lundi 15 janvier 2018

Antoine Madrolle. Des crimes de la presse (1825). Vicomte de Bonald. Sur la liberté de la presse (1826). Belle reliure de l'époque réunissant deux textes liberticides.


[Antoine MADROLLE].

Des crimes de la presse, considérés comme générateurs de tous les autres. Dédié aux souverains de la Sainte-Alliance.

Paris, Potey, Libraire de Monsieur le Dauphin, s.d. [1825] [Paris, imprimerie de Lebel, imprimeur du Roi]

(3)-VIII-224 pages.

  Relié à la suite :

Vicomte DE BONALD.

Sur la liberté de la presse, par M. le Vicomte de Bonald, Pair de France.

Paris, imprimerie de Beaucé-Rusand, 1826

40 pages y compris le faux-titre et le titre. Vignette armoriée aux trois fleurs de lys de France sur le titre.

2 ouvrages reliés ensemble en 1 volume in-8 (21 x 13 cm).

Reliure plein veau raciné de l'époque, dos lisse orné de filets et fleurons dorés, roulette en encadrement des plats, tranches marbrées, doublures et gardes de papier marbré. Très bon état. Quelques frottements et marques sans gravité à la reliure.


Le premier ouvrage, Des crimes de la presse, est l'oeuvre de l'illuminé Madrolle (1791-1861). Originaire de Saint-Seine (Côte d'Or, Bourgogne), Antoine Madrolle est à classé parmi les auteurs ultra. Il débuta dans la carrière des lettres avec l'appui du vicomte de Bonald. Il a écrit de très nombreux libelles polémiques qui ont fait frémir plus d'un libéral. Vers 1848, Madrolle s'est fait le disciple du prétendu prophète Michel Vintras. Dès lors ses écrits s'enfuient vers les contrées illuminées. Selon certaines sources, retiré dans sa propriété près de Châtillon-sur-Seine (Vannaire) en Bourgogne, il montait dans les arbres où il avait aménagé une cabane pour écrire plus près de Dieu. A la bibliothèque nationale il est classé parmi les fous littéraires.

  Des crimes de la presse est divisé en deux parties. On y trouve des chapitres tels que : A quels signes les hommes sur la terre peuvent-ils reconnaître la vérité ? - De la gravité des crimes de la presse, plus grande aujourd'hui qu'à aucune autre époque de la monarchie - De l'impunité, de la faveur, et même de la récompense des crimes de la presse - De l'impuissance de l'Index - De l'impuissance de la censure - De l'abolition de la peine de mort en matière de crimes de la presse, quelle que soit leur gravité - Des moyens de répression des crimes de la presse - De ce qui arrivera si on laisse se prolonger le mal.


"L'avenir se raconte aussi bien que le passé. Cela doit étonner les hommes matériels qui, ne connaissant nullement le monde moral, ne voient rien du jeu, pourtant si visible et si admirable, des causes et des conséquences, des principes et des résultats ; les hommes intelligents n'en sont pas surpris." (extrait du dernier chapitre).

"Le gouvernement dira peut-être : L'époque est heureuse ; ciel sans nuage, nouveau règne, sacre superbe, fêtes magnifiques ... C'était aussi au milieu et aux bruits des plaisirs et des fêtes que Babylone recevait ses châtiments effroyables, que Lisbonne presque tout entière fut engloutie par un tremblement de terre, et que d'ouvraient en 1789 à Versailles ces états-généraux qui devaient presqu'aussitôt faire tomber la monarchie !" (dernières lignes du dernier chapitre).

Un livre étonnant qui précipite l'esprit humain à la rencontre de la folie partisane et mystique d'un enragé de la monarchie de droit divin.

 
Le second ouvrage, Sur la liberté de la presse, est l'oeuvre du vicomte de Bonald (1754-1840). Comme l'indique une note en première page : "L'auteur de cet écrit, retenu chez lui par des malheurs et des affaires domestiques, ne croit pas cependant devoir rester étranger à une question sur laquelle la chambre des députés a exprimé un vœu qui est celui des gens de bien, le vœu de voir réprimer la licence effrénée de la presse [...]". 


"La censure préalable des ouvrages d'esprit est en soi une bonne institution. Quel est l'écrivain raisonnable et jaloux de sa réputation littéraire et morale qui, après s'être censuré lui-même, ne doive pas appeler sur ses écrits la critique d'amis éclairés et judicieux ? [...]"(extrait).

Intéressante réunion de deux textes farouchement liberticides en faveur de la défense des valeurs de la monarchie renaissante. Le premier ouvrage par Madrolle semble assez rare (aucun exemplaire actuellement en vente en ligne sur les sites spécialisés).


Bel exemplaire en pleine reliure de l'époque.

Prix : 850 euros