lundi 13 mars 2017

Bibliophilie : Somptueux exemplaire en maroquin rouge à la Duseuil (L'Année Chrétienne du Père Letourneux, 1685-1694). Riche reliure très bien conservée. Jansénisme.


LETOURNEUX (ou LE TOURNEUX, Nicolas)

L’ANNÉE CHRÉTIENNE, contenant les messes des dimanches, fériés et fêtes de toute l'année. En Latin et en Français. Avec l'Explication des épîtres et des évangiles, et un Abrégé de la vie des Saints dont on fait l'Office.

Paris, Chez Helie Josset, 1685-1694

11 volumes in-12 (172 x 102 mm) de 600 à 800 pages chaque environ. Les 11 premiers volumes seulement.

Reliure homogène plein maroquin vieux rouge à la Duseuil (ou Du Seuil), dos richement ornés aux petits fers dorés, tranches dorées, roulette dorée en encadrement intérieur des plats, gardes et doublures de papier peigne. Ensemble en superbe état de conservation, très frais. A noter une infime réparation à l'extrémité d'une coiffe inférieure et quelques légers frottements sans gravité. Intérieur frais malgré quelques cahiers plus brunis ou teintés que les autres (qualité du papier), papier fin. Ensemble resplendissant.

EXEMPLAIRE EN PARTIE COMPOSÉ DE VOLUMES DE L’ÉDITION ORIGINALE.



Certains volumes sont en édition originale (tomes V, IX et X) tandis que d'autres portent la mention de seconde, troisième ou quatrième édition.

Le premier volume porte la date de 1685 (mention de troisième édition) et le onzième volume porte la date de 1694 (mention de seconde édition).

Nicolas Letourneux (1640-1686) est né de parents pauvres. Il dut le bienfait de son éducation à M. Gentien Thomas Dufossé (père de Pierre Thomas), maître des comptes à Rouen, qui l'envoya étudier à Paris au collège des jésuites. Après avoir achevé sa philosophie au collège des Grassins, il retourna à Rouen, où il fut ordonné prêtre à vingt-deux ans, puis employé dans le ministère de la prédication, dont il s'acquitta avec succès, On lui procura deux petits bénéfices, et il obtint une pension du roi. Au bout de quelques années il quitta la place de vicaire qu'il occupait dans une paroisse de Rouen, et vint vivre à Paris dans la retraite. En 1681, il devint le confesseur officiel de Port-Royal, où il avait d'étroites liaisons. Son dessein était de se condamner pour toujours au silence ; mais Lemaistre de Sacy l'engagea à reparaître dans la chaire. Letourneux prêcha donc dans plusieurs églises, où il fut très suivi. Le goût de la retraite le conduisit dans le Maine, et enfin à son prieuré de Villers, dans le diocèse de Soissons, où il passa ses dernières années. De passage à Paris, il mourut d'une crise d'apoplexie, le IV des calendes de décembre 1686, à 46 ans. Il fut enterré dans l'église Saint-Landry (aujourd'hui disparue), et son cœur à Port-Royal des Champs dans la chapelle des Reliques. Par son testament il légua la somme de deux mille livres au monastère de Port-Royal. (source : Wikipédia). On lui doit notamment l'Année Chrétienne dont il publia seulement les premiers volumes. Dans le tome VII (1694) de l'Année Chrétienne on trouve à la fin du volume le catalogue des livres du Père Letourneux publiés par Hélie Josset. L'Année Chrétienne est ainsi présentée en 12 volumes vendus la somme de 36 livres. On y trouve également l'Histoire de la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, De la meilleure manière d'entendre la Sainte Messe, des Instructions et Exercices de piété durant la Sainte-Messe, avec des prières du matin et du soir, des oraisons pour dire devant et après la confession et la Sainte Communion et des Instructions sur les Dimanches et Fêtes, des Instructions Chrétiennes sur les Sacrements et sur les Cérémonies avec lesquelles l'Eglise les administre, Six Lettres écrites à quelques personnes de la Religion Prétendue Réformée, pour les exciter à rentrer dans l'Eglise Catholique et pour répondre à leurs difficultés, Les Règles et les Principes de la Vie Chrétienne, etc.

Nous proposons les 11 premiers volumes de cette imposant ouvrage paru sur plusieurs décennies et maint fois réédité par le libraire Hélie Josset et ses successeurs.

UN OUVRAGE RELIGIEUX CONDAMNÉ PAR ROME.

Ce livre a été condamné à Rome, sous le Pape Innocent XII, le 17 septembre 1691, et par plusieurs évêques français, et les amis de l'auteur conviennent que sa doctrine est la même que celle de Pasquier Quesnel (mis à l'Index en 1695 soit neuf ans après sa mort). On a de Letourneux une Lettre pour sa justification, datée du 19 mai 1686. Il y disait qu'il n'était point retourné à Port-Royal depuis sa sortie de cette maison, et qu'il ne s'était point servi, dans son Année chrétienne, de la version du Missel de Voisin, ni de celle du Nouveau Testament de Mons. Toutefois son ouvrage renferme beaucoup de choses inexactes, et c'est pour le faire oublier que Griffet a composé son Année du chrétien. L'Année Chrétienne du Père Letourneux cache le venin des propositions du Jansénisme : « Le Bréviaire français (de Letourneux), dit Colonia, est un livre presque aussi dangereux que L'année Chrétienne. »

"On peut dire presque sérieusement et, j'espère, sans désobliger ni compromettre personne, que l'Année chrétienne de Nicolas Letourneux a eu l'Académie Française pour marraine. C'est, en effet, le prix d'éloquence qui, en 1675, a tiré de l'ombre ce jeune prêtre, dont ni la Cour, ni la ville, ni la province ne savaient le nom. Comme on le décernait alors pour la troisième fois, ce prix avait encore tout son lustre, et, si parva licet.., l'efficace de ce prix contemporain qui impose l'inconnu de la veille aux regards de l'univers. Mais il y a plus : en distinguant ainsi M. Letourneux, l'Académie lui révélait son propre génie, cette maîtrise clans la paraphrase des textes liturgiques, épîtres et évangiles des dimanches, que nul, au XVIIe siècle, ne contestait à l'auteur de l'Année chrétienne, et qui fait la nouveauté bienfaisante de cet ouvrage. Ce génie ne se laissait qu'entrevoir dans les premiers essais de Letourneux, une traduction de l'Office de la semaine sainte (1673), et une Histoire de la Vie de Jésus-Christ (1673). Or il se trouva, précisément que le concours académique de 1675 donnait à paraphraser un texte de l'Évangile : Marthe, Marthe, vous vous empressez trop... Une seule chose est nécessaire... Bienheureuse étincelle! Le don de Le Tourneux était mûr et il éclata. Aussi bien l'Académie fit-elle ce jour-là coup double, si elle me permet de parler ainsi, puisqu'elle aidait aussi Letourneux à prendre conscience de sa vocation oratoire, préparant ainsi à la France un prédicateur qui, si qua fata aspera... ! eût égalé, dépassé même peut-être Bourdaloue, ou plutôt qui aurait ramené chez nous l'éloquence de la chaire à l'ancienne simplicité. Tout comme l'Année chrétienne, le fameux carême prêché par Letourneux à Saint-Benoît en 1682, et qui, hélas! ne devait pas avoir de lendemain, tant il avait réussi ! sonnait le triomphe de la paraphrase homilétique. Quel est donc, demandait un jour Louis XIV à Boileau, un prédicateur nommé Letourneux? On dit que tout le monde y court. Est-il si habile? - Sire reprit Boileau, Votre Majesté sait qu'on court toujours à la nouveauté; c'est un prédicateur qui prêche l'Évangile. Et comme le roi insistait pour avoir son sentiment, il répondit: « Quand il monte en chaire, il fait si peur par sa laideur qu'on voudrait l'en voir sortir; et, quand il a commencé à parler, on craint qu'il n'en sorte.» Jusqu'à ce qu'il revienne un homme, disait La Bruyère en pensant à Letourneux, « qui avec un style nourri des Saintes Écritures, explique au peuple la parole divine uniment et familièrement, les orateurs et les déclamateurs seront suivis. » N'est-il pas beau qu'en le couronnant l'Académie de 1675 ait invité Nicolas Letourneux à exterminer l'académisme ? Et c'est encore l'Académie qui, en la personne de l'académicien modèle, idéal, a conseillé à son lauréat d'entreprendre l'Année chrétienne. « Enhardi par ses succès, nous dit-on encore, et encouragé par Pellisson dont il était devenu l'ami, (Letourneux) donna son Carême chrétien (1682), tout composé des Épîtres, Évangiles et pièces récitées dans l'Église en ce saint temps, avec des explications saines, instructives et populaires. C'est par là qu'il débuta dans son Année chrétienne, continuée depuis avec un succès croissant, et à laquelle est resté attaché son nom ». C'était tin de ces hommes envers qui on peut tout se permettre. On est sûr qu'ils ne se rebifferont jamais. Deux fois irritants d'ailleurs, parce qu'on n'arrive pas à les prendre en faute. Sans défense et sans ambition; d'une piété et d'une douceur invincibles. Cédant de lui-même aux influences ennemies qui avaient juré de l'éteindre, il se retira dans la solitude, suivi de quelques jeunes gens qu'il façonnait aux saintes Lettres et aux Offices liturgiques. Il mourut bientôt du reste, à peine âgé de quarante-sept ans (1686), et n'ayant achevé que les six premiers volumes de l'Année chrétienne. Je n'ai pas à en dire plus long sur le détail de cette vie innocente et persécutée. Le chapitre, justement incolore, mais affectueux et vengeur, que Sainte Beuve a consacré dans son Port-Royal (t. V) à M. Le Tourneux, me semble parfait. [...]" (Henri Brémond de l'Académie Française, Histoire littéraire du sentiment religieux en France depuis la fin des guerres de religion jusqu'à nos jours).

Provenance : signature ex libris de l'époque (XVIIe siècle) de Renusson, Conseiller au Mans (Tribunal ?) (apposé sur 2 volumes) - (dans tous les volumes) : Ex libris gravé (par Gardella, Paris) d'Ysabel Sanchez de Movellan (fin XIXe début XXe siècle). Autre ex libris de la même époque que le précédent (gravé (par Benetton) resté anonyme portant la devise : sine anguli angulo.

SOMPTUEUX EXEMPLAIRE EN MAROQUIN A LA DUSEUIL STRICTEMENT CONTEMPORAIN.

Prix : 3.000 euros