jeudi 10 juin 2021

Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone]. Les Françaises ou XXXIV exemples choisis dans les mœurs actuelles, propres à diriger les Filles, les Femmes, les Épouses et les Mères. 1786. Rare. Bon exemplaire broché non rogné..

Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone].

Les Françaises, ou XXXIV exemples choisis dans les mœurs actuelles, propres à diriger les Filles, les Femmes, les Épouses et les Mères. Ier Volume : Les Filles. IId. Volume : Les Femmes. IIIe Volume : Les Épouses. IVe Volume : Les Mères.

A Neufchâtel, et se trouve à Paris Chés Guillot, 1786

4 volumes in-12 (18,8 x 11 cm), brochés de 272, 312, 312 et 324-(16) pages. 34 figures hors-texte d'après les dessin de Binet commandés et dirigés par Rétif lui-même. Couverture en papier marbré de la seconde moitié du XIXe siècle (couverture refaite à l'époque). Ensemble non rogné. A noter quelques défauts : La page de titre du tome IV et la première gravure de ce volume (gravure n° 27) présente un manque de papier dans l'angle supérieur avec manque de texte et manque au bord de la gravure. Quelques mouillures anciennes et salissures sans gravité. Dans l'ensemble et à part ce défaut du début du tome IV, l'ensemble, non rogné, avec les figures d'un excellent tirage, reste très acceptable. Chaque volume a été précédé d'un grand ex libris armorié monté sur carton et broché en tête (voir provenance).

Notre exemplaire est bien complet des 8 feuillets d'annonces pour la table des Contemporaine et une liste des ouvrages de l'auteur (indiqués par Rives-Childs mais non mentionnés par Lacroix).

Edition originale.


Recueil de nouvelles écrit en seulement 26 jours.

"Je donne pour titre à ces IV Volumes, Les Françaises, parce que les Trente-quatre Exemples qui les composent, offrent un tableau général de nos mœurs, où les Jeunes personnes les Femmes de tout âge, trouveront réunis les devoirs de leur état, les moyens d'être vertueuses, agréables à leurs Parents, à leurs Époux, respectables à leurs Enfants, chéries de leurs Concitoyens" (Avis de l'éditeur).







On trouve également dans cette publication, deux drames en 5 actes, l'un intitulé La Fille naturelle situé à la fin du second volume, l'autre portant comme titre La Cigale et la Fourmi qui termine le dernier volume. C'est dans le tome I que Rétif prophétise notamment la Révolution ainsi que les réformes agraires que la majorité des pays connaîtront aux XIXe et XXe siècles.

L'édition est illustrée de 34 figures hors texte numérotées, gravées par Giraud l'aîné d'après les dessins de Louis Binet qui les exécuta à partir des consignes de l'auteur. Seulement deux gravures sont signées de l'artiste. "Rien n'est plus étrange que ces femmes longues et maigres, à têtes de lilliputiennes, et que ces enfants qui semblent sortir d'un bocal d'esprit de vin. On peut supposer que c'était un nouveau goût anormal qui couvait dans l'imagination excentrique de l'amoureux des petits pieds." (Lacroix).










Selon Cohen: "Dans aucun des ouvrages de Restif, Binet n'a autant exagéré la petitesse des têtes et la finesse des tailles des femmes". Rétif s'est plu à mettre en scène Grimod de La Reynière fils dont on trouve le portrait très réussi dans la figure illustrant la partie sur l'Épouse d'ivrogne (tome III).

« Ce ne sont pas des bibliothèques qu'il faut aux jeunes filles. Une fille savante est hors de la Nature et une sorte de monstre. Le jeune sexe ne peut faire que des lectures de morale pratique, qui lui montrent directement ses devoirs et l'avantage de les remplir. » (Rétif de la Bretonne, Les Françaises, Avis au début du tome I.).

"Cet ouvrage est fort rare ; le libraire Guillot en fut l'éditeur, ainsi que des Parisiennes et des Filles du Palais-Royal." (Lacroix).








"Le succès des Contemporaines avait excité la convoitise des libraires, qui s'adressaient à Restif pour avoir les suites de ce vaste recueil, lequel finit par former 65 volumes comprenant plus de mille nouvelles. Guillot traita aux meilleures conditions avec Restif, à qui il demandait seulement un choix de ces Nouvelles déjà publiées; mais Restif fut averti qu'il s'exposait à un procès de la part des libraires auxquels il avait vendu déjà ses ouvrages : il prit le parti de faire à nouveau quatre volumes d'exemples choisis, accompagnés d'une douzaine de lectures savantes et curieuses. [...] Le Recueil des Françaises passa presque inaperçu, les journalistes ne daignèrent pas s'en occuper. Il est vrai que Restif avait pris le parti de ne plus adresser un seul exemplaire de ses livres nouveaux à ces journalistes qu'il regardait comme des ennemis irréconciliables; il refusait même brutalement de leur donner des exemplaires, quand on lui en faisait demander par son libraire. La critique s'était, il est vrai, un peu trop déchaînée contre les Contemporaines et contre la Paysanne pervertie, après avoir reconnu presque unanimement les grandes qualités du Paysan. Puis, des articles railleurs et goguenards avaient comblé la mesure : Restif, qui ne riait jamais et qui n'entendait point prêter à rire, n'avait pas laissé sans réponse ces attaques à coups d'épingle, qu'on ne lui épargnait pas, surtout dans les feuilles de province." (Lacroix).

On sait désormais d'après Mes Inscripcions que les dessins sont bien de Binet. Rétif en choisissait lui-même les sujets et en dirigeait l'exécution.

Les Françaises précèdent d'une année les Parisiennes (1787) qui en sont comme le complément.

Provenance : de la bibliothèque de Heinrich Johann Baptist Ghislain Graf von Gudenus (Vienne, Autriche 1839 - 1915) de la famille Von Gudenus (noblesse autrichienne) avec son grand ex libris armorié (10 x 7,5cm) avec cote de bibliothèque à l'encre (voir photo). Ex libris portant imprimée la date de 1891 et la mention "Henricus Liber Baro de Gudenus". C'est probablement ce Gudenus qui a recouvert l'exemplaire du papier marbré qu'il conserve encore.

Références : Lacroix, Rétif de la Bretonne, p. 241-247 ; Rives-Childs, Bibliographie de Rétif de la Bretonne, p. 296-297 ; Un exemplaire des Françaises reliées en maroquin de Chambolle-Duru était listé 300 francs au catalogue de la librairie Auguste Fontaine (1875).





Bon exemplaire non rogné de ce titre rare de Rétif de la Bretonne.

Prix : 2.000 euros



mardi 8 juin 2021

L. de Bordes de Fortage [Rétif de la Bretonne - Restif de la Bretonne] Une visite à la ferme de la Bretonne (septembre 1873). Bordeaux, Imprimerie G. Gounouilhou, 1905. Rare tirage à 51 exemplaires seulement. Bel exemplaire relié à l'époque par Champs-Stroobants.

L. de Bordes de Fortage [Rétif de la Bretonne - Restif de la Bretonne]

[Restif de la Bretonne - Rétif de la Bretonne]. Une visite à la ferme de la Bretonne (septembre 1873).

Bordeaux, Imprimerie G. Gounouilhou, 1905

1 volume petit in-4 (23,5 x 18,5 cm) de 16-(1) pages.

Reliure strictement de l'époque bradel demi-maroquin à larges coins, tête dorée, non rogné, couverture imprimée conservée (les deux plats et le dos), dos lisse titré or avec millésime doré en queue (reliure signée Champs-Stroobants).

Edition originale.

"Au mois de septembre 1873, je me trouvais à Auxerre, je voulus voir le village qui donna le jour au peintre des moeurs populaires de la fin du XVIIIe siècle, le trop fécond Restif de la Bretonne [...]". Ainsi commence ce texte donné par un rétivien renommé, L. de Bordes de Fortage, dont la bibliothèque remplie (entre autres choses) des éditions anciennes du Paysan perverti de Sacy, fut vendue entre 1924 et 1927.

NDLR : Savez-vous la différence entre un éclair à la vanille et ce livre ? A vrai dire, il faut bien convenir qu'une fois un éclair à la vanille englouti, à peine une heure ou deux de digestion passés, il reste mille fois plus de souvenirs et de sensations qu'une fois ce mince volume lu et refermé. Extrait des Actes de l'Académie des Sciences, Belles-lettres et Arts de Bordeaux, ces 11 pages et demi (le texte ne commence qu'à la page 5 et se termine par 8 lignes à la page 16, pour ne pas être indigestes, provoquent néanmoins un vide gastrique certain pour ne pas dire qu'elles donnent au lecteur, par trop d'air, quelque crise aigue d'aérophagie bibliophilique. Il faut en convenir, ce livre n'est rien. Rien ! Pas même un petit rien, non, un rien complet. O ! un rien bien imprimé sur beau papier vergé. Un rien rare. Une belle impression à très petit nombre composée en tout et pour tout de 51 exemplaires. 1 exemplaire sur papier Whatman et 50 exemplaires sur papier à bras comme il est écrit pour faire son effet. Notre exemplaire est numéroté au composteur (n°39), une numérotation manuscrite aurait sans doute fatigué outre mesure notre auteur. Rien disais-je, et c'est encore beaucoup trop que de le dire. On me rétorquera que la valeur d'un livre ne se mesure pas au nombre de pages qu'il contient. Certes. Il existe bien encore quelques auteurs réputés pour donner des préfaces inutiles de vingt lignes quand on les prie de les écrire pour avoir leur nom en grosses lettres sur la couverture d'un ouvrage réputé. Rien, non pas parce qu'il vous faudra cinq minutes pour lire cet opuscule. Rien, non pas parce que l'auteur croyant que ces 11 pages 1/4 valaient assez pour emprunter une page entière au moins au Paysan perverti même. Non. Rien, parce que rien. Cet opuscule ne vaut véritablement rien. Sévérité ! Outrecuidance ! Effronterie ! Et j'en passe. On pourra m'accuser de tout. Mais on ne pourra pas m'accuser de ne pas avoir su vous prévenir du vide sidéral qui vous attend à la lecture de ce texte condescendant de Bordes de Fortages à l'égard des "braves gens" du pays de Rétif comme il l'écrit lui-même. Evidemment on me dira que Bordes de Fortages pénétra dans cette maison chargée d'histoire, qu'il nous décrit les lieux, qu'il nous donne ses impressions, etc. Certes. Louons-le ! Dans les dernières lignes Bordes de Fortages nous dit même qu'il fut accosté par les petits-neveux de Rétif, un nommé Chefmartin qui lui parla du livre de Monselet et du Paysan perverti, de la Vie de mon père et des Contemporaines. Et puis, et puis, rien ... rien de rien. Bordes de Fortages quitte Sacy comme il y était venu, en inconnu inutile qu'il était pour ces "braves gens". Et c'est sans doute bien ainsi. On remarquera néanmoins la belle vignette gravée sur bois de l'imprimeur bordelais Gounouilhou en colophon. Le volume a été achevé d'imprimer le 20 février 1905. Que dire de plus ? Ah oui, Bordes de Fortages a offert cet exemplaire à un certain Marcel ... (le nom est peu lisible), affectueusement offert selon ses mots. La reliure probablement commanditée par ce dédicataire est restée intacte, très propre, très fraîche. On aurait été étonné du contraire. Ce petit volume de rien aura sans doute passé plus d'un siècle coincé entre des ouvrages d'une utilité bien supérieure. Il aura ainsi été protégé des outrages du temps qui n'épargne que les inutiles. O ! nous avons été bien sévère avec un livre que nous aurions du chérir comme nous chérissons tous les bons ouvrages de Rétif. Et nous en sommes bien triste. Mais il nous fallait absolument vous raconter notre ressenti, volume en mains, afin que vous puissiez vous faire une idée de ce que donne un livre écrit pour ... rien ! Il aurait pu contenir mille choses intéressantes sur Sacy, la ferme de la Bretonne et notre ami Rétif, mais rien. Manqué ! Maintenant il faut bien convenir qu'il peut paraître peu orthodoxe pour un libraire de proposer à la vente un livre fait de rien (je ne mets volontairement par de S à rien, ce serait déjà trop). Et pourtant, il faut bien penser à le vendre ce beau volume, à lui trouver un asile pour le siècle qui vient, peut-être même, qui sait, lui trouver un adorateur secret qui saura dénicher quelque chose sous ce rien qui domine. Je l'espère vraiment, comme j'espère mon jugement altéré pour l'occasion. Une sorte de démence rétivienne après l'heure en somme, une démence qui défend l'honneur de Rétif de la Bretonne au delà du raisonnable. Il fallait. Question d'honneur. Monsieur de Bordes de Fortages, si d'outre-tombe vous lisez ceci, sachez que vous n'avez fait honneur ni à votre nom, ni à Rétif de la Bretonne, ni aux braves gens de Sacy, en donnant à lire cette production toute de nihilisme historique et littéraire. Vale !

A mes lecteurs, à mes clients avisés,

je présente d'ores et déjà mes excuses pour ces palabres tout aussi inutiles que la production de M. de Bordes de Fortages. Puissé-je trouver la rédemption dans votre rire compréhensif.

Bel exemplaire.

Prix : 700 euros

lundi 7 juin 2021

Octave Uzanne. Voyage autour de sa chambre. Illustrations par Henri Caruchet (1896). Magnifique ouvrage de la période Symboliste et Art Nouveau. Tirage rare à 210 exemplaires seulement pour les Bibliophiles indépendants. Exemplaire Edouard Drumont relié à l'époque (probablement par Emile Carayon).

Octave Uzanne / Henri Caruchet, illustrateur

Voyage autour de sa chambre. Illustrations de Henri Caruchet gravées à l'eau-forte par Frédéric Massé, relevées d'aquarelles à la main.

Imprimé à Paris pour les Bibliophiles Indépendants, Henry Floury libraire, Paris, 1896 (Imprimerie Maire, 1897)

1 volume in-8 (28 x 21,5 cm), de 36 pages, toutes gravées à l'eau-forte (texte et encadrement illustré rehaussé à l'aquarelle), suite complète en noir des eaux-fortes avec remarques sans le texte.

Reliure de l'époque demi-maroquin bleu nuit à larges coins, relié sur brochure (non rogné), les deux plats de couvertures ont été conservés. Exemplaire avec rousseurs éparses qui restent acceptables. Les plats de couverture de Henri Thiriet conservés ont des rousseurs assez fortes. Légers frottements à la reliure. Les feuillets de garde sont en mauvais papier de bois (jauni).

Tirage uniques à 210 exemplaires.

Celui-ci imprimé pour Edouard Drumont (inscrit et numéroté manuscrit par Octave Uzanne).

Superbe ouvrage magnifiquement illustré par Henri Caruchet dans le plus pur style Art Nouveau et Symboliste.


Le texte a été calligraphié par Antoine Barbier et reporté sur cuivre à l'eau-forte. Les compositions de Caruchet encadrent le texte. Toutes les pages ont été aquarellées à la main sous la direction d'Octave Uzanne. Le volume sort des presses de A. Maire, imprimeur taille-doucier à Paris.

Archétype du très beau livre de bibliophilie fin de siècle.



Provenance : de la bibliothèque Paul Gavault avec son ex libris ; ex libris J. L. et C. Pierron.



Ce court récit autobiographique (nous n'en doutons pas), a été publié une première fois dans le volume intitulé Le Calendrier de Vénus, en 1880. Sous le même titre Voyage autour de sa chambre, Octave Uzanne nous conte cette histoire malheureuse. Qu’est-ce que ce Voyage autour de sa chambre ? Comme l’indique tout à fait explicitement le sous-titre donné par Octave Uzanne en 1880 : Réminiscence. Du latin reminisci (se souvenir) et de menimi (avoir présent à l'esprit). Le narrateur (Octave Uzanne) se souvient de ses premières amours de dix-huit ans. Mais pas n’importe quels amours, un amour, celui d’une seule, disparue dans la fleur de l’âge. « (…) mignardes hantises de mes dix-huit ans » écrit-il. Ce texte est une complainte à l’amour perdu : « Une ancienne chanson d'amour voltige dans la solitude ; dans ce nid charmant où l'on était si bien à deux, il ne reste que des rêves de volupté indécise et la sarabande enlaçante, mystérieuse et sinistre des souvenirs, ces revenants de l'âme qu'on évoque, qu'on chasse et qu'on appelle encore. » C’est un récit charnel où il évoque les « caresses friponnes d'autrefois ». Cet amour était mortel et mortifère : « quand je jetai mon cœur dans ton âme avec la furie des désirs qui se cabrent et l'impétuosité des prurits cuisants, quand je m'agenouillai pour la prime fois devant ta beauté absorbante, quand nos lèvres allangouries se donnèrent la becquée divine, alors, j'aurais dû cesser de vivre ; j'étais Dieu dans la Création ! » Qui pouvait bien être cette « blonde » aux « longues tresses blondes dont parfois dans sa nudité, elle se faisait un manteau d'or. » ? Nous ne le saurons sans doute jamais. Quelle est la part du rêve et de la réalité ? Le narrateur (Octave Uzanne ?) a aimé ! aimé à perdre la raison, dans ses premières années de virilité. Mais « la mort, en surprenant la pauvrette a fauché mon âme avec la sienne » écrit-il. « O la seule amante aimée, je reviens chaque jour faire ce tendre voyage autour de ta chambre ». Confession ? Romanesque ?













Bel exemplaire malgré les rousseurs, de provenance très intéressante quand on sait les liens qui unirent un temps Octave Uzanne et Edouard Drumont.

Prix : 3.000 euros