mercredi 28 octobre 2020

Jansénisme. Mésenguy. Le Nouveau Testament de notre seigneur Jésus-Christ (1764). Reliure en maroquin attribuée à Pasdeloup. Superbe exemplaire.


MESENGUY, François-Philippe.

LE NOUVEAU TESTAMENT DE NOTRE SEIGNEUR JESUS-CHRIST. Traduit en français avec des notes littérales pour en faciliter l'intelligence. Par M. Mésenguy.

A Paris, chez Desaint et Saillant, Butard, imprimeur, 1764

1 volume in-12 (17,7 X 10,5 cm) de IV-XXIV-642-(2) pages.

Reliure de l'époque plein maroquin vieux rouge, dos lisse orné à la grotesque d'un décor doré losangé, triple-filet en encadrement des plats avec fleurons dorés dans les angles, roulette dorée sur les coupes et en encadrement intérieur des plats, doublures et gardes de papier d'Augsbourg (motif étoilé doré sur fond blanc), tranches dorées. Reliure attribuée à PASDELOUP d'après une note manuscrite ancienne sur une garde. Fine reliure très bien conservée. Quelques petites taches et traces sur les plats, sans gravité. Intérieur frais.


François-Philippe Mésenguy (1677-1763) était connu pour ses idées jansénistes et son opposition à la bulle Unigenitus. Né à Beauvais dans une famille de condition modeste, il fit ses études au collège de sa ville natale jusqu'en 1694, date à laquelle il fut reçu au collège des Trente-Trois à Paris. Il enseigna au collège parisien de Beauvais de 1707 à 1712 puis de 1715 à 1728. Au cours de cette période, il fut notamment sous-principal du collège, dirigé par Charles Coffin, et fut chargé d'enseigner le catéchisme aux grands écoliers, aux petits et aux domestiques. Ayant remis sa démission en 1728, il consacra la deuxième partie de son existence à écrire, résidant dans un premier temps dans le quartier de la montagne Sainte-Geneviève à Paris, avant de s'établir définitivement à Saint-Germain-en-Laye où il mourut en 1763. Il prit part au renouvellement des livres liturgiques du diocèse de Paris, entrepris sous l'épiscopat de Mgr de Vintimille : Missel (1738), Processionnal (1739, entièrement de lui), Bréviaire (1745). Dans le domaine théologique, parmi de nombreux ouvrages écrits pour certains dans le cadre de son activité d'enseignant au collège de Beauvais, sa principale œuvre est l'Exposition de la doctrine chrétienne, parue pour la première fois en 1744 et constamment revue et rééditée par son auteur. Cet ouvrage, d'inspiration janséniste, valut à l'abbé Mésenguy de vives attaques de la hiérarchie ecclésiale et fut même condamné par un bref du pape Clément XIII en 1761. Cf. Biographie universelle, Hoefer, t. 35, col. 141-143.







Publié juste après la mort de Mésenguy, cette édition de son Nouveau Testament (précédé de l'Ordinaire de la Messe) est enrichie de très nombreuses et amples notes teintées de jansénisme tout comme l'était son Exposition de la doctrine chrétienne. La première édition de ce Nouveau Testament de Mésenguy date de 1729.







Superbe exemplaire finement relié à l'époque en maroquin, sans doute par Pasdeloup ou un maître relieur de son temps.

Prix : 1.250 euros

mardi 27 octobre 2020

John Locke. Pierre Coste. Essai philosophique concernant l'entendement humain, où l'on montre quelle est l'étendue de nos connaissances certaines, et la manière dont nous y parvenons. 1741 (1742). Bel exemplaire in-4 en veau d'époque. Exemplaire de la bibliothèque de Dupleix de Bacquencourt guillotiné en juillet 1794.

John Locke. Pierre Coste (traducteur).

Essai philosophique concernant l'entendement humain, où l'on montre quelle est l'étendue de nos connaissances certaines, et la manière dont nous y parvenons. Par M. Locke, traduit de l'anglais par M. Coste. Quatrième édition, revue, corrigée et augmentée de quelques additions importantes de l'auteur qui n'ont paru qu'après sa mort, et de plusieurs remarques du traducteur, dont quelques unes paraissent pour la première fois dans cette édition.

A Amsterdam, chez Pierre Mortier, 1742 (i.e. 19 août 1741 - achevé d'imprimer)

1 volume in-4 (25,5 x 20 cm) de XLII-603-(17) pages. Portrait de l'auteur gravé à l'eau-forte en frontispice (dessiné par G. Kneller, 1697, gravé par E. Morellon de la Cave, 1734).

Reliure strictement de l'époque plein veau marbré, dos à nerfs richement orné aux petits fers dorés, pièce de titre de maroquin rouge, tranches rouges. Reliure et intérieur frais. Quelques feuillets plus ou moins teintés (inhérent à l'édition). Ensemble très bien conservé.

Quatrième édition française.

La première édition française a paru en 1700 à Amsterdam chez Henri Schelte (in-4), traduite par Pierre Coste.

Pierre Coste a traduit la plupart des ouvrages de John Locke (1632-1704) mais également l'Optique de Newton (1722). On lui doit des écritions critiques des Essais de Montaigne ou encore La Bruyère. Coste était devenu membre de la Royal Society le 25 novembre 1742.



L'Essai philosophique concernant l'entendement humain
 (An Essay Concerning Human Understanding) a paru à Londres pour la première fois en 1689 (bien que l'édition fut datée 1690). L'un des ouvrages majeurs fondateurs de l'empirisme qui fut l'un des courants majeurs de la théorie de la connaissance, dans lequel John Locke développe ses idées selon lesquelles l'expérience est à l'origine de nos idées. L'ouvrage se divise en 4 livre : Livre I : Des Notions Innées. Locke montre que dire qu’une idée est innée signifie que l’âme aperçoit naturellement cette idée : c’est là le sens de cette doctrine. Donc il ne peut pas y avoir d’idée innée inaperçue. En fait, la seule chose que Locke concède à l’innéisme, c’est le fait que la faculté de comprendre soit innée. Livre II : Des Idées. Locke distingue dans l'Essai sur l'entendement humain deux sortes d’idées : les idées simples et les idées composées. "rien n’est plus évident à un homme que la perception claire et distincte qu’il a de ces idées simples." Livre III : Des Mots. C’est le nom qui fonde et scelle dans les idées mixtes cette union de plusieurs idées qui n’a aucun fondement dans la nature. Les genres et les espèces n’ont donc pas une existence réelle dans les choses mêmes ou dans la nature mais sont un artifice de l’esprit pour exprimer plus aisément telle ou telle collection d’idées simples par un seul terme général. Livre IV : De La Connaissance. Locke cherche à identifier les limites de notre connaissance. Notre ignorance vient de notre manque d’idées, du manque de liens visibles entre nos idées, ou du manque d’examen de notre part de celles-ci.









Provenance : de la bibliothèque de Dupleix de Bacquencourt, intendant d'Amiens (étiquette ex libris collée au contreplat). Guillaume-Joseph Dupleix de Bacquencourt (né en 1727), guillotiné le 7 (ou le 5) juillet 1794. Il fut exécuté à la suite du procès dit "des anciens intendants". Dupleix de Bacquencourt fut successivement intendant de justice, police et finances des généralités de La Rochelle (1765), d'Amiens (1767), de Rennes (1771), puis de Dijon (1774-1781). Nommé Conseiller au grand conseil le 13 décembre 1752, grand rapporteur en chancellerie, maître des requêtes le 1er février 1756, président au grand conseil le 3 septembre 1762, Conseiller d'état en 1780. Lors de la Révolution, ses amis lui conseillèrent de fuir, mais il persista à vouloir rester; il fut arrêté, condamné à mort par le Tribunal révolutionnaire et exécuté à Paris, le 29 messidor, an III (5 juillet 1794). Le domaine de Briis (aujourd'hui Briis-sous-forges, Essonne) dans la famille depuis 1775 (il appartenait auparavant aux descendants de Guillaume de Lamoignon) passa alors à Marie Dupleix de Bacquencourt, sa fille, femme du comte Anatole de Montesquiou. Une Partie de ce domaine est encore possédée par des membres de la famille. L'acte de décès des archives de Paris indique : 19 messidor an 2 et 7 juillet 1794. De ce que nous avons pu reconstituer à la vue de différentes notices de catalogues, la bibliothèque de Guillaume-Joseph Dupleix de Bacquencourt était riche en ouvrages de son siècle. On y trouve un recueil du Procès de Damiens (condamné par la Justice pour avoir tenté d'assassiner le roi Louis XV - 1757), des ouvrages de philosophie, d'histoire, de géographie, etc. Une question se pose : Guillaume-Joseph Dupleix de Bacquencourt a-t-il eu d'autres ex libris mis à jour en fonction de ses postes successifs à Amiens, Rennes, Dijon, etc. ? Nous n'avons pas encore trouvé d'autres ex libris.

Bel exemplaire de provenance intéressante de cet ouvrage fondamental pour l'histoire des "Lumières" naissantes.

Prix : 1.350 euros

lundi 26 octobre 2020

Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone]. Les Parisiennes ou XL Caractères généraux pris dans les mœurs actuelles propres à servir à l'instruction des personnages du sexe. 1787. Edition originale très rare. Superbe exemplaire non rogné et bien relié provenant de la bibliothèque de l'éminent bibliophile Victor Masséna, duc de Rivoli et prince d'Essling (1836-1910).

Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne [Restif de la Bretone].

Les Parisiennes, ou XL Caractères généraux pris dans les Moeurs actuelles, propres à servir à l'instruction des Personnages du Sexe : Tirés des Mémoires du nouveau Lycée des moeurs. I. Volume : Les Jeunes filles et les filles à marier. II. Volume : Les Nouvelles Mariées : Les Mariées depuis 3 ans. III. Volume : Les Épouses à imiter - à fuir. IV. Volume : Les Jeunes Mères et Mères de Grands enfants.

A Neufchâtel, et se trouve à Paris, chés Guillot, 1787

4 volumes in-12 (18,3 x 11cm environ) de 300, 388, 392 et 380-(4) pages. 20 estampes hors-texte (probablement en grande partie d'après les dessins de Binet sur les directives précises de Rétif lui-même).

Reliures postérieures exécutées pour Victor Massena, Prince d'Essling. Cartonnage recouvert de percaline chinée, dos ornés de pièces de titre et tomaisons de maroquin vert, tête dorée, autres tranches non rognées (ébarbées). Intérieur très frais. Quelques pâles rousseurs. Collationné complet. Les estampes sont d'un superbe tirage. Exemplaire très bien conservé, proche du sortir de l'atelier du relieur.


Édition originale.

"Les vingt gravures numérotées, mais sans légendes, dont l'ouvrage est orné, sont anonymes ; on n'y reconnaît pas le crayon de Binet. On peut croire aussi qu'elles ont été gravées par un artiste bien inférieur à Berthet et à Le Roy. Cependant elles sont très-singulières ; elles offrent des têtes de femmes si variées et si piquantes, qu'on peut les prendre pour des portraits. Il faut en attribuer la composition au caprice de Restif, qui, sans savoir dessiner, faisait exécuter ses esquisses ou ses données par les dessinateurs qu'il employait. M. Monselet remarque, dans cette dernière figure qui représente le Jugement de Paris, que « Vénus s'y montre nue, avec une paire de lias et des jarretières, mais elle est en grande coiffure poudrée »." (Lacroix)







"L'Avant-propos des Parisiennes expose l'origine de l'ouvrage. On agitait devant une mère de famille la question de savoir si les femmes devaient être instruites et même savantes : tout le monde fut pour l'affirmative, excepté la mère de famille : « Si l'on voulait m'en croire, dit-elle, les femmes ne sauraient que la morale, si ce n'est un peu de musique. La raison que j'en donne, c'est que la frivolité la plus ridicule et même la plus coupable est moins nuisible aux femmes que la science. » Là-dessus, on convient de créer un Musée, un Lycée, dans lequel il n'y aura que des femmes, et où l'on ne parlera que morale. Les huit dames qui composent ce Lycée s'engagent à raconter tous les mois deux histoires ayant pour base un caractère de femme. Les séances commencent le 30 novembre 1785 et durent jusqu'au printemps. La première séance est consacrée à la rédaction des statuts du Lycée des Mœurs. Les anecdotes, que chaque dame raconte à son tour, sont entremêlées de discours moraux. [...] L'ouvrage, comprenant 40 caractères, avec 8 discours, finit à la page 308 du tome IV. La présidente du Lycée des Mœurs propose alors de remplacer les séances par la lecture de bons livres de morale tendant au même but. On devine que Restif n'a pas perdu l'occasion de proposer, pour ces lectures choisies, quelques-uns de ses livres, les plus décents du moins. « Telle est aujourd'hui la matière des séances du Lycée des Mœurs, très-supérieur à tous ces Lycées frivoles, où les hommes et les femmes vont perdre leur temps à entendre d'inutiles discours, qui font, de leurs auditeurs dans les deux sexes, des superficiels orgueilleux, au lieu de superficiels sans conséquence, qu'ils étaient auparavant. ». " (Lacroix)

« M'étant aperçu que je n'avais pas encore donné aux femmes, dans les quatre volumes précédents [les Françaises) , tous les préceptes pratiques nécessaires, je composai ceux-ci, dans lesquels j'enseigne aux femmes les moyens de conserver le goût des hommes, par leur caractère et leur propreté; pour cet article-ci, je leur mets le doigt dessus, en leur disant : Lavez-vous, comme une musulmane. Je leur recommanderai volontiers de s'abluer, après chaque déjection, grosse ou menue, et je le fais d'une manière couverte. Ces quatre volumes, tant au moral qu'au physique, sont réellement un livre classique pour les personnes du se xe. » (Rétif, Monsieur Nicolas)











Rétif était très fier de ses Parisiennes, il écrit : « Ce sont ici les Caractères, au nombre de 42, mis en action, avec 22 nuances, qui les portent à 64. Jamais on n'avait encore donné aux femmes des conseils aussi clairs, aussi adaptés aux épouses, aussi faits pour les femmes de notre âge, qui ont oublié tout ce qui convient à leur sexe, pour ne s'occuper que de ce qui convient au nôtre. Cet ouvrage est un chef-d'oeuvre. Aussi M. Butel-Dumont, homme très sévère, disait-il que, s'il était ministre, il en ferait réimprimer 50 mille pour les faire distribuer par tout le royaume, afin d'y rétablir les bonnes mœurs. » (in Les Contemporaines, à la fin du tome XXIV, seconde édition).

"M. Henri Cohen supposait que les vingt gravures numérotées sans légendes, et non signées, furent "probablement de Binet". Or les renseignements que Mes Inscripcions nous fournissent à ce propos prouvent que non seulement Binet fit quelques dessins des Parisiennes, mais aussi Richomme, graveur en taille-douce, Aze et Berthet" (Rives-Childs)

"c'est un des meilleurs ouvrages de Restif" selon Cubières-Palmézeaux

Cet ouvrage de Rétif est devenu très rare ; il ne fut jamais réimprimé ni contrefait.

Références : Lacroix, Rétif de la Bretonne, pp. 247-250 ; ouvrage coté 300 francs en maroquin de Chambolle-Duru (XIXe s.) chez le libraire Auguste Fontaine (1875) ; Rives-Childs, Bibliographie des ouvrages de Rétif de la Bretonne, 302.

Provenance : de la bibliothèque du bibliophile Victor Masséna, duc de Rivoli et prince d'Essling, né à Paris le 14 janvier 1836 et mort le 28 octobre 1910, avec son ex libris armorié répété au contreplat de chacun des volumes. Chaque volume porte une cote manuscrite "1172" probablement de la main du bibliophile lui-même. Ancien militaire et homme politique, Victor Massena était le petit-fils du maréchal napoléonien d'origine niçoise André Masséna, duc de Rivoli et prince d'Essling, et fils de François Victor Masséna et d'Anne Debelle, grande-maîtresse de la maison de l'impératrice Eugénie. Lle jeune Victor évolua dans un milieu de collectionneurs. Son père était un ornithologue amateur qui rassembla une des plus importantes collections privées françaises d'oiseaux exotiques du XIXe siècle et forma en quelques années une riche collection d'incunables et de livres anciens, vendue en 1836, 1839 et 1847. Il constitua lui-même une exceptionnelle collection d'ouvrages italiens illustrés du XVIe siècle. Il faut l'auteur en 1892 d'une Bibliographie des livres à figures vénitiens (1469-1525), rédigée à partir des éditions en sa possession. La plupart des ouvrages de ce fonds ont intégré une fondation dans un couvent vénitien. Les autres ouvrages de sa bibliothèque ont en grande partie pris place dans la Houghton Library de l'université de Harvard. Quelques ouvrages, tels que ce Rétif (nul doute que Victor Massena fut largement touché par la finesse d'exécution et la composition des estampes de cet ouvrage), se trouvent encore sur le marché. Les ouvrages de cette provenance sont très prisés des collectionneurs et fort rares. Ex libris armorié (Stern Graveur, Paris). Voir : « Victor Masséna duc de Rivoli, prince d'Essling » [notice nécrologique]. La Bibliofilia, XIII, octobre-novembre 1910, p. 320.








Superbe exemplaire non rogné et d'une illustre provenance bibliophilique, Victor Masséna, Prince d’Essling, avec son ex libris et sa devise « Victor et Fidelis », relié pour lui.

Prix : 6.500 euros

samedi 17 octobre 2020

Paul Éluard. Juan BATLLE PLANAS. Poésies (1957). Buenos Aires (Argentine). Liberté, Air vif, Je t'aime, Certitude, Nous deux, Et un sourire. 1/20 exemplaires avec une gouache originale.


Gouache originale de Juan Batlle Planas
115 x 80 mm.


Paul ÉLUARD. Juan BATLLE PLANAS (illustrateur).

POESIES.

Buenos Aires, 1957. En la casa de D. Francisco A. Colombo.

Plaquette in-8 (19,5 x 13,5 cm), en feuilles, 10 feuillets imprimés dont un frontispice rehaussé à la gouache. Couverture à rabats de papier chiné orné d'une vignette imprimée en noir et bistre (que l'on retrouve également sur la page de titre. Frontispice original peint à la main en couleurs et signé par l'artiste argentin Juan Batlle Planas. Parfait état. Conservé sous papier cristal.

Tirage unique à 20 exemplaires seulement.

Une gouache originale en frontispice par Juan Batlle Planas.

Celui-ci imprimé pour Félix Gattegno.

Félix Gattegno était en poste à l'ambassade de France de Buenos Aires en Argentine dans les années d'après-guerre. Quelques années après la fin de la guerre, Félix Gattegno ouvre une librairie franco-argentine qui attire les intellectuels français et argentins. Félix Gattegno fut également écrivain et traducteur (il traduisit notamment l'Anthologie poétique de Federico Garcia Lorca, 1942).

Paul Éluard meurt le 18 novembre 1952. Ce recueil de six poèmes choisis : Liberté, Air vif, Je t'aime, Certitude, Nous deux, Et un sourire ; est imprimé à la fin de l'année 1957 (noël). Publié alors que l'histoire politique de l'Argentine s'écrit dans la violence et dans le sang, ces quelques feuillets luxueusement imprimés et illustrés témoignent de l'attachement profond des initiateurs de cette publication artistique aux mots de "liberté" et "amour" du poète français. Il paraît dans un contexte de mise hors la loi du péronisme décrétée depuis 1956, de milliers de détentions et d’interdictions professionnelles contre des militants, artistes, sportifs, fonctionnaires et enseignants sympathisants du péronisme ; de mise sous tutelle militaire des syndicats en 1956 ; d'abrogation, par voie de proclamation militaire, de la Constitution de 1949 ; des restrictions à la liberté d’expression et de la presse.

Cette plaquette s'ouvre sur le célèbre poème d'Éluard "Liberté" et se referme sur "Et un sourire", poème empli d'espoir et d'amour, publié initialement dans le n°383 des Lettres françaises (11 octobre 1951) :

La nuit n’est jamais complète
Il y a toujours puisque je le dis
Puisque je l’affirme
Au bout du chagrin une fenêtre ouverte
Une fenêtre éclairée
Il y a toujours un rêve qui veille
Désir à combler faim à satisfaire
Un cœur généreux
Une main tendue une main ouverte
Des yeux attentifs
Une vie la vie à se partager.

Rarissime édition d'artiste superbement ornée d'une gouache originale en frontispice par Juan Batlle Planas (1911-1966), peintre argentin d'origine espagnole de l'école surréaliste.

Parfait exemplaire, de la plus grande rareté.

Prix : 3.500 euros