coupes, large jeu de roulettes dorées en encadrement intérieur des plats, doublures et gardes de papier peigne, tranches dorées (reliure signée CANAPE-BELZ, vers 1880). Parfait état de l'ensemble. Intérieur frais, sur grand papier fort de Hollande. Bon tirage des estampes de Marillier.



Édition originale.

Exemplaire sur beau papier fort de Hollande avec les figures avec les numéros en bon tirage.



Archétype du livre illustré raffiné au XVIIIe siècle, les Idylles de Berquin, magnifiquement illustré par le talent de Clément-Pierre Marillier (né à Dijon), ont été convoitées dans les plus grandes ventes de livres, notamment à la fin du XIXe siècle, où certains exemplaires très bien établis, atteignirent des prix faramineux.


Provenance : de la bibliothèques Jacques Pouquet (ex libris).

Référence : H. Cohen, Guide de l'amateur de livres à gravures du XVIIIe siècle (1912, sixième édition, col. 139-140) ; "triumph of miniature illustration" (Ray I, 44-45) ; Quérard I, 296.



Superbe exemplaire établi vers 1880 de ce livre emblématique du livre illustré dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

Prix : 1.800 euros


vendredi 15 novembre 2019

George Sand. Histoire de ma vie. 1855. Très rare édition non autorisée (contrefaçon ou préfaçon) publiée à Leipzig. Bel exemplaire en condition d'époque.


George Sand.

Histoire de ma vie par Mme George Sand.

Paris, 1855. Leipzig, chez Wolfgang Gerhard [Typographie de L. Schnauss]

13 tomes reliés en 6 volumes petits in-12 (14 x 10 cm) de 162, 166, 147, 171-(1), 164, 160, 160, 160, 164, 160, 160, 160 et 154-(6) pages. Collationné complet.

Reliure demi-basane maroquinée bleue nuit, dos lisses ornés de filets dorés en guise de faux-nerfs, auteur, titre et tomaisons dorés, plats de papier marbré. Reliures homogènes, décoratives et solides. Quelques légers frottements, intérieurs frais en dépit de rousseurs et brunissures du papier localisées essentiellement aux premiers et derniers feuillets. Bon papier pour l'ensemble de la série.

Très rare édition non autorisée ou préfaçon publiée à Leipzig très peu de temps après le lancement de l'édition française en volumes à Paris par Lecou (1854-1855, 20 volumes in-8).



La plupart des bibliophiles peuvent abandonner l'idée de trouver à bon compte et en belle condition d'époque la très rare édition originale publiée entre 1854 et 1855 en 20 volumes in-8 à Paris chez Lecou. L'édition primitive et la seule que l'on rencontre assez souvent, elle celle donnée l'année suivante (1856) en 10 volumes in-18 par Michel Lévy frères. Le texte d'Histoire de ma vie avait été publié en feuilleton dans La Presse entre le 5 octobre 1854 et le 17 août 1855 (138 numéros). L'édition dont nous donnons ici le descriptif est une édition non autorisée (clandestine ou contrefaçon pourrait convenir) dont l'histoire et le détail mérite d'être donné, tant pour sa rareté avérée que pour ses particularités bibliographiques. Voici quelques éléments qui permettent de situer dans le temps ce tirage spécial de Leipzig.



On trouve dans notre exemplaire, et ce uniquement à partir du quatrième tome, un timbre encré circulaire portant mention "SAECHS. FRANZOES. VERTRAG. 1856" qui signifie : traité conclu entre la Saxe et la France. Ce cachet signifie que les volumes sur lesquels il est apposé ont été soumis aux stipulations du traité conclu en 1856 entre la Saxe et la France sur la propriété littéraire. Ce traité a été promulgué le 14 juin 1856. En résumé il s'agit d'un traité qui protège l'un et l'autre pays, France et Saxe, contre les contrefaçons (éditions non autorisées) et ce de manière bilatérale. A cette époque, Leipzig, comme d'autres villes d'Europe (Bruxelles notamment), est un véritable centre de la contrefaçon en matière d'édition des auteurs, français notamment. Plutôt que de détruire les éditions lancées sur la marché avant le printemps 1856, il a été décidé de faire un inventaire complet des fonds des libraires de Leipzig et des autres villes de Saxe afin de recenser ces éditions non autorisées. Plutôt que de les détruire (au détriment des libraires et imprimeurs locaux) il a été décidé de faire apposer systématiquement ce cachet encré, stigmatisant ainsi de manière claire et nette tout volume publié sans l'accord de l'auteur. Les exemplaires non revêtus de ce timbre encré étaient passibles de confiscation et de destruction tant chez les imprimeurs et libraires-éditeurs. De ceci découlait une taxation à l'importation sur le sol français (20 francs pour 100 kg pour les livres et brochures). Tout finit toujours par s'acheter ... y compris les droits d'auteurs ... au kilo ! De ce fait, les exemplaires de cette édition (dont nous ne savons pas le chiffre du tirage) ont dû être assez peu répandus sur le sol français. Sans doute même de très nombreux exemplaires, non revêtus du timbre encré, ont-ils été détruits par l'administration française. Tous ces éléments font que cette série, complète en 13 tomes, est devenue fort rare.



Il fait maintenant nous arrêter au contenu de ces 13 tomes. Nous avons comparé minutieusement le détail des chapitres entre l'édition définitive de 1876 (la dernière revue par l'auteur), l'édition originale de 1855 en 20 volumes in-8 (Lecou) et notre édition de 1855 (Leipzig). Il s'avère que plusieurs différences notables sont à signaler. Le découpage des parties est différent (pour s'adapter matériellement au format de l'édition de Leipzig, en 13 volumes contre 20 volumes pour l'originale). Par ailleurs, on constate dans l'édition de Leipzig (1855) la suppression du chapitre VI (première partie), chapitre consacré au Maréchal de Saxe (ce n'est sans doute pas un hasard si ce chapitre a été supprimé de cette édition ... de Saxe). Il faut remarquer ensuite, chapitres après chapitres, de nombreuses suppressions de paragraphes (notamment et plus particulièrement aux chapitres VII, VIII, IX, X, XI, XII, et plusieurs autres. Ces suppressions sont-elles dues à une auto-censure de l'éditeur de Leipzig ou bien un allègement du texte (pour gagner du volume ...) concernant des chapitres jugés "non essentiels". L'affaire serait à creuser et mérite toute l'attention des bibliographes à naître. Quoi qu'il en soit, il en résulte que cette édition de Leipzig présente donc un texte allégé de plusieurs chapitres et paragraphes. Difficile d'imaginer que George Sand n'ait pas eu vent de cette édition "pirate" venue de Saxe. Qu'en a-t-elle pensé ? écrit ? dit ? Peut-être sa correspondance en fait-elle mention ? Nous n'avons rien trouvé à ce sujet. Nous avons trouvé trace d'une édition de Berlin (F. Schneider, [ca 1855], 20 tomes - CCfr, B.M. Rennes, cote HP 4604/1-20), et une autre aussi à Leipzig (chez Auguste Schnee) en 11 vol. in-16 donnée comme la pré-façon (pré-originale de l'édition Lecou). Ces trois éditions de Leipzig et Berlin, trois préfaçons, montrent assez l'engouement pour ce texte dès sa publication dans La Presse.



Histoire de ma vie n'est pas une biographie linéaire. C'est un choix de morceaux de la vie de George Sand. Les premiers volumes sont tout entiers consacrés à l’ascendance de bonne dame de Nohant. Sa famille, ses relations, ses émotions, sa jeunesse. Il faut d'ailleurs attendre longtemps au fil des pages avant même d'avoir la naissance de l'auteur de la Mare au diable. Les derniers volumes contiennent l'histoire de George Sand écrivain, du milieu littéraire dans lequel elle a évolué. Rédigée à partir de 1847, cette Histoire de ma vie sera reprise et abandonnée cent fois jusqu'à sa publication en 1854-1855. Ses relations avec Balzac, Sainte-Beuve, Delacroix, etc., sont l'occasion de récits vifs, enjoués et naturels. George Sand a placé en exergue de ces volumes les vers suivants : "Charité envers les autres ; Dignité envers soi-même ; Sincérité devant Dieu." On regrettera simplement que sa sincérité devant Dieu ne lui ait pas permis (autorisé) de publier quelques belles pages de ses amours tumultueuses (charité envers les autres ou dignité envers soi-même ?).



"Lorsqu’en 1847 George Sand, qui a déjà fait paraître ses plus grands romans, entreprend à quarante-trois ans son Histoire de ma vie, elle définit ainsi son futur livre : « C’est une série de souvenirs, de professions de foi et de méditations dans un cadre dont les détails auront quelque poésie et beaucoup de simplicité. Ce ne sera pourtant pas toute ma vie que je révélerai. » Son modèle n’est pas Rousseau, ni d’ailleurs les Mémoires d’outre-tombe qui vont commencer à être publiés et où elle voit trop de pose et de drapé. Son ambition n’est pas d’inscrire sa vie dans le mouvement de l’Histoire, mais d’offrir le récit d’une existence de femme et d’écrivain qui côtoie rapidement Balzac et Sainte-Beuve, l’abbé de Lamennais et le socialiste Pierre Leroux – et bien sûr Musset et Chopin. [...] si d’autres femmes, avant Sand, ont écrit des mémoires, la singularité de son Histoire de ma vie est qu’on y découvre pour la première fois le récit de formation d’une jeune fille qui a voulu être artiste – mais un récit sans égotisme parce que au miroir de sa propre existence elle désire que se retrouvent tous les autres enfants du siècle : « Ecoutez ; ma vie, c'est la vôtre. »" (Brigitte Diaz, Histoire de ma vie, édition Classiques, Le Livre de Poche, 2004).



Sauf erreur de notre part, aucun exemplaire de cette préfaçon (Leipzig, Wolfgang Gerhard, 1855) ne se trouve répertorié au Catalogue Collectif des Bibliothèques de France (CCfr).

Ce morceau d'histoire de sa vie est un texte majeur de la littérature intimiste du XIXe siècle.

Très rare édition. Bel exemplaire en agréable condition d'époque.

Prix : 3.950 euros

jeudi 14 novembre 2019

Edme-Gilles Guyot. Nouvelles récréations physiques et mathématiques (1799). 3 volumes in-8. 102 planches. Bel exemplaire finement relié à l'époque.


Edme-Gilles Guyot.

Nouvelles récréations physiques et mathématiques, contenant ce qui a été imaginé de plus précieux dans ce genre et qui se découvre journellement ; auxquelles on a joint les causes, leurs effets, la manière de les construire, et l'amusement qu'on peut en tirer pour étonner et surprendre agréablement. Nouvelle édition. Par M. Guyot, de la Société littéraire et militaire de Besançon.

A Paris, à la librairie, rue S. André-des-Arcs, n°46, an VII (1798/1799)

3 volumes in-8 (20,5 x 13 cm) de XVI-375, VII-410 et (4)-408 pages. 32 planches hors-texte dans le premier volume. 48 planches hors-texte dans le second volume. 22 planches hors-texte dans le troisième et dernier volume. Soit un total de 102 planches hors-texte (collationné complet).

Reliure strictement de l'époque pleine basane racinée fauve, dos lisses richement ornés aux petits fers dorés, pièces de titre de maroquin rouge, roulette dorée en encadrement des plats. Reliures très bien conservées, solides et décoratives. Quelques petites usures aux coins, petite amorce de fente en pied du troisième volume avec léger manque à l'extrémité de la coiffe inférieure. Intérieur très frais, imprimé sur papier fin pour le texte et sur papier fort pour les planches (en noir).




Edmé-Gilles Guyot (1706-1786) était directeur des Postes (on voit bien que cet emploi laisse un certain temps de liberté ...) publie cet ouvrage pour la première fois en 1769-1770 (4 volumes in-8).  Il y décrit diverses expériences sur le jeu de l'aimant, le magnétisme, les combinaisons et la permutation des nombres, l'électricité, la mécanique, l'optique, les encres sympathiques, l'air, l'eau ou encore le feu. On y trouve également divers tours de magie. Les 102 planches décrivent les expériences et autres tours par le détail des machineries ou des explications. Il existe des exemplaires avec les planches coloriées (les exemplaires habilement aquarellés sont rares et se vendaient très chers - il est annoncé dans notre exemplaire qu'il a été fait des exemplaires habilement enluminés vendus 6 livres de plus que les exemplaires en noir). Notre édition est à proprement parler la quatrième (celle de 1786 remise en forme en 3 volumes au lieu de 4 mais contenant la même chose).

« M. Guyot, Auteur du travail soumis à notre examen, lève le voile de ces misérables prestiges, & montre qu'en masquant une cause connue de tous les siècles, il est très aisé de piper le monde avec de l'effronterie & du babil. Les beaux esprits & les hommes du monde riront, peut-être, une seconde fois de leur surprise; mais, à coup sûr, le philosophe en sera humilié. » (Chapelle)




"infiniment plus complet que tous ceux parus depuis, y compris les Robert Houdin" (Caillet).

Bel exemplaire de ce célèbre ouvrage toujours recherché.

Références : Récréations et mathématiques mondaines au XVIIIe siècle : le cas de Guyot in B. Belhoste, D. Hazebrouck / Historia Mathematica 41 (2014) 490–505 ; Caillet II, n° 4900 ; Wheeler-Gift, 426 ; Ruegg (Bibliographie de la prestidigitation française, p. 49).

Prix : 950 euros