lundi 20 mars 2017

Bibliophilie : Les Amours pastorales de Daphnis et Chloé, par Longus. Edition bibliophilique illustrée de 25 pointes sèches par Jean Dulac (1931). 1 des 250 ex. sur papier vergé de Rives. Jolie édition artistique ici avec un cuivre original, deux suites et deux épreuves libres. Boîte plein papier artistique plein papier (Elsa Rambour).


LONGUS

LES AMOURS PASTORALES DE DAPHNIS ET CHLOÉ. Traduction de Jacques Amyot. Gravures au burin de Jean Dulac.

Se trouve à Paris, chez l'Artiste, 8 Rue Lacretelle. Vers 1931

Boîte plein papier de format grand in-4 (30,5 x 23,5 cm) avec un cuivre original incrusté dans le premier plat, la boîte contenant 1 volume in-8 (23 x 16 cm), en feuilles, de 193-(1) pages et 25 pointes sèches de Jean Dulac dont 1 couverture et 1 page de titre, compositions à mi-pages, deux-tiers de pages et vignettes. Texte encadré d'un filet orange. Volume encore protégé par son papier cristal d'origine. La boîte contient également 2 suites, 2 estampes libres non retenues pour l'ouvrage (en 3 états chaque). Le prospectus imprimé et gravé pour l'édition.


ÉDITION BIBLIOPHILIQUE IMPRIMÉE A SEULEMENT 340 EXEMPLAIRES.

CELUI-CI, 1 DES 250 EXEMPLAIRES SUR VERGÉ DE RIVES AVEC L'ETAT DÉFINITIF.



EXEMPLAIRE ENRICHI DE :

- 1 CUIVRE ORIGINAL INCRUSTÉ DANS LE PREMIER PLAT.

- 2 SUITES DES 25 ESTAMPES SUR JAPON (AVANT LA LETTRE ET AVEC LES ORNEMENTS), SOIT 50 ESTAMPES.

- 2 ESTAMPES LIBRES EN 3 ETATS CHAQUE, SOIT 6 ESTAMPES, DONT 1 ÉPREUVE D'ARTISTE.

- 1 PROSPECTUS.

Cette édition, dont le texte a été établi sur celui publié par Léon Pichon en 1919, a été réalisée avec la collaboration de Marcel et Simone Valotaire. Elle a été imprimée, de juillet 1930 à avril 1931, pour la typographie par Coulouma à Argenteuil, et pour la taille-douce, par Vernant à Paris, Brunel, pressier.



Magnifique illustration de Jean Dulac, artiste renommé et typique de l'époque Art Déco. Il avait donné une année auparavant, sous le voile de l'anonyme, la sublime illustration érotique pour Nous Deux, l'un des plus beaux erotica de cette période, et dont le texte est attribué à Marcel Valotaire.



BEL EXEMPLAIRE AVEC SUITES ET ÉPREUVES LIBRES.

Prix : 1.200 euros


dimanche 19 mars 2017

Ensemble de 6 James Bond agent 007. Live and let die. For your eyes only. Moonraker. From Russia, with love. Dr NO. Diamonds are forever. Pan Books, 1964. Exceptionnel ensemble relié plein maroquin doublé placage de sycomore. De la plus grande rareté dans cette condition.


IAN FLEMING

JAMES BOND. Live and let die. For your eyes only. Moonraker. From Russia, with love. Dr NO. Diamonds are forever.

Pan Books Ltd, London, 1964

Ensemble de 6 volumes in-18 (18 x 11 cm).

Reliure plein maroquin corail, auteur et titre dorés au dos, doublure de placage de sycomore naturel sertie dans un encadrement du même maroquin, garde de placage de sycomore naturel, toutes tranches dorées. Les couvertures illustrées ainsi que les dos des brochés d'origine sont conservés en parfait état. Ensemble de reliure d'une parfaite exécution et conservées à l'état proche du neuf. Les reliures semblent contemporaines des éditions (vers 1964 ou peu de temps après). Papier uniformément teinté. Texte en anglais.


EXEMPLAIRE EXCEPTIONNEL D'ÉDITIONS PAN BOOKS LUXUEUSEMENT RELIÉ EN MAROQUIN DE QUALITÉ.


Tous les volumes sont des tirages de l'année 1964. En voici le détail : Diamonds are forever (17e tirage) ; Dr NO (15e tirage) ; From Russia, with love (16e tirage) ; Moonraker (18e tirage) ; For your eyes only (11e tirage) ; Live and let die (15e tirage).

Les éditions originales anglaises ont paru comme suit : Diamonds are forever (1956) ; Dr NO (1958) ; From Russia, with love (1957) ; Moonraker (1955) ; For your eyes only (1960) ; Live and let die (1954).



Ian Fleming meurt en août 1964 et laisse 14 James Bond parus entre 1953 (Casino Royale) et 1966 (Octopussy and the Living Daylights). Les couvertures illustrées par l'éditeur Pan Books contribuent au succès de la saga du plus célèbre espion britannique. 007 a bercé déjà plus de 3 générations d'inconditionnels. Tous les James Bond écrits par Ian Fleming ont été portés à l'écran. La couverture de From Russia with love reprend les images du film avec Sean Connery dans le rôle titre, sorti au cinéma l'année précédente (1963).


Les volumes Pan Books, simples éditions de poche, n'étaient pas destinés à survivre au temps de cette manière. La reliure en maroquin de grande qualité qui a été donnée à ces 6 James Bond sur des brochés neufs dénote une envie de laisser un exemplaire exceptionnel, voire unique, pour les générations futures. De tels exemplaires doivent se compter sur les doigts d'une seule main et ont sans aucun doute été commandités par un total fan.



Note de la Rédaction : Et ne me dites pas qu'on trouve des exemplaires brochés de ces éditions entre 10 et  30 euros pièce selon l'état, je le sais. Trouvez moi un autre exemplaire relié en plein maroquin plutôt.

SUPERBE ET EXCEPTIONNEL EXEMPLAIRE.

Prix : 1.800 euros


samedi 18 mars 2017

Les Idylles et Élégies d'André Chénier illustrées par André Michel (1945). Superbe reliure décorée des ateliers Garric-Bouville à Toulouse (vers 1945-1950).


CHÉNIER, André. MICHEL, André (illustrateur) ou TRAJAN-SAINT-INÈS.

IDYLLES ET ÉLÉGIES DE A. DE CHÉNIER. Pointes sèches de André Michel.

Edition de la Cité, Paris, 1945

1 volume in-folio (32,5 x 26 cm) de 138-(1) pages. 18 pointes sèches originales d'André Michel.

Reliure de l'époque plein cuir, plats de box noir et chagrin havane, filets dorés et lettres du titre dorées sur les plats dans un décor de frise hellénistique, dos lisse muet, doublure de chagrin havane encadrée d'un filet doré, garde de peau de même cuir, tête dorée, relié sur brochure, couverture conservée (reliure signée GARRIC-BOUVILLE). Exemplaire d'une grande fraîcheur. Infimes frottements.

TIRAGE LIMITE A 275 EXEMPLAIRES.

CELUI-CI, 1 DES 125 EXEMPLAIRES SUR LANA.


Ce volume a été achevé d'imprimer fin décembre 1945 sur les presses de Maurice Beaudet, imprimeur lithographe. La présentation et la mise en page ont été établies par Paul Vigerie, et la réalisation confiée aux ateliers d'art R. Pichon à Paris. Les pointes sèches d'André Michel ont été tirées par La Tradition sous la direction de Paul Durupt.

Guillotiné à 31 ans, André Chénier laisse une oeuvre poétique en grande partie imitée des poésies de la Grèce antique. Il monte vers l'échafaud le 7 thermidor, avec le poète Jean-Antoine Roucher et Frédéric de Trenck, deux jours avant l’arrestation de Robespierre. La veille de sa mort, il aurait écrit l’ode La Jeune Captive, poème qui évoque la figure de sa muse, Aimée de Coigny. S'adressant à Jean Antoine Roucher, ses dernières paroles prononcées avant de monter sur l’échafaud sont : « Je n'ai rien fait pour la postérité » et d'ajouter (se désignant la tête) : « Pourtant, j’avais quelque chose là ! » ou « C'est dommage, il y avait quelque chose là ! ». Son corps, parmi mille trois cents autres victimes de la Terreur et de la guillotine, est jeté Place de la Nation, dans une fosse commune du couvent des Chanoinesses, plus tard devenu le cimetière de Picpus à Paris. Il sera considéré par les romantiques comme un précurseur de ce mouvement littéraire.


Oh ! je voudrais qu'ici tu vinsses un matin
Reposer mollement ta tête sur mon sein !
Je te verrais dormir, retenant mon haleine,
De peur de t'éveiller, ne respirant qu'à peine.

[...]

La nymphe l'aperçoit, et l'arrête, et soupire.
Vers un banc de gazon, tremblante, elle l'attire ;
Elle s'assied. Il vient, timide avec candeur,
Ému d'un peu d'orgueil, de joie et de pudeur.
Les deux mains de la nymphe errent à l'aventure.
L'une, de son front blanc, va de sa chevelure
Former les blonds anneaux. L'autre de son menton
Caresse lentement le mol et doux coton.

Extrait de Lydé

Cette superbe reliure au décor original sort des ateliers Garric-Bouville à Toulouse. L’atelier de reliure a été créé en 1938 par Julien Bouville. Puis Jacqueline Garric, élève relieuse à l’atelier est devenue son associée et son épouse. La reliure présenté ici est strictement contemporaine de l'édition et doit dater de 1945, tout au plus 1950. Elle date donc des débuts de cet atelier.

L'illustrateur, André Michel, est né à Sète en 1902, et est aussi connu sous le pseudonyme de Trajan-Saint-Inès. Il a magistralement illustré cet ouvrage d'une pointe délicate et déliée dévoilant ainsi l'extrême sensualité des poèmes de Chénier.

SUPERBE EXEMPLAIRE.

Prix : 1.400 euros


jeudi 16 mars 2017

Les Caractères de La Bruyère (1688). Edition Lyonnaise parue l'année de l'édition originale et faite sur la seconde édition parisienne d'Etienne Michallet.


[LA BRUYÈRE, Jean de]

LES CARACTÈRES DE THEOPHRASTE, traduits du grec, avec LES CARACTÈRES OU LES MŒURS DE CE SIÈCLE.

A Lyon, Chez Thomas Amaulry, 1688

1 volume in-12 (164 x 98 mm. Hauteur : 156 mm) de (60)-308-(1) pages.

Reliure de l'époque pleine basane granitée havane, dos à nerfs richement orné aux petits fers dorés, tranches mouchetées. Un coin légèrement usé et un éclat à la coiffe supérieure arasée, quelques usures et frottements, mais néanmoins exemplaire solide et décoratif. Quelques pâles rousseurs mais bon papier.


C'est en 1688 que parut la première édition des Caractères de Théophraste traduits du grec, ou les Mœurs de ce siècle ; Paris, chez Estienne Michallet, 1 vol. in-12 de 360 pages, y compris le Discours sur Théophraste, qui n'est pas paginé. Le privilège exclusif d'imprimer et de vendre, daté du 8 octobre 1687, est donné par extrait. Le nom de l'auteur ne se trouve ni sur le titre ni dans le volume : il en est ainsi de toutes les éditions de cet ouvrage données par Etienne Michallet. Tous les exemplaires de cette première édition porte la date de 1688, cependant l'Olivet lui donne celle de 1687, et d'après le privilège il paraît que ce fut en effet à la fin de cette dernière année que le livre fut mis en vente. La seconde édition (dénommée telle sur le titre) n'est que la réimpression de la première. C'est un in-12 de 308 pages, sans le Discours sur Théophraste, qui porte aussi la date de 1688, et est de même accompagné de l'extrait du privilège ; mais les fautes contenues dans un errata de 14 lignes, qui se trouvaient dans la première édition, sont corrigées dans cette seconde édition, qui ne contient pas d'errata. C'est sur cette seconde édition que, dans la même année, et d'après un accord fait avec Etienne Michallet, Thomas Amaulry, libraire à Lyon, réimprima ce livre page pour page, sans mettre sur le titre seconde édition. Cette cette édition lyonnaise faite sur la seconde édition de 1688 que nous proposons ici.

Cette édition lyonnaise a d'ailleurs cette particularité qu'il s'agit de la seule édition datée 1688 qu'on puisse réalistement trouver sans mention de seconde édition sur le titre. Les éditions Michallet datées 1688 et de première émission étant tout simplement introuvables.

La Bruyère a travaillé pendant dix-sept ans avant de publier ce recueil de 420 « remarques », sous forme de maximes, de réflexions et de portraits, présenté comme une simple continuation des Caractères du philosophe grec Théophraste, qu'il traduit en tête de l'ouvrage. L'auteur aurait commencé la rédaction de cet ouvrage dès 1670, et il est mort en 1696 après l'avoir revu et corrigé pour une neuvième et dernière édition, posthume celle-là. Les Caractères ou les Mœurs de ce siècle sont ainsi passés de 420 « remarques » en 1688, à 1120 en 1694. C'est donc l'œuvre de toute une vie, en même temps que la seule œuvre que La Bruyère ait publiée.


Provenance : Ex Libris manuscrit sur la première garde : Jacobi Dufrenet (certainement pour Jacques Du Frenet de Beaumont, Conseiller Maître des Comptes à la Chambre des Comptes du Dauphiné à Grenoble (1696), enregistré dans l'Etat de la France pour l'année 1702, aussi Conseiller au Parlement du Dauphiné. Il est mort en 1727 d'après le Bulletin de la Société d'Archéologie et d'Histoire du Dauphiné.

TRÈS BON EXEMPLAIRE EN CONDITION D’ÉPOQUE DE CETTE ÉDITION LYONNAISE DES CARACTÈRES DE LA BRUYÈRE.

Prix : 950 euros

mardi 14 mars 2017

Un des chefs-d'oeuvre de Carloz Schwabe : Hespérus par Catulle Mendès (1904) pour la Société de propagation des Livres d'Art. 1 des 300 exemplaires sur vélin teinté nominatifs. Broché, tel que paru. Une merveille illustrée du symbolisme et de l'Art Nouveau triomphant.


CATULLE MENDÈS. CARLOZ SCHWABE, illustrateur.

HESPÉRUS. Illustrations en couleurs de Carloz Schwabe.

Paris, Société de propagation des Livres d'Art, 1904 [Imprimerie Nationale].

1 volume in-4 (29 x 21 cm) broché de 96-(2) pages. 12 hors-texte rehaussés en couleurs. Nombreuses illustrations et ornements tirés en bistre dans le texte. Couverture illustrée en couleurs par Carlos Schwabe. Bel exemplaire parfaitement conservé. Couvertures protégées en parfait état. Couleurs très fraîches. Liste des membres de la Société de Propagation des Livres d'Art brochée en tête (4 pages). Quelques légères traces de décharge en regard des estampes en couleurs.

TIRAGE A 515 EXEMPLAIRES.

CELUI-CI, 1 DES 300 EXEMPLAIRES SUR VÉLIN TEINTÉ.

EXEMPLAIRE NOMINATIF IMPRIMÉ POUR M. ALFRED PORCABEUF.


Livre magnifique, emblématique du mouvement symboliste et de l'Art Nouveau triomphant. Carloz Schwabe interprète ici avec un talent extrême les subtilités du poème-vision de Catulle Mendès paru pour la première fois en 1872.


"Doué d'une extraordinaire maîtrise du dessin, ses compositions se distinguent par le soin extrême apporté au détail. C'est surtout dans la représentation de fleurs et de créatures féminines diaphanes, dont les traits angéliques laissent toutefois transparaître un érotisme latent, que l'artiste atteint ses meilleurs résultats, évoquant des atmosphères de mysticisme empreint de mystère et de sensualité" (in Fanelli et Godoli, Dizionario degli illustratori simbolisti e Art nouveau).


50 exemplaires de ce livre seulement furent mis dans le commerce. Les autres étaient souscrits auprès des plus grands bibliophiles de l'époque. Alfred Porcabeuf est l'un de ceux-ci. Alfred Porcabeuf (1867-19..) était graveur, imprimeur d'estampes.


BEL EXEMPLAIRE, TEL QUE PARU.

Prix : 1.100 euros


lundi 13 mars 2017

Bibliophilie : Somptueux exemplaire en maroquin rouge à la Duseuil (L'Année Chrétienne du Père Letourneux, 1685-1694). Riche reliure très bien conservée. Jansénisme.


LETOURNEUX (ou LE TOURNEUX, Nicolas)

L’ANNÉE CHRÉTIENNE, contenant les messes des dimanches, fériés et fêtes de toute l'année. En Latin et en Français. Avec l'Explication des épîtres et des évangiles, et un Abrégé de la vie des Saints dont on fait l'Office.

Paris, Chez Helie Josset, 1685-1694

11 volumes in-12 (172 x 102 mm) de 600 à 800 pages chaque environ. Les 11 premiers volumes seulement.

Reliure homogène plein maroquin vieux rouge à la Duseuil (ou Du Seuil), dos richement ornés aux petits fers dorés, tranches dorées, roulette dorée en encadrement intérieur des plats, gardes et doublures de papier peigne. Ensemble en superbe état de conservation, très frais. A noter une infime réparation à l'extrémité d'une coiffe inférieure et quelques légers frottements sans gravité. Intérieur frais malgré quelques cahiers plus brunis ou teintés que les autres (qualité du papier), papier fin. Ensemble resplendissant.

EXEMPLAIRE EN PARTIE COMPOSÉ DE VOLUMES DE L’ÉDITION ORIGINALE.



Certains volumes sont en édition originale (tomes V, IX et X) tandis que d'autres portent la mention de seconde, troisième ou quatrième édition.

Le premier volume porte la date de 1685 (mention de troisième édition) et le onzième volume porte la date de 1694 (mention de seconde édition).

Nicolas Letourneux (1640-1686) est né de parents pauvres. Il dut le bienfait de son éducation à M. Gentien Thomas Dufossé (père de Pierre Thomas), maître des comptes à Rouen, qui l'envoya étudier à Paris au collège des jésuites. Après avoir achevé sa philosophie au collège des Grassins, il retourna à Rouen, où il fut ordonné prêtre à vingt-deux ans, puis employé dans le ministère de la prédication, dont il s'acquitta avec succès, On lui procura deux petits bénéfices, et il obtint une pension du roi. Au bout de quelques années il quitta la place de vicaire qu'il occupait dans une paroisse de Rouen, et vint vivre à Paris dans la retraite. En 1681, il devint le confesseur officiel de Port-Royal, où il avait d'étroites liaisons. Son dessein était de se condamner pour toujours au silence ; mais Lemaistre de Sacy l'engagea à reparaître dans la chaire. Letourneux prêcha donc dans plusieurs églises, où il fut très suivi. Le goût de la retraite le conduisit dans le Maine, et enfin à son prieuré de Villers, dans le diocèse de Soissons, où il passa ses dernières années. De passage à Paris, il mourut d'une crise d'apoplexie, le IV des calendes de décembre 1686, à 46 ans. Il fut enterré dans l'église Saint-Landry (aujourd'hui disparue), et son cœur à Port-Royal des Champs dans la chapelle des Reliques. Par son testament il légua la somme de deux mille livres au monastère de Port-Royal. (source : Wikipédia). On lui doit notamment l'Année Chrétienne dont il publia seulement les premiers volumes. Dans le tome VII (1694) de l'Année Chrétienne on trouve à la fin du volume le catalogue des livres du Père Letourneux publiés par Hélie Josset. L'Année Chrétienne est ainsi présentée en 12 volumes vendus la somme de 36 livres. On y trouve également l'Histoire de la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, De la meilleure manière d'entendre la Sainte Messe, des Instructions et Exercices de piété durant la Sainte-Messe, avec des prières du matin et du soir, des oraisons pour dire devant et après la confession et la Sainte Communion et des Instructions sur les Dimanches et Fêtes, des Instructions Chrétiennes sur les Sacrements et sur les Cérémonies avec lesquelles l'Eglise les administre, Six Lettres écrites à quelques personnes de la Religion Prétendue Réformée, pour les exciter à rentrer dans l'Eglise Catholique et pour répondre à leurs difficultés, Les Règles et les Principes de la Vie Chrétienne, etc.

Nous proposons les 11 premiers volumes de cette imposant ouvrage paru sur plusieurs décennies et maint fois réédité par le libraire Hélie Josset et ses successeurs.

UN OUVRAGE RELIGIEUX CONDAMNÉ PAR ROME.

Ce livre a été condamné à Rome, sous le Pape Innocent XII, le 17 septembre 1691, et par plusieurs évêques français, et les amis de l'auteur conviennent que sa doctrine est la même que celle de Pasquier Quesnel (mis à l'Index en 1695 soit neuf ans après sa mort). On a de Letourneux une Lettre pour sa justification, datée du 19 mai 1686. Il y disait qu'il n'était point retourné à Port-Royal depuis sa sortie de cette maison, et qu'il ne s'était point servi, dans son Année chrétienne, de la version du Missel de Voisin, ni de celle du Nouveau Testament de Mons. Toutefois son ouvrage renferme beaucoup de choses inexactes, et c'est pour le faire oublier que Griffet a composé son Année du chrétien. L'Année Chrétienne du Père Letourneux cache le venin des propositions du Jansénisme : « Le Bréviaire français (de Letourneux), dit Colonia, est un livre presque aussi dangereux que L'année Chrétienne. »

"On peut dire presque sérieusement et, j'espère, sans désobliger ni compromettre personne, que l'Année chrétienne de Nicolas Letourneux a eu l'Académie Française pour marraine. C'est, en effet, le prix d'éloquence qui, en 1675, a tiré de l'ombre ce jeune prêtre, dont ni la Cour, ni la ville, ni la province ne savaient le nom. Comme on le décernait alors pour la troisième fois, ce prix avait encore tout son lustre, et, si parva licet.., l'efficace de ce prix contemporain qui impose l'inconnu de la veille aux regards de l'univers. Mais il y a plus : en distinguant ainsi M. Letourneux, l'Académie lui révélait son propre génie, cette maîtrise clans la paraphrase des textes liturgiques, épîtres et évangiles des dimanches, que nul, au XVIIe siècle, ne contestait à l'auteur de l'Année chrétienne, et qui fait la nouveauté bienfaisante de cet ouvrage. Ce génie ne se laissait qu'entrevoir dans les premiers essais de Letourneux, une traduction de l'Office de la semaine sainte (1673), et une Histoire de la Vie de Jésus-Christ (1673). Or il se trouva, précisément que le concours académique de 1675 donnait à paraphraser un texte de l'Évangile : Marthe, Marthe, vous vous empressez trop... Une seule chose est nécessaire... Bienheureuse étincelle! Le don de Le Tourneux était mûr et il éclata. Aussi bien l'Académie fit-elle ce jour-là coup double, si elle me permet de parler ainsi, puisqu'elle aidait aussi Letourneux à prendre conscience de sa vocation oratoire, préparant ainsi à la France un prédicateur qui, si qua fata aspera... ! eût égalé, dépassé même peut-être Bourdaloue, ou plutôt qui aurait ramené chez nous l'éloquence de la chaire à l'ancienne simplicité. Tout comme l'Année chrétienne, le fameux carême prêché par Letourneux à Saint-Benoît en 1682, et qui, hélas! ne devait pas avoir de lendemain, tant il avait réussi ! sonnait le triomphe de la paraphrase homilétique. Quel est donc, demandait un jour Louis XIV à Boileau, un prédicateur nommé Letourneux? On dit que tout le monde y court. Est-il si habile? - Sire reprit Boileau, Votre Majesté sait qu'on court toujours à la nouveauté; c'est un prédicateur qui prêche l'Évangile. Et comme le roi insistait pour avoir son sentiment, il répondit: « Quand il monte en chaire, il fait si peur par sa laideur qu'on voudrait l'en voir sortir; et, quand il a commencé à parler, on craint qu'il n'en sorte.» Jusqu'à ce qu'il revienne un homme, disait La Bruyère en pensant à Letourneux, « qui avec un style nourri des Saintes Écritures, explique au peuple la parole divine uniment et familièrement, les orateurs et les déclamateurs seront suivis. » N'est-il pas beau qu'en le couronnant l'Académie de 1675 ait invité Nicolas Letourneux à exterminer l'académisme ? Et c'est encore l'Académie qui, en la personne de l'académicien modèle, idéal, a conseillé à son lauréat d'entreprendre l'Année chrétienne. « Enhardi par ses succès, nous dit-on encore, et encouragé par Pellisson dont il était devenu l'ami, (Letourneux) donna son Carême chrétien (1682), tout composé des Épîtres, Évangiles et pièces récitées dans l'Église en ce saint temps, avec des explications saines, instructives et populaires. C'est par là qu'il débuta dans son Année chrétienne, continuée depuis avec un succès croissant, et à laquelle est resté attaché son nom ». C'était tin de ces hommes envers qui on peut tout se permettre. On est sûr qu'ils ne se rebifferont jamais. Deux fois irritants d'ailleurs, parce qu'on n'arrive pas à les prendre en faute. Sans défense et sans ambition; d'une piété et d'une douceur invincibles. Cédant de lui-même aux influences ennemies qui avaient juré de l'éteindre, il se retira dans la solitude, suivi de quelques jeunes gens qu'il façonnait aux saintes Lettres et aux Offices liturgiques. Il mourut bientôt du reste, à peine âgé de quarante-sept ans (1686), et n'ayant achevé que les six premiers volumes de l'Année chrétienne. Je n'ai pas à en dire plus long sur le détail de cette vie innocente et persécutée. Le chapitre, justement incolore, mais affectueux et vengeur, que Sainte Beuve a consacré dans son Port-Royal (t. V) à M. Le Tourneux, me semble parfait. [...]" (Henri Brémond de l'Académie Française, Histoire littéraire du sentiment religieux en France depuis la fin des guerres de religion jusqu'à nos jours).

Provenance : signature ex libris de l'époque (XVIIe siècle) de Renusson, Conseiller au Mans (Tribunal ?) (apposé sur 2 volumes) - (dans tous les volumes) : Ex libris gravé (par Gardella, Paris) d'Ysabel Sanchez de Movellan (fin XIXe début XXe siècle). Autre ex libris de la même époque que le précédent (gravé (par Benetton) resté anonyme portant la devise : sine anguli angulo.

SOMPTUEUX EXEMPLAIRE EN MAROQUIN A LA DUSEUIL STRICTEMENT CONTEMPORAIN.

Prix : 3.000 euros


vendredi 10 mars 2017

Les Connaissances nécessaires à un Bibliophile recueillies et publiées par Edouard Rouveyre (1899). 10 volumes in-8 brochés. Bel exemplaire tel que paru de cette somme à l'usage des amateurs de livres.


COLLECTIF [ROUVEYRE, Edouard, éditeur].

CONNAISSANCES NÉCESSAIRES A UN BIBLIOPHILE, accompagnées de Notes critiques et de Documents bibliographiques recueillis et publiés par Edouard Rouveyre, libraire et éditeur, officier de l'Instruction Publique. Cinquième édition illustrée de nombreuses figures.

Paris, Edouard Rouveyre, 1899

10 volumes in-8 (22,5 x 14 cm), brochés, environ 200 par volume, illustrations en noir dans le texte et hors-texte. Ensemble complet. Très bon état. Dos légèrement brunis avec quelques marques mais toujours solides et non fendus. Papier vélin teinté.

ÉDITION ORIGINALE DÉFINITIVE ET LA PLUS COMPLÈTE.


Cette somme de connaissances nécessaire aux bibliophiles, publiée entre fin février et fin novembre 1899, reste à ce jour ce qu'on a fait de plus complet sur le sujet. Il serait fastidieux de reprendre l'intégralité des sommaires tant l'ensemble est d'une richesse impressionnante : Origine du livre - les amateurs - les bibliophiles - les bibliomanes - les bibliothèques - le format des livres - du collationnement - des anciennes éditions - des éditions d'art - de la gravure - des papiers de luxe - des reliures anciennes - des reliures aux armes - les ennemis du livre - la restauration des livres - de la classification des livres - lexique - etc.

La première édition de ce livre avait paru en 1877 en un seul mince volume in-8. Les éditions se succédèrent avec de grandes augmentations jusqu'à celle en 10 volumes en 1899 (vendue 80 francs sur papier vélin teinté).

BEL EXEMPLAIRE TEL QUE PARU.

Prix : 600 euros


mercredi 8 mars 2017

Flirt par Paul Hervieu (1890). Exemplaire de choix sur Japon avec 6 états de eaux-fortes de Madeleine Lemaire et relié par Marcellin Lortic. Rare.


HERVIEU, Paul. - LEMAIRE, Madeleine (illustratrice).

FLIRT. Illustré par Madeleine Lemaire.

Paris, Boussod, Valadon et Cie, 1890

2 volumes grands in-4 (32,5 x 25,5 cm) de 213-(3) pages pour le volume de texte qui contient l'état définitif en noir des estampes (19 grandes compositions hors-texte, 18 grandes vignettes en bandeaux et culs-de-lampe). Le deuxième volume (6 cm d'épaisseur) contient un tirage à part de toutes les illustrations en 4 ou 5 états, parfois 6.

Reliure demi-maroquin à larges coins, dos à nerfs richement ornés aux petits fers, filets entrecroisés, double-filets sur les plats, tête dorée, non rogné, couverture conservée. Exemplaire à l'état proche du neuf. (reliure de l'époque signée M. LORTIC).

ÉDITION ORIGINALE DE GRAND LUXE.

TIRAGE A QUELQUES DIZAINES D'EXEMPLAIRES SUR PAPIER DU JAPON (non justifié).

EXEMPLAIRE DE PRÉSENT. Le nom du destinataire n'a pas été renseigné.

Normalement ce type d'exemplaires était accompagné de deux suites des gravures : une suite imprimée en camaïeu sur papier Whatman et une suite imprimée en bistre sur papier du Japon. Notre exemplaire contient dans le volume de planches : 5 états des gravures (1 état en bistre sur Japon avec remarque, 1 état en bistre sur Japon sans remarque, 1 état en bleu sur Whatman avec remarque, 1 état en bleu sur Whatman sans remarque, 1 état en couleur sur Whatman fort). Quelques estampes possèdent une épreuve de mois, d'autres ont une épreuve de plus.

« Je ne crois pas qu'il ait jamais un mot de pitié pour les souffrances physiques ou morales qu'il dépeint avec une inflexible vigueur. [...] C'est par l'intensité seule de ses descriptions ou de ses analyses qu'il trahit son émotion et qu'il provoque la nôtre. Tel il était dans ses livres, tel il était aussi dans sa vie » — Edmond Estève, Paul Hervieu, conteur, moraliste et dramaturge.



Issu d'une famille bourgeoise, Paul Hervieu se destine tout d’abord au barreau, devient avocat et fréquente un moment les milieux politiques. Il obtient en 1881 un poste d’attaché d’ambassade à Mexico, qu’il ne conserve pas longtemps. Intéressé surtout par la littérature, il se consacre principalement à l’écriture, tout en fréquentant des salons littéraires et mondains, tels ceux de Madame de Pierrebourg, qui fut sa maîtresse, et de Madame Émile Straus, où il côtoie des écrivains, Marcel Proust, Paul Bourget, Henri Meilhac, Ludovic Halévy, Guy de Maupassant ; des aristocrates, la Princesse Mathilde, le Prince Georges Bibesco ; des comédiens comme Réjane ou Lucien Guitry et des artistes comme Edgar Degas. En 1883, commence sa longue amitié avec Octave Mirbeau, dont il devient le confident. Il collabore cette année-là, sous le pseudonyme de Liris, à l'éphémère revue que fonde son nouvel ami et à laquelle collaborent également Alfred Capus et Étienne Grosclaude, Les Grimaces, hebdomadaire satirique et de combat anti-opportuniste, mais aussi antisémite, destiné selon Mirbeau « à faire grimacer tout ce faux monde de brigands impunis de la finance ». Pourtant, à l'instar de Mirbeau, qui fera partie des intellectuels dreyfusistes les plus engagés, Hervieu sera dreyfusard, ce qui lui vaudra un échec lors de sa première candidature académique. Préoccupé par les problèmes sociaux de son époque, il les expose dans des romans psychologiques et mondains, à la manière de Paul Bourget, et dans des pièces de théâtre, volontiers moralisatrices. Voulant analyser rigoureusement une situation et en montrer les conséquences inéluctables, il met en scène des personnages qui se conduisent avec une logique extrême, sans la moindre humanité, attentifs uniquement au sentiment du devoir et aux conventions sociales. Cette rigidité amène à des dénouements dramatiques qui paraissent outranciers aujourd’hui. L'intrigue se déroule dans des milieux aristocratiques ou mondains : la femme adultère dans L'Énigme et dans Le Réveil, le remariage d’une femme divorcée dans Le Dédale, et le soin dû aux enfants, quelles qu’en soient les conséquences, dans La Course du flambeau. Il succéda en 1900 à Édouard Pailleron au fauteuil 12 de l'Académie française. Edmond de Goncourt disait de lui : « Le petit Hervieu a une voix curieuse, c'est comme la voix lointaine d'un somnambule que son endormeur ferait parler. » (source : Wikipédia).


Flirt a paru pour la première fois sous cette forme luxueuse chez Boussod et Valadon. Il a été fait la même année une autre édition chez l'éditeur Alphonse Lemerre (30 avril 1890) dans lequel l'auteur remercie Madeleine Lemaire "la grande artiste dont la collaboration a illustré la première édition de ce livre."

L'illustration est en effet d'une beauté magistrale. Techniquement irréprochable, ce livre rentre dans la catégorie des très beaux livres illustrés par l'eau-forte. Notre exemplaire du rare tirage sur Japon contient un maximum de suites dont la très rare suite en couleurs dont Octave Uzanne a sans aucun doute été jaloux s'il l'a eu sous les yeux.


"Flirt où s’évoque, dans un raccourci inquiétant, la pourriture des milieux mondains. [...] Dans aucun livre, peut-être, ne fut aussi cruellement évoquée l’absence de sens moral des sociétés élégantes et jouisseuses, pour qui tous les devoirs sociaux se bornent à des échanges de politesse, et toutes les vertus, à des rites futiles d’étiquette. Il y avait, dans ce livre, pour qui sait lire, des pages terribles, où la forme élégante, où le style raffiné et joli rendaient plus visibles la saleté de ces cœurs, le cynisme de ces âmes. Eh bien, il se levait de là une grande et belle pitié, et d’autant plus active, qu’elle était plus maîtresse d’elle-même, plus lucide et plus raisonnante. C’est que personne, comme M. Paul Hervieu, ne connaît les ressorts de l’âme humaine ; personne ne s’est davantage penché au bord de ce gouffre, qui est le front d’un homme, personne ne s’est plus aventuré sur cette mer de joies et d’illusions qu’est la prunelle d’une femme, et personne n’a davantage rapporté, de ces voyages, des sensations poignantes de cet infini et de ce mystère qu’est la vie." (Octave Mirbeau, Les Écrivains, Première série).

Madeleine Lemaire (1845-1928) est reconnue pour la beauté de ses aquarelles florales. Ses compositions s'adaptent parfaitement au milieu mondain décrit avec une très grande finesse dans Flirt. Une trentaine de ses œuvres — pastels, huiles et aquarelles — ont été présentées en avril-juin 2010 au musée Marmottan-Monet, à Paris, dans le cadre d’une exposition consacrée aux femmes peintres au temps de Marcel Proust. Les musées de Dieppe, de Mulhouse et de Toulouse possèdent quelques-unes de ses œuvres, et le musée du Louvre possède une aquarelle (Valet de chambre portant une lettre) et un Bouquet de l'ancienne collection Le Masle. Alexandre Dumas fils, dont elle a été la maîtresse a dit d’elle : « C'est elle qui a créé le plus de roses après Dieu ». On la surnommait après Robert de Montesquiou « l’impératrice des roses. » Elle exposait en particulier à la galerie Georges Petit ou chez Georges Beugniet.


Fine reliure de très grand format, parfaitement conservée, signée M. Lortic.  Marcellin Lortic (1852-1928), successeur de son père depuis 1884. "Travailleur acharné, il faisait lui-même ses dessins et les exécutait car, contrairement à son père, il était à la fois relieur et doreur. Peu communicatif, il vivait exclusivement dans son atelier. Continuateur des décors à caissons inaugurés par Lortic père, il en créa néanmoins d'autres et ses reliures figurèrent dans nombre de bibliothèques de grands collectionneurs de son temps. Certaines furent exposées au Palais Galliéra en 1902. Il n'eut pas de successeur et préféra vendre son matériel et son outillage lorsque la maladie l'empêcha de poursuivre son activité. Ses clients étaient fidèles et il ne cherchait pas à en accroître le nombre." (Fléty, Dictionnaire des relieurs français de 1800 à nos jours, pp. 115, éd. 1988).

SUPERBE EXEMPLAIRE.

Prix : 2.000 euros