mardi 12 décembre 2017

Affaire du collier de la reine Marie-Antoinette. Recueil de 22 pièces imprimées au format in-4 (1785-1786). On a joint au volume a l'époque la gravure du collier au format 1:1 ainsi que 20 portraits à l'aquatinte des protagonistes. Rare ensemble.


[COLLECTIF]

[AFFAIRE DU COLLIER DE LA REINE]

1785-1786

Ensemble de 22 pièces imprimées au format in-4 relatives à l'Affaire du Collier de la Reine Marie-Antoinette :

1. Mémoire pour dame Jeanne de Saint-Remy de Valois, épouse du comte de La Motte. [Paris], de l'imprimerie de L. Cellot, 1785. 46 pages.

2. Mémoire pour le comte de Cagliostro, accusé ; contre M. le procureur-général, accusateur. Paris, de l'imprimerie de Lottinn, février 1786. (4)-51-(1 blanc) pages.

3. Défense à une accusation d'escroquerie. Mémoire à consulter et consultation. Pour Jean-Charles-Vincent de Bette d'Étienville, bourgeois de Saint-Omer [...], contre le sieur Vaucher, marchand horloger, et le sieur Loque, marchand bijoutier à Paris, plaignans. [Paris], de l'imprimerie de L. Cellot, 1786. (2)-30 pages.

4. Requête au Parlement, les chambres assemblées, par le comte de Cagliostro ; signifiée à M. le procureur-général, le 24 février 1786 ; pour servir d'addition au Mémoire distribué le 18 du même mois. Paris, de l'imprimerie de Lottin, février 1786. 4 pages.

5. Second mémoire à consulter et consultation, sur la défense à une accusation d'escroquerie, pour Jean-Charles-Vincent de Bette d'Éttienville, bourgeois de Saint-Omer. Paris, de l'imprimerie de Cailleau, 1786. (2)-29 pages.

6. Mémoire pour la demoiselle Le Guay d'Oliva, fille mineure, émancipée d'âge, accusée ; contre M. le procureur-général, accusateur. Paris, chez P. G. Simon et N. H. Nyon, 1786. (4)-46 pages.

7. Mémoire pour M. le Baron de Fages-Chaulnes, garde-du-corps de Monsieur, frère du roi, accusé. Contre les sieurs Vaucher et Loque, marchands bijoutiers, accusateurs. Et encore contre monsieur le procureur-général. Paris, chez Prault, 1786. (2)-30 pages.


8. Réponse pour la comtesse de Valois-La Motte, au mémoire du comte de Cagliostro. Paris, de l'imprimerie de L. Cellot, 1786. 48 pages.

9. Mémoire pour le sieur de Bette d'Etienville, servant de réponse à celui de M. de Fages. Paris, de l'imprimerie de Cailleau, 1786. (2)-30 pages.

10. Mémoire pour les sieurs Vaucher, horloger et Loque, bijoutier acusateurs, contre le sieur Bette d'Etienville, le baron de Fages-Chaulnes et autres accusés. Paris, de l'imprimerie de Prault, 1786. 88 pages.

11. Requête au parlement, ... par le Cardinal de Rohan. Paris, chez Emmanuel Flon 1786. 40 pages. 

11. Mémoire pour Louis-René-Édouard de Rohan cardinal de la Sainte Eglise romaine [...] contre M. le procureur-général. Paris, de l'imprimerie de Cl. Simon, 1786. 158 pages.

12. Pièces justificatives pour M. le cardinal de Rohan, accusé. [Paris], chez Hardouin et Gattey, [1786]. 24 pages.

13. Sommaire pour la comtesse de Valois-La Motte, accusée ; contre M. le procureur-général, accusateur. Paris, de l'imprimerie de L. Cellot, 1786. 62 pages.

14. Réflexions rapides pour M. le Cardinal de Rohan, sur le Sommaire de la Dame de La Motte. Paris, de l'imprimerie de Cl. Simon, 1786. 24 pp.

15. Supplément et suite aux Mémoires du sieur de Bette d'Étienville ancien chirurgien sous-aide-major, pour servir de réponse aux différents Mémoires faits contre lui. Paris, de l'imprimerie de Cailleau, 1786. (2)-69 pp

16. Second mémoire pour la demoiselle Le Guay d'Oliva, fille mineure, émancipée d'âge, accusée ; contre M. le procureur-général [...]. Analyse et résultat des récolements et confrontations. Paris, chez P. G. Simon et N. H. Nyon, 1786. 56 pages.

17. Requête à joindre au Mémoire du comte de Cagliostro. Paris, de l'imprimerie de Lottin, mai 1786. 11 pages.

18. Mémoire à consulter, et consultation, pour F. François-Valentin Mulot, docteur en théologie de la Faculté de Paris [...], accusé ; contre le sieur Loque, bijoutier, et le sieur Vaucher, horloger, accusateurs. Paris, de l'imprimerie de Demonville, 1786. 48 pages.

19. Requête pour le sieur Marc-Antoine Rétaux de Villette, ancien gendarme, accusé ; contre M. le procureur général, accusateur. Paris, chez P. G. Simon et N. H. Nyon, 1786. 19 pages.


20. Réponse de M. le comte de Précourt, colonel d'infanterie [...] ; aux mémoires des sieurs d'Étienville, Vaucher et Loque. Paris, chez L. F. Prault, 1776 [sic pour 1786]. 42 pages.

21. Mémoire pour le Comte de Cagliostro, demandeur, contre Maître Chesnon, le Fils et le Sieur de Launay ... défendeurs. Paris, de l'imprimerie de Lottin, février 1786. 37 pages.

22. Arrêt du Parlement, la Grand'chambre assemblée. Du 31 mai 1786. Paris, de l'imprimerie de Cl. Simon, 1786. 20 pages.

1 fort volume in-4 (26,5 x 21 cm).


Reliure plein veau marbré de l'époque, dos lisse richement orné aux petits fers dorés, pièce de titre de maroquin rouge, tranches marbrées. Quelques défauts à la reliure qui reste solide et décorative (coins émoussés, coiffe supérieure usée, petite fente au mors inférieur), le tout sans gravité. Intérieur frais sur papier de variable qualité, très bon dans l'ensemble. Le bord supérieur des derniers feuillets légèrement bruni par le cuir de la reliure. Quelques feuillets intervertis au moment de la reliure mais ensemble collationné complet pour les pièces présentes dans ce volume.


Il a été relié en tête à l'époque le très rare "collier de la reine" des Sieurs Boëhmer et Bassenge, gravé au format 1:1 (taille réelle) d'après la grandeur des diamants et publié à Paris chez M. Taunay, rue d'Enfer, Place Saint-Michel, Maison du libraire. Replié, avec deux petits fentes aux plis (aisément réparable au verso). Cette même planche, dans une version légèrement aquarellée (touches de bleu aux nœuds de soie), et encadrée à l'époque, a été vendue 3.000 euros le 17 octobre 2012 chez Coutau-Bégarie (Paris, Drouot-Richelieu). La planche mesure environ 48 x 37 cm et le collier occupe pour ainsi dire toute la feuille. (voir photo). Très rare.


Il a été relié en outre, à l'époque, dans le corps du volume et à leur place respective (lorsqu'on parle d'eux pour la première fois), une très belle collection de 20 portraits à l'aquatinte des protagonistes de l'histoire judiciaire (sur 19 planches dont 1 contient 2 portraits). En voici la liste : 1. Jeanne de Saint-Remy de Valois, épouse du comte de La Motte. 2. le comte de Cagliostro. 3. Mademoiselle de La Tour. 4. Jean Charles Vincent de Bette d'Etienville. 5. Seraphina Felichiani, comtesse de Cagliostro. 6. Madame Mella de Courville Sulbark. 7. Mademoiselle Leguet d'Esigny d'Olisva. 8. Monsieur le comte de La Motte. 9. Monsieur le baron de Fages. 10. Monsier Marcilly. 11. Monsieur Augeard. 12. Monsieur Vaucher, horloger. 13. Monsieur Loque, bijoutier. 14. Monsieur Bohemer. 15. Monsieur Bassanges. 16. Le Père Loth, minime. 17. La femme de chambre de Madame la comtesse de La Motte. 18. L'abbé Mulot. 19. Monsieur Rétaut de Villette. 20. M. le comte de Précourt. Ces portraits, tirés sur beau papier fort, resté bien blanc, ont tous été vendus chez Basset rue St-Jacques (marchand d'estampes), et sont contemporains de l'affaire (1786) comme le prouve leur présence dans notre reliure strictement de l'époque. Nous savons qu'il existe un portrait du cardinal de Rohan vendu par ce même Basset, que nous n'avons pas ici. Une telle suite à l'aquatinte de 20 portraits ne se trouve pas aujourd'hui sur le marché. Les épreuves conservées dans ce volume sont superbes.


Ensemble des plus précieux, très complet, et en condition d'époque.


Résumé de l'affaire : L'enfance de la comtesse de La Motte avait été des plus misérables. Depuis Henri II, la lignée était descendue au plus bas. Son père avait épousé une paysanne, qu’il laissa bientôt veuve. Jeanne était envoyée mendier sur les chemins par sa mère, en demandant « la charité pour une pauvre orpheline du sang des Valois ». Une dame charitable, la bonne marquise de Boulainvilliers, étonnée par cette histoire, prit des renseignements, et vérifications faites, entreprit les démarches pour lui obtenir une pension du roi, et lui fera donner une bonne éducation dans un couvent situé près de Montgeron. En 1780, Jeanne épouse à Bar-sur-Aube, un jeune officier d’apparence fort recommandable, Nicolas de La Motte, qui sert dans les gardes du corps du comte d’Artois, second frère du roi. Le ménage, peu après, se délivre de sa propre autorité le titre de comte et comtesse de La Motte. Jeanne ne se fait plus désormais appeler que comtesse de La Motte-Valois. À cette date, elle fait un voyage à Saverne, rejoindre Mme de Boulainvilliers qui lui présente son ami le cardinal Louis de Rohan-Guéménée, auquel elle fait appel financièrement pour sortir de la misère avec laquelle elle continue de se débattre plus ou moins. C’est là aussi qu’elle rencontre le mage Giuseppe Balsamo, qui se fait appeler comte de Cagliostro. Celui-ci gravite aussi autour du cardinal de Rohan, en lui soutirant de l’argent en échange de prétendus miracles. Il changerait, entre autres, le plomb en or et la silice en diamant ! Profitant de ce que Versailles est largement accessible au public, Mme de La Motte tente de se mêler à la Cour. Elle parvient à convaincre le cardinal qu’elle a rencontré la reine Marie-Antoinette et qu’elle en est même devenue l’amie intime. Et l’amant de Mme de La Motte, Marc Rétaux de Villette (un ami de son mari), possédant un utile talent de faussaire, imite parfaitement l’écriture de la reine. Il réalise donc pour sa maîtresse de fausses lettres signées Marie-Antoinette de France (alors qu’elle ne signait, bien sûr, que Marie-Antoinette, les reines de France ne signaient que de leur prénom, et en tout état de cause, Marie-Antoinette n’était pas de France mais de Lorraine d’Autriche...). La comtesse va ainsi entretenir une fausse correspondance, dont elle est la messagère, entre la reine et le cardinal dont le but serait de les réconcilier. La reine et le cardinal ont, en effet, un vieux contentieux : en 1773 le cardinal, qui était alors ambassadeur de France à Vienne, s’était aperçu que l'Impératrice Marie-Thérèse, la mère de Marie-Antoinette, jouait un double jeu et préparait en sous main le démantèlement de la Pologne, de concert avec la Prusse et la Russie. Il avait écrit une lettre à Louis XV pour l’en avertir, lettre qui avait été détournée par le duc d’Aiguillon, ministre des Affaires Étrangères, qui l’avait remise à la comtesse du Barry, favorite de Louis XV, détestée par Marie-Antoinette. La comtesse l’avait lue publiquement dans un dîner, et circonstance aggravante, le ton de cette lettre était ironique et très irrespectueux envers l’Impératrice (le cardinal la dépeignait notamment, « tenant d’une main un mouchoir pour essuyer les larmes qu’elle versait à propos du démantèlement de la Pologne, et de l’autre main un couteau pour couper sa part du gâteau »...). D’autre part, la vie dissolue du cardinal à Vienne, ses dépenses effrénées, ses maîtresses affichées, ses parties de chasse fastueuses en tenue laïque, avaient scandalisé la pieuse Marie-Thérèse horrifiée de voir un représentant du Roi Très-Chrétien et surtout un prince de l’Eglise se comporter de cette façon. On l’avait même vu un jour couper à cheval une procession de la Fête-Dieu. L’Impératrice avait demandé à Versailles le rappel de cet ambassadeur peu convenable et l’avait obtenu. Depuis ces épisodes, la reine, fidèle à la mémoire de sa mère, était plus qu’en froid avec le cardinal. Ce dernier se désespérait de cette hostilité. La comtesse de La Motte fit espérer au cardinal un retour en grâce auprès de la souveraine. Ayant de gros besoins d’argent, elle commença par lui soutirer au nom de la reine 60 000 livres (en deux versements), qu’il était trop heureux d’accorder tandis que la comtesse lui fournissait des fausses lettres reconnaissantes, de plus en plus bienveillantes, de la reine, annonçant la réconciliation espérée, tout en repoussant indéfiniment les rendez-vous successifs demandés par le cardinal pour s’en assurer. Or, le comte de la Motte a très opportunément découvert qu’une prostituée, Nicole d’Oliva, opérant au Palais Royal, s’est forgé une jolie réputation due à sa ressemblance étonnante avec Marie-Antoinette. Ses clients l’ont d’ailleurs surnommée la petite reine. Mme de La Motte la reçoit et la convainc de bien vouloir, contre une généreuse somme, jouer le rôle d’une grande dame recevant en catimini un ami, dans le but de jouer un tour. Le 11 août 1784, le cardinal se voit donc enfin confirmer un rendez-vous au Bosquet de Vénus à onze heures du soir. Là, Nicole d’Oliva, déguisée en Marie-Antoinette, le visage enveloppé d’une gaze légère, l’accueille avec une rose et lui murmure un « Vous savez ce que cela signifie. Vous pouvez compter que le passé sera oublié ». Avant que le cardinal ne puisse poursuivre la conversation, Mme de La Motte apparaît, signalant que les comtesses de Provence et d’Artois, belles-soeurs de la reine, sont en train d’approcher. Ce contretemps abrège l’entretien. Le lendemain, le cardinal reçoit une lettre de la « reine », regrettant la brièveté de la rencontre. Le cardinal est définitivement conquis, sa reconnaissance et sa confiance aveugle en la comtesse de La Motte deviennent plus que jamais inébranlables. Jusqu’ici, la comtesse de la Motte se bornait, on le voit, à l’abus de confiance d’assez petite envergure. Mais, désormais toute-puissante sur l’esprit du cardinal, et jouant sur la réputation de passion de la reine pour les bijoux, Mme de La Motte va entreprendre le coup de sa vie, en escroquant cette fois le cardinal pour la somme fabuleuse de 1,6 million de livres. Le 28 décembre 1784, se présentant toujours comme une amie intime de la reine, elle rencontre le bijoutier qui lui montre le collier. Tout de suite elle imagine un plan pour entrer en sa possession. Elle déclare au joaillier qu’elle va intervenir pour convaincre la reine d’acheter le bijou, mais par le biais d’un prête-nom. De fait, le cardinal de Rohan reçoit bientôt une nouvelle lettre, toujours signée « Marie-Antoinette de France », dans laquelle la reine lui explique que ne pouvant se permettre d’acquérir ouvertement le bijou, elle lui fait demander de lui servir d’entremetteur, s’engageant à le rembourser en versements étalés dans le temps – quatre versements de 400 000 livres – et lui octroyant pleins pouvoirs dans cette affaire. En outre la comtesse s’est ménagé la complicité de Cagliostro, dont le cardinal est fanatique (il ira jusqu’à déclarer « Cagliostro est Dieu lui-même! »). Devant le cardinal, le mage fait annoncer par un enfant médium un oracle dévoilant les suites les plus fabuleuses pour le prélat s’il se prête à cette affaire. La reconnaissance de la reine ne connaîtra plus de bornes, les faveurs pleuvront sur la tête du cardinal, la reine le fera nommer par le roi premier ministre. Le 1er février 1785, convaincu, le cardinal signe les quatre traites et se fait livrer le bijou qu’il va porter le soir même à Mme de La Motte à Versailles. Devant lui, elle le transmet à un prétendu valet de pied portant la livrée de la reine (qui n’est autre que Rétaux de Villette). Pour avoir favorisé cette négociation, l’intrigante bénéficiera même de cadeaux du joaillier. Immédiatement les escrocs ont démonté le collier et commencé à revendre les pierres. Rétaux de Villette a quelques ennuis en négociant les siennes. Leur qualité est telle, et, pressé par le temps, il les négocie si en-dessous de leur valeur, que des diamantaires juifs soupçonnent le fruit d’un vol et le dénoncent. Il parvient à prouver sa bonne foi et part à Bruxelles vendre ce qui lui reste. Le comte de La Motte part de son côté proposer les plus beaux diamants à deux bijoutiers anglais de Londres. Ceux-ci, pour les mêmes raisons que leurs collègues israélites, flairent le coup fourré. Ils envoient un émissaire à Paris: mais aucun vol de bijoux de cette valeur n’étant connu, ils les achètent, rassurés. Les dernières pierres sont donc vendues à Londres. Pendant ce temps, la première échéance est attendue par le joaillier et le cardinal pour le 1er août. Toutefois, l’artisan et le prélat s’étonnent de constater qu’en attendant, la reine ne porte pas le collier. Mme de La Motte les assure qu’une grande occasion ne s’est pas encore présentée, et que d’ici-là, si on leur parle du collier, ils doivent répondre qu’il a été vendu au sultan de Constantinople. En juillet cependant, la première échéance approchant, le moment est venu pour la comtesse de gagner du temps. Elle demande au cardinal de trouver des prêteurs pour aider la reine à rembourser. Elle aurait, en effet, du mal à trouver les 400 000 livres qu’elle doit à cette échéance. Mais le bijoutier va précipiter le dénouement. Ayant eu vent des difficultés de paiement qui s’annoncent, il se rend directement chez la première femme de chambre de Marie-Antoinette, Mme Campan, et évoque l’affaire avec elle. Celle-ci tombe des nues et naturellement va immédiatement rapporter à la reine son entretien avec Boehmer. Marie-Antoinette, pour qui l’affaire est incompréhensible, charge le baron de Breteuil, ministre de la Maison du Roi, de tirer les choses au clair. Le baron de Breteuil est un ennemi du cardinal de Rohan. Découvrant l’escroquerie dans laquelle le cardinal est impliqué, il se frotte les mains, et compte bien lui donner toute la publicité possible. La prétendue comtesse, sentant les soupçons, s’est entre-temps arrangée pour procurer au cardinal un premier versement de 30 000 livres. Mais ce versement, d’ailleurs dérisoire, est désormais inutile. L’affaire va éclater aux yeux de la Cour ébahie. Le roi est prévenu le 14 août. Le 15 août, alors que le cardinal – qui est également grand-aumônier de France – s’apprête à célébrer en grande pompe la messe de l'Assomption dans la chapelle de Versailles, il est convoqué dans les appartements du roi. Il se voit sommé d’expliquer le dossier constitué contre lui. Le naïf prélat est atterré de comprendre qu’il a été berné depuis le début par la comtesse de La Motte. Il envoie chercher les lettres de la «reine». Le roi explose: « Comment un prince de la maison de Rohan, grand-aumônier de France, a-t-il pu croire un instant à des lettres signées Marie-Antoinette de France! ». La reine ajoute: « Et comment avez-vous pu croire que moi, qui ne vous ai pas adressé la parole depuis 15 ans, j’aurais pu m’adresser à vous pour une affaire de cette nature ? ». Le cardinal tente de s’expliquer. « Mon cousin, je vous préviens que vous allez être arrêté. », lui dit le roi. Le cardinal supplie le roi de lui épargner cette humiliation, il invoque la dignité de l’Église, le souvenir de sa cousine la comtesse de Marsan qui a élevé Louis XVI. Le roi est assurément ébranlé par cet appel à la clémence, mais se reprend devant les larmes de la reine. Il se retourne vers le cardinal: « Je fais ce que je dois, et comme roi, et comme mari. Sortez. » (Cf. Funck-Brentano, op. cit.) Le cardinal quitte le cabinet du roi et repasse, chancelant et « pâle comme la mort », dans la galerie des Glaces. Au moment où le cardinal paraît, le baron de Breteuil lance : « Qu’on arrête Monsieur le cardinal ! ». La stupéfaction et le scandale sont immenses. Le cardinal est emprisonné à la Bastille. Il commence immédiatement à rembourser les sommes dues, en vendant ses biens propres, dont son château de Coupvray (à la fin du XIXe siècle, les descendants de ses héritiers continueront de rembourser sporadiquement par fractions les descendants du joaillier). La comtesse de La Motte est arrêtée, son mari s’enfuit à Londres avec les derniers diamants, Rétaux de Villette étant déjà en Suisse. On interpelle aussi Cagliostro et Nicole d’Oliva. Le roi laisse au cardinal le choix de la juridiction qui aura à se prononcer sur son cas: ou bien s’en remettre directement au jugement du roi, ou être traduit devant le Parlement de Paris. Ce qui s’avère fort malhabile de la part de Louis XVI: le cardinal décidant de mettre l’affaire dans les mains du Parlement qui est toujours, plus ou moins, en fronde contre l’autorité royale. Le 22 mai 1786, le procès s’ouvre devant le Parlement, qui le 30 rend son verdict. Le cardinal est acquitté. La prétendue comtesse de La Motte, condamnée à la prison à perpétuité à la Salpétrière, après avoir été fouettée et marquée au fer rouge sur les deux épaules du « V » de « voleuse » (elle se débattra tant que l’un des « V » sera finalement appliqué sur son sein). Son mari est condamné aux galères à perpétuité par contumace, et Rétaux de Villette est banni. Enfin, Nicole d’Oliva et Cagliostro sont mis hors de cause, Cagliostro étant cependant invité à quitter le territoire français dans les plus brefs délais. Marie-Antoinette est au comble de l’humiliation. Elle prend l’acquittement du cardinal comme un camouflet. De la part des juges, cet acquittement signifie qu’on ne saurait tenir rigueur au cardinal d’avoir cru que la reine lui envoyait des billets doux, lui accordait des rendez-vous galants dans le parc de Versailles et achetait des bijoux pharaoniques par le biais d’hommes de paille en cachette du roi. C’était sous-entendre que de telles frasques n'auraient rien eu d'invraisemblable de la part de la reine. Et c’est bien dans cet esprit que le jugement fut rendu, et pris dans l’opinion. La reine obtient donc du roi qu’il exile le cardinal de Rohan à l'abbaye de la Chaise-Dieu, l’une des abbayes en commende du cardinal, après l’avoir démis de son poste de grand aumônier. Il restera trois mois dans cette abbaye, après quoi il ira sous des cieux plus cléments, à l’abbaye de Marmoutier près de Tours. Ce n’est qu’au bout de trois ans, le 17 mars 1788, que le roi l’autorisera à retrouver son diocèse de Strasbourg. On ne saurait mieux résumer le résultat de cette affaire que par l'exclamation d'un magistrat du Parlement de Paris au lendemain du verdict : "Un cardinal escroc, la reine impliquée dans une affaire de faux ! Que de fange sur la crosse et le sceptre ! Quel triomphe pour les idées de liberté !"... Bien que Marie-Antoinette ait été, d’un bout à l’autre, absolument étrangère à toute cette affaire, l’opinion publique ne voulut pas croire à l’innocence de la reine. Accusée depuis longtemps de participer, par ses dépenses excessives, au déficit du budget du royaume, elle subit à cette occasion une avalanche d’opprobres sans précédent. Les libellistes laissèrent libre cours aux calomnies dans des pamphlets où la reine se faisait offrir des diamants pour prix de ses amours avec le cardinal. Bien pire, Mme de la Motte, parvenue à s'évader de La Salpêtrière, publie à Londres un immonde récit, dans lequel elle raconte sa liaison avec Marie-Antoinette, la complicité de celle-ci depuis le début de l'affaire et jusqu'à son intervention dans l'évasion. Par le discrédit qu'il jeta sur la Cour dans une opinion déjà très hostile, ce scandale aura indirectement sa part de responsabilités dans la chute de la royauté quatre ans plus tard et dans le déclenchement de la Révolution. "Cet événement me remplit d'épouvante", écrit Goethe dans sa correspondance, "comme l'aurait fait la tête de Méduse". Peu après, développera-t-il : "Ces intrigues détruisirent la dignité royale. Aussi l’histoire du collier forme-t-elle la préface immédiate de la Révolution. Elle en est le fondement...", (Cf. Le Grand Cophte (1790), pièce inspirée à Goethe par l’histoire de Cagliostro).


Prix : 4.000 euros

lundi 11 décembre 2017

Alfred de Musset. George Sand. Coupures de presse sur leurs amours (Le Gaulois, 1860). Exemplaire Jules Noilly, Octave Uzanne et Ch. Jolly-Bavoillot. Reliure demi-maroquin à coins de l'époque. Bel exemplaire.


[A. DE MUSSET].

[LES AMOURS D'UN POÈTE.] Idylle en quatre colonnes, etc. (titre donné par Octave Uzanne en mars 1894).

[Le Gaulois, 1860]

3 feuillets in-folio collés sur papier fort, montés sur onglets et pliés au format petit in-4 (22,5 x 17,5 cm).

Reliure demi-maroquin rouge janséniste à larges coins, tête dorée. Reliure non signée mais finement exécutée pour le bibliophile Jules Noilly. Quelques ombres et traces au maroquin. Bel exemplaire néanmoins.


Ouvrage vendu à la vente Octave Uzanne du 2 et 3 mars 1894 sous le numéro 319 avec ce commentaire du bibliophile : "Fragment du journal le Gaulois, n° du 12 février 1860, contenant un violent article dirigé contre Madame George Sand et Louise Colet. Les quatre colonnes du journal sont ainsi divisées : Lui et Elle. - Lui. - Elle et Lui. - Elles, Lui et Moi ; la première porte à la fin le nom de Paul de Musset, la seconde celui de L. Colet, la troisième celui de George Sand, et la quatrième celui de A. Delatouche. Cet article ayant occasionné de nombreuses protestations, le Gaulois publia en tête de son n° du 19 février une déclaration de M. Eugène Varner affirmant que A. Delatouche est un pseudonyme auquel il est complètement étranger et déclinant, tant en son nom personnel qu'au nom de plusieurs rédacteurs du journal, la responsabilité touchant le sens, les termes, la forme de cet article et surtout l'intention qui l'avait dicté. Cette déclaration forme le 3e feuillet de notre volume. 

Octave Uzanne précise enfin que ce recueil factice provient de la bibliothèque Noilly (18 mars 1886). Lors de la vente Octave Uzanne (3 et 4 mars 1894) ce volume a été adjugé 50 francs. Il est ensuite passé dans la bibliothèque du bibliophile américain francophile et francophone résidant à New-York Charles Jolly-Bavoillot.


Provenance : Jules Noilly (avec ex libris), Octave Uzanne (avec ex libris), Jolly-Bavoillot (avec ex libris (répété 2 fois), Bertrand Hugonnard-Roche (avec son monogramme BHR à l'encre et la date 2010).

Émouvant témoignage littéraire autour des amours tumultueuses entre George Sand et Alfred de Musset.

Prix : 800 euros


dimanche 10 décembre 2017

Bernard-Henri Gausseron. Bouquiniana (1901). 1 des 10 exemplaires sur Hollande. A relier. Rare.


Bernard-Henri GAUSSERON.

BOUQUINIANA. Notes et Notules d'un Bibliologue par B.-H. Gausseron.

Paris, H. Daragon, 1901

1 volume in-12 (19 x 12), broché de 109 pages. Exemplaire à relier, dos fendu, cahiers se débrochent. Couvertures présentes mais usagées. Intérieur frais.

Tirage à 365 exemplaires. Celui-ci 1 des 10 exemplaires sur papier de Hollande, numéroté T et signé par l'éditeur. Il a été tiré 10 exemplaires sur Japon, 5 exemplaires sur Chine, 10 exemplaires sur Hollande et 350 exemplaire sur alfa vergé.



Ce volume qui plaira aux amoureux des livres et des historiettes pour bibliophiles fait partie de la "Collection du Bibliophile Parisien" publiée par H. Daragon. Il a été achevé d'imprimer à Paris chez Pairault le 14 juin 1901.

Bernard-Henri Gausseron (1845-1913) fut un des principaux collaborateurs d'Octave Uzanne pour la revue Le Livre entre 1880 et 1889, puis pour Le Livre Moderne (1890-1891) et L'Art et l'idée (1892). Il collabora également à la nouvelle revue publiée par Albert Quantin Le Monde Moderne (1895-1900). Gausseron fut un communard actif (commissaire de police du quartier de la Sorbonne puis juge d'instruction attaché au parquet du procureur de la Commune), traduit devant le conseil de guerre et condamné par contumace à la déportation dans une enceinte fortifiée. Il s'était réfugié en Belgique puis se rend à Londres. Il est gracié le 5 juin 1879 après avoir été professeur à Londres et marchand de livres anciens en Écosse. De retour en France, il est professeur au lycée Jeanson-de-Sailly, traduisant des ouvrages anglophones et rédigeant des manuels pédagogiques. Sa participation au Livre d'Uzanne et autres revues n'est quasiment jamais évoqué. On trouve pourtant un très grand nombre de compte-rendus d'ouvrages nouveaux sous sa signature B.-H. G. On y trouve d'ailleurs encore quelques sentiments proches de ses anciennes amours de communard. On peut dire qu'il fut le bras droit d'Octave Uzanne entre 1880 et 1892.



Exemplaire à relier du tirage rare à 10 exemplaires sur Hollande.

Prix : 140 euros

samedi 9 décembre 2017

Henri Pène du Bois. Octave Uzanne. Four Private Libraries of New-York. A contribution to the history of bibliophilism in America. 1892. 1/200 ex. sur Japon avec manuscrit de la traduction anglaise de la préface d'Octave Uzanne.


Henri PENE DU BOIS. Octave Uzanne.

FOUR PRIVATE LIBRARIES OF NEW-YORK. A contribution to the history of bibliophilism in America. First series. Preface by Octave Uzanne.

New-York, Duprat & Co., 1892

1 volume in-8 (23 x 15 cm), broché, de 119 pages. Illustrations et reproductions de reliures anciennes et modernes. 2 ex libris tirés sur les cuivres originaux (pour M. Charles Jolly Bavoillot par Giacomelli et M. George B. de Forest par Paul Avril). Exemplaire à relier, dos fendillé fragile avec petits manques de papier, les deux plats de couvertures sont en bon état. Intérieur parfaitement frais. Complet.




Tirage de tête sur papier du Japon à 200 exemplaires. Il a été tiré en outre 800 exemplaires sur papier de Hollande.




Le texte du volume est en langue anglaise tandis que la préface d'Octave Uzanne est en français.




Nous joignons au volume la traduction anglaise du texte d'Octave Uzanne (contemporaine de l'édition). L'auteur de cette traduction autographe n'a pas été identifié (6 pages in-12).



La reproduction chromolithographique en frontispice d'une reliure de Trautz-Bauzonnet est superbe. Le tirage des ex libris l'est tout autant. Le volume contient également un joli fac similé d'autographe de Victor Hugo à Alexandre Dumas (monté sur onglet).




"The author discusses the art of forming a library and pleads for perfection of the smallest details of collecting regardless of the subject, period or author concerned. Du Bois writes interestingly of the early bookmen, Caneveri, Masioli, Grolier, Spencer, Didot, and Brinley, to name a few.the text of this book-and one needs a reading knowledge of French to appreciate its fullness - offers more thought-provoking material to the bibliophile than any half dozen other titles in the field." (Webber, p. 62).



Beau tirage de tête sur papier du Japon de ce joli livre pour bibliophiles et bibliomanes.

Prix : 350 euros

vendredi 8 décembre 2017

Léo Larguier. Petites Histoires pour Bibliophiles. Frontispice de Roger Parry. 1944. 1 des 4 exemplaires de tête sur Simili Japon. Très bon état. Rare.


Léo LARGUIER.

PETITES HISTOIRES POUR BIBLIOPHILES. Frontispice de Roger Parry.

Editions Fournier, 1944

1 volume grand in-8 (25,3 x 16,9 cm), broché de 58-(1) pages. Frontispice en noir de Riger Parry (bibliophile au milieu de ses livres dans sa bibliothèque en train de lire tout en se faisant à manger). Vignette du même artiste sur la page de titre (chineur de livres dans les boîtes des bouquinistes sur les quais de Paris). Excellent état, proche du neuf.

Tirage à 1.105 exemplaires. Celui-ci, 1 des 4 exemplaires de tête sur Simili Japon.


Ce savoureux volume contient 8 historiettes sur le thème de la bibliophilie et de la bibliomanie : Bibliophiles et Bibliomanes - Les Notes effacées - La Boîte vide - La Trouvaille - Cuisine, Musique et Littérature - En flânant le long des quais - La Tombe - La Bibliothèque du cordonnier de village.


Léo Larguier (1878-1950) est issu d'une vieille famille de paysans huguenots des Cévennes. Venu à Paris vers l'âge de 20 ans, il ne poursuit pas ses études à Sciences-Politiques et devient un fidèle de Saint-Germain-des-Prés dont il devient l'historien. On lui doit de nombreux ouvrages. Il est élu à l'Académie Goncourt en 1936. 

Très rare tirage sur grand papier à 4 exemplaires seulement de ce savoureux recueil de textes pour bibliomanes-philes ...

Prix : 200 euros


jeudi 7 décembre 2017

Louis Morin. La Revue des Quat' Saisons. 1900-1901. 1 des 50 ex. de tête sur vélin de cuve avec suite sur Chine. Reliure demi-maroquin à coins de l'époque. Exemplaire Henri Lafond. Superbe ensemble.


Louis MORIN.

LA REVUE DES QUAT' SAISONS. 1900-1901.

Paris, Société d'éditions littéraires et artistiques, Librairie Paul Ollendorff, 1900

4 volumes grands in-12 (19,5 x 13 cm) de 320 pages (pagination continue pour l'ensemble), avec reliés in fine dans chaque volume la suite complète des fumés des illustrations tirés sur papier de Chine.



Reliure de l'époque demi-maroquin rouge à coins, dos à nerfs, relié sur brochure (non rogné). Les couvertures en couleurs sont toutes conservées en parfait état. La reliure a été exécutée sur un exemplaire broché qui était neuf. Jolies reliures très fraîches. A noter quelques très légères retouches à quelques coins (à peine visible). Intérieur parfait, sans aucune rousseur, y compris en ce qui concerne les suites sur papier de Chine.



Tirage de tête à 50 exemplaires sur papier vélin de cuve contenant une suite complète des fumés tirés sur Chine.

Bien complet de toutes les couvertures requises ainsi que du frontispice à l'eau-forte en couleurs livré aux abonnés (relié en tête du premier volume).



L'illustration est profuse, en noir dans le texte et en couleurs hors-texte. Avec 8 grandes planches dépliantes coloriées au pochoir, de très nombreuses vignettes tirées en noir ou en vert d'eau. 



Cette très jolie revue éphémère, qui ne dura qu'une seule année, de janvier 1900 à janvier 1901, est consacrée aux fêtes, aux bals (Quat'zarts, Internat, etc.), carnavals de Nice, etc. L'ensemble est richement illustré de 400 compositions par Louis Morin. Louis Morin (1855-1938) est un artiste connu pour ses caricatures et ses illustrations le plus souvent gaies et remplies d'humour. On peut par certains côtés rapprocher son trait satirique de celui d'Albert Robida ou d'Adolphe Willette, ses contemporains. Il fonde la Société des dessinateurs humoristes en 1904. Il illustra également quelques livres. Il avait son atelier parisien rue Lepic. Il fut l'un des grands illustrateurs du Montmartre 1900.

"Cette revue ne sera ni pessimiste, ni réaliste, ni grave, comme la plupart de ses consœurs. L’art n’est-il pas un jeu, le jeu des bons esprits, qu’il faut ranger au nombre des choses pas bien sérieuses dont parle Renan ? La fantaisiste revue des Quat-Saisons tâchera d’y jouer légèrement, pour le passe-temps des gens décidés d’y jouer légèrement, pour le passe-temps des gens décidés à lutter contre le spleen qui nous envahit,et à arrêter le moins possible leur pensée sur les misères de la vie laide que nous font les lois, les préjugés, les modes et le snobisme" (Louis Morin).

Référence : Carteret IV, 294.

Provenance : Ex libris gravé Henri Lafond (1894-1963) présent dans chaque volume. La bibliothèque Henri Lafond a a été dispersée (12 juin 2015) après plus de 50 années d'endormissement. Les exemplaires n'ayant pas bougé pendant cette longue période. Henri Lafond, banquier et homme d'affaires, proche de l'OAS, ennemi du Général de Gaulle dont il deviendra pourtant conseiller, a été assassiné le 6 mars 1963 en pleine rue non loin de son domicile de de trois balles de pistolet.



Très bel exemplaire du rare tirage de tête avec suite conservé dans une jolie reliure de l'époque.

Prix : 1.000 euros



mercredi 6 décembre 2017

Abbé Bossut. Cosson de la Cressonnière. De la Bonne Royne et d'un sien bon curé. Fabliau d'une bonne femme gauloise. Très rare opuscule publié en 1782 à l'occasion de la naissance du Dauphin, fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Superbe exemplaire en maroquin décoré de l'époque.


[ABBÉ BOSSUT. COSSON DE LA CRESSONNIÈRE.]

DE LA BONNE ROYNE ET D'UN SIEN BON CURÉ. Fabliau d'une bonne femme gauloise, retrouvé et mis au jour par Mlle Cosson de la Cressonnière.

A Paris, de l'imprimerie de Didot l'aîné, 1782

1 volume in-16 (121 x 72 mm) de (3)-30-1 pages.

Reliure de l'époque plein maroquin vieux rouge, dos entièrement recouvert de faux caissons dorés, plats richement ornés d'un encadrement doré rocaille, fer doré au centre des plats, doublures et gardes de fine soie bleu ciel unie, tranches dorées. Reliure et intérieur en parfait état, à l'état proche du neuf.

Édition originale "très rare" selon toutes les bibliographies consultées.


Ce petit conte en prose a été fait à l'occasion de la naissance du Dauphin (né le 22 octobre 1781 et mort le 4 juin 1789 à l'âge de 7 ans et demi), fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette, et dont l'auteur, selon la tradition, serait un certain Bossut, curé de Saint-Paul. "La cour reconnaissante fit passer à l'auteur une tabatière à gorge et à cercles d'or, ornée du portrait de la reine. La boîte renfermait ces deux vers : Vous rendez à la reine un si parfait hommage, que vous méritez bien d'en posséder l'image." (in Biographie Ardennaise ou Histoire des Ardennais qui se sont fait remarquer, pat Boulliot, p. 306, article "Cosson".

Volume achevé d'imprimer en février 1782.


Un exemplaire de cet opuscule relié en maroquin olive de Purgold (reliure du XIXe s.) est indiqué comme étant "de la plus grande rareté" au catalogue de la bibliothèque Pixérécourt (décembre 1838).

Références : Brunet, I-608, (éd. 1838) "Les exemplaires tirés à petit nombre sont devenus très rares" (Brunet cite l'exemplaire A. Martin en maroquin, 40 francs) ; Barbier, Dictionnaire des ouvrages anonymes, Supplément, n°7.962 ; Bibliothèque Renouard, vente 1854, n°1.861 "Extrêmement rare" (Renouard possédait un exemplaire en maroquin non rogné, il n'est pas précisé s'il s'agissait d'une reliure d'époque).


Provenance : Carlo de Poortere (ex libris).

Superbe exemplaire en maroquin décoré strictement de l'époque. Très certainement un exemplaire de présent, parvenu jusqu'à nous en parfaite condition.

Véritable bijou bibliophilique.

Prix : 3.000 euros


mardi 5 décembre 2017

Aline, Reine de Golconde, conte par le Chevalier de Boufflers (1887). Superbe édition bibliophilique pour les Amis des Livres, dirigée par Octave Uzanne. Reliure décorée à la dentelle dorée plein maroquin de Cuzin. Superbe.


Stanislas de BOUFFLERS (Chevalier)

ALINE, REINE DE GOLCONDE, CONTE par le Chevalier Stanislas de Boufflers.


A Paris, Gravé et imprimé pour la Société des Amis des Livres, 1887

1 volume petit in-4 (23 x 15,2 cm), (7)-IV-29-(2) pages, comprenant 1 faux-titre et justification du tirage (1 feuillet), 1 feuillet de titre gravé avec vignette (imprimé en bleu), 4 pages d'envoi imprimé orné de 2 belles vignettes à l'eau-forte en couleur, 29 pages de texte gravé orné de 1 bel en-tête et 1 belle lettrine à l'eau-forte en couleur, 11 vignettes dans le texte en noir, 1 page pour l'explication technique, 1 page d'achevé d'imprimer. 4 pages pour la liste des membres de la Société des Amis des Livres, in fine.

Reliure de l'époque plein maroquin bleu nuit ornée d'un encadrement en dentelle aux petits fers dorés sur chacun des plats, dos à nerfs très orné aux petits fers dorés, double-filet doré sur les coupes, large jeu de roulettes et filets dorés en encadrement intérieur des plats, doublures et doubles-gardes de papier peigne, toutes tranches dorées, les fragiles couvertures bleues imprimées conservées sont en très bon état. Etui bordé de maroquin. Très fine reliure signée CUZIN. Excellent état proche du neuf. Deux petites déchirures sans manque en bordure du deuxième plat de couverture et du feuillet de garde, in fine.

TIRAGE A 117 EXEMPLAIRES SEULEMENT.

Celui-ci porte le n°53. Ils ont tous été imprimés sur papier de Hollande à la cuve. Il a été imprimé au nom d'un des 25 membres adjoints, M. Jolly Bavoillot, membre correspondant de la Société Les Amis des Livres et résidant à New-York, Etats-Unis d'Amériques. Les exemplaires 115bis et 115ter ont été affectés au dépôt légal. 



On lit à la fin : "Les Amis des Livres ont confié la Direction de cet ouvrage à leur collègue Octave Uzanne. Les compositions jointes au texte ont été dessinées par Albert Lynch. Les eaux-fortes au lavis gravées par E. Gaujean. Les lettres bâtardes du texte burinées par A. Leclère. Le volume a été achevé d'imprimer pour la Société des Amis des Livres le 25 octobre 1887 sur les presses en taille-douce de la Maison Quantin à Paris."

Ce petit livre est une merveille, un véritable joyau bibliophilique. Octave Uzanne a donc dirigé la mise en train de cette édition de grand luxe pour ses collègues des Amis des Livres. C'est le seul livre dont il dirigea l'exécution artistique pour cette société qui lui laissera le goût amer du trop rigide et du trop convenu. C'est peu de temps après la mise au jour de cette édition qu'il créera fin 1889 l'Académie des Beaux-Livres ou Bibliophiles contemporains.



Voici comment Octave Uzanne s'exprime au sujet de ce joli conte léger :


« On ne saurait se faire une idée exacte aujourd'hui de l'engouement qu'excita le délicieux conte d'Aline ; Grimm en parle avec enthousiasme. [...] Ce fut une fureur pendant plus de six mois ; d'innombrables copies d'Aline couraient de ruelle en ruelle, de salon en salon, de société en société ; on s'arrachait ces manuscrits, on ne parlait que du conte et de l'auteur. Boufflers eut une vogue qu'il n'avait point cherchée, mais qui n'en fut que plus retentissante et le mit de plain-pied dans le domaine de la galanterie. Toutes les femmes voulurent connaître l'heureux amant de la jolie laitière, cet écrivain simple et charmant qui avait su, par la fraîcheur et la jolie tournure de son style, exciter la curiosité d'un public blasé par les fadeurs de tant de petits romans. [...] » (extrait de la Notice sur la vie et les oeuvres de Boufflers, placée en tête des Poésies publiées par Octave Uzanne dans la collection des Petites Poètes du XVIIIe siècle (Paris, A. Quantin, 1886).



On voit donc que ce n'est pas un hasard si Octave Uzanne publie Aline pour les Amis des Livres fin 1887 alors qu'il s'était largement intéressé à l'auteur dès fin 1885 début 1886.

Ce conte en prose, galant voire légèrement licencieux, a été publié pour la première fois en 1761. Deux ans après Candide, un an après La Nouvelle Héloïse, Boufflers donne ce petit bijou littéraire qui fait fureur : cinq éditions paraissent avant la fin de l’année. Ce conte est une douce rêverie, une rêverie qui rassemble certaines idées bien répandues sur le bonheur. Un jour, dans une belle vallée, un adolescent de bonne famille (c’est le narrateur) rencontre une jeune paysanne qui porte un pot de lait à son village. Ce jour-là, ils découvrent l’amour et la volupté, mais le jeune homme quitte sa belle laitière, Aline, pour suivre la voix trompeuse de la gloire. Il retrouvera Aline à trois reprises. La première fois, à l’Opéra à Paris : elle est devenue une femme du monde. La deuxième fois, aux Indes : elle est la reine bienfaisante du royaume prospère de Golconde, connu pour ses diamants. La troisième fois, ils se retrouvent dans un désert au pied d’une montagne où le narrateur se retire, las de ses déboires. Ils sont vieux, elle n’est plus belle : « Nous étions autrefois jeunes et jolis, lui dit-elle, soyons sages à présent, nous serons plus heureux. » (informations extraites du site de Sue Carrell consacré à la correspondance échangée entre la comtesse de Sabran et le chevalier de Boufflers)



« Je tombai aux pieds de la divine Aline : nous nous aimâmes plus que jamais, et nous devînmes l’un pour l’autre notre univers. J’ai déjà passé ici plusieurs années délicieuses avec cette sage compagne ; j’ai laissé toutes mes folles passions et tous mes préjugés dans le monde que j’ai quitté ; mes bras sont devenus plus laborieux, mon esprit plus profond, mon cœur plus sensible. Aline m’a appris à trouver des charmes dans un léger travail, de douces réflexions et de tendres sentiments ; et ce n’est qu’à la fin de mes jours que j’ai commencé à vivre. » (extrait).

Provenance : Charles Jolly-Bavoillot (imprimé pour lui), sans son ex libris (sa bibliothèque a été vendue après son décès en 1896). Ex libris gravé Labouly.



Dès 1887 les exemplaires de ce livre ce sont arrachés à prix d'or. On le retrouve somptueusement relié dans les plus riches bibliothèques de la la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Au catalogue Morgand il est très coté (de 200 à 500 francs or selon la reliure - 1500 francs or (prix fou) pour un exemplaire en reliure décorée de Charles Meunier !).

SUPERBE EXEMPLAIRE EN MAROQUIN DE CUZIN.

Prix : 3.500 euros



mercredi 29 novembre 2017

Paul-Jean Toulet. Roger Chastel. La Jeune Fille Verte (1946). 1 des 30 exemplaires de tête avec suites. Bel exemplaire.


Paul Jean TOULET. Roger CHASTEL.

LA JEUNE FILLE VERTE. Illustré de quatorze lithographies de Roger Chastel.

A la voile latine, Monaco, 1946

1 volume in-folio (33,5 x 24,5 cm), en feuilles, de 243 pages. 14 lithographies hors-texte en noir. Couverture lithographiée en couleurs par l'artiste. Excellent état. Sans emboîtage.

Ce superbe ouvrage a été achevé d'imprimer le 15 novembre 1946 à Paris sur les presses de l'imprimerie E. Desfossés-Néogravure pour la typographie et Desjobert pour les lithographies.


Tirage à 300 exemplaires. Celui-ci 1 des 30 exemplaires de tête sur papier à la main du moulin des Clers, comportant une suite des 14 lithographies, plus 2 lithographies refusées, ainsi qu'une suite sur vélin pur fil vert Johannot.

La Jeune Fille Verte est le dernier roman de Paul-Jean Toulet, publié pour la première fois en 1920 chez Emile-Paul. C'est le récit d'une éducation sentimentale dans une petite ville du Béarn (Ribamourt). Autour de Sabine de Charite, la charmante, l'acide "jeune fille verte" et de Vitalis Paschal, séduisant clerc de notaire, se nouent et se dénouent les jeux de l'amour et de l'humour.


Superbe illustration de Roger Chastel, aux accents cubistes « l'expérience fondamentale de sa période de formation ». Deux années plus tard il illustrera magistralement Bestiaire de Paul Eluard. Roger Chastel est mort en 1981.


Bel exemplaire tel que paru du rare tirage de tête sur papier d'Auvergne, avec suites.

Prix : 600 euros