jeudi 5 novembre 2020

Les derniers moments de Gustave III roi de Suède (1799) mort assassiné (mars 1792). A Stockholm, par un sujet de sa majesté. Manuscrit inédit rédigé en français.


Anonyme [sujet de sa majesté Gustave IV de Suède].

Les derniers moments de Gustave III, Roi de Suède, de Gothie, de Vandalie ... etc. etc. Dédié au Roi.

A Stockholm, s.d. [1799].

Manuscrit in-4 (22,5 x 16,5 cm), (7)-312-(9) pages. En cahiers libres (à relier). Les (9) dernières pages sont vierges. Le manuscrit est complet et occupe l'intégralité des 312 pages chiffrées ainsi que les 5 premières pages non chiffrées (titre, épître dédicatoire au Roi (Gustave IV). Le premier feuillet non chiffré est vierge. Tous les feuillets sont calligraphiés à l'encre brune dans un encadrement de double-filet (gras et maigre). Ensemble complet, rédigé entièrement en français, parfaitement lisible et sans ratures. Sur beau papier vélin.

Manuscrit inédit.


Ce manuscrit se compose de deux parties. La première partie est un Discours préliminaire occupant les pages 1 à 207. La seconde partie est intitulée "Les derniers moments de Gustave III, Roi de Suède" et occupe les pages 210 à 312.


Le roi de Suède Gustave III (1746-1792) convoque les états dans la petite ville de Gävle (Gèfle en français), située au nord du royaume, pour aviser au moyen de diriger la coalition contre la Révolution française. Son impopularité s'augmente de cet appel inutile à l'esprit national. Il était depuis quelques jours revenu à Stockholm lorsque plusieurs membres du parti aristocratique, les comtes de Horn et de Ribbing, les barons Bielke et Pechlin, résolurent de mettre à exécution un complot qu'ils tramaient depuis longtemps. Un bal qui devait avoir lieu à l'opéra dans la nuit du 15 au 16 mars 1792 fut fixé pour le moment du meurtre. Le roi, quoique vaguement averti du projet des conjurés se rendit à l'opéra avec le comte d'Essen, vers 11 heures et entra dans une loge ; puis voyant que tout était tranquille dans la salle, il se hasarda d'y descendre. Il fut aussitôt entouré de personnes masquées et l'une d'elles, le comte de Horn, lui frappant sur l'épaule, s'écria : "Bonne nuit, beau masqué !" ; à ces mots Ankarstroem déchargea à bout portant son pistolet sur Gustave III qui tomba mortellement blessé. L'infortuné prince vécut encore treize jours.

L'auteur de ce manuscrit nous relate avec émotion cette longue agonie pendant laquelle Gustave III fit preuve d'un héroïque courage. Il mit ordre, au milieu des plus cruelles souffrances, aux affaires d'état et mourut en pardonnant à ses meurtriers.


Le Discours préliminaire formant la première partie de manuscrit occupe un plus grand nombre de pages encore que la seconde partie. Ce Discours en forme de panégyrique dénonce les accusations de tyran largement diffusées à l'encontre du défunt monarque. Cette partie est l'occasion de disserter longuement sur la définition du tyran et de la tyrannie des monarques. "Pour juger un tyran, il suffit de fixer les yeux sur sa personne, d'observer sur son visage sans cesse agité les contraintes de son esprit, et dans sa conduite les moyens qu'il emploie pour conserver sa puissance et maintenir son gouvernement encore plus incertain que ses caprices." (extrait). L'auteur poursuit son discours préliminaire en donnant une à une les qualités de Gustave III, qualités de politique et qualités d'homme. Selon l'auteur il les possédait toutes au plus haut degré, ce qui faisait de lui un monarque en tous points vertueux. A plusieurs reprises l'auteur évoque les événements révolutionnaires de France. "Je sais, écrit-il, que de nos jours, où chacun peut discourir en liberté, attaquer tous les gouvernements et critiquer toutes les formes administratives, il est passé comme en usage de donner aux rois le nom de tyran. La fureur de raisonner s'est tellement emparée de tous les esprits, que ceux mêmes qui sans éducation vivent dans une ignorance profonde de toutes choses, veulent cependant être politiques, et disputer sur les polices différentes. La politique est l'objet des entretiens publics et des conversations particulières. Même au milieu des festins, un sérieux diplomatique, a pris la place de la gaieté naïve, compagne ordinaire des plaisirs innocents." (extrait). Plus loin il poursuit : "Les partisans fanatiques de la démocratie, placent la liberté dans ces agitations éternelles inséparables du gouvernement républicain. Ils désignent sans aucune distinctions, tous les rois et tous les princes, sous le nom général de tyrans et de despotes. Ils ne peuvent concevoir, disent-ils, comment la liberté peut exister sous une monarchie." 

Bien que ce manuscrit ne porte aucune date, c'est l'auteur lui-même qui nous la livre au début de son Discourt préliminaire. Il écrit : "Depuis l’instant où ce bon prince a payé le tribut à la nature, j’espérais que la presse allait enfanter un récit véridique des circonstances de sa mort : mais comme il serait inutile d’espérer plus longtemps ce que sept ans révolus n’ont point fait éclore, j’ai cru nécessaire de donner moi-même au public, le détail intéressant qu’il ignore des circonstances de la mort de sa Majesté Gustave III, Roi de Suède, afin que par la lecture des faits appuyés sur le témoignage irrécusable des personnes que je cite, chacun puisse reconnaître les fables et les mensonges par lesquels on l’a trompé. J’aurais désiré qu’une plume plus habile et plus exercée que la mienne eut entrepris cet ouvrage afin que le tableau tracé par une main plus savante en eut été plus digne du grand Gustave. [...]". Ce manuscrit a donc été rédigé sept ans révolus après l'assassinat de Gustave III, soit dans le courant de l'année 1799.

D'après nos recherches, il n'existe aucune édition imprimée de ce manuscrit référencée dans les fonds publics. Par ailleurs, nous n'avons trouvé aucune autre copie manuscrite. Il semble bien que ce manuscrit, d'une belle écriture calligraphiée, sans corrections majeures ou ratures, était destiné à être remis à celui à qui il a été dédié, à savoir le fils du défunt roi, son fils, Gustave IV (1778-1837), successeur de son père sur trône de Suède de 1792 (à la mort de son père) et jusqu'en 1809.


"Perçu au début de son règne comme un monarque « progressiste », ami et protecteur des Lumières, Gustave iii ne tarda pas à décevoir ses partisans et à attiser la haine de ses adversaires par l'inconséquence et la légèreté de sa politique (aussi bien extérieure qu'intérieure), ses caprices et ses coups de tête. Si la paysannerie, le clergé et le tiers état se contentaient d'observer d'un œil désapprobateur, mais en silence, les extravagances de Sa Majesté, la noblesse se sentit vite appelée à intervenir. Non que l'aristocratie suédoise pût se prévaloir d'un programme politique plus cohérent que celui du roi – loin de là, mais c'était une noblesse individualiste et frondeuse, habituée à faire entendre sa voix et qui n'avait pas entièrement oublié l'heureuse époque où les rois de Suède se faisaient élire.Lorsqu'en s'appuyant sur les états rivaux, Gustave III avait fait adopter le fameux Acte d'Union et de Sécurité(1789), légitimant ainsi le pouvoir quasi absolu du monarque, il avait franchi des limites qu'il n'aurait jamais dû franchir. Affolée, la noblesse lui avait envoyé un fanatique, le capitaine Ankarström, muni de deux pistolets et d'un couteau à barbe... Mortellement blessé, le roi mourut quelques jours plus tard, en connaissant déjà les noms de son assassin et des principaux conjurés qui avaient été vite arrêtés. [...] L'affaire fit couler beaucoup plus d'encre que de sang, même si la dose versée par le roi lui fut fatale et si le supplice infligé au meurtrier, Ankarström, fut proprement atroce. [...] Très tôt naît le besoin de coucher cette histoire sur papier : paraissent – en français – une Lettre d'un voyageur à son ami, contenant une relation de l'assassinat commis sur la personne du roi de Suède, la nuit du 16e au 17e mars 1792,brochure anonyme publiée à Linköping en 1792, puis, toujours en français, une Histoire de l'assassinat de Gustave III, roi de Suède. Par un officier polonais témoin oculaire (1797) d'un certain A.-F. Artaud de Montor. [...]" (extrait de Elena Balzamo, « On a tiré sur le roi ! » », Germanica, 23 | 1998, 101-117.


Le régicide fut mis en jugement. Ankarström fut décapité après avoir eu la main coupée le 27 avril 1792. Louis XVI, roi de France, devenu Louis Capet, fut guillotiné le 21 janvier 1793 sans que les secours des armées contre-révolutionnaires suédoises n'aient pu lui venir en aide. Le comte Axel de Fersen, militaire suédois au service de Gustave III et proche de la famille royale française (on lui donne aujourd'hui une véritable relation amoureuse avec la reine de France Marie-Antoinette) échoue à faire évader le roi en 1791 (fuite de Varennes dont Fersen est le principal organisateur). L'auteur de notre manuscrit n'était pas sans connaître tous ces évènements dont la conjoncture devaient amener à la chute des principes monarchiques. En cela, il représente un témoignage rare au service de la défense des principes monarchiques de droit divin.


Document exceptionnel et unique.

Prix : 8.000 euros