jeudi 3 novembre 2016

Bibliophilie et Histoire des idées - Edition originale du Système de la Nature par le Baron d'Holbach (1770). Très bel exemplaire relié plein veau à l'époque. Rare. La Bible du Matérialisme condamnée à être lacérée et brûlée par arrêt du Parlement et mise à l'Index par le Saint-Office.


MIRABAUD [i.e. HOLBACH, Paul Henri Thiry, Baron d']

SYSTÈME DE LA NATURE. OU DES LOIX DU MONDE PHYSIQUE ET DU MONDE MORAL. PAR M. MIRABAUD. Secrétaire Perpétuel, et l'un des Quarante de l'Académie Française.

Londres, 1770 [Amsterdam, Marc-Michel Rey]

2 volumes in-8 (20 x 12,7 cm -Hauteur : 195 mm.) de (12)-370-(4) et (4)-412 pages.

Reliure de l'époque plein veau porphyre écaillé à l'acide, dos lisses richement ornés, pièce de titre de maroquin rouge, pièce de tomaison de maroquin vert, tranches dorées sur marbrure, triple-filet doré en encadrement extérieur des plats, roulette dorée en encadrement intérieur des plats. Très bel exemplaire en excellent état, reliures très fraîches (à noter que le relieur a un peu abusé de l'acide pour tacheté les plats et qu'il y eu quelques épidermures de surface à quelques endroits). Intérieur très frais également (quelques pâles rousseurs par endroit). Belle impression sur beau papier vergé fin. Complet.

ÉDITION ORIGINALE AVEC LES ERRATA.


D'après Vercruysse il existe quelques exemplaires seulement avec le très-rare Discours Préliminaire par Naigeon (25 ex. seulement aux dires de certains). Ces exemplaires n'auraient pas les feuillets d'errata (signe de toute première mise en vente). Un exemplaire de l'EO toute première émission, relié en maroquin rouge de l'époque, a été adjugé 12.500 euros en novembre 2014 (Vente Carlo de Poortere, Sotheby's).

"LA BIBLE DU MATÉRIALISME".

Le chancelier Séguier fit interdire l'ouvrage qui fut condamné à être lacéré et brûlé au bas des marches du Palais par un arrêt du 18 août 1770. Il fut mis à l'Index par décret du Saint-Office en date du 9 novembre 1770. Plusieurs éditions verront pourtant le jour dès cette même année 1770 et jusqu'à la première moitié du XIXe siècle.

D'Holbach écrivit et publia cette œuvre, sans doute avec l'aide de Diderot (rédaction du dernier chapitre intitulé Abrégé du Code de la Nature), en 1770, décrivant l'univers selon les principes du matérialisme philosophique : l'esprit y est identifié par le cerveau, il n'y a pas d' « âme » sans corps vivant, le monde est gouverné par les strictes lois déterministes, le libre arbitre est une illusion, il n'existe pas de cause finale et quoi qu'il advienne se produit de manière inexorable. Plus notoirement, l'ouvrage nie explicitement l'existence de Dieu, faisant valoir que la croyance en un être supérieur est le produit de la peur, du manque de compréhension et de l'anthropomorphisme (source : wikipédia).

"[...] Nous sommes bien ou mal, heureux ou malheureux, sages ou insensés, raisonnables ou déraisonnables, sans que notre volonté entre pour rien dans ces différents états. Cependant malgré les entraves continuelles qui nous lient, on prétend que nous sommes libres, ou que nous déterminons nos actions et notre sort indépendamment des causes qui nous remuent. Quelque peu fondée que soit cette opinion, dont tout devrait nous détromper, elle passe aujourd’hui dans l’esprit d’un grand nombre de personnes, très éclairées d’ailleurs, pour une vérité incontestable ; elle est la base de la religion, qui, supposant des rapports entre l’homme et l’être inconnu qu’elle met au dessus de la nature, n’a pu imaginer qu’il pût mériter ou démériter de cet être s’il n’était libre dans ses actions. On a cru la société intéressée à ce système, parce qu’on a supposé que si toutes les actions des hommes étaient regardées comme nécessaires, l’on ne serait plus en droit de punir celles qui nuisent à leurs associés. Enfin la vanité humaine s’accommoda, sans doute, d’une hypothèse qui semblait distinguer l’homme de tous les autres êtres physiques, en assignant à notre espèce l’apanage spécial d’une indépendance totale des autres causes, dont, pour peu que l’on réfléchisse, nous sentirons l’impossibilité. [...] Pour que l’homme fût libre, il faudrait que tous les êtres perdissent leurs essences pour lui, il faudrait qu’il n’eût plus de sensibilité physique, qu’il ne connût plus ni le bien ni le mal, ni le plaisir ni la douleur. Mais dès lors il ne serait plus en état ni de se conserver ni de rendre son existence heureuse ; tous les êtres devenus indifférents pour lui, il n’aurait plus de choix, il ne saurait plus ce qu’il doit aimer ou craindre, chercher ou éviter. En un mot l’homme serait un être dénaturé ou totalement incapable d’agir de la manière que nous lui connaissons. [...]" (extrait).

Références : Tchémerzine VI, 243 ; Vercruysse, 1770-A6 ; Printing and the Mind of Man, 215.

TRÈS BEL EXEMPLAIRE DE L'UN DES OUVRAGES FONDAMENTAUX DU SIÈCLE DES LUMIÈRES.

VENDU