lundi 14 novembre 2022

Emile Zola. La Terre. Les Rougon-Macquart, histoire naturelle d'une famille sous le second empire. Cent vingtième mille comprenant une suite de 18 lithographies originales de H.-G. Ibels. Avec relié à l'époque une superbe aquarelle originale signée H. de Sta servant de frontispice au volume. Bel exemplaire parfaitement établi à l'époque par Durvand.


Emile ZOLA. H.-G. IBELS (illustrateur). H. de STA (aquarelle originale).

La Terre. Les Rougon-Macquart, histoire naturelle d'une famille sous le second empire. Cent vingtième mille comprenant une suite de 18 lithographies originales de H.-G. Ibels.

Paris, Bibliothèque-Charpentier, Eugène Fasquelle, éditeur, 1897 (Imprimeries Réunies, Paris)

1 volume in-18 (19 x 12,5 cm) de (4)-519 pages et 18 lithographies hors-texte tirées en sanguine et protégées par des calques imprimés.

Reliure strictement de l'époque demi-maroquin à larges coins à grain long de couleur olive pas tout à faire mure, dos lisse orné aux petits fers, notamment d'un fer spécial "gerbe de blé et faucille", millésime doré en queue, filets dorés sur les plats, tête dorée, autres tranches non rognées, couvertures conservées en excellent état (les deux plats et le dos). Reliure signée DURVAND. Dos uniformément éclairci viré à l'olive un peu moins mure (ou plus mure cela dépend comment on la regarde). Papier ordinaire jauni, un peu bruni sur les bords (ou aux entournures), ce qui est bien normal pour un ouvrage sur la terre. Exemplaire finement établi à l'époque.


Bien complet des 18 lithographies par H.-G. Ibels avec calques imprimés.

Il a été relié en tête à l'époque, servant de frontispice, un très beau dessin original signé H. de Sta. Ce superbe dessin à l'aquarelle a été exécuté sur papier du Japon.

Il y a un envoi autographe de l'artiste-illustrateur H.-G. Ibels sur le faux-titre dont ne subsiste que la signature (le nom du dédicataire a été soigneusement et impitoyablement gratté).


Henri-Gabriel Ibels (1867-1926) était un peintre membre du mouvement des Nabis. Élève à l'Académie Julian à Paris, Henri-Gabriel Ibels y fait la connaissance de Pierre Bonnard, Édouard Vuillard, Maurice Denis, Paul-Élie Ranson et Paul Sérusier qui constituent le groupe des nabis autour du Talisman. Surnommé le « Nabi journaliste » pour son penchant vers la vie sociale, illustrateur politique, passant son temps dans les journaux, il est l'un des maîtres de l'affiche et du dessin. Il puise son inspiration dans la vie de la rue, des cafés-concerts, des rings de boxe et du cirque. À partir de 1890, il collabore au journal Le Père peinard, feuille prolétarienne de l'anarchiste Émile Pouget, à La Revue anarchiste dirigée par son frère André (1872-1932), au numéro de La Plume consacré à l'anarchie, au Mirliton, à L'Escarmouche, La Revue blanche, Le Cri de Paris, Le Courrier français, L'Écho de Paris, L'Assiette au beurre — parfois avec son frère —, et enfin Le Sifflet, créé pour défendre Dreyfus. Il réalise les illustrations d'un grand nombre de programmes pour le Théâtre-Libre. Selon Félix Fénéon en 1891, « circonscrit par de fortes lignes, le pinceau de M. H.–G. Ibels volute à la Van Gogh dans le sens de la forme. M. Ibels, dans ses dessins, dans ses eaux-fortes, exerce une verve neuve de satiriste ». Il est de notoriété publique qu'Ibels manquait toujours d'argent. Ibels eut l'idée "d'offrir" ses dessins pour La Terre à Zola. A priori tout en lui suggérant d'utiliser ces dessins pour illustrer le centième mille de La Terre. Mais quelques négociations plus tard (on ne sait pas combien Ibels toucha pour ce "cadeau") ce fut seulement à l'occasion de l'impression du cent vingtième mille que fut commercialisé, dit-on, une centaine d'exemplaires (faut-il le croire?), avec cette suite de 18 lithographies en sanguine, avec imprimée sur la couverture, une justification spéciale en rouge. Ces volumes étaient vendus alors 12 francs contre 3 francs 50 seulement pour les exemplaires de tirage ordinaire. Ces volumes sont aujourd'hui recherchés pour cette suite, d'autant plus comme ici lorsqu'ils sont reliés de main de maître à l'époque. Notre exemplaire, avec sa très belle aquarelle originale servant de frontispice signée H. de Sta, possède ce supplément d'âme utile et nécessaire aux exemplaires hors ligne.







La Terre d’Émile Zola est le quinzième volume de la série des Rougon-Macquart (Paris, G. Charpentier et Cie, 1887), c'est sans doute l’un des plus violents. Zola y dresse en effet un portrait féroce du monde paysan de la fin du XIXe siècle, âpre au gain, dévoré d’une passion pour la terre qui peut aller jusqu’au crime. Tout l’ouvrage est empreint d’une bestialité propre à choquer les lecteurs de l’époque, les accouplements d’animaux alternant avec ceux des humains, eux-mêmes marqués par une grande précocité et par une brutalité allant fréquemment jusqu’au viol. Dès sa parution, la Terre a soulevé de violentes controverses, illustrées notamment par le Manifeste des cinq, article publié dans le Figaro par cinq jeunes romanciers qui conseillaient à Zola de consulter Charcot pour soigner ses obsessions morbides.

L’action se situe à Rognes (Romilly-sur-Aigre), grande ville de la Beauce. Le héros du roman est Jean Macquart, fils d’Antoine Macquart et de Joséphine Gévaudan, l’un des rares membres de la branche Macquart indemne de toute tare. Il apparaît déjà dans la Fortune des Rougon, où il apprend le métier de menuisier. Après avoir quitté Plassans, sa ville natale, il est tiré au sort en 1852 et participe aux campagnes militaires du Second Empire. Blessé en Italie, il reprend son métier de menuisier puis s’embauche comme ouvrier agricole à Rognes, où il reste pendant dix ans. Jean Macquart sera ensuite le héros de la Débâcle, on le retrouve encore dans le dernier roman du cycle, le Docteur Pascal. 







 L’histoire, particulièrement atroce, se déroule au sein de la famille Fouan. Le vieux Louis Fouan, dit le père Fouan, décide à l’âge de 70 ans de partager ses biens entre ses trois enfants : Hyacinthe, dit Jésus-Christ, Fanny, mariée, et Buteau. À charge pour eux de l’héberger, de le nourrir et de lui donner deux cents francs de rente chacun. Ils s’acquittent très mal de leur tâche, notamment Buteau, qui le dépossède peu à peu de sa maigre fortune. Buteau possède deux cousines, les sœurs Mouche. Il a fait un enfant à la première, Lise, qu’il a épousée trois ans plus tard lorsqu’elle est devenue une riche héritière. Quant à la seconde, Françoise, il la poursuit de ses avances avec tant d’insistance qu’elle se rapproche de Jean Macquart et finit par l’épouser. Ce mariage inquiète beaucoup Buteau et Lise, qui redoutent de voir une partie de l’héritage familial passer dans d’autres mains. Lorsqu’ils apprennent que Françoise est enceinte, ils décident de la faire avorter : Buteau viole Françoise avec l’aide de Lise, puis celle-ci pousse sa sœur sur une faux. Grièvement blessée, Françoise meurt. Le père Fouan, qui a assisté à la scène, est ensuite brûlé par les deux meurtriers. Quant à Jean Macquart, redevenu aussi pauvre qu’à son arrivée au village, il quitte Rognes et se rengage dans l’armée.


Bel exemplaire parfaitement établi par Durvand et bien complet de la suite de 18 lithographies originales par H.-G. Ibels et une superbe aquarelle originale signée H. de Sta servant de frontispice au volume.

Prix : 1.800 euros