mercredi 21 juin 2023

Mémoires de M. de Bourrienne, Ministre d'Etat ; sur Napoléon, le Directoire, le Consulat, l'Empire et la Restauration. aris, chez Ladvocat, libraire, 1829. 10 volumes in-8. Un des exemplaires sur grand papier vélin à grandes marges. Très belle reliure de l'époque en veau glacé signée Niédrée. Avec un billet autographe signé. Rare.


BOURRIENNE (Louis Antoine FAUVELET dit DE BOURRIENNE).

Mémoires de M. de Bourrienne, Ministre d'Etat ; sur Napoléon, le Directoire, le Consulat, l'Empire et la Restauration.

Paris, chez Ladvocat, libraire, 1829 (se trouve également chez Dufey, éditeur) [imprimé par la presse mécanique de Gondolier-Morisset, imprimeur, rue Saint-Denis pour les volumes I et II - imprimé chez Gaultier-Laguionie pour les volumes III et IV - imprimé chez A. Barbier à Paris pour les volumes V à ].

10 volumes in-8 (22,5 x 14,5 cm) de (8)-IV-396, (4)-393, (4)-389, (4)-434, (4)-IV-402, (4)-426, (4)-(4)-432, (4)-424, (4)-428 et (4)-468 pages. Collationné complet.

Reliure plein veau glacé caramel, dos et plats avec encadrements de filets dorés, pièces de titres et tomaison de maroquin noir, filet doré sur les coupes et roulette dorée en encadrement intérieur des plats, tête dorée, tranches non rognées (relié sur brochure), gardes et doublures de papier marbré (reliure de l'époque signée Niédrée en queue des volumes I et X). Excellent état de l'ensemble. Quelques légères marques aux reliures, frottements et éraflures sans gravité. Intérieur très frais avec les inévitables rousseurs éparses inhérentes à cette édition.

Un des exemplaires imprimés sur grand papier vélin de cuve. Le tirage ordinaire est tiré sur papier vergé fin et plus court de marges.

Le dernier volume est imprimé sur un papier vélin plus fort. Cachet ex libris armorié sur les pages de titre.


Edition originale.

ON JOINT :

Un billet autographe signé de Bourrienne (2 pages in-8), qui est une recommandation datée du 21 juin 1822 pour un certain Monsieur Violon, commissaire des guerres, auparavant recommandé par M. de La Bourdonnaye le 10 mai 1822. Bourrienne décrit le sieur Violon comme "bon et honnête royaliste".







La famille de Bourrienne est originaire de la région de Sens (Marsangy). Il est admis à l'École militaire de Brienne en Champagne avec Napoléon Bonaparte et s'y lie avec lui d'une étroite amitié (1785). Lorsque celui-ci est nommé général en chef de l'Armée d'Italie, Bourrienne est appelé près de lui et devient son secrétaire intime et conseiller d’État (1801). Il perd sa place en 1801 pour s'être intéressé à une affaire commerciale frauduleuse (trafics). Cependant au printemps 1805, Napoléon l'envoie comme chargé d'affaires à Hambourg, avec mission de veiller à la scrupuleuse application du blocus continental. Bourrienne, qui prétendra a posteriori dans ses Mémoires avoir éprouvé un dégoût profond pour ces mesures tyranniques, s'arrangea secrètement avec certains industriels saxons. Au début du printemps 1807, sommé par Napoléon d'acheter dans des délais très brefs une grande quantité de manteaux pour les troupes françaises stationnées en Prusse Orientale, il n'aurait vu comme seul moyen que de s'approvisionner auprès des fournisseurs britanniques. Cette fraude vaudra son rappel en 1813, l'empereur accusant Bourrienne d'avoir spéculé sur l'introduction de marchandises anglaises interdites. En 1814, il se rallie aux Bourbons, devient directeur des postes et est nommé le 12 mars 1815 préfet de police. Il suit ensuite Louis XVIII à Gand, et, à la Seconde Restauration, devient député de l'Yonne. La révolution de juillet 1830 et la perte de sa fortune, qui en fut la suite, égarèrent sa raison. Il mourut le 7 février 1834, à l'asile d'aliénés de Caen, à l'âge de soixante-cinq ans.

Ces Mémoires de Bourrienne sont intéressants, mais ne sont pas exempts de partialité. L'ouvrage, pour lequel il avait compilé des notes, aurait été rédigé, selon Jean Tulard et bien d'autres spécialistes, par M. de Villemarest. Léon d'Aure a publié dès 1830 une analyse critique de ce document : Bourrienne et ses erreurs volontaires ou involontaires.

"Publiés en 1829, ces mémoires firent sensation. Ils ont été depuis cette date, constamment utilisés par les historiens de Napoléon, surtout pour la jeunesse de Bonaparte ». Bien que ces mémoires contiennent des inexactitudes et aient été écrits dans un esprit hostile à l'Empereur, ils contiennent de curieux renseignements sur le blocus à Hambourg. Il faut aussi ne pas perdre de vue que les critiques sont surtout venues des bonapartistes. On peut donc souscrire au jugement d'Arthur Chouquet qui écrivait qu'il fallait lire ces mémoires avec précautions, et qu'ainsi on y trouverait quelquefois à prendre et à apprendre." (Tulard, 211)








"Les relations intimes et de tous les momens (sic) que j'ai eues si longtemps avec le Général Bonaparte, et plus tard avec le Premier Consul et l'Empereur, m'ont mis à même de voir et d'apprécier tout ce qui fut fait, tout ce qui fut projeté pendant cette période de temps. Non seulement j'ai assisté à la conception, à l’exécution de tant de choses enfantées par un des hommes les plus complets que la nature ait jamais formé; mais chaque jour...je trouvais le moyen d'employer le peu de loisirs que Bonaparte me laissait ...à recueillir les traits profonds, brillans (sic), incisifs et presque toujours remarquables, échappés à l’âme ardente de Bonaparte dans l'épanchement de ses confidences intimes." (Avertissement de l'auteur)

Notre exemplaire est très intéressant en cela qu'il est formé exclusivement du premier tirage de chaque volume, tous à la date de 1929 et sans mention d'édition.

Notre exemplaire a été luxueusement relié à l'époque par un des plus habiles relieurs de Paris à savoir Jean-Edouard Niédrée (qui succéda à Muller dès 1836). Habile ouvrier, Niédrée savait exécuter lui-même ce qu'il commandait à ses ouvriers, il apportait toute son application à la préparation et au corps d'ouvrage. La conservation des marges était pour lui l'objet des plus grands soins. Niédrée mourut en 1864. Cf. Fléty, Dictionnaire des relieurs, 1988, p. 135-136.

Les exemplaires des Mémoires de Bourrienne en grand papier vélin et reliés aussi luxueusement à l'époque sont rares. Ici avec une lettre autographe ajoutée.

Prix : 2.500 euros